9 octobre 1238 : Jacques Iᵉʳ d’Aragon entre dans Valence.
Le roi d’Aragon Jacques Ier, déjà maître de Majorque depuis 1229, prépare la conquête du royaume musulman de Valence dès le début des années 1230. Burriana tombe en 1233. En 1237, ses chevaliers tiennent la colline du Puig, à une quinzaine de kilomètres au nord de la capitale, et y repoussent l’armée de l’émir Zayyan ibn Mardanish.
Le siège commence en avril 1238. L’armée royale, d’abord réduite à quelques centaines de chevaliers, grossit au fil des semaines de contingents aragonais et catalans, de croisés venus du Languedoc et de milices urbaines. Une escadre envoyée par l’émir hafside de Tunis se présente en août devant la plage du Grau, ne parvient pas à débarquer et repart. Privée de secours, affamée, la ville négocie. La capitulation est signée le 28 septembre au camp de Russafa : les habitants qui le souhaitent peuvent partir avec leurs biens meubles, sous sauf-conduit de vingt jours, vers Cullera et Dénia.
Jacques Ier fait son entrée le 9 octobre, jour de la Saint-Denis. La grande mosquée est consacrée au culte chrétien et le roi répartit maisons et terres entre ceux qui l’ont suivi, opération consignée dans le Llibre del Repartiment. Valence reçoit ses propres coutumes et devient un royaume distinct au sein de la couronne d’Aragon, ni aragonais ni catalan. Le 9 octobre est aujourd’hui la fête de la Communauté valencienne.
9 octobre 1708 : bataille de Lesnaya (victoire russe).
Le 9 octobre 1708 (28 septembre du calendrier julien, 29 septembre du calendrier suédois), près du village de Lesnaya, dans l’actuelle Biélorussie, Pierre le Grand attaque le corps du général Adam Ludwig Lewenhaupt, qui escorte vers l’armée de Charles XII un convoi de plusieurs milliers de chariots.
Charles XII a quitté la Saxe à l’été 1707 et entre en Russie blanche en 1708 avec environ 35 000 hommes, Moscou pour objectif. Lewenhaupt, gouverneur de Riga, doit le rejoindre depuis la Livonie avec quelque 12 500 soldats, de l’artillerie, des munitions et trois mois de vivres. Le convoi ne s’ébranle qu’en juillet et avance lentement sous la pluie. Le roi, arrêté près de Moguilev dans un pays que les Russes ont dévasté, renonce à l’attendre : à la mi-septembre, il oblique vers le sud, en direction de la Sévérie et de l’Ukraine. Lewenhaupt se trouve alors à plusieurs jours de marche, seul.
Pierre saisit l’occasion. Il forme un « corps volant » d’environ 12 000 hommes, dragons et fantassins montés, qu’il commande en personne avec Alexandre Menchikov. Après le passage du Dniepr par les Suédois à Chklow, il les rattrape sur la route de Propoïsk. Le combat s’engage vers 11 h 00 dans les clairières autour de Lesnaya et dure jusqu’à la nuit. Les Suédois tiennent d’abord, puis reculent sur leur parc de chariots ; l’arrivée des dragons du général Bauer, dans l’après-midi, leur ôte tout espoir de dégager la route. Une tempête de neige précoce sépare les combattants.
Dans la nuit, Lewenhaupt fait brûler ou abandonner les chariots, enclouer les canons et tente de gagner la Soj. La retraite tourne au désordre : des soldats pillent l’eau-de-vie du convoi, des détachements se perdent dans les bois, et la cavalerie russe sabre l’arrière-garde le lendemain à Propoïsk. Les pertes suédoises, tués, prisonniers et égarés, approchent la moitié de l’effectif ; un millier d’hommes au moins regagnent la Livonie par leurs propres moyens. Les Russes annoncent 1 100 tués et 2 850 blessés.
Lewenhaupt rejoint le roi à Roukova vers le 23 octobre avec 6 000 à 6 500 hommes et sans ravitaillement : il ajoute des bouches à nourrir à une armée déjà affamée. Pierre le Grand appellera Lesnaya « la mère de la bataille de Poltava », livrée neuf mois plus tard jour pour jour dans le calendrier russe.

9 octobre 1760 : les Russes et les Autrichiens occupent Berlin (guerre de Sept Ans).
À l’automne 1760, Frédéric II manœuvre en Silésie face aux Autrichiens de Daun. Sa capitale n’est couverte que par une faible garnison. Le commandement russe, pressé par Vienne d’agir, lance sur Berlin un raid confié au général Zakhar Tchernychev, précédé par la cavalerie légère du comte Gottlob Heinrich von Tottleben ; un corps autrichien et saxon, sous le général Lacy, marche de son côté depuis la Silésie.
Tottleben paraît devant la ville le 3 octobre, la canonne et tente un assaut sur les portes du sud, sans succès. Les Prussiens reçoivent des renforts amenés à marches forcées par le prince Frédéric-Eugène de Wurtemberg puis par le général von Hülsen, ce qui porte la défense à une quinzaine de milliers d’hommes. Mais l’arrivée de Tchernychev et de Lacy donne aux alliés plus du double. Dans la nuit du 8 au 9 octobre, les généraux prussiens évacuent la ville vers Spandau pour sauver leurs troupes.
Le commandant de la place, le général von Rochow, capitule le 9 au matin entre les mains de Tottleben. Le négociant Johann Ernst Gotzkowsky obtient que la contribution, d’abord fixée à quatre millions de thalers, soit ramenée à un million et demi, plus une gratification pour les troupes. Les occupants détruisent l’arsenal, la fonderie de canons, les moulins à poudre et les magasins militaires ; les châteaux de Charlottenburg et de Schönhausen sont pillés, surtout par les Autrichiens et les Saxons.
L’occupation dure trois jours. À la nouvelle que Frédéric accourt de Silésie, Russes et Autrichiens se retirent les 12 et 13 octobre. Le roi rentre dans une capitale rançonnée mais intacte et bat Daun à Torgau le 3 novembre.
9 octobre 1799 : Bonaparte débarque à Saint-Raphaël.
Parti d’Alexandrie le 23 août 1799 à bord de la frégate Muiron, accompagnée de la Carrère et de deux avisos sous les ordres du contre-amiral Ganteaume, Bonaparte laisse l’armée d’Orient au général Kléber, qui l’apprend par lettre. Il emmène Berthier, Lannes, Murat, Marmont, Andréossy, Bessières, Duroc, son beau-fils Eugène de Beauharnais, les savants Monge et Berthollet, le dessinateur Denon.
