Opération Amherst : Les SAS français clouent l’ennemi au sol


Les 8, 9 et 10 avril 1945, dans le cadre de l’opération Amherst, les SAS français, largués sur la Hollande, créent la confusion chez les Allemands, au bord de la défaite.

En cette nuit du 7 au 8 avril 1945, la météo n’est pas fameuse. Le groupe d’avions, une soixantaine de quadrimoteurs Stirling et Halifax partis de l’aérodrome de Riven Hall, en Angleterre, survole la Belgique, invisible sous une épaisse couche de nuages.

Cette armada rugissante ressemble à celles qui, chaque nuit, s’en vont écraser le Reich agonisant.

Le mauvais temps secoue les appareils et rend le vol difficile et dangereux. Les équipages du 38e groupe de la RAF redoutent autant la DCA alliée que la FLAK allemande, mais, cette nuit, étrangement, les canons antiaériens des deux camps se taisent.

Par surcroît de prudence, un peu avant la verticale de Bruxelles, les chiches lumières qui éclairent l’intérieur des carlingues glaciales se sont éteintes.

Ces avions ne transportent pas des bombes destinées aux villes allemandes, mais les deux régiments de chasseurs parachutistes français de la brigade SAS. Ils doivent sauter sur la Hollande tout à l’heure, aux environs de minuit.

À la fin mars 1945, la guerre se traîne en Europe, malgré l’arrivée du printemps. À l’ouest, l’ennemi fait face. Le général Belchem, de l’état-major du XXIe corps, qui constitue l’aile gauche des armées alliées, reçoit des directives impératives : « La 1ère armée canadienne du général Crerar ouvrira et assurera la route Arnhem-Zutphen. Elle nettoiera le nord-est de la Hollande et le nord-ouest de l’Allemagne jusqu’à la Weser. »

Il faut attaquer. D’autant plus que, de leur côté, les Soviétiques vont bon train.

Le 28 mars, le général demande aux parachutistes de faciliter l’offensive des blindés en opérant sur les arrières ennemis.

Le général J.M. Calvert, dit Mike le Fou pour les anciens, ex-adjoint de Wingate on Birmanie, commande la brigade SAS. Il n’a pas oublié la leçond’Arnhem, six mois auparavant, avec l’opération aéroportée Market Garden. Les blindés du XXXe corps n’avaient jamais pu atteindre les ponts conquis par les parachutistes anglais et polonais.

Les SAS ont consenti de lourds sacrifices. Aussi, à la suite de la tragédie d’Arnhem, émettent-ils de sérieuses réticences quant à la manière dont seront employées les troupes aéroportées. À ce sujet, le général Calvert écrit : « Les troupes SAS ne sont pas conçues pour être engagées massivement. Je ne considère pas que ce soit la meilleure méthode pour les utiliser. »

Cette fois, les automitrailleuses des Canadiens et des Polonais du IIe corps d’armée devront pouvoir rejoindre les SAS en trois jours, quatre tout au plus.

Parachutés à une cinquantaine de kilomètres des positions ennemies, les 676 hommes qui composent l’effectif opérationnel des deux régiments se battront dans la province de Drenthe, dans un triangle constitué par les villes de Coevorden, Zwoll et Groningen.

Le 2e RCP, ex 4e BIA, est aux ordres du commandant Puech-Samsom depuis le 20 décembre 1944, date à laquelle le colonel Bourgoin, le Manchot, a cédé son commandement. L’unité, après les durs combats de Bretagne du mois de juin, s’est brillamment comportée dans les Ardennes, lors de l’offensive de Von Rundstedt.

 

Jacques Pâris de Bollardière

Au 3e RCP, ex 3. BIA, le lieutenant-colonel de Bollardière a pris en octobre la place du chef de bataillon Chateau-Jobert, alias Conan, dont les sticks ont obtenu de spectaculaires succès dans l’est et le centre de la France au cours de l’été.

Les deux régiments, qui ont en réalité l’effectif d’un petit bataillon, sont composés chacun d’un squadron (ou compagnie) de commandement et de trois squadrons de combat. Ils disposent d’un très fort encadrement en officiers et en sous-officiers de grande qualité. Après avoir pansé leurs plaies et complété leurs effectifs, les deux unités SAS françaises ont été regroupées en Angleterre depuis janvier et elles ont repris l’entraînement.

