8 avril 1682 : création de la Louisiane.
En 1682, René-Robert Cavelier de La Salle, venu de la Nouvelle-France, explore le bassin du Mississippi jusqu’à son embouchure et donne à cet immense territoire le nom de Louisiane en l’honneur du roi de France, Louis XIV. Pierre Le Moyne d’Iberville débarque en Louisiane en 1699 et fonde Biloxi, qui deviendra la première capitale de la Louisiane. Précédemment (1698), d’Iberville avait demandé à Louis XIV d’établir une colonie française sur le Mississippi en présentant le territoire de la Louisiane comme s’étendant du 29e au 50e degré de latitude.
Au XVIIIe siècle, le territoire de Louisiane s’étend des Grands Lacs jusqu’au golfe du Mexique. Il comprend alors une bonne partie de ce qui allait devenir le centre-ouest des États-Unis, dont dix États américains actuels (Arkansas, Dakota du Sud, Dakota du Nord, Iowa, Kansas, Missouri, Montana, Nebraska, Oklahoma, et la Louisiane actuelle) ainsi que des parcelles des futurs Colorado, Wyoming, Minnesota et Texas.

8 avril 1802 : rencontre pacifique franco-britannique
Chargés de cartographier le littoral australien par leur commandements respectifs, les deux marins pourtant ennemis (CV Nicolas Baudin pour la corvette française Géographe et Matthew Flinders pour la corvette britannique Investigator), se rencontrent pacifiquement dans la baie qui porte toujours son nom en souvenir de ce jour (baie dans le Sud de l’Australie).
8 avril 1904 : signature de « l’Entente cordiale ».
Le Royaume-Uni et la France signèrent le une série d’accords bilatéraux que l’on désigne généralement sous le nom d’« Entente cordiale ». Ils y résolvaient plusieurs différends coloniaux plus ou moins anciens. Ainsi, outre la question ancienne des droits de pêche français au large de Terre-Neuve, objet du premier protocole, le Royaume-Uni et la France reconnaissaient par le second protocole la légitimité de la domination de la première sur l’Égypte et du protectorat (l’expression diplomatique de « droit de police » revient à reconnaître de fait le protectorat) de la seconde sur le Maroc. Enfin, le troisième protocole définissait les sphères d’influences respectives des deux nations au Siam, entérinait la souveraineté française à Madagascar et prévoyait la création d’une commission afin de régler le problème des Nouvelles-Hébrides. L’année suivante, l’attitude compréhensive du Royaume-Uni envers la position française au Maroc aida la France à imposer à l’Allemagne le statu quo dans le royaume chérifien (conférence d’Algésiras).
Le Royaume-Uni et la Russie signèrent un accord similaire le , délimitant leurs sphères d’intérêts respectives en Perse et en Afghanistan. Les deux accords, cumulés à l’alliance franco-russe de janvier 1892, constituèrent la « Triple-Entente ».
Bien que n’étant pas une alliance, l’alignement des trois puissances (complété par divers accords avec le Japon, les États-Unis et l’Espagne) constitua un contrepoids puissant à la « Triple Alliance » de l’Allemagne impériale, de l’Autriche-Hongrie et de l’Italie (cette dernière ayant conclu un accord additionnel secret avec la France contredisant de fait ses obligations dans l’alliance).
Après le déclenchement de la Première Guerre mondiale en août 1914, les puissances de la Triple-Entente décidèrent le 4 septembre de ne pas signer de paix séparée avec l’Allemagne ou l’Autriche-Hongrie. L’armistice séparé de la Russie en décembre 1917 et la paix du traité de Brest-Litovsk le mirent un terme à son alignement avec les autres puissances de l’entente.

8 avril 1915 : « Debout les morts ! ».
Le 95e régiment d’infanterie participe aux tentatives de réduction du saillant de Saint-Mihiel (55) dans le secteur du Bois brûlé. Alors que sa section a conquis la veille un tronçon de première ligne allemande, l’adjudant Péricard subit avec ses hommes une violente contre-attaque qui non seulement reprend le terrain perdu, mais pousse jusqu’à la tranchée de deuxième ligne où ils étaient au repos après leur attaque. Parvenant à arrêter le reflux des poilus qui fuient loin de l’enfer, il reprend avec une poignée d’hommes l’élément de tranchée perdu et, pratiquement encerclé, le tient pendant toute la journée face à l’offensive qui se poursuit. Menacé de toute part, resté seul au milieu des cadavres avec quelques survivants, il galvanise ces derniers par une exhortation restée fameuse : « Debout, les morts ! »
Il tient jusqu’à l’arrêt de l’attaque. Cette action, parfois attribuée à tort au 3e RIC, est relatée par Maurice Barrès à la suite de sa rencontre avec le héros. Parti en guerre à 39 ans comme sergent de la territoriale, Péricard est passé, sur sa demande, au 95e RI, où il a été nommé adjudant. Il est lieutenant à la fin de la guerre. Il publie en 1933 le monumental Verdun, après un important travail de collecte des souvenirs des combattants.
***
Texte de Maurice Barrès (préface de l’ouvrage du lieutenant Jacques Péricard « Debout les morts ! Souvenirs et impressions d’un soldat de la Grande Guerre » (1918).