La traversée dure 47 jours. La division longe la côte d’Afrique pour éviter les croisières anglaises, puis remonte vers la Corse, où les vents contraires la retiennent une semaine à Ajaccio, du 1er au 7 octobre. Bonaparte y revoit sa ville natale pour la dernière fois. Le 8 au soir, au large des îles d’Hyères, une escadre britannique est aperçue ; Ganteaume propose de retourner en Corse, Bonaparte ordonne de forcer vers la côte.
Le 9 octobre au matin (17 vendémiaire an VIII), les frégates mouillent en rade de Fréjus, devant le petit port de Saint-Raphaël. La population envahit les bâtiments, ce qui rend sans objet la quarantaine imposée aux provenances d’Égypte, où sévit la peste. Bonaparte prend la route le jour même. Aix, Avignon, Valence, Lyon l’acclament : la nouvelle de sa victoire d’Aboukir sur les Turcs l’a précédé de quelques jours. Il arrive à Paris le 16 octobre. Un mois plus tard, le 18 Brumaire met fin au Directoire.
9 octobre 1806 : bataille de Schleiz.
Premier engagement sérieux de la guerre de la Quatrième Coalition, le combat de Schleiz oppose l’avant-garde du 1er corps du maréchal Bernadotte et la cavalerie de Murat à la division prusso-saxonne du général-major Bogislav von Tauentzien. Schleiz n’est pas en Prusse : la ville appartient à la principauté de Reuss, en Thuringe, sur la route de Bayreuth à Leipzig.
La Prusse, restée neutre en 1805, a mal supporté le passage des troupes françaises par Ansbach, puis le traité de février 1806 qui lui impose le Hanovre au prix d’une brouille avec Londres, enfin la création de la Confédération du Rhin le 12 juillet. Le parti de la guerre, autour de la reine Louise, l’emporte en août. L’armée est mobilisée, les Saxons entraînés dans l’alliance, et un ultimatum exigeant le retrait des Français au-delà du Rhin part le 26 septembre. Napoléon le reçoit le 7 octobre à Bamberg, alors que la Grande Armée est déjà en marche.
Il a rassemblé environ 180 000 hommes en Franconie et les lance vers le nord à travers le Frankenwald en trois colonnes, disposées de façon à se soutenir en moins de deux jours : le « bataillon carré ». À droite, Soult et Ney marchent sur Hof ; à gauche, Lannes et Augereau sur Saalfeld ; au centre, Bernadotte, suivi de Davout, de la réserve de cavalerie et de la Garde, sur Kronach et Schleiz. En face, les quelque 170 000 Prussiens et Saxons sont dispersés d’Eisenach à Dresde entre Brunswick, Hohenlohe et Rüchel, sans plan arrêté.
Le 8 octobre, les cavaliers de Murat enlèvent le pont de Saalburg sur la Saale. Tauentzien, qui se replie de Hof avec environ 6 000 Prussiens et 3 000 Saxons, concentre son monde à Schleiz. Le 9 au matin, la division Drouet d’Erlon débouche du bois d’Oschitz, au sud de la ville, que la brigade Werlé nettoie sur la droite. Vers 14 heures, Tauentzien, voyant les Français se déployer en force, ordonne la retraite sur Auma et laisse en arrière-garde le général von Bila avec un bataillon et un régiment et demi de cavalerie. Drouet entre dans Schleiz vers 16 heures.
Au nord de la ville, Murat charge avec le 4e hussards, est ramené par les cavaliers prussiens, puis revient avec le 5e chasseurs à cheval et l’appui de l’infanterie légère ; Bila est refoulé dans les bois d’Oettersdorf. Le coup le plus dur frappe un détachement que Tauentzien avait placé à Crispendorf, à 6 kilomètres à l’ouest, sous un officier nommé Hobe : un bataillon, un escadron et deux canons. Se repliant à son tour, Hobe est pris près de Pörmitz entre la cavalerie de Murat et un bataillon de Drouet, dans un terrain marécageux, et son détachement est disloqué.
Les Prussiens et les Saxons perdent 12 officiers et 554 hommes, tués, blessés ou pris, et un canon. Les pertes françaises, faibles, ne sont pas connues avec précision. Tauentzien atteint Auma vers 19 heures avec des troupes épuisées et sans vivres. Le lendemain 10 octobre, Lannes écrase à Saalfeld l’avant-garde du prince Louis-Ferdinand de Prusse, qui y est tué. Le 14, l’armée prussienne est détruite à Iéna et Auerstaedt.

9 octobre 1837 : les batteries françaises ouvrent le feu sur Constantine (Algérie).
Un an après l’échec du maréchal Clauzel devant Constantine, en novembre 1836, la monarchie de Juillet renvoie une armée contre la capitale d’Ahmed Bey. Le gouverneur général, le lieutenant-général Denys de Damrémont, la commande ; le duc de Nemours, fils du roi, conduit une brigade ; le lieutenant-général Valée, inspecteur de l’artillerie rappelé de la retraite à soixante-trois ans, dirige l’artillerie et le général Rohault de Fleury le génie. Environ 20 000 hommes quittent le camp de Medjez-Amar le 1er octobre 1837 avec un parc de siège, ce qui avait manqué en 1836.
L’armée arrive le 6 octobre. La ville occupe un rocher que les gorges du Rhummel entourent sur trois côtés ; elle n’est accessible que par l’isthme du Koudiat-Aty, au sud-ouest. Damrémont installe une partie de ses troupes sur le plateau du Mansourah, face au pont d’El-Kantara, et le reste au Koudiat-Aty. La pluie tombe sans interruption, les chemins sont défoncés, les hommes dorment dans la boue et le hissage des pièces de 24 demande deux jours d’efforts. Ahmed Bey tient la campagne avec sa cavalerie ; la défense de la place revient à son lieutenant Ben Aïssa.
Le 9 octobre, les batteries du Mansourah commencent à tirer pour éteindre l’artillerie de la Casbah et des remparts. La batterie de brèche du Koudiat-Aty entre en action le 11 et ouvre la muraille près de la porte Bab el-Oued. Le 12 au matin, Damrémont, venu observer la brèche, est tué par un boulet ; le général Perrégaux, son chef d’état-major, est mortellement blessé en se penchant sur lui. Valée prend le commandement.
L’assaut est donné le 13 octobre à 07 h 00, en 3 colonnes. La première, celle du lieutenant-colonel de Lamoricière avec les zouaves, franchit la brèche et se heurte à un dédale de maisons défendues une à une ; l’explosion d’un dépôt de poudre brûle ou ensevelit des dizaines d’assaillants. Le colonel Combes, qui mène la deuxième colonne, reçoit deux balles et vient rendre compte au duc de Nemours avant de mourir. La ville cède en fin de matinée. Des habitants qui tentent de fuir par les ravins à l’aide de cordes s’y écrasent par centaines.
