mercredi 26 janvier 2022

Le salafisme, l’aveuglement jusqu’à quand ?

Semaine terrible où le succès temporaire évoqué dans mon billet précédent s’est confirmé. Les salafistes ont frappé Bruxelles, d’aucuns disent l’Europe, avec ces actes terroristes. Cependant, pour ceux qui sont allés dans la capitale belge, est-ce surprenant ? Il suffisait de déplacer en ville pour constater que l’islamisme radical s’était installé durablement derrière les burqas fréquemment rencontrées. Bruxelles était islamisée et pas par les musulmans modérés. La tolérance belge a atteint un niveau inégalé dans le recul devant le prosélytisme islamiste.

La réaction aux attentats est tout aussi significative. Une manifestation contre la peur n’est pas autorisée par le gouvernement belge. S’il fallait montrer que les actes terroristes avaient atteint leur objectif, il n’en fallait pas moins. Le courage que nous aurions pu attendre a laissé la peur officielle s’exprimer. N’évoquons pas non plus ces interviews ne montrant que des personnes « choquées », « sidérées », pleurant, évoquant la « paix ». Je n’ai pratiquement ni entendu ni lu dans les médias, soucieux sans doute de développer la compassion, une réaction de lutte physique et sans faiblesse dans la situation de guerre où nous sommes. Aucune personne prônant une réaction ferme n’a-t-elle été interviewée ? Inquiétant message et que du bonheur pour nos ennemis qui ne « gèrent » que la barbarie.

Bien sûr, les défaillances belges dans le renseignement et le suivi des salafistes sont dénoncés mais il est difficile pour un Français de leur faire la leçon. Nous n’avons pas été plus brillants avant 2016 malgré le succès d’Argenteuil cette semaine.

Quelques éléments sur Argenteuil d’ailleurs n’en restent pas moins troublants. Une adjointe au maire « Les Républicains », se présentait voilée sur les photos officielles (février 2016) et montre cet « accommodement raisonnable » développé par une partie de la classe politique.

Je ne résiste pas non plus à citer cet article historique de Valeurs actuelles du 24 mars 2016 sur la sainte relique du Christ conservée depuis douze siècles dans la basilique Saint-Denys d’Argenteuil qui devait (doit) être exposée à partir du vendredi saint du 25 mars 2016 jusqu’au 10 avril 2016. Coïncidence troublante. En cette veille de la fête chrétienne qu’est Pâques, rapprochement sans doute hasardeux, mais cette exposition de la Relique pouvait-elle être l’objet de l’attentat majeur des terroristes d’Argenteuil évoqué par le ministre de l’intérieur ?

Face à l’affirmation religieuse des salafistes, une simple information relatée par Valeurs Actuelles cette semaine montre encore notre dilemme. Une femme voilée a brûlé une bible dans Paris (Cf. Valeurs Actuelles du 25 mars 2016) avec pour conséquence une simple amende pour le port d’une burqa. Il semble normal de brûler un symbole religieux d’autres religions. Rappelons-nous les manifestations de violence et de haine suscitées par la destruction involontaire d’un coran ou simplement les réactions aux « blasphèmes » causés par des gestes inappropriés.

Comment s’étonner de ce sondage IPSOS commandé par la Fondation du judaïsme français (juillet 2014 à juin 2015), révélé tardivement par le journal du dimanche et repris par Valeurs actuelles le 4 février 2016 ? 55% des Français sont inquiets ou agacés de voir des femmes entièrement voilées.  Ce même sondage indique que 2% des musulmans ont une bonne image de daech… soit 100 000 musulmans si ceux-ci sont effectivement 5 millions en France. De même, 10% des musulmans ne s’opposent pas au départ des Français qui vont se battre en Syrie.

Je pourrai aussi revenir sur les condamnations des salafistes. Le bilan de ceux qui ont été arrêtés ou qui se sont fait exploser montrent leur passé de délinquants mais surtout leur aptitude à la récidive. Fanatiques un jour, fanatiques toujours ! Les libérés de Guantanamo avaient aussi montré que l’emprisonnement puis leur libération ne les avaient pas amendés. De fait, à défaut de l’application de la peine de mort qui, dans le cas des salafistes serait leur rendre service, nous serons conduits à les incarcérer jusqu’à la fin de leur vie, une première en France qui détient moins d’une dizaine d’incarcérés à vie en raison de leur dangerosité. Cela nécessitera de construire des prisons particulièrement sécurisées mais il faudra bien y penser.

Enfin, la peur d’être catalogués comme islamophobes conduit nos gouvernants à n’évoquer martialement que la menace globale et terroriste comme l’a fait cette semaine le président de la République. Il est temps de dire ce qui est.

François CHAUVANCY
Saint-cyrien, breveté de l’École de guerre, docteur en sciences de l’information et de la communication (CELSA), titulaire d’un troisième cycle en relations internationales de la faculté de droit de Sceaux, le général (2S) François CHAUVANCY a servi dans l’armée de Terre au sein des unités blindées des troupes de marine. Il a quitté le service actif en 2014. Il est expert des questions de doctrine sur l’emploi des forces, sur les fonctions ayant trait à la formation des armées étrangères, à la contre-insurrection et aux opérations sur l’information. A ce titre, il a été responsable national de la France auprès de l’OTAN dans les groupes de travail sur la communication stratégique, les opérations sur l’information et les opérations psychologiques de 2005 à 2012. Il a servi au Kosovo, en Albanie, en ex-Yougoslavie, au Kosovo, aux Émirats arabes unis, au Liban et à plusieurs reprises en République de Côte d’Ivoire où, sous l’uniforme ivoirien, il a notamment formé pendant deux ans dans ce cadre une partie des officiers de l’Afrique de l’ouest francophone. Il est chargé de cours sur les questions de défense et sur la stratégie d’influence dans plusieurs universités. Il est l’auteur depuis 1988 de nombreux articles sur l’influence, la politique de défense, la stratégie, le militaire et la société civile. Coauteur ou auteur de différents ouvrages de stratégie et géopolitique., son dernier ouvrage traduit en anglais et en arabe a été publié en septembre 2018 sous le titre : « Blocus du Qatar : l’offensive manquée. Guerre de l’information, jeux d'influence, affrontement économique ». Il a reçu le Prix 2010 de la fondation Maréchal Leclerc pour l’ensemble des articles réalisés à cette époque. Il est consultant régulier depuis 2016 sur les questions militaires au Moyen-Orient auprès de Radio Méditerranée Internationale. Animateur du blog « Défense et Sécurité » sur le site du Monde depuis août 2011, il a rejoint depuis mai 2019 l’équipe de Theatrum Belli.
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