Sturmpanzerwagen A7V, le char allemand de la Grande Guerre


Au cours de la Grande Guerre, Français et Britanniques s’intéressent assez tôt au développement de blindés et de chars a contrario des Allemands. Ce manque d’intérêt provient en partie de l’observation de la relative inefficacité des chars alliés sur les champs de bataille. L’état-major allemand préfère récupérer les chars abandonnés sur place et se concentrer sur d’autres domaines. Cependant, ils décident tout de même de créer une commission d’étude fin 1916 avec des ingénieurs provenant du monde de l’automobile et de l’industrie de l’armement. Les chars de la première guerre mondiale sont souvent moqués pour leur allure archaïque, leur faible vitesse ou leur capacité de franchissement réduite. Mais sans ces balbutiements, ces premiers concepts, aurions nous eu les mêmes chars pendant la Seconde Guerre mondiale ? 

Développement et conception d’un monstre d’acier 

L’Allgemeine Kriegsdepartement 7, Abteilung Verkehrswesen avec Joseph Völlmer débute le projet d’un premier prototype en novembre 1916. Les ingénieurs reçoivent un cahier des charges regroupant ces caractéristiques : un poids maximal de 30 tonnes, avec plusieurs mitrailleuses, un canon, une capacité de franchissement d’1,5 m de large, pouvant aller à une vitesse de 14 km/h, sur châssis de tracteur Holt. Le fruit de ces travaux sort des ateliers en avril 1917 : il s’agit d’une machine propulsée par deux moteurs de 100 ch chacun avec une coque en bois qui représente la forme définitive de l’engin. Il est chargé de ballasts pour simuler le poids initial du char durant les essais qui s’avèrent plutôt concluant. Les ingénieurs ajoutent par la suite un poste d’observation ainsi que deux nouvelles mitrailleuses sur les côtes. L’A7V entre donc en production et le premier exemplaire sort d’usine en octobre 1917. Cependant, avec la capture de nombreux chars britanniques au cours de la bataille de Cambrai en novembre 1917, le besoin de production de la machine allemande est revu largement à la baisse. 

L’A7V est un engin mesurant 7,35 m de long sur 3,05 m de large et 3,30 m de hauteur pour environ 32 tonnes. Son blindage comporte une épaisseur de 30 mm à l’avant, 15 à 20 mm sur le reste du char ce qui le rend mieux protégé par rapport à la plupart des chars alliés. Cependant, l’épaisseur de 10 mm sur le ventre de l’engin le rend vulnérable aux grenades par exemple. Son armement qui fait du char le plus puissant de la guerre comporte un canon Maxim-Nordenfelt de 57 mm ou équivalent ainsi que six mitrailleuses Maxim. Cet imposant char est propulsé par deux moteurs Daimler-Benz de 4 cylindres développant chacun 100 ch avec une boîte à 3 vitesses mécanique, plus perfectionnée que les tanks britanniques. Sa motorisation en fait le char le plus puissant et rapide avec la capacité d’atteindre la vitesse de 16 km/h sur route et 5 à 8 km/h hors piste. Néanmoins, les capacités tout terrain de l’engin sont mauvaises à cause de la faible garde au sol ainsi que la hauteur et un train de roulement trop court.

À l’intérieur du char, on trouve un équipage de 18 à 22 hommes avec un officier, un chauffeur, deux mécaniciens, six mitrailleurs, six chargeurs et deux à trois servants de canons. En plus des munitions, le char transporte 500 litres de carburant lui permettant une autonomie de 60 kilomètres. Le problème récurrent de l’A7V était les jointures des plaques de blindage qui, parfois assemblées à la hâte, forment un jour qui peut laisser passer les balles à l’intérieur du char. Des réajustements sont effectués avant la montée en ligne des engins permettant de pallier à ce problème causé par le montage à la main dans les usines. Seulement une vingtaine d’exemplaires sont envoyés au front. 

L’A7V en chiffres

Longueur : 7,35 m
Largeur :  3,05 m
Hauteur : 3,35 m
Poids : 33 t
Blindage : 30 mm (caisse) à 10 mm (plancher)
Armement principal : Canon 57 mm (Max-Nordenfelt ou équivalent)
Armement secondaire : 6 mitrailleuses MG 08
Motorisation : 2 moteurs 100 ch Daimler-Benz
Transmission : Boite mécanique 3 vitesses
Vitesse : 16 km/h (route) – 6 à 8 km/h (tout terrain)
Équipage : 18 à 22 hommes
Autonomie : 60 km
Exemplaires : Environ 20
Service : Octobre 1917 – Novembre 1918

Engagements de l’A7V 

Les différents blindés sont organisés dans des Panzerwagenabteilungen, composé de trois chars. En octobre 1918, on compte quatre Abteilungen d’A7V contre six avec les « beutepanzer ». L’A7V reçoit son baptême du feu le 21 mars 1918 au cours de l’opération Michael. L’Abteilung 1 est chargé d’appuyer les Stosstruppen progressant vers la ferme de Pontchu dans la Somme. Le 24 avril, les groupements de chars rencontrent pour la première fois des blindés ennemis, des chars moyens Whippet qui ne peuvent rien contre les chars allemands avec leurs mitrailleuses.

