11 octobre 1424 : mort du chef de guerre hussite Jan Žižka.
11 octobre 1531 : bataille de Kappel, mort de Zwingli (Suisse).
Depuis le printemps 1531, Zurich et Berne interdisent la vente de blé et de sel aux cinq cantons restés catholiques (Uri, Schwytz, Unterwald, Lucerne et Zoug). Ulrich Zwingli, qui dirige la Réforme à Zurich, réclamait une guerre ouverte ; ses alliés bernois lui ont imposé ce blocus, qui affame la Suisse centrale sans la faire plier. Le 9 octobre, les cinq cantons déclarent la guerre et marchent sur le territoire zurichois avec 7 000 à 8 000 hommes.
Zurich est prise de court. Le Conseil tergiverse, la levée se fait dans le désordre et les troupes partent par paquets, sans attendre les contingents alliés. Une avant-garde commandée par Jörg Göldli tient la hauteur de Kappel am Albis, près de l’abbaye qui marque la limite avec Zoug. Le gros de la troupe la rejoint le 11 octobre après une marche forcée par-dessus l’Albis, épuisé et très inférieur en nombre. Zwingli l’accompagne comme aumônier, casqué et armé.
En fin d’après-midi, les catholiques débouchent d’un bois sur le flanc zurichois. Le combat dure moins d’une heure. Les Zurichois laissent environ 500 morts sur le terrain, parmi lesquels de nombreux magistrats et pasteurs de la ville. Zwingli, blessé, est achevé ; son corps est écartelé puis brûlé comme celui d’un hérétique.
Une seconde défaite au Gubel, le 24 octobre, achève de décourager les réformés. La paix signée à Kappel en novembre 1531 laisse chaque canton maître de sa confession et rétablit le catholicisme dans plusieurs bailliages communs. La carte religieuse de la Suisse en reste fixée pour longtemps, et Heinrich Bullinger succède à Zwingli à la tête de l’Église de Zurich.
11 octobre 1573 : bataille du Zuiderzee (Hollande).
Amsterdam est restée fidèle au roi d’Espagne, mais les « Gueux de mer » des villes révoltées de Hollande du Nord (Hoorn, Enkhuizen, Monnickendam, Edam) lui coupent la route du Zuiderzee. Maximilien de Hénin, comte de Boussu, stathouder de Hollande pour Philippe II, sort d’Amsterdam le 5 octobre 1573 avec une trentaine de navires et plus de 1 300 hommes pour dégager ces eaux. Son vaisseau amiral porte le nom d’Inquisition.
La flotte des insurgés, commandée par Cornelis Dirkszoon, bourgmestre de Monnickendam, compte quelques bâtiments de moins, plus petits et moins armés. Pendant plusieurs jours le vent l’empêche d’aborder l’adversaire, seule manière pour elle de compenser la faiblesse de son artillerie. Il tourne le 11 octobre. Les Gueux fondent sur la ligne espagnole devant Hoorn, enlèvent plusieurs navires et mettent les autres en fuite vers Amsterdam.
L’Inquisition reste seule. Trois bâtiments hollandais s’y accrochent et l’ensemble dérive jusqu’à s’échouer sur un banc près de Wijdenes. Le corps à corps se prolonge toute la nuit, les Hollandais recevant des renforts par barques depuis la côte. Boussu se rend le lendemain, après environ 28 heures de combat. Il restera 3 ans prisonnier à Hoorn.
Trois jours plus tôt, les Espagnols avaient levé le siège d’Alkmaar devant les digues rompues. Les deux échecs ferment la Hollande du Nord au duc d’Albe, qui quitte les Pays-Bas à la fin de l’année. Amsterdam, isolée, ne rejoindra pourtant la révolte qu’en 1578.
11 octobre 1573 : don Juan d’Autriche entre dans Tunis.
Le même jour, à l’autre bout de l’empire de Philippe II, le vainqueur de Lépante prend possession de Tunis. La ville avait été enlevée en 1569 aux Hafsides, clients de l’Espagne, par Uluç Ali, beylerbey d’Alger ; les Espagnols ne tenaient plus que le fort de La Goulette, à l’entrée du lac.
La Sainte Ligue s’est défaite au printemps 1573, quand Venise a traité séparément avec le sultan. Don Juan dispose alors d’une armée sans emploi et obtient de la tourner contre l’Afrique. Il quitte l’île de Favignana, à la pointe de la Sicile, le 7 octobre, avec 107 galères et une trentaine de navires portant quelque 27 000 fantassins italiens, espagnols et allemands. La flotte mouille devant La Goulette le 8 au soir et l’armée débarque le lendemain parmi les ruines de Carthage.
La garnison turque et une grande partie des habitants ont fui. Le marquis de Santa Cruz occupe la ville sans combat le 10 avec 2 500 hommes, et don Juan y fait son entrée le 11. Bizerte se soumet, Porto Farina est occupé le 24.
Philippe II avait prescrit de démanteler la place. Son demi-frère choisit au contraire de la garder : il installe un prince hafside, laisse 8 000 hommes et fait commencer par Gabrio Serbelloni un grand fort entre la ville et le lac. L’ouvrage n’est pas achevé lorsque la flotte ottomane de Sinan Pacha et d’Uluç Ali paraît en juillet 1574. La Goulette tombe en août, le fort neuf le 13 septembre. Tunis devient une province ottomane et l’Espagne renonce pour de bon au Maghreb oriental. Miguel de Cervantes, soldat de l’expédition de 1573, a raconté ce désastre dans Don Quichotte.
11 octobre 1649 : sac de Wexford (Irlande).
Débarqué à Dublin en août 1649 avec l’armée du Parlement, Oliver Cromwell a pris Drogheda d’assaut le 11 septembre et fait passer la garnison au fil de l’épée. Il se tourne ensuite vers le sud. Wexford est le port des corsaires confédérés, qui ruinent le commerce anglais en mer d’Irlande, et la porte par laquelle des secours royalistes peuvent arriver du continent.
Environ 6 000 hommes paraissent devant la ville le 2 octobre. La prise du fort de Rosslare donne à la flotte un mouillage sûr pour débarquer l’artillerie de siège. Le gouverneur, le colonel David Synnott, négocie en attendant des renforts, qui portent sa garnison à plusieurs milliers d’hommes. Cromwell offre des conditions assez douces, car il veut la place intacte pour y prendre ses quartiers d’hiver.
Le 11 octobre, ses canons ouvrent deux brèches dans le château, situé hors les murs à l’angle sud. Les pourparlers durent encore lorsque le capitaine James Stafford, qui y commande, livre l’ouvrage de son propre chef. Les soldats du Parlement tournent ses pièces contre la ville, les défenseurs du rempart lâchent pied et les assaillants escaladent les murs. Le massacre se poursuit jusqu’à la place du marché. Entre 1 500 et 2 000 soldats et habitants périssent, dont plus de 300 noyés en tentant de traverser la Slaney sur des barques surchargées ; Synnott est du nombre. Les pertes anglaises sont insignifiantes.
Cromwell n’avait pas ordonné l’assaut et n’a rien fait pour l’arrêter. Dans son rapport, il y voit un juste jugement de Dieu sur une ville qui avait maltraité des protestants, et regrette surtout qu’elle soit trop ruinée pour loger ses troupes. Avec Drogheda, Wexford demeure l’un des griefs les plus durables de la mémoire irlandaise.
11 octobre 1746 : bataille de Rocourt (près de Liège).
La bataille de Rocourt, que les textes du temps écrivent aussi Rocoux ou Raucoux, oppose le maréchal de Saxe à l’armée alliée du prince Charles-Alexandre de Lorraine sur le plateau qui domine Liège au nord-ouest, pendant la guerre de Succession d’Autriche.
La France est entrée en guerre ouverte contre la Grande-Bretagne et l’Autriche au printemps 1744. La victoire de Fontenoy, le 11 mai 1745, lui a livré la Flandre, et le soulèvement jacobite en Écosse a obligé Londres à rappeler une partie de ses régiments. Maurice de Saxe en profite : Bruxelles capitule en février 1746, Anvers au printemps, puis Mons, Charleroi et Namur, dont la citadelle tombe fin septembre. Les Alliés se replient alors sur Liège pour couvrir la Meuse et Maastricht.
