lundi 24 juin 2024

Dictionnaire d’histoire militaire de la France, des origines à nos jours (compte-rendu de lecture)

Autour de cinq thèmes, les hommes, les lieux, les événements, les organisations et les armes, soit plus de 780 entrées, le colonel Rémy Porte, HDR en histoire contemporaine, signe un troisième dictionnaire après celui qu’il avait consacré à la guerre d’Indochine, en 2021, en collaboration avec Ivan Cadeau et François Cochet. Par ailleurs, cet ouvrage est la suite logique du Dictionnaire de la Grande Guerre qu’il avait publié en 2013 avec François Cochet, dans lequel il avait plus particulièrement présenté une « Chronologie commentée de la Première Guerre mondiale ».

Auteur prolixe, archétype de l’officier-historien dans la tradition du regretté général Jean Delmas, Remy Porte a véritablement effectué un travail de bénédictin, qui fait de cette somme un outil de travail indispensable pour les enseignants, lycéens et étudiants. Par la clarté du propos et le sens de la concision, il s’adresse également à tout public éclairé. A noter, pour des questions de béotiens (grades, avancement, prise d’armes, compagnie colonelle, esprit de corps, opérations combinées…) que ce livre comble un vide que les encyclopédies en ligne, et leurs approximations dans une « nov langue » pseudo savante, sont incapables de remplir. Il s’agit surtout de présenter un ensemble sur le long terme historique, de la « proto-France » de Vercingétorix aux engagements extérieurs récents, comme la funeste campagne contre les talibans en Afghanistan.

En effet, les entrées sont denses et brèves. Elles n’oublient ni les sciences et techniques, ni les questions culturelles, industrielles, financières ou diplomatiques inhérentes au « Phénomène guerre », pour reprendre une formule de Gaston Bouthoul. Elles démontrent la parfaite aisance du chercheur qui sait se servir à la fois de son expérience (voir entrée sur le SHD, Service historique de la défense), et des avancées historiographiques. Si l’on s’attend à trouver les grands capitaines, Vauban ou Leclerc, ou les grognards comme le capitaine Coignet, la démarche est plus originale pour les rois de France et ce qu’ils ont pu apporter dans le domaine militaire, y compris lors de déconvenues (article sur Louis XII). L’auteur n’oublie pas les politiques, comme Jaurès et l’importance de L’Armée nouvelle qu’une gauche en capilotade devrait à présent méditer sur le devoir de défense. Les théoriciens sont aussi présents, tel Galula pour la guerre d’Algérie et les enseignements qu’il a pu en tirer sur le plan de la contre-insurrection. Fort à propos, l’auteur rappelle que David Galula a aussi tiré profit de ses observations lors de la guerre civile grecque de 1946 à 1949 (plus les leçons d’Indochine). Ce livre est aussi l’occasion de ressusciter des grands noms, tel le général Niox, visionnaire de l’emploi des chemins de fer à l’époque de la Revanche et à qui le Musée de l’Armée doit tant.

Guide pratique pour les noms de lieu, l’esprit de synthèse de Rémy Porte permet, en quelques lignes, de comprendre les attendus de la malheureuse expédition des Dardanelles, ou les enjeux stratégiques de la Somme, en 1916, ou de Koufra en 1941. Ce qui relève des « événements », au sens large du terme, conduit à des approches géopolitiques jusqu’au niveau tactique. Rémy Porte démontre, s’il en était encore besoin, que « l’histoire bataille » est bien une approche globale tenant compte de tous les paramètres. En ce sens, l’histoire militaire est fille de l’histoire totale. Toutes les entrées relatives aux « organisations » illustrent ce propos, y compris des apports inattendus, tel celui qui concerne les CRA (compagnies de ravitaillement air), dont la première fut créée en 1946 dans l’arme du train.

Les amateurs d’armes seront ravis de ce florilège d’articles qui, en évitant les termes trop techniques, sont à la fois précis et débouchent sur les hommes qui les servent. Ce qui permet à l’auteur de rétablir quelques vérités, telle celle qui concerne le fameux canon de 75, dont Sainte-Claire Deville et Emile Rimailho sont bien les auteurs. De l’arbalète au canon Caesar, on parcourt aisément l’évolution de l’emploi de telle ou telle arme. On conçoit, dès lors, que ce panorama général de l’histoire militaire française se préoccupe aussi des aspects stratégiques et tactiques (entrée par exemple sur l’ordre oblique), sans oublier les fins de guerre (pertes, traités…).

En bref, un ouvrage magistral qui permet, entre autres, de comprendre les choix (mais aussi les erreurs) des responsables politiques et militaires dans l’accomplissement du destin de la France. Réfléchissant au destin de la France, l’auteur en traite à la fois de son bouclier (Seré de Rivière…) et de son épée (Bonaparte, général Ely…). Comme le rappelle lui-même Rémy Porte dans l’introduction de ce dictionnaire, il est utile de rappeler, comme le disait le général de Gaulle, que la France s’est « faite à coups d’épée ».

Jean-Charles Jauffret

Pour commander ce livre (Lemme EDIT, 362 pages, 23 €), cliquer ICI.

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