Valée reçoit le bâton de maréchal le 11 novembre et succède à Damrémont comme gouverneur général. La prise de Constantine donne à la France l’est de l’Algérie ; Ahmed Bey tiendra encore l’Aurès jusqu’en 1848.
9 octobre 1854 : début du siège de Sébastopol (guerre de Crimée).
Dans la nuit du 9 au 10 octobre 1854, les Français commencent à creuser leur première parallèle sur le mont Rodolphe, à moins d’un kilomètre du bastion du Mât ; les Britanniques font de même la nuit suivante. Le siège proprement dit commence, 25 jours après le débarquement.
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L’armée alliée, française, britannique et ottomane, a pris terre le 14 septembre dans la baie de Kalamita, près d’Eupatoria. Les Sardes ne la rejoindront qu’en mai 1855. Vainqueurs sur l’Alma le 20 septembre, les Alliés renoncent à attaquer la place par le nord, la contournent et s’établissent au sud, sur le plateau de Chersonèse. Les Français tirent leur ravitaillement de la baie de Kamiech, les Britanniques du port de Balaklava. Le maréchal de Saint-Arnaud, mourant, a cédé le commandement à Canrobert le 26 septembre.
Le prince Menchikov est sorti de la ville avec l’armée de campagne. La défense repose sur les marins : les vice-amiraux Kornilov et Nakhimov, et un ingénieur de 36 ans, le lieutenant-colonel Édouard Totleben. 7 bâtiments, 5 vaisseaux et 2 frégates, sont coulés en travers de la passe dès le 23 septembre ; leurs canons arment les remparts et leurs équipages les garnissent. En trois semaines, Totleben fait d’une enceinte à peine ébauchée une ligne continue de bastions en terre. Les défenseurs sont alors environ 35 000.
Le 17 octobre, les Alliés ouvrent le feu avec quelque 120 pièces ; les Russes en ont près de trois fois plus. Vers 10 h 30, un obus fait sauter un magasin à poudre français sur le mont Rodolphe et les batteries françaises se taisent. L’artillerie britannique détruit dans l’après-midi une poudrière du Grand Redan et ouvre un passage que personne n’exploite. Kornilov est tué par un boulet sur le mamelon de Malakoff. Les escadres, engagées contre les forts de mer, souffrent plus qu’elles ne font de mal. Chaque nuit, les Russes réparent ce que le jour a détruit.
Les tentatives de dégagement échouent à Balaklava le 25 octobre et à Inkerman le 5 novembre. L’hiver, la tempête du 14 novembre, le choléra, le scorbut et le typhus tuent plus que le feu. Au printemps, la voie ferrée construite depuis Balaklava approvisionne les batteries britanniques, et le bombardement reprend le 9 avril 1855, lundi de Pâques. Le général Bizot, qui commande le génie français, est touché le 11 avril et meurt le 15. Pélissier remplace Canrobert en mai. L’assaut du 18 juin est repoussé ; lord Raglan meurt 10 jours plus tard. Nakhimov, blessé à la tête sur Malakoff le 10 juillet, succombe le 12.
Le 8 septembre 1855 à midi, la division Mac Mahon enlève Malakoff et s’y maintient, tandis que les Britanniques échouent au Grand Redan. Le prince Gortchakov, jugeant la rive sud perdue, l’évacue dans la nuit par un pont de bateaux, fait sauter les ouvrages et coule ce qui reste de la flotte. La ville ne capitule pas : les Alliés entrent dans des ruines. Léon Tolstoï, sous-lieutenant d’artillerie au quatrième bastion, a tiré de ces onze mois ses Récits de Sébastopol.

9 octobre 1858 : traité d’Edo entre la France et le Japon, à l’origine de l’arsenal de Yokosuka.
Le 9 octobre 1858, à Edo, le baron Jean-Baptiste Louis Gros, envoyé de Napoléon III, signe avec les plénipotentiaires du shogun le premier traité de paix, d’amitié et de commerce entre la France et le Japon. Gros arrive de Chine, où il vient de conclure avec lord Elgin les traités de Tianjin ; il a quitté Shanghai au début de septembre avec trois bâtiments. Le texte est le cinquième et dernier des traités dits de l’ère Ansei, après ceux que le shogunat a dû accorder cet été-là aux États-Unis, aux Pays-Bas, à la Russie et à la Grande-Bretagne, et il en reprend les clauses : ouverture progressive de cinq ports, dont Kanagawa, c’est-à-dire Yokohama, Nagasaki et Hakodate ; droit de résidence à Edo et Osaka ; juridiction consulaire sur les Français ; droits de douane fixés par convention. Gustave Duchesne de Bellecourt s’installe à Edo en 1859 comme premier représentant de la France.
Léon Roches, ancien interprète de Bugeaud en Algérie, arrive comme ministre de France en avril 1864 et mise sur le shogunat des Tokugawa, quand les Britanniques se rapprochent des fiefs du Sud-Ouest. Le commissaire aux finances Oguri Tadamasa veut une marine et des ateliers capables de l’entretenir. Les deux hommes s’accordent à la fin de 1864, et le contrat est conclu en 1865 : la France fournira les ingénieurs, les machines et les contremaîtres d’un établissement complet, fonderie, forges, ateliers, cales et bassins, payé par le shogunat.
Roches fait venir de Chine un ingénieur du génie maritime de 27 ans, François-Léonce Verny, polytechnicien, ancien de l’arsenal de Brest, qui vient de construire des canonnières à Ningbo. Verny rédige l’avant-projet en quelques semaines. Le site de Yokosuka, à l’entrée de la baie d’Edo, est retenu pour ses eaux profondes et abritées ; on lui trouve une ressemblance avec Toulon. Verny rentre en France en 1865 acheter les machines et recruter son personnel dans les arsenaux de Brest, Toulon et Cherbourg : une quarantaine à une cinquantaine d’ingénieurs, de chefs d’atelier et d’ouvriers, venus avec leurs familles. Les travaux commencent la même année.
Le shogunat s’effondre en 1868. Le gouvernement de l’empereur Meiji, que la France n’avait pas soutenu, reprend le chantier, garde Verny et son équipe et règle les dettes. Le premier bassin de radoub, en pierre, est achevé en 1871 ; il sert encore. Verny fonde sur place une école où l’on enseigne en français la construction navale et la mécanique, fait bâtir des phares, dont celui de Kannonzaki, une adduction d’eau, une briqueterie. L’établissement emploie alors quelque 2 500 ouvriers japonais. Le contrat des Français prend fin en 1876 et Verny regagne l’Ardèche, où il meurt en 1908.