Les Français alignent environ 120 000 hommes, les Alliés de 70 000 à 80 000. La ligne alliée s’étire sur une quinzaine de kilomètres. Les Néerlandais du prince de Waldeck tiennent la gauche, appuyée aux faubourgs de Liège et au village d’Ans. Les Britanniques, Hanovriens et Hessois de sir John Ligonier occupent au centre Rocourt, Voroux et Liers, qu’ils ont retranchés. Les Autrichiens, les plus nombreux, forment la droite jusqu’au Geer, derrière des ravins qui les séparent du reste de l’armée. Se sachant inférieur, Charles de Lorraine a déjà fait passer ses bagages au-delà de la Meuse.
Maurice de Saxe décide d’écraser la gauche et le centre et de n’opposer aux Autrichiens qu’un rideau de troupes. Une nuit de pluie puis le brouillard retardent l’affaire ; l’artillerie n’ouvre le feu que vers dix heures. Liège, principauté neutre, ouvre ses portes, et la colonne du marquis de Contades traverse la ville pour déborder Waldeck. Vers quinze heures, les colonnes de Clermont-Tonnerre et de Löwendal attaquent de front. Les Néerlandais défendent Ans pendant deux heures avant de céder, leur cavalerie couvrant la retraite. Le centre est ensuite chassé de Rocourt et de Voroux. Les Autrichiens n’ont pratiquement pas combattu.
La nuit tombe et le maréchal renonce à poursuivre. Les Alliés repassent la Meuse sur trois ponts de bateaux, les Autrichiens se retirent par le Geer vers Maastricht. Ils ont perdu de 8 000 à 10 000 hommes, dont 3 000 prisonniers ; les Français de 3 000 à 4 000 tués et blessés. Parmi ces derniers figure le lieutenant général marquis de Fénelon, ancien ambassadeur à La Haye et petit-neveu de l’archevêque de Cambrai, blessé à mort.
Rocourt confirme la mainmise française sur les Pays-Bas autrichiens sans détruire l’armée adverse, et la saison interdit d’en tirer davantage. Les Français prennent leurs quartiers dans les villes du Brabant ; les Alliés hivernent aux dépens de la principauté de Liège, dont le prince-évêque Jean-Théodore de Bavière fera valoir les frais lors des négociations de paix. Il faudra Lauffeld en juillet 1747, puis la prise de Maastricht, pour amener la paix d’Aix-la-Chapelle en 1748. Louis XV y rend toutes ses conquêtes.
La tradition rattache à la veille de la bataille un mot du théâtre aux armées de Charles-Simon Favart : la troupe aurait annoncé relâche pour le lendemain « à cause de la bataille » et promis le spectacle suivant pour le surlendemain, jour de la victoire. Du champ de bataille lui-même, recouvert par la banlieue nord de Liège, il ne subsiste presque rien, sinon quelques noms de rues.
11 octobre 1779 : mort de Casimir Pulaski, « père de la cavalerie américaine ».
Casimir Pulaski meurt le 11 octobre 1779, à 34 ans, deux jours après avoir été fauché par la mitraille britannique devant Savannah, en Géorgie. Il y a 247 ans jour pour jour. Ce noble polonais, proscrit dans son pays et condamné à mort par contumace, avait rejoint l’armée de George Washington 26 mois plus tôt. En un peu plus de deux ans de service, il a commandé la cavalerie continentale, puis levé une légion mixte de cavaliers et de fantassins. L’histoire américaine lui a donné le titre de « père de la cavalerie américaine ». Le Congrès en a fait un citoyen d’honneur des États-Unis en 2009.
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Kazimierz Michał Władysław Wiktor Pułaski naît à Varsovie en mars 1745. Les sources modernes retiennent le 4 ou le 6 mars. La maison familiale, aujourd’hui disparue, se trouvait près de l’actuel 53, rue Nowy Świat.
Cette date n’a été fixée que tardivement. Des ouvrages anciens donnaient 1746 ou 1747, et plaçaient la naissance au manoir de Winiary, près de Warka. La découverte d’actes de baptême dans les années 1990 a tranché en faveur de Varsovie et de 1745.
Il est le deuxième fils de Józef Pułaski et de Marianna Zielińska. Le père est avocat auprès du Tribunal de la Couronne et staroste de Warka. La famille, catholique, porte les armes Ślepowron et appartient à la szlachta, la noblesse polonaise.
Un point de vocabulaire s’impose. Pulaski n’était pas comte, bien que les Américains l’aient presque toujours appelé « Count Pulaski ». La noblesse polonaise ne connaissait pas ce titre, et lui-même ne l’a jamais employé. L’usage vient des lettres de recommandation de 1777, celle de Benjamin Franklin en tête.
Le jeune Pulaski fréquente à Varsovie un collège tenu par les théatins, réservé aux fils de la noblesse. Il n’achève pas ses études.
En 1762, à 17 ans, il entre comme page au service de Charles de Saxe, duc de Courlande et vassal du roi de Pologne. Il passe 6 mois à la cour de Mitau, l’actuelle Jelgava, en Lettonie. La cour y est alors consignée dans ses palais par les troupes russes qui occupent le duché. C’est son premier contact direct avec la puissance russe.
De retour à Varsovie, il reçoit de son père le village de Zezulińce, en Podolie, et porte désormais le titre de staroste de Zezulińce. En 1764, il assiste avec les siens à l’élection de Stanislas Auguste Poniatowski, ancien favori de Catherine II, porté au trône avec l’appui de Saint-Pétersbourg.
Un portrait physique nous est parvenu par le mémorialiste Jędrzej Kitowicz, qui le rencontre vers 1771. Il décrit un homme petit et mince, au pas et au débit rapides, indifférent aux femmes comme à la boisson. Pulaski ne se mariera pas et ne laissera pas de descendance.
Son appartenance à la franc-maçonnerie est souvent affirmée, notamment par des loges américaines. Aucun document attestant son initiation n’a été retrouvé à ce jour.
La Confédération de Bar : 4 ans de guerre contre la Russie
Pulaski apprend la guerre en Pologne, de 1768 à 1772, dans une insurrection nobiliaire dirigée contre la tutelle russe. Il en sort avec une réputation européenne et un bilan militaire inégal.
Le contexte est celui d’une République des Deux Nations sous influence. Les troupes russes stationnent sur son sol et l’ambassadeur de Catherine II pèse sur les décisions de la Diète. Une partie de la noblesse tient le roi Stanislas Auguste pour un instrument de Saint-Pétersbourg.
En décembre 1767, Józef Pułaski et ses fils entrent dans la conjuration. La confédération est proclamée le 29 février 1768 à Bar, en Podolie, dans l’actuelle Ukraine. Casimir, 22 ans, signe l’acte et lève une unité. Le 6 mars, il est fait colonel et commande une bannière de cavalerie.
Premiers combats, première capitulation
Il livre son premier combat le 20 avril 1768 près de Pohorełe, et l’emporte. Un second succès suit le 23 avril près de Starokostiantyniv, puis une défaite le 28 à Kaczanówka.
En juin, il s’enferme dans le monastère de Berdyczów, qu’il défend plus de deux semaines. Il capitule le 16 juin et tombe aux mains des Russes. Il est libéré le 28 contre la promesse de ne plus porter les armes et de plaider la fin des hostilités.
Pulaski juge cet engagement sans valeur et le dit publiquement dès son retour parmi les confédérés, fin juillet. L’épisode entame son crédit. Son propre père envisage de le traduire en cour martiale. Il n’est rétabli dans son commandement qu’en septembre.
1769 : la Lituanie et Souvorov
L’année suivante, il tient l’ancienne forteresse d’Okopy Świętej Trójcy, dont il parvient à rompre le siège. Le 7 avril 1769, il est nommé régimentaire de la voïvodie de Cracovie. Il échoue devant Przemyśl, puis part en juin vers la Lituanie avec environ 600 hommes.
Il y cherche à étendre le soulèvement. Sans victoire décisive, il rassemble cependant une force d’environ 4 000 hommes qu’il ramène vers les confédérés. L’expédition est remarquée à l’étranger et établit son nom.
La suite est un désastre. En septembre 1769, il est battu à Orzechowo par Alexandre Souvorov, futur généralissime, dont les forces étaient pourtant inférieures en nombre. Le lendemain, 15 septembre, il est de nouveau défait à Włodawa et son corps est dispersé. Sa famille paie le prix de la guerre : son père meurt pendant le conflit et, selon les sources russes, son frère Franciszek est tué à Orzechowo.
