LECTURE : 1940 – Vérités et légendes, de Rémy Porte


Cette année 2020 marque le 80e anniversaire de la campagne de France. Si la plupart des commémorations ont été annulées à cause de la crise sanitaire, la campagne de 40 n’est toutefois pas oubliée. Les anniversaires sont l’occasion de mettre à nouveau en lumière certains événements de notre histoire, permettant de les aborder sous un prisme nouveau ou de mieux les comprendre.

Particulièrement sensible, la campagne de 1940 qui voit la France, « première armée du monde », s’effondrer en quelques semaines laisse des blessures profondes dans la mémoire et l’imaginaire collectif français. Il s’agit par la même occasion d’un terreau fertile à la création d’idées reçues ou de « mythes » qu’il est important aujourd’hui de décrypter, voire de combattre.

Par son ouvrage, 1940. Vérités et légendes, Rémy Porte, que l’on ne présente plus, reprend les points et questions que l’on retrouve le plus souvent à propos de cette campagne. C’est en 30 points rédigés sous forme de questions que l’historien reprend un à un ces mythes et poncifs parfois tenaces. Chaque chapitre ou point s’ouvre sur une citation toujours choisie avec soin comme celle du général Estienne, en ouverture à la question sur le nombre de chars et d’avions : « Imaginez, messieurs, le formidable avantage stratégique et tactique que prendraient sur les lourdes armées du plus récent passé 100 000 hommes capables de couvrir quatre-vingt kilomètres en une seule nuit avec armes et bagages dans une direction et à tout moment. Il suffirait pour cela de 8 000 camions ou tracteurs automobiles et de 4 000 chars à chenilles montés par une troupe de choc de 25 000 hommes » Général Estienne, inspecteur des chars, dans une conférence prononcée devant le roi Albert à Bruxelles (1922).

L’ouvrage est parfaitement documenté, s’appuyant sur une longue bibliographie spécialisée, les travaux de recherches de revues comme GBM ou des auteurs comme Oliver Forcade ou Max Schiavon. Parmi les points abordés, l’auteur remet en cause les théories des différents bords politiques par exemple, l’influence du front populaire sur le réarmement, l’existence d’une « 5e colonne » ou la sympathie d’une certaine élite militaire vis-à-vis de l’Allemagne nationale-socialiste. Les questions diplomatiques ne sont pas en reste avec l’analyse des relations françaises avec ses alliés ou anciens alliés. Le « pacifisme » est aussi abordé, avec le poids de l’expérience de la première guerre mondiale qui pèse énormément et irrémédiablement sur la France la veille de cette campagne de 1940. L’héritage de la Grande Guerre est d’ailleurs abordé à plusieurs reprises notamment à propos des doctrines d’emploi des chars ou l’impact sur les officiers incarnant alors les plus hautes responsabilités. Quand est-il de Gamelin, adjoint victorieux de Joffre au cours de la bataille de la Marne incapable de provoquer un sursaut à son tour pendant cette campagne de France ? Plusieurs points lui sont consacrés, notamment en comparaison avec le général Weygand.

Rémy Porte distille son analyse parmi ces points, partageant les responsabilités et les erreurs des errements de 40 sur les différentes personnalités sans jamais chercher de bouc émissaire. Il était bien évidement nécessaire d’aborder la question des chars, sujet particulièrement propice à véhiculer des clichés : les chars français étaient mauvais, mal organisés, mal pensés, mal conduits… et la question de la ligne Maginot, devenue quasiment l’emblème de l’impréparation et de la défaite française. Il est intéressant de souligner l’abondance bibliographie sur ces deux dernières questions qui poussent le lecteur à creuser par lui-même.

Malgré beaucoup d’informations condensées et synthétisées, l’ouvrage de Rémy Porte est agréable à lire, accessible et s’adapte à tous les publics. Si l’on doit formuler une critique, on peut regretter l’absence d’un point particulier sur la marine française ou un point précis sur l’héritage de la Grande Guerre tel que « L’armée française était-elle traumatisée par l’expérience des tranchées ? ».

Il va de soi que l’ouvrage de Rémy Porte est d’utilité publique en ce temps de commémoration. Cette analyse tout en nuance permettra, on l’espère, d’aborder le débat de la campagne de 1940 plus sereinement.

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