Yokosuka devient l’un des quatre grands arsenaux de la marine impériale. Ses bassins sont aujourd’hui dans l’enceinte de la base de la VIIe flotte américaine. Un parc et un musée de la ville portent le nom de Verny, et Yokosuka est jumelée avec Brest.

9 octobre 1861 : bataille de Santa Rosa Island (guerre de Sécession).
L’île de Santa Rosa, cordon de sable d’une soixantaine de kilomètres, ferme la baie de Pensacola, en Floride. À sa pointe ouest, Fort Pickens est l’un des rares ouvrages du Sud restés aux mains de l’Union après la sécession. Le colonel Harvey Brown y commande des compagnies d’infanterie et d’artillerie de l’armée régulière. À un mille à l’est du fort campe une partie du 6e régiment de volontaires de New York du colonel William Wilson, les « zouaves de Wilson », recrutés dans les quartiers populaires de Manhattan. Ce n’est pas une unité noire : l’Union n’en lèvera qu’à partir de 1862.
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En septembre, des marins fédéraux ont incendié le corsaire Judah dans l’arsenal de Pensacola. Le général Braxton Bragg, qui commande les Confédérés de la baie, ordonne une riposte. Dans la nuit du 8 au 9 octobre, le brigadier général Richard H. Anderson traverse la baie avec un millier d’hommes, 1 200 selon certains rapports, sur deux vapeurs et des barges. Il débarque sur la plage nord à quatre milles à l’est du fort et forme trois colonnes.
Vers trois heures et demie, après cinq kilomètres de marche dans le sable, les Confédérés tombent sur les avant-postes puis sur le camp des New-Yorkais, surpris en plein sommeil. Les zouaves se débandent ; le camp est pillé et incendié. Le fort, alerté par les coups de feu, envoie quatre compagnies de réguliers sous les majors Israel Vogdes et Lewis Arnold. Anderson, qui a perdu l’effet de surprise et craint d’être coupé de ses bateaux au lever du jour, ordonne le repli. Vogdes s’avance trop loin dans l’obscurité et est fait prisonnier. Les réguliers rattrapent la colonne au point d’embarquement et tirent depuis les dunes sur les vapeurs surchargés. Anderson a le coude fracassé.
L’Union déclare 14 tués, 29 blessés et 24 prisonniers ; les Confédérés reconnaissent 18 tués, 39 blessés et 30 prisonniers, et chaque camp revendique le succès. Fort Pickens ne sera plus attaqué. En mai 1862, après la perte de La Nouvelle-Orléans et les revers du Tennessee, les Confédérés évacuent Pensacola de leur propre initiative en brûlant l’arsenal. Le fort et le champ de bataille appartiennent aujourd’hui au Gulf Islands National Seashore.

9 octobre 1864 : bataille de Tom’s Brook (guerre de Sécession).
Vainqueur de Jubal Early à Winchester et à Fisher’s Hill en septembre 1864, le major général Philip Sheridan remonte la vallée de la Shenandoah jusqu’aux environs de Staunton. Le 6 octobre, il fait demi-tour et redescend vers le nord en détruisant sur son passage granges, moulins, récoltes et bétail : les habitants appelleront ces journées The Burning. La vallée ne doit plus nourrir l’armée de Lee.
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Early, renforcé par la division Kershaw, suit à distance. Sa cavalerie harcèle l’arrière-garde fédérale. Elle vient de recevoir un nouveau chef, le brigadier général Thomas Rosser, arrivé de Petersburg avec sa brigade et placé à la tête de la division de Fitzhugh Lee, blessé à Winchester. Ses hommes, dont beaucoup sont de la vallée, voient brûler leurs propres fermes et serrent l’ennemi de trop près, à quarante kilomètres de leur infanterie. Le 8 au soir, Sheridan, excédé, ordonne au chef de sa cavalerie, Alfred Torbert, de battre les Confédérés ou de se faire battre.
Le 9 octobre à l’aube, les deux divisions fédérales font volte-face. Sur la Back Road, George Custer, avec environ 2 500 cavaliers, aborde Rosser, son ancien camarade de West Point, retranché derrière le ruisseau au pied de Spiker’s Hill ; il salue son adversaire du chapeau, puis fait tourner sa gauche par trois régiments. 3 km plus à l’est, sur la Valley Pike, Wesley Merritt, avec 3 500 hommes, déborde la petite division de Lunsford Lomax, dont beaucoup de cavaliers n’ont ni sabre ni pistolet. Les deux ailes confédérées cèdent presque en même temps.
La poursuite se prolonge sur une trentaine de kilomètres, au-delà de Woodstock et jusqu’à Mount Jackson : les Woodstock Races. Les Fédéraux prennent 11 canons, environ 300 hommes, les ambulances, les fourgons et jusqu’aux voitures d’état-major de Rosser et de Lomax, pour 57 tués et blessés. Early écrit à Lee que sa cavalerie est désormais hors d’état de se mesurer à celle de l’adversaire. 10 jours plus tard, à Cedar Creek, elle ne jouera aucun rôle.
9 octobre 1873 : fondation de l’US Naval Institute à Annapolis.
8 ans après la guerre de Sécession, la marine américaine est tombée au rang des flottes de second ordre : des monitors rouillés, des croiseurs en bois, un corps d’officiers sans avancement. Le 9 octobre 1873, 15 officiers se réunissent dans le bâtiment de physique et de chimie de l’Académie navale d’Annapolis pour créer une société d’étude, sur le modèle de la Royal United Service Institution britannique. Le contre-amiral John L. Worden, surintendant de l’Académie et ancien commandant du Monitor à Hampton Roads, en accepte la présidence.
L’Institut publie à partir de 1874 ses Proceedings, où un enseigne peut contredire un amiral. Le concours annuel d’essais, créé en 1879, lance le débat sur la marine cuirassée ; Stephen Luce et Alfred Mahan y écrivent. L’association est restée privée, sans lien de subordination avec le département de la Marine, ce qui fait sa singularité parmi les revues militaires.
9 octobre 1882 : mort du LCL Froidevaux.

François-Xavier Eugène Froidevaux, né en 1827, saint-cyrien de la promotion d’Ibrahim (1845-1847), est en 1882 lieutenant-colonel, commandant en second du régiment de sapeurs-pompiers de Paris sous les ordres du colonel Paris.
Le 7 octobre 1882, vers minuit, le feu se déclare dans une ferblanterie et fabrique d’ustensiles de ménage du boulevard de Charonne, aux numéros 67 à 71, l’une des plus importantes de France dans sa branche. Toutes les pompes à vapeur de la capitale sont engagées, mais le foyer est tel qu’on ne peut que protéger les immeubles voisins. Froidevaux dirige les secours. Vers trois heures du matin, alors qu’il va reconnaître un point menacé, une façade en pans de bois s’effondre ; un poteau le frappe à la tête et le tue.
