Saint Michel 2019 : THEATRUM BELLI saute avec le Groupe Commando Parachutiste du 35e RAP


Quand vous êtes rattaché à une unité parachutiste en tant que réserviste citoyen, il est inconcevable de ne pas vouloir connaître les sensations que procurent un saut en parachute. Aussi, quand le lieutenant-colonel Bruno COSTANZO, nouveau chef de corps du 35e RAP* depuis cet été, m’envoya une invitation à sauter pour la Saint Michel, je répondis à cette fantastique opportunité et pris la direction de Tarbes.

Nous arrivons dans la matinée sur l’aérodrome de Tarbes-Laloubère qui est un lieu d’entraînement pour les parachutistes du 35e RAP et du 1er RHP. La météo est excellente, La vue sur les Pyrénées me fait penser à des tableaux de montagne du peintre symboliste russe Nicolas Roerich.

Plusieurs sauts auront lieu dans la matinée et la programmation m’indique que je serai…le premier. Mon instructeur, l’adjudant-chef Olivier, est membre du groupe commando parachutiste (GCP) « SONZOGNI »**. Il a plus de 2500 sauts à sont actif. Le GCP est spécialisé dans l’action dans la profondeur. Il est composé de chuteurs opérationnels capables de s’infiltrer par les airs en avance des forces Terrestres au sein du déploiement conventionnel ou d’être employés dans des missions demandant un savoir-faire dépassant les capacités des unités élémentaires de l’armée de Terre.

Un membre du GCP du 35e RAP présente son matériel au général Jacques Langlade de Montgros, commandant la 11e brigade parachutiste. Crédit photo : 35e RAP.

Le saut aura lieu à partir d’un Pilatus vers 3200 mètres d’altitude. Un chuteur opérationnel peut effectuer une infiltration d’une douzaine de kilomètres en sautant à environ 3600 mètres. S’il saute à très haute altitude, sous oxygène, à environ 7300 mètres (FL 240), la distance d’infiltration moyenne de l’infiltration peut s’étendre à une trentaine de kilomètres. Tous les chuteurs opérationnels sont des volontaires très motivés pour accomplir des missions périlleuses en territoires particulièrement hostiles.

L’adjudant-chef m’explique avec précision les différentes étapes du saut ainsi que les matériels : le parachute et le harnais…qui peut supporter une dizaine de tonnes. Cette explication méthodique n’empêche pas une certaine forme d’appréhension. Le Pilatus atterrit. Après avoir bu un café avec les pilotes nous montons dans la soute. Je m’assoie devant mon instructeur juste à coté de la porte. Le cameraman, également membre du GCP, s’installe à côté, sur le banc, prêt à nous suivre.

Le Pilatus grimpe dans le ciel et je sens les effluves de carburant. En fin de montée, mon instructeur m’informe que je peux mettre mon casque de cuir et qu’il a attaché le harnais aux quatre points. La porte s’ouvre et le vent frais s’engouffre. L’adrénaline est montée d’un cran. Je pivote vers l’extérieur et laisse pendre mes jambes dans le vide. Je lève le menton pour fixer l’horizon, je creuse le dos et GO ! Droit devant ! Le plongeon ! En chutant nous pivotons sur nous-mêmes. Cela me permet de voir un court instant l’avion qui s’éloigne. Nous nous stabilisons et j’ouvre grand les bras. J’aperçois le cameraman, qui est également un chuteur opérationnel, qui nous rejoint. Grisé par la chute (200 km/h), je perds la notion du temps et je suis surpris par l’ouverture de la voile. S’ensuit un calme et un silence qui contrastent avec le bruit de notre chute. Nous dérivons dans le ciel et j’en profite pour admirer les Pyrénées. J’essaie de savourer chaque seconde de cette descente progressive. En navigant dans les airs je domine Tarbes et la caserne du 35e RAP avec le Noratlas à l’entrée. L’instructeur me passe les commandes quelques secondes et j’arrive à me diriger « doucement » à gauche et à droite. Les bâtiments se rapprochent peu à peu. Nous allons bientôt atterrir sur la piste de l’aérodrome. Je relève mes genoux et la pointe des pieds afin que nous puissions glisser sur l’herbe. J’aide ensuite mon instructeur à récupérer sa voile. Une fois dans le hangar, il lui faudra autour de 25 minutes pour la plier correctement.

Une sensation euphorique va perdurer une dizaine de minutes après avoir atterri.

Je remercie vivement le 35e RAP et son chef de corps le lieutenant-colonel Bruno CONSTANZO ainsi que le Groupe Commando Parachutiste « SONZOGNI » de m‘avoir permis de « passer par la portière », qui plus est, dans la période de la Saint Michel. Je garderai à jamais en mémoire ce souvenir exceptionnel.​

Stéphane GAUDIN


* Unique régiment d’artillerie de la 11e brigade parachutiste, le 35e RAP est le spécialiste de l’artillerie et des appuis d’urgence avec la possibilité de mises en place par la 3e dimension (aérolargage, poser d’assaut, aérotransport, héliportage) de ses parachutistes et de ses matériels, ainsi que de ses capteurs de renseignement. Il est l’initiateur de la capacité « RAID-ART » (Raid Artillerie) : les artilleurs paras démontent le mortier de 120 mm rayé tracté (622 kg) en trois fardeaux (canon, train roulant, plaque de base) pour le transporter au plus près des combats dans la soute d’un hélicoptère de transport.

Il est aussi expert de la coordination des appuis-feux de toutes natures au profit de la 11e BP. Il est aujourd’hui l’unique régiment d’artillerie à armer une alerte permanente à 12h et 48h (contrat opérationnel) dans le cadre de l’échelon national d’urgence TAP (ENU TAP).

La complémentarité de ses capacités (mortiers de 120mm, canons CAESAR, missiles Mistral, guideurs aérien JTAC, radars – notamment MURIN qui sera parachutable en 3 fardeaux – et drones DRAC, prochainement remplacés par les drones Spy’Ranger) lui permet de cibler et de graduer la réponse apportée aux besoins de l’interarmes, dans le cadre d’actions d’urgence, de coercition ou de stabilisation.

Le 35e RAP possède également un groupe de commandos parachutistes (GCP), spécialiste de l’action dans la profondeur, qui participe depuis 2014 à l’opération COBRA.

Visitez le site du 35e RAP

Le groupe de commandos parachutistes GCP du 35e RAP à l’entraînement. Opération Cobra, Mali 2018. Crédit photo : Pierre Challier.

** Le capitaine Patrice SONZOGNI était une figure au sein du 35e RAP. Il a été tué en Afghanistan, le 11 février 2009, à bord d’un VAB, par le déclenchement d’un enfin explosif improvisé. Lors de cette attaque, le brigadier-chef Trévor RODRIGUES avait été également très gravement blessé. Le capitaine SONZOGNI s’était engagé à 21 ans comme sous-officier. Il gravit tous les échelons jusqu’au grade de capitaine en 2005 après avoir réussi le concours des majors. Au cours de sa carrière, cet ancien commando de recherche et d’action en profondeur (CRAP) a participé à la plupart des opérations extérieures menées par la France, que ce soit en Afrique ou encore dans les Balkans. En 1991, lors de la première guerre du Golfe, il avait été grièvement blessé par l’explosion d’une mine lors d’un assaut donné contre un fortin d’As-Alman.

Droit devant !
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