Le général Calvert n’a pas disposé de plus d’une semaine pour organiser l’opération aéroportée car l’offensive générale, prévue pour le 14 avril, est brusquement avancée au 8. Le saut, initialement prévu pour la nuit du 6 au 7 avril, est reporté à la nuit suivante pour des raisons atmosphériques.

Devant les participants, consignés dans leurs cantonnements depuis plusieurs jours, le général commandant la brigade, perché sur une estrade de fortune, avait consenti à fournir quelques explications : « Un squadron anglais du 2e régiment SAS participera à l’opération en attaquant à partir du nord-ouest dans le cadre de l’opération Keystone. Le bataillon parachutiste belge, à peu près 300 hommes, sera infiltré à l’ouest, par voie terrestre, avec ses Jeep armées : c’est l’opération Larkswood. Vous, les Français, vous jouerez Amherst, le gros morceau. Votre mission consiste à créer le maximum de confusion chez l’ennemi et à empêcher les destructions, en particulier celles des ponts sur les canaux. Vous devrez transmettre des renseignements sur l’ennemi. Ils seront aussitôt exploités par l’aviation et les blindés. Vous tenterez également de soulever la résistance locale qui, apparemment, n’est pas négligeable. Bonne chance et bonne chasse ! »

Ce type d’aventure, qui laisse une très grande part à l’initiative et à l’esprit combatif, ne peut que réjouir les SAS français, déjà très heureux d’être engagés dans une grande opération aéroportée. Les similitudes entre Market Garden et Amherst ne troublent personne. Il est vrai que la situation générale a beaucoup évolué depuis septembre. Cependant, les difficultés sont évidentes.

Le 2e RCP sera largué à l’est de la voie ferrée Groningen-Assen-Bielen, le 3e RCP à l’ouest. En fonction de la multiplicité des objectifs à atteindre, dix-neuf zones de saut ont été retenues. Le largage doit avoir lieu de nuit, sans repérage ni réception au sol.

Les techniciens de la RAF, confiants dans leurs équipements radar, promettent de très faibles marges d’erreur, quelques centaines de mètres à peine, tant ils ont mis de soin dans leurs calculs.

Sceptiques, mais trop heureux de sauter pour se battre, les parachutistes pensent tous qu’ils sauront bien se débrouiller une fois au sol.

Dix-huit Halifax décolleront une heure après les paras pour leur larguer dix-huit Jeep armées, neuf par régiment.

Les forces allemandes sont évaluées à 12 000 hommes et, d’après les renseignements que l’on possède, ne devraient pas être très redoutables. Comme dit le général : « Ainsi, vous leur donnerez l’occasion de se rendre ! » Si les Canadiens progressent comme prévu, et personne n’en doute, l’état-major envisage l’opération Amherst comme une sorte de promenade de santé…

Le général Calvert passe en revue les SAS du 2e et 3e RCP à Tarbes (date inconnue).

Les parachutistes SAS français seront livrés à eux-mêmes, seuls derrière les lignes ennemies

Dans l’avion n° 12, recroquevillés et tassés les uns contre les autres, les 15 hommes grelottent. Tout à l’heure, l’essai des armes de bord par le mitrailleur arrière a suscité une inquiétude vite réprimée. Certains somnolent ou font semblant. L’adjudant Bouard, lui, dort réellement. Vieux soldat de la France libre, héros de Libye et d’ailleurs, il en a vu d’autres, et rien ne le trouble. Le capitaine Betbeze ne dort pas, c’est un perfectionniste, un méticuleux, toujours soucieux. Officier de carrière, fait prisonnier en 1940, dix fois évadé et repris, il a enfin réussi à reprendre le combat en passant par la Suisse, l’Espagne, l’Afrique du Nord et l’Angleterre. Il ne céderait pas sa place pour un empire.

Vous sauterez à 1 500 pieds.

L’ordre a été transmis avant l’embarquement. À cause du mauvais temps et surtout des nuages, le largage aura lieu à 500 m d’altitude au lieu des 150 m initialement prévus.

Twenty minutes to go…

Les hommes s’ébrouent, vérifient sacs et harnachements. L’adjudant Bouard ne dort plus.

Five minutes to go. Hurry up boys !

La trappe est ouverte. Au-dessous, la nuit est d’un gris d’ardoise. Sans doute est-ce l’effet de la lumière de la lune se reflétant sur la couche de nuages.