Ses obsèques sont solennelles. L’État commande au peintre Émile Renard une toile, La Mort du lieutenant-colonel Froidevaux, conservée dans la salle de traditions de l’état-major de la brigade, à Champerret. Le 4 mai 1883, son corps est transféré sous le monument des morts au feu du régiment, au cimetière du Montparnasse. Un arrêté du 28 juillet 1896 donne son nom à la rue qui longe le cimetière.

9 octobre 1890 : l’Éole (Avion 1) de Clément Ader, effectue son premier vol motorisé.
Clément Ader, ingénieur enrichi par le téléphone, travaille depuis 1882 à un appareil plus lourd que l’air. Il dépose le 19 avril 1890 le brevet d’un « appareil ailé pour la navigation aérienne dit Avion », mot qu’il forge sur le latin avis. La machine construite sur ce brevet s’appelle l’Éole ; le nom d’Avion I qu’on lui prête parfois est rétrospectif, Ader n’ayant numéroté que les suivants.
L’Éole a une voilure de chauve-souris de 14 m d’envergure, en bambou et soie, repliable, et pèse moins de 300 kg en ordre de marche. Son moteur à vapeur à quatre cylindres, chauffé à l’alcool, développe 20 ch pour une cinquantaine de kilos et entraîne une hélice à 4 pales en bambou. Le pilote, assis derrière la chaudière, ne voit pas devant lui. 6 manivelles permettent de déformer les ailes, mais l’appareil n’a ni gouverne de profondeur ni gouverne de direction efficace en l’air.
Le 9 octobre 1890, dans le parc du château d’Armainvilliers, à Gretz, en Seine-et-Marne, propriété de la famille Pereire, Ader lance l’Éole sur une piste de 200 m damée pour l’occasion. Les traces des roues s’effacent sur une cinquantaine de mètres : l’appareil a quitté le sol, à une vingtaine de centimètres de hauteur. Les seuls témoins sont ses contremaîtres et ses aides. C’est le premier décollage d’un plus lourd que l’air par ses propres moyens ; ce n’est pas un vol soutenu ni contrôlé, et le débat sur la portée de l’essai dure depuis.
Un second essai a lieu en septembre 1891 au camp de Satory, où l’Éole est endommagé. Le ministre de la Guerre Charles de Freycinet s’y intéresse et l’armée finance, par une convention de 1892, un appareil plus puissant. L’Avion III, bimoteur, est essayé à Satory les 12 et 14 octobre 1897 devant une commission militaire ; il sort de la piste par vent de travers et se brise. Les crédits sont coupés. Ader publie en 1909 L’Aviation militaire, où il décrit le porte-avions.

9 octobre 1899 : ultimatum du Transvaal à la Grande-Bretagne.
Depuis la découverte de l’or du Witwatersrand en 1886, la République sud-africaine du Transvaal est devenue le premier producteur mondial, et Johannesburg une ville d’étrangers, les uitlanders, à qui le président Paul Kruger refuse le droit de vote avant 14 ans de résidence. Le raid Jameson de 1895-1896, tentative de coup de force montée depuis la colonie du Cap, a convaincu les Boers que Londres voulait leur pays. La conférence de Bloemfontein, en juin 1899, entre Kruger et le haut-commissaire Alfred Milner, échoue. En septembre, le cabinet britannique décide l’envoi de 10 000 hommes d’Inde et de Méditerranée au Natal, puis la mobilisation d’un corps d’armée.
Les Boers savent que le temps joue contre eux : ils peuvent aligner environ 40 000 hommes avec l’État libre d’Orange, leur allié, contre 25 000 Britanniques alors présents en Afrique australe, mais 47 000 autres vont embarquer. Le 9 octobre à 17 heures, le secrétaire d’État Francis Reitz remet à l’agent britannique à Pretoria, Conyngham Greene, une note rédigée en grande partie par le jeune procureur d’État Jan Smuts. Elle exige que les différends soient soumis à l’arbitrage, que les troupes massées aux frontières soient retirées, que les renforts arrivés depuis le 1er juin quittent le pays et que ceux qui sont en mer ne débarquent pas. Le délai est de 48 heures.
À Londres, Joseph Chamberlain, réveillé à l’aube du 10, accueille le texte avec soulagement : les Boers endossent le rôle de l’agresseur. La réponse tient en une phrase, les conditions sont de celles que le gouvernement de Sa Majesté ne peut discuter. Le 11 octobre à 17 h 00, l’état de guerre est proclamé à Pretoria. Le lendemain, les commandos de Koos de la Rey capturent un train blindé à Kraaipan et ceux de Piet Joubert entrent au Natal. Mafeking, Kimberley puis Ladysmith sont investis en trois semaines. La guerre qu’on disait finie pour Noël dure jusqu’au 31 mai 1902.

9 octobre 1914 : le lieutenant-colonel Maritz passe aux Allemands (Afrique du Sud).
À la demande de Londres, le gouvernement du général Louis Botha décide en août 1914 d’envahir le Sud-Ouest africain allemand. Douze ans après la guerre des Boers, combattre pour l’Empire britannique contre une puissance qui avait soutenu les républiques divise les Afrikaners. Le commandant en chef de la force de défense, le général Christiaan Beyers, démissionne le 15 septembre. Le soir même, le général Koos de la Rey, figure vénérée de 1899-1902, est tué par erreur à un barrage de police près de Johannesburg.
Le lieutenant-colonel Salomon « Manie » Maritz, ancien chef de commando qui a servi les Allemands contre les Hereros après 1902, commande les troupes de l’Union à Upington et Kakamas, sur l’Orange, face à la frontière. Il est depuis des semaines en relation avec le gouverneur Theodor Seitz. Sommé de remettre son commandement au colonel Coen Brits, il refuse. Le 9 octobre, à Van Rooisvlei, il rassemble ses hommes, annonce qu’il ne combattra pas les Allemands, proclame l’indépendance de l’Afrique du Sud et déclare la guerre à la Grande-Bretagne. Il montre à l’émissaire du gouvernement, le major Ben Bouwer, des canons allemands et un accord par lequel Berlin garantit une république sud-africaine en échange de Walvis Bay. Les soldats qui refusent de le suivre, une soixantaine, sont livrés comme prisonniers aux Allemands.
