mercredi 26 janvier 2022

Un budget de défense en apparence en hausse pour 2018

Cette interview d’environ 8 minutes sur Cnews ce samedi matin incite à approfondir les réponses que j’ai faites (Cf. Sur Cnews en replay).

Soyons clairs. Ce budget 2018 pour la défense est satisfaisant seulement en apparence avec certes une hausse de 5,6% par rapport à 2017. Cette communication politique était néanmoins obligatoire après le départ du général de Villiers cet été. Je constate pourtant que le président Macron semble éviter désormais le milieu militaire, sa première défaite en communication :

*Le Premier ministre, certes responsable de la défense nationale selon la Constitution, retrouve sa place et présente le budget à Toulon ce samedi 31 septembre tout en évoquant la nécessaire confiance entre l’exécutif et les armées.

*La cérémonie d’hommage au sous-officier du 13e RDP tué au combat au Levant sera présidée par la ministre des armées…

Concernant le budget, le président Macron, chef des armées, s’est certes engagé à porter les ressources de la défense à 2% du produit intérieur brut… en 2025, hors pensions et hors surcoûts OPEX soit plus de cinquante milliards d’euros à cette date.

Pourquoi ce budget est-il seulement en apparence en hausse ? Le calcul est vite fait si l’on se réfère seulement au budget OPEX (et opérations intérieures) qui serait désormais pris complètement en charge par le ministère des armées malgré les engagements initiaux du président.

Ainsi, le ministère des armées ne sait pas encore comment financer les 850 millions d’euros au titre des OPEX 2017. Une ligne budgétaire pour les OPEX de 650 millions d’euros a été fixée pour 2018. Or, le coût réel pour les opérations extérieures et intérieures peut s’élever aux alentours d’1,4 milliard si je me réfère à 2016. Le coût cumulé de 1,6 milliard d’euros au titre des OPEX 2017 et 2018 à la charge des armées relativise l’augmentation budgétaire d’1,8 milliard. S’ajoutent la prise en compte des gels budgétaires de 2017 et les 3,4 milliards d’euros d’impayés reportés année après année selon le Figaro.

Ensuite, cette augmentation de 5,6% permettra d’atteindre 1,82% du PIB en 2018 (contre 1,77% en 2017 et 1,78% en 2016) … mais avec pensions, ce qui limite à nouveau cette augmentation. Certes, elle sera poursuivie avec 1,7 milliard d’euros de plus par an jusqu’en 2022. Si les OPEX durent au même rythme qu’aujourd’hui, le budget des armées ne va pas réellement s’améliorer.

Si je prends en considération les 18,5 milliards d’euros d’équipements prévus sur un budget 2018 hors pension de 34,2 milliards, je rappellerai que plus de 3,5 milliards d’euros sont dédiés à la dissuasion nucléaire et près de 4 milliards au profit du maintien en condition des matériels, dont les besoins sont nettement plus importants compte tenu de leur état général. Le matériel neuf livré devrait donc être limité et impacter l’industrie d’armement qui emploie quand même plus de 160 000 personnes.

Enfin, les armées continuent de perdre des effectifs. En 2018, 500 postes sont ouverts. Or, en 2019, malgré les nouveaux recrutements décidés après les attentats de 2015, les armées compteront 4600 personnels de moins qu’en 2014 selon le Figaro. Pour la période 2018-2022, les généraux ont pourtant demandé 9 000 personnels supplémentaires. La ministre Florence Parly a négocié 7 000 recrutements avec Bercy… qui en proposerait 1 500.

Faut-il rappeler que 64% des effectifs militaires sont sous contrat, donc licenciable ou au contrat non renouvelable si besoin est, à la différence par exemple de policiers qui pourraient être embauchés dans les budgets à venir cette fois jusqu’à l’âge de la retraite ? Recruter des militaires ne se fait pas dans l’objectif d’un emploi à vie mais en fonction des menaces. La position sous contrat de la majorité des militaires permet cette flexibilité des ressources, ce qui n’existe pas vraiment dans la fonction publique en général.

L’usure des personnels d’une part, l’efficacité des militaires de l’opération Sentinelle comme aujourd’hui à Marseille imposent donc des effectifs supplémentaires. La vision comptable de Bercy ne doit pas en revanche s’imposer. Il y va de l’efficacité d’une mission de protection de la population qui pourrait bien s’éterniser.

Mais, finalement, ne faut-il pas douter de la sincérité de ce budget 2018 ?

François CHAUVANCY
Saint-cyrien, breveté de l’École de guerre, docteur en sciences de l’information et de la communication (CELSA), titulaire d’un troisième cycle en relations internationales de la faculté de droit de Sceaux, le général (2S) François CHAUVANCY a servi dans l’armée de Terre au sein des unités blindées des troupes de marine. Il a quitté le service actif en 2014. Il est expert des questions de doctrine sur l’emploi des forces, sur les fonctions ayant trait à la formation des armées étrangères, à la contre-insurrection et aux opérations sur l’information. A ce titre, il a été responsable national de la France auprès de l’OTAN dans les groupes de travail sur la communication stratégique, les opérations sur l’information et les opérations psychologiques de 2005 à 2012. Il a servi au Kosovo, en Albanie, en ex-Yougoslavie, au Kosovo, aux Émirats arabes unis, au Liban et à plusieurs reprises en République de Côte d’Ivoire où, sous l’uniforme ivoirien, il a notamment formé pendant deux ans dans ce cadre une partie des officiers de l’Afrique de l’ouest francophone. Il est chargé de cours sur les questions de défense et sur la stratégie d’influence dans plusieurs universités. Il est l’auteur depuis 1988 de nombreux articles sur l’influence, la politique de défense, la stratégie, le militaire et la société civile. Coauteur ou auteur de différents ouvrages de stratégie et géopolitique., son dernier ouvrage traduit en anglais et en arabe a été publié en septembre 2018 sous le titre : « Blocus du Qatar : l’offensive manquée. Guerre de l’information, jeux d'influence, affrontement économique ». Il a reçu le Prix 2010 de la fondation Maréchal Leclerc pour l’ensemble des articles réalisés à cette époque. Il est consultant régulier depuis 2016 sur les questions militaires au Moyen-Orient auprès de Radio Méditerranée Internationale. Animateur du blog « Défense et Sécurité » sur le site du Monde depuis août 2011, il a rejoint depuis mai 2019 l’équipe de Theatrum Belli.
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