Aujourd’hui, dans le monde entier, chacun connaît cet épisode que d’innombrables articles, des gravures, des poésies ont popularisé. Vous vous rappelez ? les Allemands ont envahi une tranchée et brisé toute résistance ; nos soldats gisent à terre, mais soudain de cet amas de blessés et de cadavres, quelqu’un se soulève et saisissant à portée de sa main un sac de grenades, s’écrie : « Debout les morts ! » Un élan balaye l’envahisseur. Le mot sublime avait fait une résurrection. J’ai désiré connaître le héros de ce fait immortel, le lieutenant Péricard. Voici ce qu’il me raconta :
« C’était au Bois-Brûlé, au commencement d’avril 1915. Nous nous battions depuis trois jours ; nous n’étions plus dans la tranchée qu’une poignée d’hommes harassés, complètement isolés avec une pluie de grenades sur nos têtes. Si les Boches avaient connu notre petit nombre ! Leur artillerie faisait rage. Un lieutenant (son nom m’échappe), qui était venu me soutenir et qui fumait sa cigarette en riant aux projectiles, reçoit une balle au-dessus de la tempe. Il s’appuie au parapet, les deux mains derrière le dos, la tête légèrement inclinée. Par la blessure, le sang gicle avec force, en décrivant une parabole, comme le vin d’un tonneau par le trou de la vrille. La tête penche de plus en plus, puis le corps s’incline, puis, brusquement, la chute.
La douleur de ses hommes, qui se jettent en pleurant sur son corps !… Impossible de faire un pas sans marcher sur un cadavre. Je me rends compte, soudain, de la précarité de mon sort. Mon exaltation m’abandonne. J’ai peur. Je me jette derrière un amas de sacs. Le soldat Bonnot reste seul. Il n’en a cure et il continue de se battre comme un lion, seul contre combien ?
Je me ressaisis, son exemple m’a fait honte. Quelques camarades nous rejoignent. Le jour s’achève. Nous ne pouvons pas demeurer ainsi. À droite, il n’y a toujours personne. J’aperçois la tranchée sur une longueur d’une trentaine de mètres, interrompue par un énorme pare-éclats. Si j’allais voir ce qui se passe par là ? J’hésite. Puis, un coup de volonté et je me décide.
La tranchée est pleine de cadavres français. Du sang partout. Tout d’abord, je marche avec circonspection, peu rassuré. Moi seul avec tous ces morts !… Puis, peu à peu, je m’enhardis. J’ose regarder ces corps, et il me semble qu’ils me regardent. De notre tranchée à nous, en arrière, des hommes me contemplent avec des yeux d’épouvante, dans lesquels je lis : « Il va se faire tuer ! » C’est vrai qu’abrités dans leurs boyaux de repli, les Boches redoublent d’efforts. Leurs grenades dégringolent et l’avalanche se rapproche avec rapidité. Je me retourne vers les cadavres étendus. Je pense : « Alors, leur sacrifice va être inutile ? Ce sera en vain qu’ils seront tombés ? Et les Boches vont revenir ? Et il nous voleront nos morts !… » La colère me saisit. De mes gestes, de mes paroles exactes, je n’ai plus souvenance. Je sais seulement que j’ai crié à peu près ceci : « Holà, debout ! Qu’est-ce que vous f… par terre ? Levez-vous et allons f… ces cochons-là dehors !
Debout les morts !… Coup de folie ? Non. Car les morts me répondirent. Il me dirent : « Nous te suivons. » Et se levant à mon appel, leurs âmes se mêlèrent à mon âme et en firent une masse de feu, un large fleuve de métal en fusion. Rien ne pouvait plus m’étonner, m’arrêter. J’avais la foi qui soulève les montagnes. Ma voix, éraillée et usée à crier des ordres pendant ces deux jours et cette nuit, m’était revenue, claire et forte.
Ce qui s’est passé alors ? Comme je ne veux vous raconter que ce dont je me souviens, en laissant à l’écart ce que l’on m’a rapporté par la suite, je dois sincèrement avouer que je ne le sais pas. Il y a un trou dans mes souvenirs ; l’action a mangé la mémoire. J’ai simplement l’idée vague d’une offensive désordonnée, dans laquelle, toujours au premier rang, Bonnot se détache. Un des hommes de ma section, blessé au bras, continuait de lancer sur l’ennemi des grenades tachées de son sang. Pour moi, j’ai l’impression d’avoir eu un corps grandi et grossi démesurément, un corps de géant, avec une vigueur surabondante, illimitée, une aisance extraordinaire de pensée qui me permettait d’avoir l’œil de dix côtés à la fois, de crier un ordre à l’un, tout en donnant à un autre un ordre par geste, de tirer un coup de fusil et de me garer en même temps d’une grenade menaçante.
Prodigieuse intensité de vie, avec des circonstances extraordinaires. Par deux fois les grenades nous manquent, et par deux fois nous en découvrons à nos pieds des sacs pleins, mêlés aux sacs à terre. Toute la journée, nous étions passés dessus sans les voir. Mais c’étaient bien les morts qui les avaient mis là !…
Enfin les Boches se calmèrent ; nous pûmes consolider notre barrage de sacs en avant dans le boyau. Nous nous trouvâmes de nouveau les maîtres dans ce coin.
Toute la soirée et pendant plusieurs des jours qui suivirent, je gardai l’émotion religieuse qui m’avait saisi au moment de l’évocation des morts. J’éprouvais quelque chose de comparable à ce qu’on ressent après une communion fervente. Je comprenais que je venais de vivre des heures que je ne retrouverais plus jamais, durant lesquelles ma tête, ayant brisé d’un rude effort le plafond bas, s’était dressée en plein mystère, parmi le monde invisible des héros et des dieux.