La loi martiale est proclamée dans toute l’Union le 12 octobre. Maritz est battu à Keimoes et à Kakamas les 22 et 24 octobre et se réfugie en territoire allemand. Mais la révolte gagne le Transvaal et l’État libre, où Beyers, Jan Kemp et le vieux général Christiaan de Wet lèvent près de 12 000 hommes. Botha, qui prend lui-même la tête de 32 000 loyalistes, presque tous afrikaners pour éviter une guerre entre Boers et Anglais, disperse De Wet à Mushroom Valley le 12 novembre ; De Wet est pris le 1er décembre, Beyers se noie dans le Vaal le 8. Le capitaine Jopie Fourie, qui n’avait pas démissionné de l’armée avant de se joindre aux rebelles, est fusillé le 20 décembre. Les derniers insurgés se rendent à Upington au début de février 1915.
Les peines sont légères et tous les condamnés sont libérés en 1916. La conquête du Sud-Ouest africain reprend aussitôt et s’achève en juillet 1915. La rébellion nourrit le nationalisme afrikaner du Parti national de J.B.M. Hertzog, fondé cette même année 1914.
9 octobre 1914 : les Allemands entrent dans Anvers.
Après la chute de Liège et de Namur, l’armée de campagne belge, avec le roi Albert Iᵉʳ, s’est repliée le 20 août dans le « réduit national » d’Anvers, que protègent deux ceintures de forts. Elle en sort à trois reprises, en août et en septembre, pour frapper le flanc des armées allemandes engagées en France. Après la Marne, le haut commandement allemand décide d’en finir et confie l’opération au général Hans von Beseler, avec le IIIe corps de réserve, des troupes de marine, d’Ersatz et de Landwehr et surtout l’artillerie lourde libérée par la chute de Maubeuge : mortiers de 305 autrichiens et obusiers de 420.
Le bombardement des forts extérieurs commence le 28 septembre, au sud-est, entre la Nèthe et la Senne. Les coupoles de Wavre-Sainte-Catherine, Waelhem et Lierre, conçues pour résister à du 210, sont écrasées en quelques jours. Le 3 octobre, Winston Churchill, premier lord de l’Amirauté, arrive à Anvers et obtient que la défense soit prolongée ; une brigade de fusiliers marins britanniques puis deux brigades navales à peine instruites, soit 8 000 hommes, viennent garnir les tranchées. Les Allemands franchissent la Nèthe le 6.
Dans la nuit du 6 au 7 octobre, l’armée de campagne belge passe sur la rive gauche de l’Escaut et marche vers Gand et la côte, en longeant la frontière néerlandaise. Le bombardement de la ville commence le 7 à minuit et jette des centaines de milliers d’habitants sur les routes des Pays-Bas. Le 9 octobre, les avant-gardes allemandes trouvent la seconde ligne de forts abandonnée ; le bourgmestre Jan De Vos négocie la reddition de la ville et les premières troupes y entrent dans l’après-midi. Le gouverneur militaire, le lieutenant-général Victor Deguise, retranché sur la rive gauche, se rend le 10.
Environ 33 000 soldats belges, pour la plupart des troupes de forteresse, et 1 500 marins britanniques coupés de leur retraite passent la frontière et sont internés aux Pays-Bas jusqu’à la fin de la guerre. Mais l’armée de campagne est sauve : elle s’arrête le 15 octobre derrière l’Yser, où elle tiendra quatre ans. Les 12 jours du siège ont retenu devant Anvers des forces qui auraient pu atteindre les ports de la Manche avant les Alliés.
9 octobre 1914 : naissance de Guy Charmot, médecin militaire et compagnon de la Libération.
Issu d’une famille de fonctionnaires, il est petit-fils d’instituteur et arrière-petit-fils d’un gendarme originaire du Doubs qui s’était installé dans le sud après l’annexion du comté de Nice. Il est le fils d’Ulysse Charmot, inspecteur de l’enregistrement au service des impôts, et de Claire Esmieu, issue d’une vieille famille provençale de Manosque. En 1948, il se marie avec Édith Dubuisson (1922-2011), étudiante en médecine en même temps que lui, fille d’une amie de sa mère qui lui avait refusé la main de sa fille car l’outre-mer l’attirait trop. Édith Dubuisson honore sa demande en mariage en acceptant de vivre en Afrique, refusant la vie de broussarde et lui demandant de passer les concours. De cette union naît Dominique Charmot-Bensimon à Dakar en 1951, scolarisée en France, puis étudiante à Jussieu, avant de devenir maître de conférences de biologie à l’université de la Méditerranée Aix-Marseille II.
Au contact de personnalités de son entourage qui ont été des pionniers à Dakar, à Brazzaville et au Gabon, à l’époque où Albert Schweitzer fonde l’hôpital Albert Schweitzer de Lambaréné, Guy Charmot se passionne pour l’aventure. Quand il envisage de devenir médecin, ses parents souhaitent qu’il fasse ses études dans le cadre militaire, car l’armée paie les études. Il entre en 1934 à l’École du service de santé militaire de Lyon (devenue l’École de santé des armées). Très jeune, il est attiré par une carrière dans le service de santé des troupes coloniales, en particulier l’activité d’assistance médicale indigène, car les colonies sont à l’époque synonymes d’aventures. À l’exception de la fièvre jaune, qu’on savait alors prévenir par la vaccination, on connaissait peu de choses sur les pathologies parasitaires, bactériennes ou virales du continent africain et qu’un monde de recherches s’ouvrait pour découvrir les médicaments et vaccins nécessaires.
En , il devient docteur en médecine. Il est affecté dans un régiment de chasseurs à pied à Saint-Avold. En 1939, à la fin de ses études, il rejoint l’École d’application du service de santé des troupes coloniales à Marseille, au Pharo.
En , Guy Charmot est en attente d’une affectation pour l’Afrique occidentale française. Il est médecin-lieutenant d’active au 49e régiment d’artillerie coloniale (RAC). En , il est désigné pour les colonies, mais il obtient de rester en France avec son régiment dans le secteur défensif de la Sarre, à Morhange, dans la Moselle, endroit jugé sensible selon l’État-Major pour la défense de la ligne Maginot. Il doit partir pour l’outre-mer contre sa volonté.
Il embarque en mars 1940 à Bordeaux pour Dakar afin de rejoindre son affectation dans le nord de la Côte d’Ivoire.
Sans avoir entendu l’appel du général de Gaulle du , mais se sentant humilié par l’Armistice, il est convaincu par son camarade Marcel Orsini de se joindre au groupe de dissidents qui s’est formé à Bobo-Dioulasso. Il passe dès juillet 1940 en pirogue de Haute-Volta au Gold Coast, puis au Cameroun où il rallie les Forces françaises libres en septembre. Il est ainsi l’un des 4 médecins militaires de l’Afrique occidentale française qui s’évadent de ce territoire resté fidèle à Vichy. Il est incorporé au 3e bataillon du 1er régiment de Tirailleurs du Cameroun. Début novembre, il est acheminé par mer vers Libreville et débarqué à l’embouchure de la Tsini. Il embarque pour Douala après la victoire.
