mardi 5 mars 2024

5 février 1804 : le sapeur Dominique Gaye-Mariole est fait chevalier de la légion d’honneur

En dehors des ingénieurs militaires, l’institution militaire prête peu d’intérêt aux sapeurs de l’arme du génie. Pourtant, à l’époque napoléonienne, un sous-officier se distingue. Il s’agit du sergent sapeur Dominique Gaye-Mariole bien connu des historiens de cette période en raison de son rapport avec l’empereur.

Au cours du XIXe siècle, le renom du sergent sapeur Dominique Gaye-Mariole est prestigieux pour de nombreuses raisons. C’est grâce à l’image du héros qu’il incarne par ses faits de guerre au cours des campagnes napoléoniennes et les légendes qu’on lui associe que sa réputation se construit. Instrumentalisé, il a même servi de modèle pour certains artistes dévoués à la cause napoléonienne. Intégré à la garde impériale, Gaye-Mariole est également connu de toute l’armée comme le premier sapeur de France. Enfin, on lui associe la fameuse expression « faire le mariolle ». Le village de Campan dans les Hautes-Pyrénées, d’où le héros est originaire, a su exploiter localement les qualités de ce « héros ».

Un mounaque comme sapeur.

Campan se trouve à 28 km au Sud de Tarbes et 90 km au nord de la frontière avec l’Espagne par l’intermédiaire du col d’Aspin et de la vallée d’Aure. Ce village est connu pour ses « mounaques », (poupée géante), qui ornent les rues, les places, les lavoirs, les balcons et les galeries de ses maisons pendant les mois d’été. Dans celui-ci, Dominique Gaye-Mariole, enfant du pays, a son propre « mounaque » ; vêtu de son uniforme de garde impérial, il reprend du service chaque été, dans la cour de la mairie. Chaque mois de juillet, depuis 1991, la confrérie des mariolles, du village de Campan, organise la fête des mariolles.

Le héros légendaire.

Né en 1767 à Campan, le surlendemain de la Noël, il est mis à l’honneur par sa commune de naissance. Il fut enterré le 19 juin 1818 dans l’ancien cimetière Saint-Jean à Tarbes.

Ce montagnard de la haute vallée de l’Adour n’était pas un homme ordinaire, il était grand et constituait une force de la nature. Il mesurait entre 1,90 et 2,10 mètres selon les sources. Les registres de Vincennes font mention de 1,88 mètre.

Dominique Gaye-Mariole est connu pour ses exploits et pour certains moments qui le lient à l’Empereur. Suivons sa carrière pour les connaître mais gardons à l’esprit que la part de vérité et la part d’invention peuvent y être mêlées et déformées avec le temps.

Le 1er février 1792, à 25 ans, répondant à l’appel des armes, Gaye-Mariole se porte volontaire pour défendre la patrie en danger. Il est. Incorporé au 2e Bataillon des Chasseurs des Pyrénées en formation à Tarbes. Sa pratique du tambour le désigne tout naturellement comme tambour-Major du bataillon. Les chasseurs des Pyrénées interviennent contre les armées espagnoles qui attaquent les frontières du Sud. La paix signée avec l’Espagne, Gaye-Mariole devient Tambour-Major à la 145e demi-brigade. En Janvier 1796, le nombre des demi-brigades est réduit à 110. La 145e demi-brigade, du moins ce qu’il en reste, car elle a été fort éprouvée, est versée à la 4ème demi-brigade d’infanterie de ligne. Celle-ci participe à la campagne d’Italie. La batterie de tambours dirigée par Mariole est à Montenotte, Millessimo, Dego, Mondoni. A Mantoue, le 15 septembre 1796, le tambour-major est blessé à la main gauche, ce qui lui vaut un sabre d’honneur.

Rares sont ceux qui savent que sans Gaye-Mariole, la carrière du général Bonaparte aurait pu se terminer en novembre 1796 au pont d’Arcole et jamais la France de connaître l’Empire. En effet Mariole aurait tiré d’une mauvaise situation le général Bonaparte tombé de son cheval dans le marais de l’Alpone. Plusieurs versions mentionnent que notre tambour-major se précipite, le saisit par le collet de son habit, l’extrait de sa gangue de boue et l’emporte sur son dos.