Feu rouge : « Action station ! »

Feu vert : « Go ! »

Dans un bref piétinement, les 15 paras du stick disparaissent dans le vide, l’un après l’autre.

Le sol et le ciel sont invisibles, comme confondus. Le cocon humide des nuages enveloppe tout. Il étouffe même le bruit des moteurs qui s’en vont vers le nord.

Après une période de balancement désagréable, la terre apparaît vaguement à la rencontre des hommes. De longues lignes droites, routes ou canaux, identiques dans la pénombre, sont repérables. Des toits de ferme et le contour plus sombre de bois ou de cultures se dessinent.

« Nous voulons affoler l’ennemi. Nous parachuterons des mannequins, la BBC parlera d’une vaste opération aéroportée. Ainsi, les Allemands imagineront avoir affaire à une offensive d’envergure menée par les parachutistes. Laissez vos parachutes bien en vue sur le terrain. Il faut qu’ils vous croient très nombreux… »

Ce genre de consigne est facile à suivre. Les opérations de regroupement des personnels et du matériel, en revanche, vont être extrêmement difficiles.

Le nord-est de la Hollande est loin d’être une région idéale pour un largage massif. Si les couverts sont limités en surface, ils sont nombreux et très dispersés dans ce pays plat, entrecoupé de rivières, de canaux et d’axes routiers, parsemé de villages, de fermes isolées et de bosquets touffus.

Les erreurs de largage de la RAF sont beaucoup plus importantes que prévu, et peu de sticks atterrissent sur leur zone de saut. C’est un éparpillement, en pleine nuit, dans un pays inconnu tenu par l’ennemi. Les SAS sont physiquement bien entraînés, et il y a peu d’accidents à l’atterrissage. Mais au 30 RCP, le lieutenant de Sablet se noie dans un canal, et le capitaine Sicaud, tombé dans un bois de sapins, reste momentanément aveugle. Au 20 RCP, le commandant Puech-Samsom se blesse à l’épaule.

Dans chaque stick, le regroupement s’avère difficile. Rassembler plusieurs sticks est une véritable gageure. Des hommes perdus errent dans la nuit, des groupes se mélangent. Les quelques heures qui restent jusqu’au jour ne suffisent pas à redonner une cohérence aux deux unités.

De plus, la plupart des conteneurs restent introuvables. Qu’importe, les parachutistes français se battront avec leurs armes individuelles. Ils devront se débrouiller plus encore qu’ils ne l’avaient imaginé avant le départ d’Angleterre.

Heureusement, une partie de la population leur est favorable. Son aide va être précieuse, et certains éléments de la Résistance se révéleront particulièrement efficaces.

Dans la nuit, le capitaine Alexis Betbeze tente en vain de se repérer. D’après ce qu’il a pu observer avant de toucher le sol, rien ne ressemble à ce que cartes et photos aériennes promettaient.

Le grand canal d’Elp, l’Orange Kanal, qui devrait se trouver au sud de la zone de saut, n’est pas là. La fabrique de lin non plus. En revanche, il y a d’autres canaux, plus petits, et une ferme qui, elle, ne devrait pas être là.

Il ne reste qu’une solution au capitaine Betbeze : frapper à la porte de la maison et demander aux habitants oïl il se trouve, en enfreignant les consignes de sécurité les plus élémentaires.

Tout d’abord, la porte obstinément close. Les habitants ont peur. En allemand (ses séjours en Oflag n’auront pas été inutiles), l’officier menace d’incendier la ferme.

Cette ruse semble avoir son effet, car la porte s’ouvre aussitôt sur un homme qui semble terrorisé. Le Hollandais se montre peu coopératif. La présence de soldats alliés ne le transporte pas d’enthousiasme, mais il consent à indiquer la position de sa ferme sur la carte de Betbeze. Le stick est largement au sud du canal au lieu d’être au nord. Il est à plusieurs kilomètres de sa zone de saut théorique, où auraient dû se trouver également les groupes du commandant Puech-Samsom et du sous-lieutenant Taylor. Pressé d’en finir avec ses visiteurs encombrants, le fermier leur conseille de s’adresser au maître d’école de Witteween, le hameau voisin.

L’accueil chez l’instituteur est nettement plus aimable, l’homme connaît fort bien sa région et il donne sans se faire prier des renseignements intéressants.