Jasna Góra, le sommet
En 1770, il opère dans le sud de la Petite-Pologne. En juin, à Prešov, il rencontre l’empereur Joseph II, qui le complimente. En août, il voit l’émissaire français Charles François Dumouriez, envoyé par Versailles conseiller les confédérés.
Le 10 septembre 1770, avec Michał Walewski, il s’empare par ruse du monastère fortifié de Jasna Góra, à Częstochowa, sanctuaire national polonais. Il le tient jusqu’en 1771 contre les troupes de Johann von Drewitz. Le principal engagement a lieu le 11 novembre ; un siège en règle dure du 31 décembre 1770 au 14 janvier 1771.
La défense de Jasna Góra est son titre de gloire polonais. Elle lui vaut des chansons et une notoriété hors des frontières. En mars 1771, il entre au conseil de guerre de la confédération. Dumouriez le dit spontané, plus fier qu’ambitieux, brave et honnête, mais rétif à la discipline. Kitowicz note une témérité qui lui fait oublier sa propre sécurité et lui coûte des revers.
En mai 1771, Pulaski marche sur Zamość au lieu de coordonner son action avec Dumouriez contre Souvorov. Privés de son appui, les confédérés sont battus à Lanckorona. Lui-même l’emporte à Majdany, assiège brièvement Zamość, puis se replie sur Częstochowa avec de lourdes pertes quand Souvorov dégage la place.
Le 27 juillet 1771, sous la pression de sa protectrice Franciszka Krasińska, épouse du duc de Courlande, il s’engage à obéir désormais aux ordres de la confédération. Ses détracteurs, Dumouriez compris, lui garderont une réputation d’électron libre.
L’enlèvement du roi et la proscription
Une opération manquée contre le roi fait de Pulaski un régicide aux yeux de l’Europe et le chasse définitivement de Pologne.
En octobre 1771, ses responsabilités au conseil de guerre s’élargissent. Le même mois, il est associé au projet d’enlever Stanislas Auguste. Il s’y oppose d’abord, puis l’approuve à la condition qu’il ne soit fait aucun mal au souverain.
Le coup de main a lieu à Varsovie le 3 novembre 1771 et échoue. Le roi, un moment aux mains des conjurés, regagne son palais. L’affaire ruine le crédit international des confédérés : les cours européennes n’y voient plus une insurrection patriotique, mais un attentat contre une tête couronnée.
Quand son implication est connue, l’Autriche l’expulse de ses territoires, qui servaient de base arrière. Il passe l’hiver et le printemps à Częstochowa, pendant que ses partisans sont battus, pris ou tués.
Le 31 mai 1772, isolé des autres chefs, il quitte Jasna Góra et gagne la Silésie prussienne. La confédération s’effondre dans les mois qui suivent. La même année, la Russie, la Prusse et l’Autriche procèdent au premier partage de la Pologne.
Condamné à mort par contumace
Pulaski passe en France et tente sans succès d’entrer dans l’armée royale. À Varsovie, la Diète de partition, convoquée pour entériner le démembrement, se saisit de son cas. La procédure pour tentative de régicide s’ouvre le 7 juin 1773.
Le verdict tombe à l’été. Il le prive de ses dignités et honneurs, ordonne la confiscation de ses biens et le condamne à mort. Poniatowski lui-même lui aurait fait dire de ne pas rentrer.
Il tente alors de reformer une troupe confédérée dans l’Empire ottoman, en guerre contre la Russie depuis 1768. La défaite turque de 1774 met fin au projet. Il s’échappe de justesse par mer et débarque à Marseille.
Suivent les années les plus sombres. Aucune armée ne veut de lui. Il s’endette et, en 1775, connaît à plusieurs reprises la prison pour dettes, jusqu’à ce que ses amis réunissent de quoi le faire libérer. Selon les éditeurs des Papers of George Washington, il vit dès 1775 parmi les exilés polonais de Paris.
La sentence de 1773 ne sera annulée qu’en 1793, à la demande d’Antoni Pułaski, quatorze ans après sa mort.
Paris, Franklin et la traversée
Pulaski part pour l’Amérique en juin 1777, muni de lettres de Benjamin Franklin et de Silas Deane, avec l’aval de la cour de France. Il n’a alors ni emploi, ni fortune, ni patrie où revenir.
À l’automne 1776, il commence à se renseigner sur un engagement dans l’armée américaine. Son ami l’historien Claude-Carloman de Rulhière, spécialiste des affaires de Pologne, l’introduit auprès des commissaires américains à Paris. Il rencontre Franklin au printemps 1777.
Le 29 mai 1777, Franklin signe à Paris une lettre à Washington. Il y présente Pulaski comme « un officier célèbre dans toute l’Europe » pour sa défense des libertés de son pays contre la Russie, l’Autriche et la Prusse. Il ajoute que la cour de France a encouragé le voyage.
La lettre contient deux inexactitudes qui feront souche. Elle orthographie le nom « Pulawski » et lui attribue le titre de comte. Deane rédige de son côté une recommandation soulignant ses appuis politiques et militaires.
Franklin n’est pas dupe du procédé. Dans une autre lettre de juin 1777, il confie à Washington sa réticence à recommander des officiers étrangers, par crainte de lui envoyer plus de candidats qu’il ne peut en employer. Il y qualifie néanmoins Pulaski de l’un des plus grands officiers d’Europe.
Pulaski embarque en juin à Nantes et touche terre le 23 juillet 1777 à Marblehead, près de Boston. Trois jours plus tard, il écrit à Washington, en français. Il dit n’aspirer qu’au premier combat pour prouver son zèle.
Une phrase lui est constamment attribuée, jusque dans une loi fédérale de 2009 : il serait venu là où l’on défend la liberté, pour la servir, vivre ou mourir pour elle. Elle ne figure pas dans les extraits de la lettre du 26 juillet publiés par les Archives nationales américaines. Sa source exacte n’a pas pu être vérifiée pour ce texte.
Un candidat parmi d’autres
Il rencontre Washington le 20 août 1777 au quartier général de Neshaminy, au nord de Philadelphie. Le commandant en chef ne peut pas le nommer lui-même : les grades relèvent du Congrès. L’accueil est prudent. Le Congrès et l’état-major sont lassés des Européens dont la réputation ne résiste pas à l’épreuve. Pulaski joint à sa candidature plusieurs projets militaires, dont une expédition contre Madagascar, rapporte la New Georgia Encyclopedia.
Washington le soutient pourtant. Le 21 août, il transmet la lettre de Franklin au président du Congrès, John Hancock. Le 28 août, il propose de lui confier le commandement de la cavalerie, poste alors sans titulaire.
Son raisonnement est mesuré. La cavalerie américaine agit surtout en détachements et peut se passer d’un général, écrit-il, mais un homme d’expérience y serait très utile. La Pologne ayant porté son attention sur cette arme, Pulaski est présumé la connaître.
Brandywine, Germantown et le commandement de la cavalerie
Pulaski commande la cavalerie continentale du 15 septembre 1777 à mars 1778. Il démissionne au bout de six mois, faute d’avoir pu s’imposer à ses colonels.
Son premier combat américain a lieu avant sa nomination. Le 11 septembre 1777, sur la Brandywine, en Pennsylvanie, le général britannique William Howe tourne la droite de Washington et force l’armée continentale à la retraite.
Pulaski est présent comme volontaire, sans grade. Selon le récit établi, il part en reconnaissance avec la garde montée de Washington, une trentaine d’hommes, et signale que l’ennemi cherche à couper la ligne de retraite. Washington l’autorise à rallier les cavaliers épars et à les employer à sa guise pour couvrir le repli. Il charge.
L’action a contribué à protéger la retraite. Au-delà, les formulations divergent. La loi américaine de 2009 affirme que sa charge a sauvé la vie de Washington. Une borne historique de Pennsylvanie parle plus sobrement d’un détachement de cavalerie ayant aidé à couvrir le repli. L’American Battlefield Trust écrit qu’il a mené surtout de petits groupes en patrouille et en raid.
Aucun écrit de Washington consulté pour ce texte ne dit qu’il doit la vie à Pulaski. L’affirmation relève de la tradition commémorative plus que de la source contemporaine.
Général de brigade
Le 15 septembre 1777, le Congrès le nomme commandant de la cavalerie avec le grade de brigadier général. Le lendemain, Hancock avoue à Washington ne pas connaître le nom exact de l’intéressé. Il lui demande de faire établir le brevet en consultant « Count Polaski » sur son nom et ses titres.