Fin , le 3e bataillon gagne Maroua, dans le Nord-Cameroun, et installe son camp aux portes de la ville. C’est là qu’il prend le nom de « bataillon de marche n° 4 » (BM 4), en application de l’ordre n° 40 du . Affecté comme médecin au BM 4 dès sa formation, il part du Cameroun en décembre 1940 pour rejoindre en Palestine la 1re brigade coloniale du lieutenant-colonel René Génin.
Guy Charmot prend part à la campagne de Syrie en juin 1941 avec le BM 4. Pour cela, successivement le , il quitte Maroua et se regroupe à Massageit, campement situé à 80 km au Nord-Est de Fort-Lamy, où il reste pendant les opérations de Koufra. Le , arrive l’ordre de départ vers l’Est. Il passe successivement par Bokoro, Ati, Abeche, franchit la frontière entre Adre et El Geneina et gagne El Fasher puis El Obeid au Soudan où il est embarqué sur train le . Il atteint Le Caire, passe le canal de Suez à El Qantara et débarque le à Qastana (Palestine) dans un camp où sont regroupées les Forces françaises libres.
Avec celles-ci, il participe à la campagne de Syrie, franchissant la frontière le , peu après bombardée et mitraillée par des avions. Il attaque, le 16, le village de Kissoue, où il subira des tirs d’artillerie, puis fait route vers Damas, qu’il atteint le , et vers Alep et Homs. Après la cessation des hostilités le , il s’installe à Damas dans la caserne Hamidieh.
Le , il part pour l’Éthiopie : embarquement à Suez le à bord du Cap Saint Jacques et débarquement le à Berbera. Il est regroupé avec les Anglais et les Sud-Africains à Buramo pour participer à la prise de Gondar en décembre 1941, nécessaire pour maintenir les intérêts français du chemin de fer d’Addis-Abeba à Djibouti. Il s’installe ensuite à Dire-Daoua, loin des combats qui se déroulent en Libye. Enfin, le , arrive l’ordre de retour : il embarque à Berbera sur le Burma, débarque à Suez, puis arrive à Beyrouth.
C’est l’époque où Erwin Rommel fonce à travers la Libye avec pour objectif la conquête de l’Égypte. Ceci explique que le BM 4 se voit confier la mission d’établir une position défensive dans les montagnes du Liban, entre le village d’Antoura-Mtein et le col de Zahle. Ces travaux seront inspectés par le général de Gaulle, pendant le mois d’août. L’Afrika Korps étant arrêté devant El Alamein, cette mission devient sans objet et il s’installe le dans une caserne de Tripoli.
Cette presque vie de garnison cesse le lorsqu’il reçoit son affectation dans les rangs de la 2e brigade française libre de la 1re division française libre en Libye, à Tobrouk. Quelques jours plus tard, Guy Charmot participe aux combats de la campagne de Tunisie. En Tunisie, la 1re division française libre relève la 51e division britannique et le bataillon prend position, au cours de la nuit du au , dans un bois d’oliviers, à l’ouest et au sud du Djebel Takrouna, solidement tenu par les Allemands. L’attaque est menée le . L’assaut est très dur, des combats individuels sont livrés à la mitraillette et à la grenade et les pertes sont importantes. Les tirs cessent le .
Après un bref retour en Libye, à Zouara, le BM 4 revient en Tunisie et s’installe dans une oliveraie entre Nabeul et Hammamet.
Le BM 4 débarque le au port de Naples et il est transporté d’abord à Frigano Maggiore, puis à Montemarano et Castelvedere Di Calore, passe le Garigliano en attendant l’offensive contre la ligne Gustave qui débute le . Guy Charmot se distingue particulièrement durant la campagne d’Italie, au cours des combats des 17 au , poussant au plus loin ses postes de secours et sauvant ainsi plusieurs de ses camarades de combat par la rapidité de ses interventions sur la ligne de feu.
Le , il est devant Tivoli où la 2e brigade pénètre le . Après la traversée de Rome, la poursuite s’accélère. Le contact n’est repris qu’au nord de Viterbe, devant Montefiascone le où, après un assaut appuyé par les chars, le BM 4 reprend la ville. La Légion étrangère relève le BM 4 à Bolsena dans la nuit du 13 au . Les opérations d’Italie sont terminées pour Guy Charmot.
Le , il embarque sur le Durban Castle, destination inconnue. Pendant 8 jours, le Durban Castle fait le bouchon en rade de Tarente. Enfin, le , il prend sa place dans le convoi et va débarquer dans la baie de Cavalaire, à quelques kilomètres de Hyères.
Guy Charmot participe au débarquement de Provence à Cavalaire le . Le , le BM 4 reçoit l’ordre de s’emparer des hauteurs du Thouar (commune de La Garde) qui dominent Toulon. L’attaque est lancée à 9 heures. Le Bataillon investit sans trop de difficulté l’objectif assigné, la cote 132. À peine arrivé là, il est pris à partie par l’artillerie ennemie mais parvient à reprendre sa progression dans Toulon, en dépit d’un inopportun le manque de carburant pour les véhicules. Les déplacements se font alors tantôt à pied, tantôt en camion quand c’est possible. Guy Charmot est blessé lors de ces combats de la libération de Toulon.
Charmot rejoint Avignon où il franchit le Rhône le . Remontant ensuite la vallée de l’Ardèche, il arrive à Chamborigaud, où il est bloqué par une nouvelle pénurie d’essence, du au .
Enfin ravitaillé, le BM 4 reprend sa route jusqu’à Autun pour y relever un bataillon de la Légion ; il atteint ensuite Beaune puis Villersexel, le . Le c’est dans la région de Villafans qu’il relève le 180th Infantry Regiment US. Le , il reçoit l’ordre de s’emparer du village de Lyoffans puis de pousser sur Andornay. Il faudra toute la journée pour s’emparer de la localité de Lyoffans, défendue maison par maison par des éléments SS. Six fois, l’assaut sera donné au cimetière, parmi les tombes éventrées par les obus. L’affaire ne s’achèvera qu’à la nuit tombée.
Le , le front de la Division s’étendant le long des crêtes des Vosges, de plus en plus vers le Nord, le BM 4 fait mouvement en direction du Ballon de Servance. Dans la soirée, il relève aux Evaudois, un bataillon de la 1re DB et, jusqu’au , sera engagé dans une continuelle activité alliant patrouilles et embuscades.