À cette minute, certainement, j’ai été soulevé au-dessus de moi-même. Il faut bien que cela soit, puisque j’ai reçu les félicitations de mes hommes. Pour qui a pratiqué les poilus, il n’est pas de Légion d’honneur qui vaille ces félicitations-là.
Si je vous parais chercher, en vous faisant ce récit, une satisfaction de vanité, c’est que j’exprime bien mal mon sentiment, ma volonté. Je sais que je n’ai rien d’un héros. Chaque fois qu’il m’a fallu sauter le parapet, j’ai grelotté de peur, et la détresse qui m’a saisi en pleine action et que je vous disais il y a un instant n’est pas un accident dans ma vie de soldat. Je ne mérite aucun compliment d’aucune sorte. Ce sont les vivants qui m’ont entraîné par leur exemple, et les morts qui m’ont conduit par la main. Le cri ne sortit pas de la bouche d’un homme, mais du cœur de tous ceux qui gisaient là, vivants et morts. Un homme seul ne pourrait trouver cet accent. Il y faut la collaboration de plusieurs âmes, soulevées par les circonstances, et dont quelques-unes déjà planaient dans l’éternité.
Pourquoi ai-je été choisi plutôt que tel officier, plutôt que tel soldat, parmi ceux qui furent mêlés à l’affaire et dont l’héroïsme n’a pas, comme mon courage à moi, connu de défaillance ? Pourquoi plutôt que le colonel de Belnay qui parcourait les lignes sous la pluie de grenades, ou le lieutenant Erlaud, ou le sous-lieutenant Pellerin, ou l’aspirant Vignaud, ou le sergent Prot, ou le caporal Ghuy, ou le caporal Thévin, ou le soldat Bonnot ? (Il m’en citait indéfiniment.) Pourquoi ? on peut recevoir le souffle d’en haut et n’être qu’un pauvre homme. Si jamais vous racontez cette histoire, je vous demande instamment de nommer tous ces chefs et ces soldats, car ce serait un mensonge que j’aie l’air de monopoliser la gloire de cette belle journée de notre régiment. Le cri n’est pas à moi seul, il est à nous tous. Plus vous fondrez mon rôle dans la masse, plus vous vous rapprocherez de la réalité. J’ai la conviction de n’avoir été qu’un instrument entre les mains d’une puissance supérieure. »
Maurice Barrès
8 avril 1915 : promulgation de la loi créant la Croix de Guerre.
Durant la Première Guerre mondiale, le besoin de créer une récompense pour les combattants s’est fait sentir très rapidement. Il existait bien la « citation à l’ordre du jour », mais ce n’était qu’un témoignage écrit, dans les communiqués, les états de service et le livret militaire. Cette décoration administrative devait laisser place à un signe distinctif clair et visible, qui permettait au chef de décorer les plus vaillants de ses soldats sur les lieux même des combats.
En mars 1914, avant le début de la guerre, le député Henri Tournade avait déjà déposé une proposition de loi afin d’instituer, pour les combattants, une médaille dite de la valeur militaire. Mais ce projet avait alors été repoussé par la commission de la Guerre.
À la fin de l’année 1914, le général Boëlle, commandant alors le IVe Corps, tente de convaincre l’administration de la nécessité de la création d’une telle décoration. Il réussira à convaincre un député, l’écrivain Maurice Barrès, député de Paris et chantre du patriotisme, de proposer un projet de médaille pour décorer les soldats, après un exploit particulier.
Le , le député Georges Bonnefous dépose un projet de loi, signé par 66 députés visant à créer une médaille dite de la Valeur militaire. Le député Émile Driant, qui siège alors au parlement entre deux séjours au front, se fait tout naturellement le porte-parole d’un projet qu’il avait déjà ébauché, alors qu’il était aide de camp du ministre de la Guerre, le général Boulanger.
Le , Émile Driant présente et soutient devant l’Assemblée nationale, le rapport de la commission de l’armée. « Créons un ordre récompensant la valeur militaire, mais en lui donnant un nom bref qui sonne clairement et qui, à lui seul, exclut la faveur de l’ancienneté. On l’appellera la croix de guerre, ce sera une croix de bronze clair, à quatre branches, surmontée d’une couronne de lauriers, et suspendue à un ruban vert uni, le vert de la médaille de 1870-1871, débarrassé des rayures noires qui symbolisaient le deuil de l’autre siècle. »
Après la présentation de plusieurs projets, c’est finalement un modèle proposé par la maison Arthus-Bertrand qui est retenu. Le Sénat adopte le ruban vert rompu par de fines rayures rouges, associant le symbole du sang versé à celui de l’espérance et rappelant celui de la médaille de Sainte-Hélène donnée aux vieux grognards du Premier Empire.
Après d’âpres discussions au sein des deux chambres, la loi est votée le , et promulguée le 8 du même mois.