L’arme qu’il reçoit est modeste : quatre régiments de dragons légers, quelques centaines d’hommes, dispersés auprès des unités d’infanterie. Ils servent d’éclaireurs, d’estafettes et d’escortes.
Le 16 septembre, en patrouille à l’ouest de Philadelphie, il repère une forte colonne britannique en marche vers les positions américaines. Washington se prépare à combattre. Un orage violent empêche l’engagement, resté sous le nom de « bataille des Nuages ». Le 4 octobre, Pulaski prend part à la bataille de Germantown, nouvelle défaite américaine.
L’hiver à Trenton
L’armée hiverne à Valley Forge. Pulaski plaide pour poursuivre les opérations pendant l’hiver ; l’état-major refuse. La cavalerie est envoyée à Trenton, dans le New Jersey, pour se refaire.
Il s’emploie à la réorganiser et rédige le premier règlement de l’arme. Sa correspondance avec Washington, tenue en français, porte sur le fourrage, les selles, les carabines, le rhum. Il réclame un magasin capable de nourrir la cavalerie rassemblée quinze jours pour l’exercice général. Il propose un modèle de selle et veut former des lanciers.
Washington répond sur un ton patient et ferme. Le 26 janvier 1778, il lui rappelle que le repos des hommes et des chevaux est l’objet des quartiers d’hiver. Ses officiers se plaignent d’un service plus dur qu’au camp.
Un succès, puis la démission
Fin février 1778, le général Anthony Wayne, en mission de ravitaillement dans le sud du New Jersey, demande son aide face à une forte colonne britannique. Pulaski rassemble ce qu’il peut. Sa lettre du 28 février, écrite à minuit de Burlington, compte 44 cavaliers et 5 sous-officiers.
Il accroche les Britanniques, puis les attaque avec Wayne à Cooper’s Ferry, face à Philadelphie. Son cheval est tué sous lui. Le gouverneur du New Jersey, William Livingston, salue son activité et son intrépidité dans une lettre à Washington du 9 mars.
La même lettre du 28 février annonce pourtant sa démission. Pulaski y écrit qu’il servira l’intérêt public mais ne s’attend pas à être placé sous les ordres de Wayne. Il se dit décidé à diminuer les embarras de Washington à son sujet en rendant sa charge.
Les causes sont connues. Il parle à peine anglais. Ses conceptions de la discipline et de la tactique heurtent ses subordonnés. Un différend l’oppose au colonel Stephen Moylan, à propos du lieutenant Zielinski, un officier polonais de son entourage. La solde est en retard et son projet de lanciers n’a pas abouti.
Washington en donne la version officielle le 14 mars 1778 au président du Congrès, Henry Laurens. Pulaski s’est convaincu, écrit-il, que son maintien à la tête de la cavalerie causait un malaise constant chez les principaux officiers du corps. Le 3 mars, il l’avait assuré qu’il témoignerait toujours de son zèle et de sa bravoure.
La Légion Pulaski
Le 28 mars 1778, le Congrès autorise Pulaski à lever un corps indépendant de 68 cavaliers et 200 fantassins. Cette légion est sa création propre et le fondement de son titre de père de la cavalerie américaine.
Après sa démission, il gagne York, en Pennsylvanie, où siège le Congrès chassé de Philadelphie. Il y soumet son projet au général Horatio Gates, qui préside le Bureau de la guerre. Washington appuie la démarche dans sa lettre du 14 mars.
La résolution lui conserve son grade de brigadier. Les cavaliers seront armés de lances, les fantassins équipés en infanterie légère. Washington reçoit la faculté de lever, pour ce seul corps, l’interdiction d’enrôler des déserteurs.
Le recrutement se fait surtout à Baltimore, où la légion a son quartier. En août 1778, elle compte environ 330 hommes. On y trouve des Américains, des Allemands, des Hongrois, des Polonais, des Français, des Suédois et des Italiens.
Le colonel commandant la cavalerie est un Hongrois, Michael Kovats de Fabriczy, ancien hussard du service prussien. Plusieurs historiens le tiennent pour le cofondateur de la cavalerie américaine. L’infanterie est confiée au lieutenant-colonel Charles August, baron von Bose, d’origine saxonne.
La légion reçoit une bannière de soie cramoisie brodée par les sœurs moraves de Bethlehem, en Pennsylvanie. Longfellow en a tiré un poème, qu’il a lui-même désavoué pour ses inexactitudes. Une étude publiée en 2024 par le Journal of the American Revolution attribue le dessin de la bannière à Kovats et y voit les couleurs hongroises.
Pulaski entraîne ses hommes aux méthodes de la cavalerie européenne : le choc en bataille, le harcèlement de l’ennemi en marche. Le général Charles Lee loue le niveau d’instruction du corps. Quand les fonds du Congrès manquent, Pulaski paie de sa poche.
La légion vit sur le pays, à la manière européenne. Pulaski réquisitionne vivres et chevaux, notamment chez les habitants qu’il soupçonne de loyalisme. La pratique indispose les civils, le Congrès et Washington.
Une controverse s’ouvre fin 1778 sur les finances du corps. Les vérificateurs lui reprochent la tenue de ses comptes. Lui se plaint de crédits insuffisants et de l’obstruction des autorités locales. Le litige durera jusqu’à sa mort ; il ne sera blanchi qu’à titre posthume.
Little Egg Harbor, 15 octobre 1778
Le baptême du feu tourne mal. Début octobre 1778, une escadre britannique attaque la base de corsaires de Little Egg Harbor, sur la côte du New Jersey. La légion, arrivée à Trenton le 5, marche vers la côte et campe près de Tuckerton le 8.
Le 13 octobre, un sous-lieutenant de la légion, Gustav Juliat, passe à l’ennemi. Cet ancien officier hessois, déjà déserteur une première fois, voue une haine personnelle à von Bose. Il livre aux Britanniques le dispositif du camp.
Dans la nuit du 14 au 15, le capitaine Patrick Ferguson débarque avec un détachement. Vers 4 heures, il cerne une ferme où dorment une cinquantaine de fantassins et attaque à la baïonnette. Von Bose est tué en tentant une sortie, avec le lieutenant de la Borderie. Cinq hommes sont faits prisonniers.
Pulaski accourt du camp principal avec la cavalerie, à un mille de là. Les Britanniques ont déjà rembarqué et détruit le pont derrière eux. La poursuite s’arrête au bord de l’eau.
Le bilan varie selon les sources. Pulaski déclare 25 à 30 pertes ; les Britanniques pensent avoir tué une cinquantaine d’hommes. L’historien Joseph Wroblewski retient plus de 40 morts côté légion, contre trois tués britanniques. Dans son rapport au Congrès, Pulaski met en cause Juliat et la défaillance de la milice.
« Des ours à combattre »
Pulaski demande à servir en corps franc aux portes de New York. Le Congrès l’envoie au contraire sur la frontière. Le 10 novembre 1778, Washington lui ordonne de gagner Minisink, sur le haut Delaware, pour couvrir les colons contre les raids iroquois et loyalistes. Il lui enjoint d’empêcher tout maraudage.
Le 23 novembre, Pulaski rend compte. L’ennemi s’est retiré à près de cent milles, il n’y a rien à faire et le fourrage manquera sous peu. Au Congrès, il écrit qu’on l’a placé dans un exil que les Indiens eux-mêmes fuient, où il ne reste que les ours à combattre.
Le 15 novembre, il avait annoncé à Washington son intention de se rendre à Philadelphie pour organiser son embarquement vers l’Europe. C’est sa seconde tentative de départ en huit mois.
La guerre le retient. Le 29 décembre 1778, les Britanniques prennent Savannah et ouvrent un front dans le Sud. Le 2 février 1779, le Congrès ordonne à Pulaski de marcher avec sa légion vers la Caroline du Sud et de se placer sous les ordres du général Benjamin Lincoln.
La campagne du Sud : Charleston, puis Savannah
Pulaski combat sept mois dans le Sud, de mai à octobre 1779. Il y perd l’essentiel de son infanterie, son second, puis la vie.
L’infanterie quitte le Nord le 18 mars 1779, la cavalerie le 28. La marche dure une soixantaine de jours, à raison de quinze milles par jour. Pulaski entre à Charleston le 8 mai avec ses cavaliers ; les fantassins suivent le 11.