Depuis la veille, les Allemands établissent des positions défensives le long de l’Orange Kanal, face au sud. Les avant-gardes canadiennes menacent Coevorden, à une quinzaine de kilomètres de là. Le général Bottger, commandant de la Feldgendarmerie de Hollande, est installé avec une trentaine d’hommes à 3 km au nord-ouest. Il paraît qu’il doit se replier dans les heures qui suivent.

Passé l’effet de surprise, les Allemands contre-attaquent

Dès l’aube, l’alerte est générale, car l’ennemi n’est ni sourd ni aveugle. Les Imités allemandes stationnées dans la région signalent des parachutages à Assen, Orvelte, Zwolle, Schonlo et Groningen. Quant aux collaborateurs hollandais, ils en savent autant que les résistants sur l’opération Amherst. À force de coups de pied, la fourmilière s’est réveillée.

Au petit jour, le capitaine Betbeze installe sa base dans les fourrés du bois de Witteween. Il y retrouve d’abord un caporal et un médecin qui appartiennent au stick de Puech-Samsom. Peu après, le reste de ce stick, avec le commandant lui-même, pénètre dans les couverts, guidé par un civil membre de la Résistance, Hildebrand Lohr.

Les postes radio n’ont pas été trouvés et, de ce fait, les liaisons entre le 2e RCP, l’Angleterre et les forces canadiennes s’avèrent impossibles. Lohr tentera de traverser les lignes allemandes pour alerter les Alliés, et un poste clandestin des Hollandais sera plus tard mis à la disposition des SAS.

Obstiné, Betbeze repart avec quatre hommes à la recherche de son précieux matériel. Avec le jour, tout est plus facile, mais aussi plus dangereux. Les gaines sont retrouvées à 4 km de la zone de saut, entre les mains de civils qui ont déjà commencé à s’en partager le contenu !

A 14 heures, les deux sticks sont regroupés dans la forêt. Il devient urgent d’entamer les actions offensives souhaitées par le haut commandement.

Un stick du 2e squadron, aux ordres de l’aspirant Edme, a également atterri au sud de l’Orange Kandi, à 7 km du point prévu. L’aspirant conduit ses hommes vers le nord et se heurte aux positions allemandes au moment où, attiré par un bruit de fusillade, il s’approche du pont-écluse d’Elp.

C’est le lieutenant de Camaret qui se bat de l’autre côté de l’eau. À 7 heures, renforcés par des isolés commandés par l’aspirant Richard, les SAS du lieutenant de Camaret ont surpris les défenseurs du pont. Trois Allemands ont été tués, six autres se sont rendus. Mais le gros de la troupe, stationné dans une ferme voisine, réagit violemment. En emmenant ses prisonniers, le détachement est obligé de se replier sur une usine de lin avec deux blessés, dont l’aspirant Richard. Un autre parachutiste, le caporal Treis, est tué d’une balle dans la gorge. Il appartenait au stick du lieutenant Cochin, qu’il n’avait pas retrouvé dans la nuit. L’intervention de l’aspirant Edme, depuis la rive opposée, ne modifie pas la situation, et lui aussi doit se replier avec un blessé.

Dans le même secteur, à proximité du village d’Elp, le lieutenant Cochin a vainement attendu les Jeep qui auraient dû être parachutées. Il n’a pas non plus mis la main sur ses conteneurs, et il lui manque la moitié de ses effectifs. Pendant deux heures, il a émis des signaux lumineux, sans résultat. Pas plus que les autres chefs de stick concernés dans les deux régiments, l’officier n’a été informé de l’annulation du largage des véhicules… Lorsqu’il se remet en route, à la fin de la nuit, il rencontre par hasard le stick du sous-lieutenant Makie.

Le lieutenant Apriou, du 1er squadron du 2e RCP, s’est miraculeusement posé à l’endroit prévu. Ce n’est pas pour autant qu’il a pu rassembler la totalité de son stick. Au cours de sa marche en direction de la route Rolde-Gieten, il se heurte, peu avant l’aube, à un groupe d’hommes en armes. Il demande le mot de passe, Épernay, auquel il faut répondre Montmirail. La bordée d’injures qu’il reçoit lui permet d’identifier le groupe du sous-lieutenant Stephan, avec lequel il décide de poursuivre sa progression et d’attaquer Gieten.