Ainsi on peut lire dans L’Illustration du 1er l’article suivant : « Le gouvernement vient d’adopter le modèle de la croix de guerre appelée à récompenser les belles actions sans nombre que cette campagne voit se multiplier au jour le jour. Le journal officiel du samedi dernier 24 avril 1915 a enregistré le décret présidentiel qui termine les conditions dans lesquelles sera décernée cette enviable récompense et donne la description de l’insigne. » Aux termes de ce décret, la croix de guerre est conférée de plein droit aux militaires des armées de terre et de mer, français ou étrangers, qui ont obtenu, pour fait de guerre pendant la durée des opérations contre l’Allemagne et ses alliés, une citation à l’ordre d’une armée, d’un corps d’armée, d’une division, d’une brigade. Elle est également conférée en même temps que la Légion d’honneur ou la Médaille militaire aux militaires ou civils non cités à l’ordre, mais dont la décoration a été accompagnée, au journal officiel, de motifs équivalant à une citation à l’ordre de l’armée pour action d’éclat. Enfin, les villes martyres, les villages entièrement détruits ou les cités ayant résisté héroïquement se verront attribuer la croix de guerre, qui figurera à la place d’honneur dans leurs armoiries.

8 avril 1945 : opération Amherst des SAS français en Hollande.
Deux régiments SAS composés de Français sont parachutés dans la nuit sur les arrières ennemis avec pour mission de harceler les Allemands.
Lire sur TB : Opération Amherst : Les SAS français clouent l’ennemi au sol

8 avril 1945 : mort à 42 ans de l’aviatrice allemande Melitta Schenk Gräfin von Stauffenberg.
Melitta Schiller naît le 9 janvier 1903 à Krotoschin, dans l’arrondissement de Krotoschin, province de Posnanie, de l’architecte Michael Schiller et de Margaret Eberstein. Son père est issu d’une famille juive de négociants en fourrures, mais s’est converti au protestantisme dans sa jeunesse. Sa mère, Margaret Eberstein, est de confession protestante. Melitta a quatre frères et sœurs : Marie-Louise, Otto, Jutta et Klara.

Le père, ingénieur respecté, mène une carrière dans la fonction publique. La famille vit dans une relative aisance, dans une province alors allemande marquée par la coexistence de populations polonaises, germaniques et juives.
La Première Guerre mondiale puis le traité de Versailles de 1919 redistribuent les cartes géopolitiques de cette région. À la fin de la Première Guerre mondiale, la famille doit quitter la Posnanie devenue polonaise, et Melitta grandira chez sa grand-mère à Hirschberg, en Silésie. Ce déplacement, vécu comme une rupture, n’entame pas les ambitions intellectuelles de la jeune femme. À Hirschberg, elle fréquente le Gymnasium et y développe un goût prononcé pour les mathématiques, la physique et les sciences naturelles. À l’école, elle développe un intérêt particulier pour la physique et l’aérodynamique.
Elle passe le diplôme d’entrée à l’université en 1922, étudie les mathématiques, la physique et l’ingénierie, et se spécialise dans l’aéronautique à l’Université technique de Munich. Cette inscription est en elle-même un acte militant dans une Allemagne des années 1920 où les femmes représentent une infime minorité dans les filières scientifiques et techniques. Les cours de mécanique du vol, de physique appliquée et d’aérodynamique qu’elle suit à Munich la placent dans un environnement presque exclusivement masculin. Elle s’y impose par la rigueur et l’excellence de son travail.
En 1927, elle obtient la mention cum laude. Son diplôme en mécanique des vols et technologies aéronautiques, obtenu avec les félicitations du jury, fait d’elle l’une des premières femmes en Allemagne à décrocher une telle qualification. Elle travaille là pour le DVL à Berlin pendant plus de huit années sur l’aérodynamique et les nouvelles technologies de propulsion par réaction et par fusée.
Parallèlement à ses études, Melitta Schiller nourrit une passion pour l’aviation qui dépasse le cadre strictement scientifique. En 1922, elle est la première femme à être acceptée pour une formation de pilote planeur. Ce brevet de vol à voile constitue une première étape dans une progression méthodique vers la maîtrise de tous les appareils. En 1929, Melitta consacre toutes ses ressources pour payer une formation dans une école qui acceptait des femmes pilotes. À 26 ans, elle est à la fois ingénieure diplômée et pilote brevetée.
Les années de l’Institut de recherche : entre science et ciel berlinois
Melitta Schiller commence à travailler pour le Deutsche Versuchsanstalt für Luftfahrt (DVL), un institut expérimental aéronautique, à Berlin-Adlershof en 1928. Fondé en 1912, le DVL est alors l’un des centres de recherche aéronautique les plus avancés d’Europe. Melitta Schiller y consacre ses recherches à l’aérodynamique, aux techniques de propulsion et aux instruments de navigation. Ces travaux, dont une partie demeure classifiée même à l’époque de Weimar, participent du réarmement déguisé de l’Allemagne que les restrictions du traité de Versailles rendent officiellement impossible.
À Berlin-Adlershof, Melitta Schiller s’impose rapidement comme une chercheuse d’exception. Ses collègues, pour la plupart ingénieurs et physiciens formés dans les grandes écoles techniques allemandes, reconnaissent la précision de son raisonnement analytique et sa capacité à traduire des données théoriques en protocoles d’essais concrets. Elle effectue ses premiers vols instrumentés, testant sur des appareils légers les instruments de bord qu’elle contribue à développer. Cette double compétence – ingénieure au sol et pilote en l’air – la distingue d’emblée de la plupart de ses homologues masculins qui, eux, se spécialisent généralement dans l’une ou l’autre des deux fonctions.