L’année suivante, à la bataille de Rivoli entre le 14 et 15 janvier 1797, un coup de feu lui traverse les deux cuisses, lui laissant de profondes cicatrices (dossier de pension côté 103582/1801-17 au SHA). A l’infirmerie, Gaye-Mariole, qui a gardé toute sa connaissance entend les chirurgiens parler de l’amputation de ses deux membres. Sa violente colère fait reculer les praticiens et sa robuste constitution fait le reste. Il guérit au grand étonnement des ces derniers qui le soignent. En récompense de sa vaillante conduite sur le champ de bataille, il reçoit, de son général, une carabine d’honneur.

En mars 1798, la 4e Demi-Brigade revient en France, affectée à l’Armée d’Angleterre. En 1800, les médecins militaires surveillent notre tambour-major, surpris par son extraordinaire robustesse. Il est alors proposé pour la réforme. Mais le Basque ne connaît plus que l’armée pour famille et ses tambours plus particulièrement. Il est au désespoir. Fortement ému par tant de peine, son chef de brigade, le colonel Frère qui vient d’être nommé à la tête de la garde des Consuls décide d’intervenir auprès du Premier Consul. Bonaparte qui se souvient parfaitement du tambour-major, le veut près de lui, aux grenadiers de la Garde.

Le 15 pluviôse de l’an XII (5/2/1804), il reçoit la Légion d’honneur des mains de Napoléon qui aurait dit en le décorant : « Voici pour l’Indomptable » (selon Achille Jubinal, député au Corps Législatif pour l’arrondissement de Bagnères).

Ensuite, on le voit encore lors des campagnes de 1806 et 1807 en Prusse, en Pologne et celle d’Espagne de 1808.

L’Empereur passe en revue son unité à la veille de la bataille de Tilsitt, en juillet 1807. Pour se distinguer, Gaye-Mariole aurait présenté les armes, non pas avec un fusil, mais avec un canon de 4. Le mounaque de Campan se présente avec un canon posé à ses pieds devant la mairie pour rappeler cet événement. Cependant, la polémique des historiens tourne autour du canon de 4 dont le poids pouvait atteindre 575 kg. Mariole n’aurait jamais pu porter un canon de ce poids, il s’agirait plutôt d’une pièce en rapport avec un canon qu’il aurait présenté à l’Empereur.

En 1809, la Garde regagne le territoire national où napoléon prépare la campagne contre l’Autriche. Mais Gaye-Mariole ne fera pas cette campagne, en effet, malade, il reste à Courbevoie. Le médecin major juge que, vu ses anciennes blessures et son état de santé, notre sergent ne peut rester davantage dans l’armée. Le 28 février 1810, Napoléon signe la mise à la retraite de Mariole (42 ans) avec une pension de 600 F.

Avec Waterloo, l’Empire s’écroule, Wellington à la tête des armées alliées, opposé à l’armée de Saoult, pénètre dans le sud de la France. Gaye-Mariole avec d’autres compatriotes reprend les armes. Le 20 mars 1814, judicieusement embusqué avec une vingtaine de camarades dont beaucoup d’anciens militaires, il arrête durant deux heures un détachement anglais d’un millier de soldats.

Un modèle pour les artistes.

Dominique Gaye-Mariole est autrement connu. Il a servi de modèle aux artistes peintres et sculpteurs dévoués à la cause napoléonienne. C’est tout d’abord le peintre David qui le fait figurer dans sa « Distribution des Aigles ». Le tableau est commandé par Napoléon, il est achevé pour le Salon de 1810. Gaye-Mariolle s’y trouve tout en bas à droite, sur les premières marches de l’escalier conduisant au trône.

Le peintre Eugène Sans réalisa le portrait de Mariole commandé par Jubinal. Celui-ci l’offrit à la commune de Campan.