La ville est en crise. Lincoln a emmené le gros de l’armée vers Augusta, en Géorgie. Le général britannique Augustine Prevost en a profité pour franchir la Savannah et pousser jusqu’à Charleston, dont les autorités discutent déjà une capitulation.
Le 11 mai, la légion se porte au-devant de l’avant-garde britannique et se fait étriller. L’infanterie, une soixantaine d’hommes, est presque anéantie. Kovats est tué. Jan Zielinski, cousin de Pulaski, est mortellement blessé. Les Britanniques évaluent les pertes de la légion à quarante ou cinquante hommes.
Prevost se retire le lendemain. Une partie de l’historiographie en crédite Pulaski. L’explication la plus probable est ailleurs : Prevost apprend que Lincoln revient à marches forcées, et il s’est avancé plus loin que prévu. Un historien du XIXe siècle a jugé l’engagement mal conçu et mal conduit.
La loi de 2009 date de février 1779 l’expulsion des Britanniques de Charleston par la légion. C’est une erreur : en février, la légion était encore dans le Nord.
Pulaski passe l’été en Caroline du Sud. Il souffre d’accès répétés de paludisme et reste en service. La légion combat à Stono Ferry en juin.
Début septembre 1779, la flotte française du comte d’Estaing paraît devant la Géorgie. Elle arrive des Antilles avec trente-trois bâtiments et plus de 4 000 hommes, pour reprendre Savannah avec les Américains.
Pulaski est envoyé en avant-garde. Il rejoint le général Lachlan McIntosh à Augusta, enlève un poste britannique près de l’Ogeechee et établit la liaison avec les Français débarqués à Beaulieu. Lincoln arrive devant Savannah avec 600 Continentaux, 750 miliciens et 200 légionnaires de Pulaski.
Le 16 septembre, d’Estaing somme Prevost de se rendre. Prevost temporise. Le délai permet au lieutenant-colonel John Maitland d’entrer dans la place avec 800 hommes venus de Beaufort. La garnison atteint 3 200 soldats, sans compter les miliciens loyalistes, les auxiliaires indiens et les Noirs armés.
Les alliés ouvrent un siège en règle. Le bombardement dure cinq jours, sans résultat décisif. D’Estaing craint la saison des ouragans pour sa flotte et impose un assaut frontal.
L’assaut du 9 octobre
Le plan prévoit une diversion sur la gauche britannique et l’attaque principale sur la redoute de Spring Hill, à droite. Trois colonnes françaises et deux américaines doivent charger ensemble à l’aube. Pulaski commande toute la cavalerie, française et américaine. Il doit s’engouffrer dans la brèche dès que l’infanterie l’aura ouverte.
Rien ne se passe comme prévu. Le brouillard et des guides égarés retardent les Français. D’Estaing lance la première colonne sans attendre les autres. Les Britanniques, prévenus, attendent l’attaque là où elle se produit.
La mitraille brise les colonnes françaises l’une après l’autre. Les Carolinais du colonel John Laurens atteignent le parapet et y plantent leurs drapeaux, avant d’être rejetés par une contre-attaque. Le combat dure près d’une heure.
La blessure
Les témoins ne s’accordent pas sur ce que fait alors Pulaski. Son aide de camp, le capitaine Paul Bentalou, écrit qu’il s’est élancé en apprenant que d’Estaing était blessé. Un autre légionnaire, Maciej Rogowski, parle d’un tir croisé entre deux batteries. D’Estaing estime qu’il a chargé trop tôt et s’est coupé de ses soutiens.
L’historien Gordon Burns Smith propose une version moins héroïque. Pulaski aurait laissé ses cavaliers à couvert dans les bois et se serait avancé avec Bentalou pour reconnaître le terrain. Dans tous les récits, un biscaïen le frappe à l’aine ou au haut de la cuisse. Le coup vient de la batterie des Marins ou du brick armé Germain, sans qu’on sache lequel.
Ses cavaliers, jugeant la charge impossible, se replient à travers le marais et désorganisent au passage une partie des troupes de Laurens.
L’assaut est un échec complet. Les alliés perdent environ 1 094 hommes, dont quelque 650 Français, selon la New Georgia Encyclopedia. Les pertes britanniques généralement admises sont d’environ 40 tués et 63 blessés. C’est l’une des journées les plus meurtrières de la guerre. Les Français rembarquent, Lincoln se replie sur Charleston.
Pulaski meurt le 11 octobre 1779, sans avoir repris connaissance selon la plupart des récits. La date fait consensus. Le lieu de sa mort et celui de sa tombe sont disputés depuis deux siècles.
Le chirurgien James Lynah extrait le projectile sur le terrain. Il affirmera plus tard qu’il aurait pu le sauver si le blessé était resté au camp américain. Pulaski, ou son entourage, exige d’être embarqué. On le porte à bord du brick Wasp, un corsaire de Caroline du Sud commandé par le capitaine Samuel Bulfinch.
Le biscaïen réputé l’avoir tué est conservé à la Georgia Historical Society, à Savannah. Le Charleston Museum en détient un autre, présenté avec la même provenance.
11 octobre 1797 : bataille de Camperdown (mer du Nord).
La République batave, alliée de la France depuis 1795, entretient au Texel une flotte que le Directoire destinait à porter une armée en Irlande. L’amiral britannique Adam Duncan la bloque depuis deux ans avec l’escadre de la mer du Nord. Au printemps 1797, les mutineries de Spithead et du Nore l’ont laissé un moment avec deux vaisseaux fidèles ; il a maintenu le blocus en multipliant les signaux à une escadre imaginaire.
Début octobre, Duncan rentre à Yarmouth pour ravitailler. Le vice-amiral Jan Willem de Winter reçoit l’ordre de sortir, bien que le projet irlandais soit abandonné. Prévenu le 9, Duncan appareille aussitôt et rejoint les Bataves le 11 au matin devant le village de Camperduin, sur la côte de Hollande du Nord. 16 vaisseaux britanniques font face à 15 vaisseaux et plusieurs frégates.
De Winter serre la terre pour gagner les hauts-fonds, où ses bâtiments à faible tirant d’eau seront hors d’atteinte. Duncan n’attend pas d’avoir formé sa ligne. Il attaque en deux groupes, vent arrière, et coupe la ligne adverse en deux endroits pour s’interposer entre elle et la côte : le vice-amiral Onslow, sur le Monarch, tombe sur l’arrière-garde, Duncan lui-même, sur le Venerable, sur le centre et le vaisseau amiral Vrijheid. Le combat se livre à bout portant pendant près de trois heures. Les canonniers bataves tirent dans les coques, à la manière anglaise, et les pertes sont lourdes des deux côtés.
Démâté, la moitié de son équipage hors de combat, le Vrijheid amène son pavillon. 11 bâtiments sont pris, dont 9 vaisseaux de ligne. Les Britanniques comptent 203 tués et 622 blessés, les Bataves 540 tués, 620 blessés et près de 3 800 prisonniers, parmi lesquels de Winter. Les prises sont si maltraitées qu’aucune ne reprendra la mer comme bâtiment de combat.
La flotte batave cesse d’être une menace et ce qu’il en reste se rendra sans combattre en 1799. Duncan est fait vicomte de Camperdown. Quelques mois après les mutineries, la victoire rend confiance à une marine dont le gouvernement avait douté.
11 octobre 1802 : le parachute est breveté.
Ce jour-là, Jeanne Labrosse dépose au nom de son mari, André-Jacques Garnerin, le brevet n° 195 pour un « appareil dit parachute, destiné à ralentir la chute de la nacelle d’un ballon après l’explosion de celui-ci ». Le texte décrit une calotte d’étoffe portant la nacelle et un cercle de bois qui la tient entrouverte pendant l’ascension afin qu’elle se déploie dès la séparation.
L’idée est plus ancienne que le brevet. Louis-Sébastien Lenormand, qui a forgé le mot, s’est jeté en 1783 de la tour de l’observatoire de Montpellier sous une voilure à cadre rigide. Garnerin, né à Paris en 1769 et élève du physicien Charles, a servi comme aérostier sous la Révolution. Pris par les Autrichiens, il passe près de trois ans prisonnier à Bude, en Hongrie, et y réfléchit à un parachute sans armature.
