L’incivilité, première étape de la corruption


La semaine dernière (Cf. Mon billet du 31 mai 2015), j’évoquais la menace issue du manque d’exemplarité de la société en abordant la corruption financière et morale. Nous ne pourrons pas lutter avec efficacité contre l’islamisme radical sans une société exemplaire que ce soit des institutions ou des citoyens la constituant. Je ne peux donc pas dissocier le phénomène de la corruption des simples incivilités, première étape de la corruption au moins morale, sinon même de l’affaiblissement des symboles de l’autorité de l’Etat. Il ne suffira pas de voter le 9 juin 2015 la réactualisation de la loi de programmation militaire, positive dans sa dimension capacitaire, pour que la menace soit neutralisée.

La semaine écoulée a donc confirmé l’ampleur du phénomène de la corruption. A l’étranger, un premier ministre roumain est sur la sellette. Le président ukrainien affirme la lutte engagée contre la corruption. Dans les suites de la FIFA, les soupçons de corruption pour organiser les rencontres de football touchent les Etats les uns après les autres mais son président a enfin démissionné. Heureusement que le FBI était là – encore les Américains -, ou rien n’aurait eu lieu. La France peut s’enorgueillir d’avoir permis aux Etats-Unis d’Amérique d’obtenir leur indépendance grâce au général de La Fayette et donc de lutter aujourd’hui contre la corruption. La magnifique arrivée de l’Hermione ces jours-ci à Yorktown est donc un heureux symbole.

La France a-t-elle été pour autant épargnée cette semaine ? Pas vraiment. Le kazakhgate se poursuit (Cf. le Monde Magazine du 6 juin 2015). Un policier est arrêté cette semaine pour soupçon de corruption. Anecdotique, peut-être. Surtout les conduites inappropriées persistent, sans être de la corruption financière, et symbolisent cette corruption morale « gangrénante » qui fait vaciller l’exemplarité attendue.

Les médias ne sont pas neutres dans cette perception négative mais après tout, bien souvent, ils sont destinataires des informations, y compris au détriment de la présomption d’innocence. Est-il normal que les journalistes soient informés des dossiers judiciaires ? N’est-ce pas non plus une forme de corruption morale de diffuser ce qui ne devrait pas l’être pour influencer l’issue de l’instruction ? Certes, d’aucuns pourraient dire que cela est pour la bonne cause mais quand l’innocence est affirmée, n’y-a-t-il pas un manque de rigueur, sinon surtout d’exemplarité ? Faire endurer à un homme politique comme Eric Woerth cinq ans de procédures judiciaires pour finalement le blanchir, au grand dam d’ailleurs du journaliste du Monde relatant l’affaire (Cf. Le Monde du 6 juin 2015), est-ce bien normal ?

La corruption financière et morale est donc partout. Le Premier ministre britannique David Cameron a fait ajouter d’ailleurs la corruption à l’ordre du jour du G7 (Cf. The Guardian) dont cela aurait dû être une de ses missions principales mais il ne semble pas l’assumer. Surtout en France, n’est-elle pas avant tout le résultat d’un grand manque de rigueur morale à tous les niveaux de la société (je sais, le terme fait peur mais je l’assume) ?

Il est toujours aisé de critiquer ceux qui sont « en haut » mais le citoyen peut-il être absous de toute responsabilité ? Pas vraiment. L’incivilité est devenue une réalité quotidienne qui exacerbe les réactions de ceux qui appliquent des règles d’éducation, base du vivre ensemble, si souvent mis en avant. Pourquoi appliquer les règles et les lois si l’impunité est une option plus crédible que celle de la sanction ?

Le nombre de personnes téléphonant au volant est constatable tous les jours mais il est plus facile de condamner la vitesse en installant des radars automatiques sans effet pédagogique réel. On peut constater que les véhicules sont garés n’importe où pour gagner quelques mètres sur les parkings des grands magasins ou dans les gares, surtout là où ce n’est pas autorisé. Les cyclistes, qui sont devenus les modèles de l’incivilité citoyenne (Cf. Paris au quotidien) brûlent les feux rouges, circulent à contre-voie, sur les trottoirs … et chacun doit faire attention à eux. Dans les transports en commun, la musique est souvent mise à fond. Pour lire son smartphone, mieux vaut mettre ses chaussures sur le siège d’en face (sur le bord, « je ne salis pas le siège »). C’est plus pratique et surtout ne dîtes rien.

L’incivilité est donc due à une forme de laxisme, souvent dénoncée, mais bien arrangeante, et au manque de sanctions, d’éducation des parents ou de l’école, du refus enfin de la contrainte sociale. Nous manquons aussi de courage au quotidien pour faire la remarque à celui qui se comporte mal. Il est vrai que la forme prime. La remarque doit être « lisse », non mal-interprétable, ni stigmatisante ni soupçonnable d’être irrespectueuse…

Ce sentiment de mal-être qui s’est insinué dans la société peut enfin être favorisé par la confusion des genres qui n’est pas celle que vous pourriez croire. Chacun a un rang à tenir dans la société. La normalité du responsable ne peut pas imposer l’autorité. La simplicité sûrement mais cela est différent. A titre d’exemple, j’ai été désagréablement surpris, mais je n’ai pas été le seul, de voir que le roi d’Espagne ait été accueilli sur le perron de l’Elysée par François Hollande et… Ségolène Royal, un couple présidentiel ? Laurent Fabius, ministre des affaires étrangères, n’aurait-il pas dû être présent ? Après les affaires certes privées du président de la République, comment comprendre et respecter ? Cette image symbolise la confusion des genres et l’impossibilité pour le citoyen de se projeter sur ceux qui représentent le pays.

La normalité ne peut plus exister à un certain niveau de responsabilité si le citoyen doit adhérer à un système, à une société. Le devoir de représentation selon des normes est un impératif. La cohésion de la société, d’une société en guerre aujourd’hui, repose aussi sur ces symboles qui justifient l’engagement du plus grand nombre au service d’une cause nationale.

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