Passé l’effet de surprise, la garnison allemande, qui a subi des pertes sévères, contre-attaque rapidement et force Stephan et Apriou à la retraite. Vers midi, la petite troupe rencontre les sticks du lieutenant Legrand et du capitaine Grammond. Ensemble, ils vont désormais opérer dans le triangle Borger-Gieten-Rolde. En fin de journée, une reconnaissance destinée à repérer des emplacements d’embuscade tourne mal, et un sous-officier est tué.

Le lendemain, à Gasselte, les SAS attaquent avec succès l’état-major d’un groupement du NSKK. Un parachutiste est tué, un autre blessé, mais plusieurs officiers allemands sont tués et de nombreux soldats capturés. Les renseignements, transmis aussitôt à Londres, permettent la destruction par une escadrille de Mosquito d’un convoi automobile en formation dans la cour de l’école de Gieten.

Le sergent hollandais Van der Veer, parachuté six mois auparavant pour encadrer un maquis local, rencontre aux premières lueurs du jour les parachutistes du 3e RCP, largués à l’ouest de la voie ferrée Meppel-Assen. Par les sticks du capitaine Sicaud et des lieutenants Hubler et Boyé, tombés dans la région d’Appelscha, il apprend l’imminence de l’arrivée des Canadiens à Coeverden. Enfourchant son vélo, il file dans cette direction et, vers midi, il rencontre le commandant Puech-Samsom. Celui-ci le charge de guider l’action du capitaine Betbeze contre le PC allemand de Feldgendarmerie de Wester Bork. À 14 h 30, les 20 hommes se mettent en route. Peu après leur départ de Witteween, le bruit d’une fusillade nourrie leur parvient, venant du nord-est. Personne ne sait encore que, dans ce bref engagement, le sous-lieutenant Taylor, le plus jeune des officiers du régiment, vient d’être tué.

Le capitaine donne ses ordres : Il n’y aura qu’un seul prisonnier, le général

À 15 h 30, le village est en vue et, apparemment, tout est calme sous le soleil printanier. Les renseignements sur les installations ennemies sont précis. Les SAS de Betbeze avancent sans hésitation.

Le capitaine a donné ses ordres : le combat ne durera pas plus de vingt minutes ; un seul prisonnier sera fait, le général.

Des civils repèrent les parachutistes. Ils se mettent à l’abri sans donner l’alerte, mais un soldat allemand circulant à bicyclette s’en charge. Les assaillants ont encore près de 200 m de terrain découvert à franchir. Le dispositif d’attaque soigneusement élaboré se transforme en ruée.

Deux sentinelles sont tout de suite abattues, mais, dès que les SAS pénètrent dans le village, l’affrontement commence. Le FM du caporal Bongrand s’enraie ; au milieu de la rue principale, un tireur s’écroule, une balle dans la tête ; près de lui, le capitaine est blessé par des éclats de grenade. Le sous-lieutenant Le Bobinec et l’adjudant Bouard atteignent le PC et lancent leurs gammon-bombs par les fenêtres.

Pistolet-mitrailleur au poing, le général tente une sortie : une rafale en pleine poitrine le couche à terre. Derrière lui, un autre officier est tué. Une Kulbelwagen transportant trois officiers de la Luftwaffe est prise dans la fusillade. Les occupants meurent sans avoir pu comprendre pourquoi. En se portant au secours de Bongrand, le chasseur Marche est tué net. Puis le sous-lieutenant Le Bobinec est également touché.

Les Allemands se battent bien. Ils sont nombreux et font face avec détermination. L’adjudant Bouard est blessé d’une balle dans le ventre, puis c’est le sous-lieutenant Lorang qui tombe. Betbeze tente de replier ses hommes. Des parachutistes tombent encore, le caporal Cognet est tué. Des renforts allemands arrivent, il faut disparaître.

Caché dans une cave en compagnie du propriétaire qu’il tient sous la menace de son pistolet, Le Bobinec espère des secours. Avec lui, blessés, se trouvent Bouard et Bongrand. Ce dernier meurt, le sous-lieutenant s’évanouit. Le Hollandais en profite pour avertir les Allemands, les deux hommes sont capturés.

