mardi 27 septembre 2022

Ukraine 14 avril – « Offensive russe pour Pâques » ? (si la météo veut bien)

L’offensive russe se prépare toujours. Le repli des forces du nord (1) est achevé, ne restent que quelques unités symboliques. Les biélorusses vont reprendre la couverture de leur frontière.

Les frappes russes sur Dniepro et son aéroport ont été importantes, ce qui illustre le rôle de cette localité comme nœud arrière du dispositif ukrainien.

Les forces russes descendent toujours par Belgorod, principal « hub » logistique. Cela impose de maintenir la pression sur Kharkiv (3) par des tirs d’artillerie et des raids de forces spéciales. La ville, capitale pour l’effort de guerre ukrainien, reste sans doute un objectif secondaire, à neutraliser au moins.

La météo reste humide, ce qui contraint les russes à rester sur les axes routiers, avec les risques inhérents (embuscades, ciblage d’artillerie, bouchons). L’alternative, c’est la boue. Demain 15 avril commence une période 4 jours « un peu plus secs ».

Les Russes « régénèrent » toujours leurs forces, avec un manque criant d’infanterie. Tous les expédients sont bons : conscrits « désignés volontaires, garde nationale, mercenaires, élèves et profs des écoles militaires, Tchétchènes… La question démographique pèse sur lourd sur les armées modernes. La technologie ne fait pas tout, il faut des « boots on the ground » comme on dit, et cela manque aux Russes face à ces pièges urbains ukrainiens. Le fantassin, c’est « pas glamour », mais cela reste la base de l’armée.

Schématiquement, les Russes peuvent soit « manœuvrer pour couper les arrières », notamment en ciblant Barvinkove (4) et en poussant depuis Donetsk vers Pavlograd (ce qui couperait la logistique ukrainienne), soit pousser plus « graduellement » en répartissant leurs efforts sur la ligne de front et marcher sur Sloviansk et Kramatorsk (5). Cette deuxième option est moins risquée sur le plan tactique et je pense qu’elle sera privilégiée, vu les piètres capacités de coordination interarmes montrées jusqu’ici, le manque d’infanterie pour accompagner la manœuvre mécanisée et les faiblesses logistiques russes. Cette méthode, moins couteuse, est plus fastidieuse et la « victoire » ne sera sans doute pas possible avant la parade du 9 mai (mais la prise de Severodonetsk est possible pour annoncer la « libération » de la République populaire de Lougansk.

Les Ukrainiens sont loin d’être inactifs. Ils font sauter les ponts en Donbass, renforcent leurs positions et mènent des actions offensives vers Kherson (6), ce qui y fixe des effectifs russes qui semblent s’installer sur la défensive pour de bon. Marioupol (7) vit ses dernières heures, tandis qu’en Mer Noire le croiseur russe Moskva (8) a été touché gravement puis a coulé dans sa phase de remorquage. Outre le côté « prestige » de cette perte, le navire projetait une couverture antiaérienne précieuse pour les opérations navales russes, qui s’en trouvent diminuées.

Stéphane AUDRAND
Stéphane AUDRAND
Stéphane AUDRAND est consultant indépendant spécialiste de la maîtrise des risques en secteurs sensibles. Titulaire de masters d’Histoire et de Sécurité Internationale des universités de Lyon II et Grenoble, il est officier de réserve dans la Marine depuis 2002. Il a rejoint l'équipe rédactionnelle de THEATRUM BELLI en décembre 2019.
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1 COMMENTAIRE

  1. Je suis ces articles depuis le début. Sans être particulièrement un stratège , je suis étonné que l’auteur ne considère pas certaines autres hypothèses dans l’évolution du conflit par la partie Russe.
    Si l’offensive dans le Nord n’était qu’une diversion pour fixer les forces Ukrainiennes ? Ne serait il pas possible de penser que le Donbass et les accès vers les mers d’Azov et Noire constituent un objectif largement suffisant pour Poutine ?
    Les arguments sur une « guerre éclair » qui aurait échoué disposent ils d’une source indiscutable ?
    Les Russes encaissent des pertes ce qui est assez normal dans une guerre conventionnelle mais jamais les pertes Ukrainiennes ne sont évoquées donc tout vas bien pour eux ?
    Par quel effet l’Ukraine a perdu la parité dans la domination aérienne qui est un point essentiel ?
    Le potentiel militaire Russe est décris comme peu fiable et affaibli. Il semble que le potentiel Russe serait de 1 Million d’homme ? Est ce exact et si oui , la notion de relève et de re complètement des pertes n’est jamais considéré. La lecture des articles laisse entendre que les forces Russes de départ sont inchangées et non relevées faute de moyens. Est ce bien réaliste au vu des cartes qui montrent un encerclement progressif du corps de bataille Ukrainien concentré dans l’Est ?
    On attend une grosse offensive Russe sous peu dans l’Est à écouter les Ukrainiens. Si les Russes sont battus techniquement comme de nombreuses sources Occidentales le prétendent , d’ou viennent les forces Russes dans l’Est ?
    Mariopol est quasiment tombé . Est un succès stratégique ou doit on penser que la destruction d’un unique navire de guerre Russe est plus significatif .
    Conclusion :j’aime bien vos articles mais je commence à penser qu’ils gagneraient à quelque objectivité du point de vue strictement militaire. Ceci je précise que je ne soutien pas l’action de Poutine et que je déplore profondément le calvaire de la population.

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