mercredi 26 janvier 2022

Une proposition de loi sur le 11 novembre bien mal à propos

Reconnaissons que le parti communiste a de la constance. Ainsi le député Jean-Jacques Candelier, vice-président aussi de la commission de la défense et des forces armées à l’Assemblée nationale, a déposé une proposition de loi ce 12 décembre visant à abroger l’article 1er de la loi n°2012-273 du 28 février 2012 fixant au 11 novembre la commémoration de tous les morts pour la France.

Au nom du groupe « gauche démocrate et républicaine », en fait globalement le parti communiste, il a tiré les conséquences logiques du vote de la loi faisant du 19 mars la date officielle de la commémoration de la fin de la guerre d’Algérie. Une brèche dans la commémoration nationale des soldats morts dans toutes les guerres, première étape donc avant celle de l’abrogation de la loi sur le 11 novembre.

Quels sont les motifs évoqués pour ce retour en arrière ?

Ce groupe estime que « la loi du 28 février 2012 fixant au 11 novembre la commémoration de tous les morts pour la France a porté un coup au travail de mémoire et à la culture combattante » (…) « En entendant faire célébrer ce jour tous les morts pour la France, quel que soit le conflit ou la mission, la loi fait courir le risque d’un déséquilibre croissant entre les dates commémoratives ». A l’époque d’ailleurs, je me souviens aussi de commentaires par l’intermédiaire des médias rejetant l’inscription de noms de soldats tués dans les conflits récents sur les monuments aux morts ; ceux-ci devaient seulement témoigner des grandes guerres ayant engagé le peuple français dans sa globalité. Un même état d’esprit d’une minorité.

En bref, chaque interprétation de l’Histoire à travers les multiples commémorations devrait être préservée par idéologie au détriment de l’unité nationale. Divisons pour « essayer de régner » mais est-ce surprenant ?

Il y a donc des morts au combat plus honorables que d’autres pour ces députés surtout si je lis cet autre motif : « le risque est aussi de confusion de la pensée historique. Nous ne pensons pas que le sacrifice du soldat tombé en Afghanistan soit de même nature que celui du soldat tombé à la bataille de la Marne ou à Verdun. Nous ne croyons pas qu’il existe un « message unique » de la France à travers les siècles. Le lyrisme sur le « roman national » est bon pour endormir les consciences. » Nos soldats apprécieront.

Ma conscience me dirait en revanche qu’il serait temps d’étudier le rôle avec toutes ses conséquences que le parti communiste français a eu dans les guerres que nous avons menées, y compris récentes. Chacun a une part de responsabilité sur tel ou tel fait. Je reconnais que rien n’est simple. Pour être en phase avec l’actualité, je pourrai citer l’exemple de Maurice Autin, militant communiste français torturé en Algérie par des militaires français puis « disparu ». Autant la torture n’était pas acceptable, autant combattre l’armée de son pays était-il acceptable ?

Il est manifeste cependant aujourd’hui que nous avons un parti vivant sur des convictions idéologiques anciennes mais agissant avec méthode et avec obstination pour créer une histoire conforme à ses idées. Il est vrai que l’histoire est en France un enjeu de mémoire. Cependant, n’en déplaise à ces députés, le roman national, donc une histoire commune, me semble important au XXIè siècle pour avoir une nation forte de ses différences mais s’appropriant une histoire commune, même avec ses ombres.

Cette proposition de loi a donc été transmise à la commission de la défense et des forces armées de l’Assemblée nationale qui, espérons-le, saura lui donner une suite… raisonnable.

François CHAUVANCY
Saint-cyrien, breveté de l’École de guerre, docteur en sciences de l’information et de la communication (CELSA), titulaire d’un troisième cycle en relations internationales de la faculté de droit de Sceaux, le général (2S) François CHAUVANCY a servi dans l’armée de Terre au sein des unités blindées des troupes de marine. Il a quitté le service actif en 2014. Il est expert des questions de doctrine sur l’emploi des forces, sur les fonctions ayant trait à la formation des armées étrangères, à la contre-insurrection et aux opérations sur l’information. A ce titre, il a été responsable national de la France auprès de l’OTAN dans les groupes de travail sur la communication stratégique, les opérations sur l’information et les opérations psychologiques de 2005 à 2012. Il a servi au Kosovo, en Albanie, en ex-Yougoslavie, au Kosovo, aux Émirats arabes unis, au Liban et à plusieurs reprises en République de Côte d’Ivoire où, sous l’uniforme ivoirien, il a notamment formé pendant deux ans dans ce cadre une partie des officiers de l’Afrique de l’ouest francophone. Il est chargé de cours sur les questions de défense et sur la stratégie d’influence dans plusieurs universités. Il est l’auteur depuis 1988 de nombreux articles sur l’influence, la politique de défense, la stratégie, le militaire et la société civile. Coauteur ou auteur de différents ouvrages de stratégie et géopolitique., son dernier ouvrage traduit en anglais et en arabe a été publié en septembre 2018 sous le titre : « Blocus du Qatar : l’offensive manquée. Guerre de l’information, jeux d'influence, affrontement économique ». Il a reçu le Prix 2010 de la fondation Maréchal Leclerc pour l’ensemble des articles réalisés à cette époque. Il est consultant régulier depuis 2016 sur les questions militaires au Moyen-Orient auprès de Radio Méditerranée Internationale. Animateur du blog « Défense et Sécurité » sur le site du Monde depuis août 2011, il a rejoint depuis mai 2019 l’équipe de Theatrum Belli.
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