Il intéresse aussi les sculpteurs. Sa représentation sur l’Arc de Triomphe du Carrousel à Paris, sous forme d’une sculpture d’angle le prouve. De même aux Invalides, le hasard de l’implantation des collections l’ont placé montant la garde, non loin du tombeau de l’Empereur.

Un personnage qui confirme une expression ancienne

À l’occasion d’une revue des troupes par l’Empereur pendant l’entrevue de Tilsit, en 1807, il est rapporté que Mariole s’y est distingué par un trait d’audace et de force extraordinaire.
Voyant arriver l’Empereur, Mariole mit précipitamment sa carabine à terre, prit un canon de 4 entre ses mains et le dressant contre sa poitrine, présenta les armes. Napoléon qui le reconnaissait, lui sourit et lui dit :
« Ah ! Je sais ton nom », en lui tirant familièrement l’oreille, « Tu t’appelles l’INDOMPTABLE !»
« Oui ! sire ! »
« Que vas-tu faire pour saluer l’autre (le tsar) tout à l’heure ?»
« Sire, je vais reprendre ma carabine. C’est assez bon pour lui ! ».

L’Empereur, content du geste, de son tour de force et de sa réplique lui fit donner une gratification de deux mois de solde. C’est avec cet événement, que dans la Grande Armée « faire le Mariole » qui signifie « faire le pitre » prend tout son sens.

Néanmoins, l’expression « faire le mariol » est beaucoup plus ancienne.

« mariol » est d’abord un diminutif péjoratif déjà usité au XVIe siècle et désignant la Vierge MARIE et par extension, toute statuette de la Vierge, puis des saints. Ce diminutif se croise avec celui de marjolet, ou mariollet, désignant un jeune freluquet, élégant, qui finit par prendre le sens de « celui qui fait l’intéressant, le malin ». Le mot Mariol apparaît également en France au XVIe, en provenance de l’italien « mariolo » (coquin) filou, malin. Le nom « Mariolle » apparaît à CAMPAN dès le milieu du XVIe siècle comme prénom féminin diminutif de MARIE, des actes de 1597 font également état de Mariolo ou Mariolle. Par conséquent, on faisait bien le mariole avant Domique et son canon de Tilsit

Le premier sapeur de France de la grande armée.

Gaye-Mariolle est un sapeur issu de l’infanterie de ligne. Versé dans une unité constituée de l’arme du génie en 1801, il est promu sergent des sapeurs de la garde des consuls. Dans ces conditions, l’ancienneté de Mariole dans l’armée et son grade de sergent ainsi que la légende lui attribue le titre de premier sapeur de France.

À cette époque les sapeurs de la garde sont répartis dans les régiments d’Infanterie et ne sont que deux par compagnies. Gaye- Mariole, dès son intégration au sein de la garde consulaire, se trouve dans une compagnie de grenadiers, il n’est pas encore sergent. Ce n’est que le 1er nivôse de l’an X (22/12/1801) qu’il est promu sergent des sapeurs de la Garde des consuls. Il est donc sapeur de la garde avant la création officielle du Génie de la garde impériale. Par arrêté du 17 ventôse de l’an X (8 mars 1802), chaque compagnie de grenadiers comprend désormais dans ses rangs, deux sapeurs, dont 1 sergent et 1 caporal. La Garde Impériale ne devient officielle que le 29 juillet 1804, le génie n’y est toujours que très faiblement représenté.

Connu dans toute la Grande armée sous le nom de « Premier sapeur de France » et de « l’Indomptable », Dominique Gaye-Mariole s’éteindra le 19 juin 1818, à l’âge de cinquante ans à Tarbes. Cette appellation de « Premier sapeur de France » le suivra jusqu’au pied de sa tombe. Il y a plus de 70 ans maintenant, on y faisait état de la présence d’une croix de bois. Elle était faite avec une double monture de fusil sur laquelle on pouvait lire : « Ci-gît GAYE-MARIOLE, ex-premier sapeur de France ; vous qui passez, priez pour lui ! ». Que cette croix fut posée au moment de sa mort ou bien longtemps après, cela montre que le personnage était connu comme tel.

LCL SOUPRAYEN

Source : Bulletin 39 de l’association Musée du Génie (Juin 2019)

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