CAPINT vs T-14 Armata : quand deux visions convergent vers le char du futur

À la présentation du CAPINT à Eurosatory, je n’ai pas pu m’empêcher d’y voir certaines similitudes avec le T-14 Armata russe. Si les contextes industriels, opérationnels et stratégiques sont très différents, la parenté architecturale entre les deux véhicules apparaît aujourd’hui particulièrement évidente.

Tourelle inhabitée, équipage réduit à trois hommes, capsule blindée dans la caisse, chargeur automatique, séparation de l’équipage et des munitions, architecture numérique avancée ou encore protection active : plusieurs choix technologiques effectués par les Russes au début des années 2010 se retrouvent désormais dans les réflexions occidentales.

Le T-14 avait été conçu comme une rupture technologique complète, avec une nouvelle plateforme, un nouveau moteur, une nouvelle tourelle et un système de protection active intégré. Il était également pensé pour pouvoir évoluer vers un canon de 152 mm.

Le CAPINT adopte une approche plus pragmatique. Il capitalise sur des briques technologiques matures, intègre directement les enseignements du conflit ukrainien et prévoit lui aussi une réserve de croissance importante avec le canon ASCALON et une évolution possible vers le 140 mm.

Au-delà des différences de philosophie, les deux programmes semblent converger vers plusieurs principes qui pourraient caractériser les chars de combat des années 2030 :

  • Tourelle inhabitée
  • Équipage de trois hommes en caisse
  • Protection active hard-kill
  • Chargeur automatique
  • Numérisation poussée
  • Protection renforcée de l’équipage
  • Potentiel d’évolution du calibre
  • Poids contenu


Le paradoxe est peut-être là : le T-14 apparaît en avance sur son époque, tandis que le CAPINT bénéficie aujourd’hui d’un retour d’expérience opérationnel considérable, notamment issu de la guerre en Ukraine.

Le débat sur la pertinence de cette architecture reste entier à l’ère des drones mais elle porte aussi sur la capacité à la rendre fiable, industrialisable et soutenable économiquement. Ce que la Russie n’a semble t’il pas réussi à faire avec le T-14.

Olivier DUJARDIN
Olivier DUJARDIN
Olivier Dujardin : ancien militaire spécialisé dans la guerre électronique et le renseignement d’origine électromagnétique. Au cours de sa carrière, il a travaillé sur l’analyse des radars, des systèmes de détection et des systèmes d'armes, développant une expertise technique dans ces domaines. Après 20 ans d'armée, il a poursuivi ses travaux au sein de plusieurs centres et revues spécialisés, notamment le CF2R, où il a rédigé de nombreux articles portant sur les drones, la défense sol-air et l’évolution des pratiques opérationnelles. Il est co-auteur de "Drones et lutte anti-drone", ouvrage écrit avec Lauraline Maniglier, qui présente une analyse complète des usages militaires et civils des drones ainsi que des moyens de détection et de neutralisation. Il est également co-auteur, aux côtés d’Éric Denécé, de "Guerre en Ukraine : réalité du terrain", un livre qui propose un retour d’expérience documenté sur les premières phases du conflit, basé sur les constats opérationnels et techniques observés sur le terrain.
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