Les survivants parviennent à atteindre la forêt de Witteween. Dès l’arrivée des blindés canadiens, ils se joignent aux troupes du IIe corps, qu’ils accompagneront jusqu’à Groningen. Le lieutenant Lasserre doit opérer sur la route Groningen-Windschoffen. Lui non plus n’a pas pu récupérer ses conteneurs. Une ferme abrite ses hommes pour la nuit, mais le fermier les dénonce. Au matin du 9 avril, les Allemands encerclent les bâtiments. Les parachutistes réussissent une percée, l’un d’eux est tué. L’aspirant de Bourmont, l’adjoint de Lasserre, sera pris un peu plus tard. À Windschoffen, les Allemands discutent pour savoir si leur prisonnier doit être fusillé. Épuisé, l’aspirant s’endort. Les Allemands s’enfuieront sans le réveiller.

Ainsi, au 2e RCP, la situation ne ressemble guère aux prévisions faites en Angleterre. Les combats livrés un peu partout sont devenus des affaires personnelles ou presque : chacun se bat selon son tempérament, au mieux de ses moyens. Dans ce genre de situation, les SAS se débrouillent plutôt bien.

La capitulation allemande brise le rêve d’une nouvelle opération des SAS français

Au 3e RCP, la majorité des détachements connaissent également des moments difficiles. Si, au nord, le lieutenant Thomé s’empare par un coup heureux des archives de la Gestapo de Groningen, si, au sud, c’est l’état-major et le chef de la Gestapo de La Haye qui tombent aux mains des parachutistes, au centre du dispositif, les SAS de Bollardière ont bien du mal à se tirer d’affaire.

Plusieurs sticks tombent à proximité de la route Assen-Bielen au moment du passage d’un convoi allemand. Le ler squadron va ainsi subir de lourdes pertes.

Le stick du sous-lieutenant Valayer atterrit en plein milieu de l’agglomération d’Assen. Le bruit que font les parachutistes en brisant les tuiles des toits réveille la population et la garnison. L’accrochage est immédiat. Dans la nuit, les SAS échappent à l’encerclement, puis s’en vont chercher et attendre les Jeep, qui ne viendront pas, Le soir, ils se réfugient dans une grange. Le lieutenant Rouan, faisant confiance aux habitants, s’est lui aussi installé près de là.

Le 9 avril au petit jour, trahi par un paysan, le groupe Rouan est encerclé. Le lieutenant est blessé d’une balle dans le poumon, puis capturé avec ses 12 hommes. Le lendemain, le lieutenant Boulon est pris à son tour. Il sera fusillé à Assen avec deux de ses hommes et six résistants hollandais.

Le sous-lieutenant Valayer est attaqué dans une grange, que les Allemands brûlent pour les déloger. Trois SAS sont tués lors d’une tentative de sortie, trois autres périssent dans l’incendie. Seul, le sergent Deal parvient à s’enfuir.

Le lieutenant-colonel de Bollardière réussit à regrouper plusieurs de ses sticks. Il opère avec eux à l’ouest de Spier, montant de nombreuses embuscades contre des convois qui font retraite sur la route Bielen-Assen. Les SAS détruisent également la voie ferrée. Le 10 avril, avec une quarantaine de parachutistes, il chasse les Allemands de Spier, malgré l’absence d’appui aérien. Le lendemain, l’ennemi contre-attaque avec plus de 200 hommes. Le commandant Simon est tué ainsi qu’un autre chasseur, une dizaine d’autres sont blessés. Malgré de très lourdes pertes, les Allemands l’emportent, car les SAS n’ont pas leurs armes lourdes. Les blindés canadiens sauveront la situation et prendront définitivement Spier. Les SAS les accompagneront ensuite à Bielen.

Le premier stick est récupéré le 10 avril par les Polonais, le dernier le sera le 14 par les Canadiens. Mais jusqu’au 16, des SAS blessés, des isolés font surface.

Finalement, les pertes des deux régiments s’élèvent à 29 morts, 35 blessés et 96 disparus, parmi lesquels 70 environ, prisonniers, furent libérés au mois de mai. Les pertes ennemies sont évaluées à 360 morts et 187 prisonniers. Une trentaine de véhicules divers ont été détruits.

Les deux régiments ramenés en Angleterre espéraient encore de nouveaux combats. L’espoir d’une opération en Norvège habite les SAS pendant quelques jours, mais la capitulation allemande brise leurs rêves de gloire.

La conclusion de l’opération Amherst peut être tirée du rapport du général Calvert :

« L’ennemi fut cloué au sol… Les Français l’empêtrèrent dans un filet au profit de la division canadienne qui, en très peu de temps, atteignit la mer du Nord… »

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