Dans les années 1930, elle ne renonce pas à son rêve d’apprendre à voler, et en 1929, elle trouve enfin une école de pilotage qui l’accepte. Les cours sont coûteux, mais elle y consacre toutes ses ressources, suivant une formation après l’autre. Au cours des premières années de la décennie, elle accumule les brevets : planeur, avion monomoteur, vol aux instruments, vol de nuit, acrobatie aérienne. Chaque qualification ouvre de nouvelles perspectives professionnelles et renforce sa position au DVL.
Au début des années 1930, un moment charnière de sa vie personnelle survient. Lors d’un mariage en avril 1931, elle rencontre les frères Stauffenberg : les jumeaux Berthold et Alexander, et leur jeune frère Claus. Aucun entremetteur n’aurait associé Alexander von Stauffenberg, poète travaillant sur un doctorat en histoire ancienne, avec Melitta Schiller, de deux ans son aînée, scientifique, pilote et ingénieure. Pourtant, entre l’historien érudit, membre du cercle intellectuel du poète Stefan George, et la physicienne aux ambitions de ciel, une attirance réciproque se dessine. Leurs tempéraments opposés semblent se compléter davantage qu’ils ne s’opposent : lui, contemplatif et littéraire ; elle, pragmatique et tournée vers l’action technique.
L’arrivée de Hitler au pouvoir en janvier 1933 modifie profondément les conditions d’exercice du travail scientifique en Allemagne. Les lois raciales progressivement mises en œuvre à partir de 1933, et codifiées par les lois de Nuremberg en 1935, introduisent une classification raciale qui menace directement Melitta Schiller. Son père, baptisé protestant mais né dans une famille juive, la classe dans la catégorie des Mischlinge (métis, selon la terminologie nazie), c’est-à-dire des individus d’ascendance partiellement juive. La sœur de Melitta, Klara, dira plus tard que le statut « non aryen » de la famille « planait sur eux comme une épée de Damoclès ».
Bien que les nazis aient interdit à Schiller l’accès aux services de l’État, ils accueillaient volontiers ses compétences pour des projets aéronautiques militaires dans le secteur privé. À une époque où la législation allemande exigeait que la plupart des femmes, et surtout les femmes mariées, quittent leur emploi, des exceptions étaient accordées dans le monde des essais militaires classifiés, où femmes scientifiques et ingénieures étaient largement invisibles du grand public.
Askania et la reconversion forcée
Malgré huit années de service exemplaire, elle est licenciée de son poste gouvernemental au DVL en octobre 1936 et embauchée par Askania-Werke, une entreprise privée à Berlin qui fabriquait des instruments d’aviation de haute qualité. La raison n’a jamais été officiellement déclarée, mais il semble que ce soit parce qu’elle n’avait pas encore obtenu le statut « équivalent aryen ». À la même époque, le frère et la sœur de Melitta Schiller sont également forcés de quitter des postes liés au gouvernement pour travailler dans l’industrie privée.
Elle entre chez Askania, à Berlin, société au sein de laquelle elle développe des outils de navigation et des systèmes de direction pour des hydravions comme le Blohm & Voss Ha 139 et le Dornier Do 18. Ce travail technique, moins exposé politiquement que la recherche gouvernementale, lui permet de maintenir son niveau d’expertise tout en continuant à voler régulièrement. Les instruments de navigation qu’elle développe pour les hydravions long-courriers Blohm & Voss et Dornier sont destinés aux liaisons postales transatlantiques — un domaine dans lequel l’Allemagne nourrit des ambitions de prestige civil qui cohabitent, dans les ateliers d’Askania, avec des préoccupations militaires non déclarées.
De 1935 à 1937, Melitta suit des cours de vol aux instruments pour la navigation de nuit et par mauvais temps, développant ainsi ses compétences dans des conditions de vol extrêmes. Ces qualifications supplémentaires, acquises de sa propre initiative, vont se révéler cruciales pour la suite de sa carrière. La maîtrise du vol sans visibilité, dans des conditions météorologiques dégradées ou de nuit, constitue une compétence rare, que peu de pilotes — hommes ou femmes — possèdent alors à ce niveau de perfectionnement.
L’année 1937 est décisive à plusieurs titres. En août 1937, Melitta Schiller épouse discrètement Alexander von Stauffenberg. Aucune photographie du mariage n’a été publiée, et certaines sources indiquent qu’ils gardaient leur relation secrète. Schiller avait certainement informé Alexander de son ascendance juive, mais lui et sa famille l’acceptaient complètement. Stauffenberg était ouvertement opposé aux nationaux-socialistes, et il avait attiré l’attention sur lui en juillet 1937 en réfutant publiquement des interprétations « aryanisées » dans son domaine d’étude historique.
Le 28 octobre 1937, elle obtient le grade de Flugkapitänin et devient la seule femme allemande après Hanna Reitsch à recevoir ce grade. Ce titre de commandant de bord, alors réservé aux pilotes d’essai, sanctionne une maîtrise technique exceptionnelle. Il positionne Melitta Schiller au sommet de la hiérarchie aéronautique civile allemande, dans une catégorie où la compétition, quasi exclusivement masculine, est extrêmement sévère. Hanna Reitsch, qui l’a précédée dans cette distinction, représente l’image officielle de la femme pilote que le régime nazi met en scène : une aviatrice patriote, enthousiaste, sans complexes idéologiques. Melitta Schiller forme avec elle un étrange diptyque : toutes deux pilotes hors pair, mais aux trajectoires personnelles et aux convictions politiques radicalement différentes.