Les A7V sont à nouveau engagés dans la bataille de Villers-Bretonneux en avril 1918. Treize chars sèment la panique dans les rangs britanniques et obtiennent des succès tactiques partout sur le front : destructions de chars ennemis, réductions des nids de mitrailleuses et de fixations. Cependant, le char Elfriede est immobilisé et capturé, certains chars comme Nixe subissent des pertes. Il est tout de même indéniable que ce premier combat de chars se solde par une victoire allemande.

Cinq A7V sont à nouveau engagés en Champagne, au nord de Reims, le 31 mai 1918 pour réduire des points d’appui et des nids de mitrailleuses. Le 1er juin, les blindés allemands sont  engagés avec des Beutepanzer face au fort de la Pompelle, toujours au nord de Reims. Le terrain particulièrement escarpé et l’opiniâtreté de la défense française parvient à faire échouer l’assaut allemand. Lors de la bataille du Matz le 9 juin 1918, les groupements 1 et 3 sont engagés en appui à l’infanterie.

L’assaut allemand balaye la 58e DI, les Français se replient en désordre ; un rapport du 295e RI témoigne :

Ces tanks suivaient la route, à petite allure. Dans les champs de blé, de part et d’autre de la route, des mitrailleurs précédaient les deux chars. Le premier tank balayait la route à coups de canon et de mitrailleuses des deux côtés de la route, sur les lisières du bois et les tranchées soumises pendant ce temps a un bombardement qui ne cessait pas. 

Les tanks contournent et prennent en tenaille les défenses françaises, et le 295e RI est littéralement broyé par l’assaut allemand. Le régiment accuse de lourdes pertes, il est dissous le 13 juin. 

Les chars allemands prennent part à l’offensive en Champagne le 15 juillet 1918 dans la région d’Epernay puis de la Pompelle sans réel succès. Ils sont appelés pour contrer l’avancée britannique dans la région de Cambrai fin août 1918, avec deux groupements. Les effectifs allemands perdent au moins deux chars et une soixantaine d’hommes. Un autre Abteilung est engagé en Champagne, sans pertes mais sans succès, ils doivent se replier et parvient à faire une quarantaine de kilomètres sans panne. 

Le dernier engagement des chars allemands est autour de Cambrai le 11 octobre 1918, dans le but de déstabiliser les lignes britanniques après la chute de la ville. Les chars allemands sont engagés sans réelle organisation et perforent à plusieurs endroits les lignes ennemies, perturbent le repli des soldats britanniques. 

C’est ici dans le nord de la France que l’A7V allemand termine sa carrière, sur un succès tactique qui ne pèsera pas dans la balance de la victoire mais qui montre l’efficacité de cet engin imposant. 

Autres projets et développements 

Après la guerre, une autre débute. Dans les rues de Berlin, certains A7V sont utilisés par les Freikorps mais aussi des dérivés tel que l’Uberlandwagen, utilisé comme transport chenillé au cours de la guerre. De nombreux engins sont réutilisés comme les Beutepanzer et des automitrailleuses de prises dont certains dans la campagne des pays baltes.

Au cours de la guerre, l’A7V n’est pas le seul char développé par les ingénieurs allemands. En effet, le Treffas Waggen un engin tricycle de 18 tonnes est pensé mais absolument pas convaincant. Le Sturmpanzerwagen A7V-U est un prototype reprenant l’aspect du Mark britannique avec un poste d’observation supplémentaire. Les Allemands développent aussi le Leichter Kampfwagen LK I et II, un char léger au cours de l’année 1918 mais la fin de la guerre achève son développement. 

L’A7V, ce mastodonte d’acier qui ressemble davantage à une forteresse ou à une casemate mobile n’a donc pas démérité pendant la guerre. Il a remporté de nombreux succès à diverses occasions et a su s’imposer dans les duels char contre char. De plus, ce char était relativement rapide et mieux blindé que ces homologues. Ce char ne mérite donc pas cette réputation peu valorisante qui persiste aujourd’hui. Certes ces engins n’était pas au point, mais il est certain que le développement et les leçons apprises au cours de ce conflit ont permis la conception des chars de la seconde guerre mondiale. Aujourd’hui il ne reste plus qu’un seul exemplaire de ce tank, le “Mephisto” capturé en juillet 1918 par les alliées et désormais exposé en Australie.

Sources, pour en savoir plus :

  • La Grande Guerre des chars, Ysec ,Yves Buffetaut
  • Le Char allemand A7V, Ysec , Yves Buffetaut
  • La grande débrouille, Ysec, JC Laparra
  • Tanks Encyclopedia
  • Germans Panzer 14-18, Osprey, ST Zaloga
  • Mephisto”, Australian War Museum
https://youtu.be/ESKxi4EEDUQ
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