Il l’essaie lui-même le 22 octobre 1797 (1er brumaire an VI). Parti du parc Monceau dans une nacelle suspendue sous un ballon à hydrogène, il tranche à plusieurs centaines de mètres la corde qui le relie à l’aérostat. La voilure s’ouvre et le ramène au sol au prix de fortes oscillations et, selon certains récits, d’une entorse. Un orifice percé au sommet de la calotte corrigera ensuite ce balancement.
Jeanne Labrosse, son élève, devient le 12 octobre 1799 la première femme à descendre en parachute, d’une hauteur de 900 mètres. Le couple, marié en 1802, se produit la même année à Londres, puis en Allemagne et en Russie. Leur nièce Élisa poursuivra ces démonstrations. Garnerin meurt à Paris le 18 août 1823, tué par la chute d’une poutre sur le chantier d’un ballon.
L’appareil reste pendant un siècle une attraction de fête publique. Les armées ne s’y intéressent qu’avec la Grande Guerre, pour sauver les observateurs des ballons captifs, puis certains aviateurs. Les premières troupes parachutistes datent des années 1930.

11 octobre 1805 : combat de Haslach-Jungingen (Souabe).
La Grande Armée a franchi le Danube en aval d’Ulm et achève d’envelopper l’armée autrichienne du général Mack. Murat, à qui Napoléon a confié l’aile qui serre la place, croit l’ennemi tout entier sur la rive droite. Le 11 octobre, il fait passer de ce côté l’essentiel du 6e corps du maréchal Ney. Sur la rive gauche ne reste que la division Dupont, lancée seule vers Ulm.
Pierre Dupont de l’Étang dispose d’environ 6 000 hommes : le 9e léger, les 32e et 96e de ligne, le 1er hussards et deux régiments de dragons. Il débouche d’Albeck en début d’après-midi et se heurte, devant les villages de Haslach et de Jungingen, à quelque 25 000 Autrichiens, dont une nombreuse cavalerie. C’est le gros de l’armée de Mack, qui tâte la route du nord-est, la seule encore ouverte vers la Bohême.
Une retraite en plaine devant cette cavalerie tournerait au désastre. Dupont choisit d’attaquer pour faire croire qu’il est suivi. Le 9e léger enlève Jungingen, le perd, le reprend ; l’église et le village changent de mains plusieurs fois. Les bois qui couvrent sa gauche gênent les cuirassiers autrichiens, qui parviennent tout de même à culbuter les dragons et à piller les bagages de la division.
À la nuit, Dupont se replie sur Albeck en emmenant plusieurs milliers de prisonniers. Il a perdu environ 1 500 hommes, 11 canons et les aigles de ses deux régiments de dragons. Mack, persuadé d’avoir rencontré l’avant-garde d’un corps entier, rentre dans Ulm au lieu de pousser.
L’affaire provoque une violente altercation entre Ney et Murat. Napoléon rétablit la situation le 14 octobre à Elchingen, où Ney repasse le Danube de vive force, et Mack capitule le 20 avec ce qui lui reste d’armée. Dupont sort de la campagne avec la réputation d’un des meilleurs divisionnaires de l’Empire. Elle ne survivra pas à Bailén, 3 ans plus tard.
11 octobre 1870 : les Bavarois prennent Orléans.
Paris est investi depuis le 19 septembre. La délégation du gouvernement de la Défense nationale, installée à Tours, forme en hâte sur la Loire un 15e corps avec des régiments de marche, des mobiles, des troupes rappelées d’Algérie et des volontaires. Gambetta, sorti de Paris en ballon le 7 octobre, arrive à Tours le 9 pour prendre la Guerre en main.
Les Allemands veulent écarter cette menace sur les arrières du siège. Le général von der Tann marche sur Orléans avec le Ier corps bavarois, la 22e division prussienne et deux divisions de cavalerie. Le 10 octobre, il bouscule à Artenay l’avant-garde française, qui reflue en désordre à travers la forêt.
Le général de La Motte-Rouge juge la ville intenable et fait repasser la Loire au gros de ses troupes. Une arrière-garde reçoit la mission de couvrir ce passage dans les faubourgs du nord. Le 11, elle se bat toute la journée aux Aydes, au faubourg Bannier, autour de la gare des Aubrais et de la levée du chemin de fer, maison par maison. Le 5e bataillon du régiment étranger, levé quelques semaines plus tôt avec des volontaires de toute l’Europe, y perd son chef, le commandant Arago, et plus de la moitié de son effectif. Les zouaves pontificaux rentrés de Rome, devenus Volontaires de l’Ouest, reçoivent le même jour leur baptême du feu à Cercottes.
Les Bavarois entrent dans Orléans le jour même. Les Allemands ont perdu près d’un millier d’hommes, les Français plusieurs milliers, dont beaucoup de prisonniers. Von der Tann frappe la ville d’une lourde contribution, que l’évêque, Mgr Dupanloup, s’emploie à faire réduire.
Gambetta relève La Motte-Rouge et confie le 15e corps au général d’Aurelle de Paladines, qui réorganise l’armée de la Loire au camp de Salbris. Elle bat von der Tann à Coulmiers le 9 novembre et rentre dans Orléans le lendemain. Les Allemands reprendront la ville le 4 décembre.
11 octobre 1899 : début de la deuxième guerre des Boers (Afrique du Sud).
Les Boers, mot néerlandais qui signifie « paysans », descendent des colons hollandais, allemands et huguenots du Cap. Pour échapper à l’administration britannique, une partie d’entre eux a migré vers l’intérieur à partir de 1835 et fondé deux républiques : la République sud-africaine, ou Transvaal, et l’État libre d’Orange. Le Natal, où ils s’étaient d’abord établis, a été annexé par Londres dès 1843. Une première guerre, en 1880-1881, a rendu au Transvaal son autonomie.
La découverte de l’or du Witwatersrand, en 1886, attire à Johannesburg des dizaines de milliers d’étrangers, les uitlanders, britanniques pour la plupart, auxquels le président Paul Kruger refuse le droit de vote de peur de perdre le pays par les urnes. Le raid Jameson, coup de main manqué de la fin 1895, a convaincu les Boers qu’on en voulait à leur indépendance. Ils se sont armés de fusils Mauser et de canons Krupp et Creusot. La conférence de Bloemfontein échoue en juin 1899 et Londres renforce ses garnisons.
Le 9 octobre, Kruger exige le retrait des troupes massées aux frontières et le renvoi des renforts en mer. L’ultimatum expire le 11 à 17 h 00. Le Transvaal et l’Orange, liés par une alliance, entrent en guerre. Leurs commandos, milices de fermiers montés qui élisent leurs officiers, passent la frontière ; le premier accrochage a lieu le 12 à Kraaipan, où Koos de la Rey capture un train blindé.
Les Boers alignent d’abord une trentaine de milliers d’hommes contre des forces britanniques moitié moindres sur place. Ils assiègent Ladysmith, Kimberley et Mafeking, puis infligent en décembre les trois défaites de la « semaine noire » à Stormberg, Magersfontein et Colenso. Contrairement à une image répandue, l’armée britannique ne combat plus en tunique rouge : elle porte le kaki. Ses revers tiennent à des attaques frontales en ordre serré contre des tireurs retranchés, armés de fusils à répétition et de poudre sans fumée.
Londres envoie lord Roberts et lord Kitchener avec des renforts qui porteront l’effectif engagé à près de 450 000 hommes au total. Les villes assiégées sont dégagées, le général Cronjé capitule à Paardeberg en février 1900, Bloemfontein tombe en mars, Pretoria en juin. Les deux républiques sont annexées.
La guerre dure pourtant deux ans encore. Botha, De Wet et De la Rey dispersent leurs commandos et harcèlent les voies ferrées. Kitchener répond par quelque 8 000 blockhaus reliés par des barbelés, l’incendie des fermes et l’internement des civils dans des « camps de concentration ». Environ 26 000 Boers, des enfants pour la plupart, y meurent de maladie et de sous-alimentation, et au moins 20 000 Africains noirs dans des camps distincts. Les rapports d’Emily Hobhouse soulèvent une partie de l’opinion britannique.
Les derniers commandos déposent les armes par le traité de Vereeniging, le 31 mai 1902. Le Royaume-Uni a perdu environ 22 000 hommes, dont une majorité de maladie. Les Boers ont eu plus de 6 000 tués au combat. En 1910, les anciennes républiques s’unissent au Cap et au Natal dans l’Union sud-africaine, que gouvernent bientôt les généraux vaincus.