En 1936, lors des Jeux olympiques de Berlin, elle effectue un affichage acrobatique dans un Heinkel He 70 Blitz. Cette démonstration publique, devant une audience internationale, illustre la visibilité que le régime accorde ponctuellement aux femmes dont le talent sert ses intérêts de propagande — tout en maintenant leur statut professionnel dans une zone d’incertitude raciale et juridique.
La guerre : pilote d’essai malgré elle
Le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale en septembre 1939 reconfigure immédiatement la position de Melitta von Stauffenberg dans le dispositif aéronautique allemand. Au début de la Seconde Guerre mondiale, Melitta voulait travailler pour la Croix-Rouge, mais elle fut ordonnée de devenir pilote d’essai pour la Luftwaffe au centre d’essais central d’Erprobungsstelle à Rechlin, Mecklembourg. Cette affectation forcée, qui contrecarre ses propres choix, constitue cependant, dans les circonstances, une protection inattendue. Devenue indispensable pour l’effort de guerre, elle acquiert une valeur stratégique que les autorités nazies ne peuvent se permettre de sacrifier sur l’autel des lois raciales.
La mission qui lui est confiée à Rechlin est précise et périlleuse : améliorer les systèmes de visée et les dispositifs de pilotage automatique des bombardiers en piqué, en particulier le Junkers Ju 87 Stuka, l’appareil emblématique de la Blitzkrieg. Pour évaluer les modifications apportées aux instruments, il faut les tester en conditions réelles – c’est-à-dire effectuer des piqués à haute vitesse depuis des altitudes élevées. Pour tester les améliorations de ces appareils, elle effectue elle-même près de 2 500 vols en piqué, avec parfois plus de quinze vols d’essai par jour, durant lesquels elle plonge depuis une altitude de 4 000 m jusqu’à une altitude de 1 000 m.
L’exercice est d’une violence physique extrême. Les forces d’accélération exercées sur l’organisme lors de la remontée en chandelle après un piqué à haute vitesse — les fameux g — peuvent atteindre des valeurs qui provoquent un blackout temporaire, une perte de la vision périphérique ou, dans les cas les plus graves, une perte de conscience. Les pilotes d’essai de la période utilisent des méthodes empiriques pour évaluer leurs propres limites physiologiques, sans les combinaisons pressurisées ni les dispositifs anti-g qui n’existent pas encore. Melitta von Stauffenberg effectue ces plongeons répétitifs dans une combinaison légère, soumettant son corps à des contraintes que peu d’êtres humains sont capables de supporter sur la durée.
Son travail dangereux est alors considéré comme extrêmement important pour l’effort de guerre allemand, ce qui lui permet d’obtenir un statut équivalent à une citoyenne aryenne de plein droit. Plus précisément, après que les enquêteurs de la Luftwaffe chargés des généalogies raciales eurent découvert que les parents du père de Melitta — converti au christianisme — étaient juifs, les dirigeants de la Luftwaffe persuadèrent Hitler en 1941 de la déclarer « de sang allemand » et ainsi exempte des lois raciales de Nuremberg du régime. Cette décision personnelle du Führer, fruit de tractations internes à l’appareil militaro-administratif nazi, constitue une anomalie dans un système idéologique qui se voulait rigoureux et imperméable à tout pragmatisme. Elle révèle les contradictions profondes d’un régime prêt à sacrifier ses principes fondamentaux lorsque les impératifs opérationnels l’exigent.
La protection accordée à Melitta von Stauffenberg s’étend à l’ensemble de sa famille. En 1941, quand les Juifs allemands commencèrent à être déportés vers les territoires occupés d’Europe orientale pour y être assassinés, toute la famille Schiller fut sauvée, parce que Melitta von Stauffenberg était alors devenue indispensable par son travail comme pilote d’essai. En 1944, les sœurs de Melitta et son frère Otto, qui travaillait comme expert agricole au ministère des Affaires étrangères allemand, furent tous déclarés « équivalents aux Aryens ».
En 1942, Melitta von Stauffenberg poursuit ses vols d’essai avec quasiment tous les prototypes des constructeurs Messerschmitt et Junkers à l’académie technique de la Luftwaffe à Berlin-Gatow. Ce transfert de Rechlin vers Berlin-Gatow lui offre une meilleure proximité avec la capitale, où réside une partie de la famille Stauffenberg et où se nouent les réseaux de résistance dans lesquels ses beaux-frères jouent un rôle croissant.
Le 22 janvier 1943, elle reçoit la Croix de fer de deuxième classe et le Militärfliegerabzeichen in Gold mit Brillanten und Rubinen (insigne militaire de pilote en or avec diamants et rubis). Un mois plus tard, elle est décorée de l’insigne de pilote-observateur en or avec diamants. Ces distinctions, parmi les plus élevées de la Luftwaffe, récompensent officiellement le dépassement du seuil de 1 500 vols d’essai sur bombardiers en piqué — un chiffre qui continuera d’augmenter jusqu’à dépasser les 2 500 sorties avant la fin du conflit. Elle devient ainsi le deuxième pilote d’essai de la Luftwaffe à cumuler un tel nombre de missions en piqué, dépassé seulement par Hans-Ulrich Rudel — et encore, en conditions de combat réel, non d’essais.
