dimanche 19 mai 2024

Les jeunes chercheurs et la réflexion sur le Livre blanc

L’institut de la recherche stratégique de l’école militaire (IRSEM) a organisé un colloque le 24 novembre sur le thème « Les engagements stratégiques français : nouveaux regards ». Il s’agissait aussi d’une mise à l’honneur des jeunes doctorants. Or, au même moment, le Monde du 24 novembre 2011 publiait un sondage qui jugeait sévèrement les jeunes d’aujourd’hui qui seraient notamment paresseux (53%) et pas engagés (64%).

Ce colloque sur l’actualisation du Livre blanc présidé par Jean-Claude Mallet, ancien président de la commission du Livre blanc de 2008, a montré exactement le contraire avec les brillantes interventions de ces 13 doctorants en relations internationales, en droit, en défense, en sciences politiques, en histoire. Les sujets touchant à la défense nationale étaient en effet complexes mais ces jeunes ont montré qu’ils étaient travailleurs, intelligents, engagés raisonnablement, avaient des propositions sans être toutefois encore des stratèges… Certains étaient officiers de réserve, d’autres chargés de cours dans différentes universités. Tous publient. Les jeunes qui s’intéressent à la défense seraient-ils différents du reste de la jeunesse française ? A voir. Leur seule présence ce 24 novembre montre qu’il peut y avoir de l’espérance et que le ministère de la défense doit poursuivre son effort de soutien.

Pour en revenir au colloque où j’ai eu le plaisir d’animer une des quatre tables rondes, intitulée « Une stratégie pour l’action », les interventions ont montré tout leur intérêt concernant les évolutions possibles du Livre blanc. Ce qu’il en ressort est le souci généralement partagé que la France ait une position influente sur les relations internationales et de sécurité. Définir ses intérêts dans le Livre blanc et identifier l’influence qu’elle veut avoir demain sont apparu comme des priorités.

Par ailleurs, le représentant du SGDSN a souligné comme Jean-Claude Mallet qu’il fallait intégrer dans la réflexion stratégique du Livre blanc les conséquences de la crise économique, les rapports difficiles avec les Etats émergents, le constat d’une ONU peu réformable aujourd’hui (cela contredisant les accords Verts-PS rapportés par JD Merchet sur son site le 25 novembre), la montée du terrorisme notamment avec l’africanisation d’AQMI confirmée par les actions de ces derniers jours, enfin les grandes difficultés de la mise en œuvre de l’approche globale et de l’interministérialité dans la sortie de crise.

Les différentes interventions de Jean-Claude Mallet ont rappelé cependant que le Livre blanc n’était pas un objet théorique mais une « doctrine » (donc le « comment faire »), un objectif politique qui donnait un cadre de référence afin d’agir dans notre environnement proche. A ce titre, un large débat citoyen ne peut selon moi être exclu notamment à travers les programmes des prétendants à la présidence. Il a souligné que nous devions avoir une capacité permanente d’adaptation à la menace et que l’outil de défense devait être flexible (ne l’est-il pas aujourd’hui, d’ailleurs dans des limites extrêmes ?). En second point, la stratégie du pays devait intégrer le facteur économique, la bascule de la puissance loin du monde occidental. Il a évoqué l’importance du lien entre citoyenneté et défense qui mériterait effectivement que nous nous y penchions sérieusement, les conséquences sur les priorités en moyens de défense notamment dans l’acquisition de la connaissance des situations de crise et des capacités opérationnelles immédiatement disponibles par opposition à des programmes coûteux sans forcément utiles (Il faudra cependant expliquer lesquels et selon quels critères). Enfin aucun sujet ne devrait être écarté de la mise à jour du Livre blanc … même le nucléaire.

Le problème est que la dimension économique est devenue d’une telle acuité que l’on peut douter de la future capacité d’adaptation de notre outil de défense. Chacun s’attend à une nouvelle diminution de cette capacité. Dans ce cadre, le Livre blanc amendé sera-t-il vraiment capable de définir un « comment faire » à la hauteur des ambitions pour une France future  forte et puissante ou ne sera-t-il que l’aveu de la fin de notre ambition même de puissance moyenne ?

Général (2S) François CHAUVANCY
Général (2S) François CHAUVANCY
Saint-cyrien, breveté de l’École de guerre, docteur en sciences de l’information et de la communication (CELSA), titulaire d’un troisième cycle en relations internationales de la faculté de droit de Sceaux, le général (2S) François CHAUVANCY a servi dans l’armée de Terre au sein des unités blindées des troupes de marine. Il a quitté le service actif en 2014. Consultant géopolitique sur LCI depuis mars 2022 notamment sur l'Ukraine et sur la guerre à Gaza (octobre 2023), il est expert sur les questions de doctrine ayant trait à l’emploi des forces, les fonctions ayant trait à la formation des armées étrangères, la contre-insurrection et les opérations sur l’information. A ce titre, il a été responsable national de la France auprès de l’OTAN dans les groupes de travail sur la communication stratégique, les opérations sur l’information et les opérations psychologiques de 2005 à 2012. Depuis juillet 2023, il est rédacteur en chef de la revue trimestrielle Défense de l'Union des associations des auditeurs de l'Institut des Hautes Etudes de la Défense Nationale (IHEDN). Il a servi au Kosovo, en Albanie, en ex-Yougoslavie, au Kosovo, aux Émirats arabes unis, au Liban et à plusieurs reprises en République de Côte d’Ivoire où, sous l’uniforme ivoirien, il a notamment formé pendant deux ans dans ce cadre une partie des officiers de l’Afrique de l’ouest francophone. Il est chargé de cours sur les questions de défense et sur la stratégie d’influence et de propagande dans plusieurs universités. Il est l’auteur depuis 1988 de nombreux articles sur l’influence, la politique de défense, la stratégie, le militaire et la société civile. Coauteur ou auteur de différents ouvrages de stratégie et géopolitique., son dernier ouvrage traduit en anglais et en arabe a été publié en septembre 2018 sous le titre : « Blocus du Qatar : l’offensive manquée. Guerre de l’information, jeux d'influence, affrontement économique ». Il a reçu le Prix 2010 de la fondation Maréchal Leclerc pour l’ensemble des articles réalisés à cette époque. Il est consultant régulier depuis 2016 sur les questions militaires au Moyen-Orient auprès de Radio Méditerranée Internationale. Animateur du blog « Défense et Sécurité » sur le site du Monde à compter d'août 2011, il a rejoint en mai 2019 l’équipe de Theatrum Belli.
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