La cause boer a soulevé une grande sympathie en Europe. Des volontaires étrangers l’ont servie, dont le colonel français de Villebois-Mareuil, fait général par les Boers et tué à Boshof le 5 avril 1900. La langue militaire en a gardé le mot « commando ».

11 octobre 1911 : le corps expéditionnaire italien débarque à Tripoli (Libye).
L’Italie convoite depuis longtemps la Tripolitaine et la Cyrénaïque, dernières provinces ottomanes d’Afrique. Elle s’est assuré l’accord des puissances, et la crise d’Agadir, qui livre le Maroc à la France, décide le gouvernement Giolitti à agir. Un ultimatum est adressé à Constantinople fin septembre 1911 ; la guerre est déclarée le 29.
La flotte bombarde les forts de Tripoli les 3 et 4 octobre. La petite garnison turque se retire vers l’intérieur. Le 5, quelque 1 700 marins du capitaine de vaisseau Umberto Cagni occupent la ville et y tiennent seuls, 6 jours durant, une ligne de plusieurs kilomètres en bordure de l’oasis.
Les premiers transports partis de Naples paraissent en rade le matin du 11 octobre. Ils mettent à terre, sans opposition, environ 9 000 fantassins, de l’artillerie et deux escadrons de cavalerie. Le général Carlo Caneva prend le commandement ; son corps expéditionnaire comptera plus de 35 000 hommes. Tobrouk est occupé depuis le 4, Derna, Benghazi et Homs suivent dans le mois.
Rome attendait une promenade militaire et un accueil en libérateur. Le 23 octobre, Turcs et Arabes attaquent ensemble à Sciara Sciat, dans l’oasis, tandis qu’une partie des habitants se soulève dans le dos des troupes. Plusieurs centaines de soldats italiens sont tués. La répression, menée à travers l’oasis, fait des milliers de victimes et indigne la presse étrangère.
L’armée italienne reste ensuite confinée à la côte. Des officiers ottomans, parmi lesquels Enver Bey et Mustafa Kemal, encadrent la résistance des tribus de Cyrénaïque et de la confrérie senoussie. La campagne voit les premiers emplois de l’avion à la guerre : une reconnaissance le 23 octobre, puis, le 1er novembre, les quelques bombes lâchées à la main par le lieutenant Gavotti près de Tripoli.
Le sultan cède les deux provinces en octobre 1912 par le traité d’Ouchy, pressé par la guerre qui éclate dans les Balkans. La soumission de l’intérieur prendra vingt ans. Elle ne s’achève qu’en 1931 avec la capture et la pendaison d’Omar al-Mokhtar.
11 octobre 1935 : Genève sanctionne l’Italie, un prince tigréen passe à l’ennemi (Éthiopie).
L’armée italienne du général De Bono a franchi le Mareb, frontière de l’Érythrée, le 3 octobre 1935, sans déclaration de guerre. Adoua, où les Italiens avaient été écrasés en 1896, est occupée le 6. L’empereur Hailé Sélassié a ordonné à ses chefs du nord de reculer d’une trentaine de kilomètres pour que l’agression ne puisse être contestée, et il en appelle à la Société des Nations, dont l’Éthiopie est membre depuis 1923.
Le Conseil reconnaît le 7 octobre que l’Italie a recouru à la guerre en violation du Pacte. L’Assemblée se prononce du 9 au 11 : cinquante États sur cinquante-quatre approuvent cette conclusion. Seules l’Italie, l’Autriche, la Hongrie et l’Albanie s’y refusent. Un comité de coordination est chargé d’appliquer l’article 16. Le 11 octobre, il arrête la première mesure, un embargo sur les armes à destination de l’Italie, tandis que celui qui frappait l’Éthiopie est levé. Suivent l’interdiction des prêts, celle des importations italiennes et celle de certaines exportations. C’est la première application de l’article 16 du Pacte.
L’ensemble entre en vigueur le 18 novembre. Il épargne le pétrole, le charbon et l’acier, et le canal de Suez reste ouvert aux transports de troupes. Paris et Londres ménagent Mussolini, qu’ils espèrent garder contre l’Allemagne. Les États-Unis, étrangers à la Société, continuent de vendre du carburant. En décembre, le plan Hoare-Laval, qui offrait à l’Italie les deux tiers du pays, achève de discréditer la procédure.
Le même 11 octobre, sur le front du Tigré, le dedjazmatch Hailé Sélassié Gougsa se présente aux avant-postes italiens avec environ 1 200 hommes. Arrière-petit-fils de l’empereur Yohannès IV, gouverneur du Tigré oriental à Mékélé et gendre du négus, il s’estimait lésé au profit de son rival le ras Seyoum et correspondait depuis des mois avec Asmara. Les Italiens le font ras et exploitent largement sa défection. Elle leur ouvre la route de Mékélé, où ils entrent le 8 novembre.
Addis-Abeba tombe le 5 mai 1936, après une campagne où l’aviation italienne emploie l’ypérite. Les sanctions sont levées en juillet. L’Italie quitte la Société des Nations l’année suivante et se rapproche de Berlin. Gougsa sera condamné à mort pour trahison après la guerre ; sa peine sera commuée.
11 octobre 1939 : Roosevelt reçoit la lettre Einstein-Szilard (Washington).
La fission de l’uranium, obtenue à Berlin par Otto Hahn et Fritz Strassmann à la fin de 1938 et interprétée par Lise Meitner et Otto Frisch, est connue des physiciens du monde entier dès janvier 1939. Au printemps, les équipes de Joliot à Paris, de Fermi et de Szilard à New York établissent qu’elle libère des neutrons : une réaction en chaîne devient concevable.
Leo Szilard, physicien hongrois réfugié aux États-Unis, y pense depuis 1933. Il redoute que l’Allemagne ne prenne les devants. Avec son compatriote Eugene Wigner, il se rend le 12 juillet 1939 à Long Island chez Albert Einstein, d’abord pour lui demander d’alerter le gouvernement belge sur l’uranium du Congo. Einstein avoue n’avoir jamais songé à une telle arme. L’économiste Alexander Sachs, qui a ses entrées à la Maison-Blanche, conseille de s’adresser plutôt au président. Szilard revient donc le 2 août, conduit cette fois par Edward Teller, et met au point avec Einstein le texte que celui-ci signe.
La lettre, datée du 2 août 1939, tient en deux pages. Elle expose qu’une réaction en chaîne dans une grande masse d’uranium paraît réalisable à brève échéance et qu’elle pourrait conduire à des bombes d’un type nouveau, extrêmement puissantes. Une seule, apportée par bateau, détruirait un port entier. Elle recommande d’assurer l’approvisionnement des États-Unis en minerai, de financer les recherches et de garder le contact avec les physiciens. Elle signale enfin que l’Allemagne a suspendu les ventes d’uranium des mines tchèques.
Sachs reçoit le pli le 15 août. L’invasion de la Pologne accapare le président et il attend d’être sûr de son attention. Il est reçu le 11 octobre et lit à Roosevelt la lettre et un mémoire de sa main, sans le convaincre tout à fait. Invité à revenir le lendemain matin, il lui raconte, selon son propre récit, comment Napoléon aurait éconduit Fulton et ses bateaux à vapeur. « Cela demande de l’action », conclut Roosevelt en se tournant vers son aide de camp, le général Watson.
Le président crée un Comité consultatif de l’uranium, présidé par Lyman Briggs, directeur du Bureau des standards. Il se réunit le 21 octobre et accorde 6 000 dollars pour acheter du graphite et de l’uranium. L’effort reste modeste pendant deux ans. Le projet Manhattan proprement dit ne naît qu’en 1942, après le rapport britannique MAUD et l’entrée en guerre des États-Unis.
Einstein, tenu pour peu sûr par les services de sécurité, n’y participe pas. Il dira plus tard que, s’il avait su que les Allemands n’aboutiraient pas, il n’aurait rien fait. Szilard, lui, tentera en 1945 d’empêcher l’emploi de la bombe contre le Japon.

11 octobre 1942 : bataille du cap Espérance (Guadalcanal).
Depuis août 1942, les Marines tiennent à Guadalcanal l’aérodrome de Henderson Field. Leurs avions commandent les abords de l’île le jour. La nuit appartient à la marine japonaise, qui ravitaille ses troupes par des convois rapides venus de Rabaul et des Shortland. Le désastre de Savo, le 9 août, a montré la supériorité de ses croiseurs dans le combat nocturne.