Début 1944, elle soutient sa thèse de doctorat avec la mention « très bien ». Ce doctorat, dont la préparation s’étend sur plusieurs années parallèlement à une activité de pilote d’essai à haute intensité, témoigne d’une capacité de travail et d’une discipline intellectuelle hors du commun. À partir du 1er mai 1944, Melitta Schenk Gräfin von Stauffenberg est nommée directrice technique de la Versuchsstelle für Flugsondergeräte, un centre d’essais spécialisé dans les équipements de vol non conventionnels — une promotion qui lui confère des responsabilités de direction technique au plus haut niveau.
Les mois qui précèdent l’attentat du 20 juillet 1944
Le printemps 1944 est une période de tension extrême pour la famille Stauffenberg. Claus von Stauffenberg, désormais colonel et chef d’état-major du commandant de l’armée de remplacement, a rejoint depuis 1942 la résistance militaire au nazisme et prépare activement un attentat contre Hitler. Berthold von Stauffenberg, avocat international, est également impliqué dans le réseau de conspirateurs.
Melitta von Stauffenberg avait des contacts réguliers avec Claus et Berthold von Stauffenberg dans son appartement de la Tristanstrasse, 8-10 à Berlin-Nikolassee. Sa dernière rencontre avec les frères Stauffenberg et des personnes du cercle des conspirateurs dans ce lieu datait du 16 juillet 1944. Ceci est prouvé par les notes de son journal personnel. Tirer un rôle de co-conspiratrice à partir de ces informations est tout aussi absurde que l’affirmation contraire selon laquelle elle n’aurait rien su des projets de son beau-frère.
Son beau-frère Claus Schenk Graf von Stauffenberg lui demanda fréquemment, en mai et juin 1944, de le transporter par avion de Berlin au quartier général du Führer, la Wolfsschanze, et retour. Il lui confia ses plans pour assassiner Hitler, et malgré le danger, elle accepta de l’aider.
Elle lui indiqua cependant que, en raison de l’absence d’une piste d’atterrissage adéquate à proximité du quartier général du Führer, situé dans la forêt de Prusse-Orientale, elle devrait utiliser un Fieseler Fi-156 Storch — un avion lent nécessitant de nombreux ravitaillements. Comme cela rendrait impossible une fuite rapide, elle ne participa pas à la tentative d’assassinat elle-même. Le 20 juillet 1944, Claus von Stauffenberg pose une mallette piégée sous la table de conférence du quartier général de Hitler à Rastenburg. L’explosion tue plusieurs personnes mais Hitler survit. Le soir même, Claus von Stauffenberg et trois autres officiers sont fusillés dans la cour du ministère de la Guerre à Berlin. Son frère Berthold est arrêté, torturé et exécuté par strangulation le 10 août 1944.
Quand le coup d’État échoua, elle fut arrêtée avec le reste de la famille Stauffenberg. La Sippenhaft — la responsabilité collective de la famille d’un traître — est une pratique que le régime nazi applique avec une brutalité systématique. Tous les adultes portant le nom Stauffenberg ou liés par alliance à la famille sont appréhendés et internés. Les enfants mineurs sont placés dans des établissements sous des noms d’emprunt, afin que le nom Stauffenberg disparaisse.
Bien que ses deux beaux-frères aient été exécutés et que les autres membres adultes soient détenus dans des camps de concentration, elle fut libérée le 2 septembre, en raison de l’importance militaire de son travail. C’est sur intervention de Göring que Melitta fut libérée dès le 2 septembre, en raison de l’importance de ses recherches pour l’effort de guerre. Selon d’autres sources, c’est le général Hajo Herrmann qui joua le rôle déterminant dans l’obtention de sa libération, en faisant valoir le caractère kriegswichtig — vital pour la guerre — de son activité.
Elle est dorénavant appelée officiellement « comtesse Schenk » sans « von Stauffenberg », la seconde partie de son nom étant bannie du vocabulaire nazi. Ce changement forcé de dénomination est en lui-même un acte de stigmatisation symbolique, visant à effacer toute référence publique au nom du colonel assassin. Dans ses notes personnelles et dans ses échanges privés, Melitta von Stauffenberg continue d’utiliser son nom complet.
Son mari et ses belles-sœurs sont confinés dans des camps de concentration, et les enfants von Stauffenberg sont retirés à leurs mères. Alexander von Stauffenberg est interné successivement dans plusieurs établissements — Ravensbrück, puis Stutthof, puis Dachau — en tant que prisonnier dit « Ehrenhäftling» (prisonnier d’honneur), dans des conditions certes moins immédiates que celles des détenus ordinaires, mais soumises à une incertitude permanente sur leur sort.
La résistance au quotidien : visites, ravitaillements, informations
Melitta utilisa ses privilèges pour aider, autant qu’elle le pouvait, les membres emprisonnés de la famille Stauffenberg. Elle maintint un contact épistolaire, apporta nourriture et vêtements dans les prisons, vola à répétition vers les différents camps dans lesquels son mari était détenu.
Cette forme de résistance concrète et discrète, qui mobilise sa liberté de mouvement et ses droits de pilote, est d’une efficacité pratique considérable dans les derniers mois du régime. Là où les autres membres de la famille sont réduits à l’immobilité et à l’impuissance, Melitta von Stauffenberg peut se déplacer, voler de camp en camp, maintenir des fils d’information entre des personnes que les autorités cherchent à isoler.
En janvier 1945, Melitta rendit visite à la comtesse Nina von Stauffenberg, femme de Claus, dans un hôpital de Potsdam. La comtesse venait d’accoucher et traversait une période difficile. Melitta informa la comtesse que ses autres enfants étaient en sécurité. Cette visite illustre le rôle informel mais crucial que joue Melitta von Stauffenberg dans la préservation de la cellule familiale Stauffenberg : elle constitue le seul lien mobile entre des individus dispersés dans des établissements d’internement disséminés à travers une Allemagne en déroute militaire.
Les enfants de Claus et Nina étaient détenus à Bad Sachsa. Melitta avait informé une grande-tante de leur localisation, qui parcourut plus de 450 kilomètres à travers deux zones alliées pour venir les chercher. Cette chaîne d’informations, rendue possible par les déplacements aériens de Melitta, permet in fine la survie et la réunion des enfants Stauffenberg après la libération.
Melitta se sentait loyale envers l’Allemagne, mais pas envers les nationaux-socialistes. Elle soutenait donc la Luftwaffe, mais elle avouait dans ses journaux intimes que ce conflit moral la torturait. Ces notes personnelles, conservées par la famille et partiellement accessibles aux chercheurs, constituent la principale source directe pour saisir les tensions intérieures d’une femme contrainte de servir une cause qu’elle réprouve, pour protéger des êtres dont la survie dépend de sa valeur aux yeux du régime.
Les dernières semaines et la mort du 8 avril 1945
Les mois de mars et d’avril 1945 sont ceux de l’effondrement militaire de l’Allemagne nazie sur ses deux fronts. À l’est, l’Armée rouge approche de Berlin ; à l’ouest et au sud, les forces américaines et britanniques avancent en Bavière et dans le Bade-Wurtemberg. En avril 1945, son centre d’essai est transféré de Berlin-Gatow vers le sud de l’Allemagne à cause de l’avancée des troupes soviétiques.
Alexander von Stauffenberg est alors détenu dans le camp de Dachau, avec un groupe d’environ cent quarante détenus considérés comme « Ehrenhäftlinge » — dont plusieurs anciens chefs d’État et résistants de divers pays occupés. Le 8 avril 1945, elle en profite pour tenter de rejoindre son mari aux commandes d’un avion Bücker Bü 181, dans le but de le délivrer.
Le Bücker Bü 181 Bestmann est un biplace d’entraînement léger, à structure métallique et revêtement entoilé, équipé d’un moteur de 105 chevaux. Ce n’est pas un appareil de combat ni un avion rapide. Son choix pour ce vol suggère qu’il s’agit peut-être d’un avion de substitution, le seul disponible dans les conditions désorganisées des dernières semaines du conflit. Elle navigue en longeant une voie ferrée près du Danube dans les environs de Strasskirchen, en Bavière, à une altitude très basse.
Près de Straßkirchen, en Bavière, elle est repérée par un avion américain qui la prend en chasse et l’abat. Elle parvient encore à se poser d’urgence, mais, grièvement blessée, elle succombe quelques heures plus tard à ses blessures.
La question de l’identité exacte de l’appareil qui l’a abattue a alimenté pendant des décennies une controverse historiographique. Gerhard Bracke, dans son ouvrage biographique, examine les théories alternatives, présentant des éléments suggérant que l’appareil qui abattit Melitta von Stauffenberg était un Bf 109 allemand, en l’absence de revendications correspondantes du côté américain, et évoquant une possible implication de la Gestapo dans sa mort.
Ces hypothèses, qui ont circulé dans certaines publications allemandes, doivent être évaluées à l’aune des recherches plus récentes. Le mystère a finalement été résolu. Norbourn A. Thomas était lycéen à trois semaines de ses 18 ans lorsqu’il fut témoin de l’attaque japonaise sur Pearl Harbor. Son père, colonel de l’armée américaine, était en poste à Oahu. Trois ans et quatre mois plus tard, pilotant une mission au-dessus de la Bavière à bord d’un F-6D — version de reconnaissance armée du North American P-51 Mustang — le premier lieutenant Norbourn A. Thomas devint l’acteur central d’une énigme d’aviation de la Seconde Guerre mondiale débattue par les historiens allemands pendant près de quatre-vingts ans.
Des témoins oculaires ayant aidé Melitta von Stauffenberg à sortir de l’épave de son appareil indiquent que ses blessures se limitaient à une jambe cassée et n’engageaient en aucune façon son pronostic vital. Des témoins présents sur les lieux du crash rapportent qu’elle était consciente après l’atterrissage forcé. Une ambulance militaire arriva rapidement pour la transporter à l’hôpital de Straubing. Elle mourut de ses blessures quelques heures plus tard. Selon d’autres récits, elle décéda pendant le transport.
Alexander von Stauffenberg survécut. En fin avril 1945, il fut transféré au Tyrol avec environ cent quarante autres détenus éminents du camp de concentration de Dachau, où la SS abandonna les prisonniers. Il fut libéré par les troupes alliées sans jamais avoir appris, dans l’immédiat, la mort de sa femme survenue quelques jours après son propre transfert.

8 avril 1970 : massacre de Bahr el-Baqar par l’armée de l’air israélienne.
Le massacre de Bahr el-Baqar désigne un raid mené le par l’aviation israélienne sur le village égyptien de Bahr el-Baqar, au sud de Port-Saïd, dans le gouvernorat nord-est de Charqiya. Le raid a causé la destruction d’une école primaire et la mort de 46 enfants égyptiens.
L’attaque a été menée par des bombardiers Phantom F4, à 9 h 20 le mercredi . Cinq bombes et deux missiles air-sol ont frappé l’école de plain-pied, qui se composait de trois salles de classe.