Dans la nuit du 11 au 12 octobre, les deux camps font passer des renforts en même temps. Le contre-amiral Norman Scott couvre un convoi qui amène le 164e régiment d’infanterie américain. Il dispose de 2 croiseurs lourds, 2 croiseurs légers et 5 destroyers, qu’il a entraînés au tir de nuit. En face, un groupe de transports rapides débarque hommes et artillerie lourde au nord-ouest de l’île. Le contre-amiral Aritomo Gotō le suit avec trois croiseurs lourds et deux destroyers pour bombarder l’aérodrome.
Peu avant minuit, au large du cap Espérance, le radar du croiseur Helena détecte la colonne japonaise. Scott vient de faire demi-tour par une contremarche qui a désorganisé sa ligne, mais il se trouve en travers de la route de l’adversaire. Gotō, qui ne s’attend à aucune opposition, prend les silhouettes aperçues pour ses propres transports. Les Américains ouvrent le feu à moins de 5 km.
L’Aoba, navire amiral, reçoit des dizaines d’obus et Gotō est mortellement blessé. Le croiseur Furutaka et le destroyer Fubuki sont coulés. Du côté américain, le destroyer Duncan, pris entre deux feux, est perdu, et le croiseur Boise gravement touché. Le lendemain, les avions de Henderson Field coulent deux autres destroyers japonais revenus recueillir les naufragés.
C’est le premier succès de nuit de l’US Navy dans les Salomon. Il ne change pas grand-chose à la campagne : les renforts japonais ont débarqué, et dans la nuit du 13 au 14 octobre deux cuirassés écrasent Henderson Field sous près d’un millier d’obus de 356 mm. Scott sera tué un mois plus tard sur la passerelle de l’Atlanta, lors de la première bataille navale de Guadalcanal.
11 octobre 1958 : lancement de Pioneer 1 (Cap Canaveral).
La NASA a commencé d’exister le 1er octobre 1958. Dix jours plus tard, elle procède à son premier lancement avec une sonde héritée de l’US Air Force, qui avait conçu le programme pour atteindre la Lune avant les Soviétiques. Un premier exemplaire a explosé le 17 août, 77 secondes après le décollage.
Pioneer 1 quitte le pas de tir 17A à 8 h 42 GMT, au sommet d’une fusée Thor-Able à trois étages. Le premier est le missile balistique Thor de l’armée de l’air. L’engin, construit par Space Technology Laboratories, pèse 38 kilos. Il emporte un dispositif de prise de vues infrarouge destiné à la surface de la Lune, un magnétomètre, une chambre d’ionisation et un détecteur de micrométéorites, et doit se placer en orbite lunaire.
Une erreur de guidage donne au deuxième étage une trajectoire trop cabrée et une vitesse finale un peu trop faible. La sonde n’échappe pas à l’attraction terrestre. Elle s’élève jusqu’à 113 800 km, moins du tiers de la distance de la Lune, puis retombe. Elle se consume au-dessus du Pacifique Sud le 13 octobre, après 43 heures de vol.
Aucun objet n’était encore allé aussi loin. Les mesures transmises précisent l’étendue des ceintures de radiations que James Van Allen vient de découvrir et rapportent des mesures du champ magnétique loin de la Terre. Les Soviétiques atteindront les parages de la Lune en janvier 1959 avec Luna 1, les Américains en mars avec Pioneer 4.
11 octobre 1986 : Reagan et Gorbatchev à Reykjavik (Islande).
Le sommet de Genève, en novembre 1985, n’a rien réglé. À l’été 1986, Mikhaïl Gorbatchev propose au président américain une rencontre de travail rapide, à mi-chemin des deux capitales. L’arrestation à Moscou du journaliste Nicholas Daniloff manque de tout faire échouer. L’affaire se dénoue fin septembre et la rencontre est annoncée pour les 11 et 12 octobre.
Les deux hommes se retrouvent à Höfði, une maison de bois isolée au bord de la baie, avec leurs seuls ministres des Affaires étrangères, George Shultz et Edouard Chevardnadzé. Washington attendait une réunion préparatoire. Gorbatchev arrive avec un plan complet : réduction de moitié des arsenaux stratégiques, retrait de tous les missiles de portée intermédiaire d’Europe, les forces française et britannique laissées hors du compte.
Les experts travaillent toute la nuit. Le dimanche 12, la discussion va beaucoup plus loin que prévu. Reagan propose d’éliminer tous les missiles balistiques en dix ans ; Gorbatchev répond par l’élimination de toutes les armes nucléaires, et le président acquiesce. Tout est lié cependant à une condition soviétique : pendant ces dix ans, les recherches sur l’Initiative de défense stratégique, le bouclier antimissile cher à Reagan, resteraient confinées au laboratoire. Le président refuse de renoncer aux essais dans l’espace. La séance est levée à la nuit sans accord, et les photographies de la sortie montrent deux visages fermés.
Sur le moment, l’échec paraît total. Les alliés européens, que personne n’a consultés, s’inquiètent de voir disparaître la dissuasion américaine sur le continent. Mais chacun a mesuré jusqu’où l’autre pouvait aller. Moscou cesse en 1987 de lier le dossier des euromissiles à celui de la défense spatiale, et le traité de Washington sur les forces nucléaires intermédiaires est signé le 8 décembre de cette année-là. Le traité START de 1991 reprend la réduction de moitié discutée à Höfði.
11 octobre 1986 : mort de Georges Dumézil (Paris).
Georges Dumézil naît à Paris le 4 mars 1898. Son père, Jean Anatole Dumézil, officier d’artillerie sorti de Polytechnique, finira général ; l’enfant le suit de garnison en garnison, de Neufchâteau à Troyes et à Tarbes. Reçu premier à l’École normale supérieure en 1916, il est mobilisé en mars 1917 comme officier d’artillerie et fait les campagnes de 1917 et de 1918. Il en revient en février 1919 avec la croix de guerre, et passe l’agrégation de lettres la même année.
Élève du linguiste Antoine Meillet, il soutient en 1924 une thèse de mythologie comparée, Le Festin d’immortalité, que ses maîtres accueillent froidement. On lui fait comprendre qu’il n’aura pas de poste en France. Il enseigne à Varsovie, puis six ans à l’université d’Istanbul, de 1925 à 1931, et deux ans à Upsal. Il apprend en chemin une trentaine de langues et découvre dans le Caucase les Ossètes, derniers descendants des Scythes, dont les épopées nourriront toute son œuvre. De retour à Paris en 1933, il entre à l’École pratique des hautes études. Vichy l’en écarte en 1941 comme ancien franc-maçon ; il est réintégré deux ans plus tard.
Sa découverte date de 1938. En rapprochant les trois grands prêtres de Rome, voués à Jupiter, Mars et Quirinus, des trois classes de l’Inde védique, il reconnaît une même manière de penser le monde, héritée des ancêtres communs des peuples de langue indo-européenne. Elle distribue les dieux, les héros et les hommes en trois fonctions hiérarchisées : la souveraineté, à la fois magique et juridique ; la force guerrière ; la fécondité et l’abondance. Il en poursuit la trace pendant un demi-siècle chez les Romains, les Indiens, les Iraniens, les Germains, les Celtes et les Scythes, dans les panthéons comme dans les récits de fondation, et montre que les premiers rois de Rome sont de la mythologie tournée en histoire.
La deuxième fonction lui inspire plusieurs livres qui touchent de près à l’histoire militaire : Horace et les Curiaces en 1942, Aspects de la fonction guerrière chez les Indo-Européens en 1956, repris et augmenté en 1969 sous le titre Heur et malheur du guerrier. Il y décrit une figure constante, d’Indra à Héraclès et de Tullus Hostilius au Scandinave Starkadr : le combattant indispensable à la société et dangereux pour elle, dont la fureur doit être purifiée au retour du combat, et qui commet tour à tour une faute contre chacune des trois fonctions.
Le Collège de France crée pour lui en 1949 une chaire de civilisation indo-européenne, qu’il occupe jusqu’en 1968. Les trois volumes de Mythe et épopée paraissent de 1968 à 1973. Il consacre en parallèle des décennies à recueillir en Anatolie l’oubykh, langue du Caucase aux 80 consonnes, auprès de ses derniers locuteurs. Entré à l’Académie des inscriptions en 1970, il est élu à l’Académie française en 1978 et reçu l’année suivante par Claude Lévi-Strauss.