Le , dans la matinée, il reçoit l’ordre de s’emparer du col de la Chevestraye, puis de descendre sur Plancher-les-Mines, avec pour objectif final Auxelles-Haut et le Mont-Saint-Jean. L’attaque démarre à 16 heures sans préparation d’artillerie. Le soir même, le col de Chevestraye est enlevé. Pendant que le BM 4 déborde la trouée de Belfort par le Nord, la ville de Belfort est elle-même enlevée.
Aucune opération d’envergure n’étant prévisible, du fait des conditions météorologiques prévisibles pendant un certain temps sur le front d’Alsace, la 1re D.F.L devenue disponible est désignée pour appuyer les combattants des FFI engagés dans la réduction de la poche de Royan.
Le , par voie ferrée et par route, le BM 4 fait mouvement vers le Sud-Ouest. Le , il s’installe à Saint-Ciers-sur-Gironde. Le , il est à Pérignac dans la région de Cognac, puis prend la direction de la Gironde et Bordeaux. Mais l’offensive des Ardennes surprend les Alliés qui doivent repositionner leur dispositif. La situation s’aggrave brusquement en Alsace, où les Allemands font peser une lourde menace sur Strasbourg. La 1re division française libre quitte le Sud-Ouest et toutes affaires cessantes retraverse la France en diagonale entre le et le 1er, jour où le BM 4 se retrouve à Sélestat et relève des éléments de la 5e DB. La mission est de défendre la ville coûte que coûte. De part et d’autre, les activités des patrouilles sont intenses et les duels de mortier continus. La ville semble déserte bien que dix mille habitants y vivent terrés dans les caves.
Le , relevé par le BM 21, le BM 4 part en direction du Sud, d’abord pour Kintzheim, où il relève le 2e B.L.E, puis pour Saint-Hippolyte où, le , il se regroupe au pied du Haut-Koenigsbourg. Le lendemain, faisant face à l’Est, il investit la rive gauche de l’Ill à la corne sud-est de la forêt de l’Illwald, de manière à contrôler les mouvements d’ennemis qui pourraient s’y cacher. L’opération s’effectue sans encombre ; trois Allemands sont faits prisonniers.
À 17 h 50, alors qu’il fait nuit noire, une intense fusillade ennemie éclate ; des tirs d’arrêts leur répliquent mais la radio fonctionnant mal, on ne peut les régler à la demande et il n’est pas prudent d’envoyer des renforts à l’aveuglette. Le crépitement des armes automatiques dure environ une heure, puis c’est le silence. Entre 20 h 30 et 23 heures, le médecin Guy Charmot est rejoint, isolément ou en petits groupes, par des éléments de sa 2e compagnie. C’est alors que subissant un assaut de la part d’environ trois compagnies allemandes, la 2e compagnie du BM 4 est brutalement submergée. Malgré une défense énergique, elle est vaincue par le nombre et perd sur le terrain la moitié de son effectif.
Le lendemain, les autres compagnies du bataillon se positionnent sur la rive gauche de l’Ill et aux lisières sud de la forêt de l’Illwald, tandis que la 2e compagnie, réduite à deux sections, se reforme à Saint-Hyppolyte.
Jusqu’au , rien de notable ne se produit. Ce jour-là, vers 9 h 30, un message de la brigade signale que l’ennemi a décroché depuis Kraft jusqu’à Sélestat. Le BM 4 part immédiatement à sa poursuite et occupe son objectif, le village d’Obenheim. Du 4 au 15, il monte la garde du Rhin à Diebolsheim, Friesenheim, puis, relevé par le BM 11, il fait mouvement vers Kogenheim et Saint-Hippolyte, où il cantonnera jusqu’au .
Alors que le territoire national est presque complètement libéré et que pour la plupart des troupes françaises engagées sur le front des Vosges, le désir est de franchir le Rhin et de pénétrer en Allemagne jusqu’à sa reddition, c’est vers le Sud-est de la France et les Alpes-Maritimes où des Allemands se maintiennent encore dans une poche de résistance, que le BM 4 doit partir. Le , par voie routière et le par voie ferrée, le BM 4 doit donc abandonner la route conquérante qui lui semblait réservée en s’enfonçant dans l’Allemagne du Troisième Reich par la Forêt noire. Il fait mouvement vers Sospel, à proximité du massif de l’Authion, où il arrive le et le . Le , il relève le 442nd Infantry Regiment US à Castillon, dans les ouvrages de Monte Grosso et à la Testa du Paola. Les Allemands occupent l’ouvrage de Brouis, dominé par le Monte Grosso, la cime du Bosc qui domine Breil-sur-Roya. Il s’agit de les en déloger et de gagner la route Tende-Vintimille.
Le , une première attaque sur le col de Brouis et la cime du Bosc est lancée. Les deux objectifs sont atteints, mais aussi bien sur le Brouis que sur la cime du Bosc, les réactions ennemies sont extrêmement vives et les libérateurs sont obligés de regagner leur base de départ. Le BM 4 combat la 34e DI allemande à Sospel, l’ouvrage de Plan-Caval le , puis libère Saorge et La Bollène-Vésubie le . Le , l’attaque est reprise avec des effectifs plus importants, avec décalage dans le temps pour faire bénéficier du maximum d’appui de feu chaque groupement d’assaut. L’attaque de la cime du Bosc part la première à 6 h 30 ; à 13 h 30, l’objectif est atteint et occupé. À 13 h 30, une patrouille envoyée sur le col de Brouis trouve l’ouvrage abandonné. Une section l’occupe pendant que, de la cime du Bosc et par la route, le bataillon se porte sur Breil-sur-Roya. La ville a été abandonnée mais elle est « truffée de mines » occasionnant quelques blessés aux forces françaises. Poussant vers le col de Tende, la 3e compagnie occupe la Giandola et Cacciaroli.
C’est à Breil-sur-Roya, au cours d’un violent bombardement d’artillerie, qu’est tué un tout jeune lieutenant de la Marseillaise, atteint à la gorge par un éclat d’obus alors qu’il était sur la table d’opération. Ce sera la dernière victime de la guerre pour le BM 4.
Ensuite, il libère La Brigue et Tende le puis franchit la frontière italienne pour marcher sur le Piémont en direction de Turin, comme le souhaite le général de Gaulle afin d’obtenir des rectifications de frontières, car les deux localités appartenaient au comté de Nice avant 1860. L’État-Major français avait prévu d’utiliser la 1re division française libre pour les combats de la libération de l’Autriche et en particulier de sa capitale Vienne. Cependant les Américains, qui craignent un dépeçage de l’Italie par des vainqueurs revanchards, sont réticents à cette avance et le , relèvent le bataillon et lui font faire mouvement sur Sospel puis vers Antibes, où il s’installe « au repos » à la caserne Gazan. C’est là qu’il apprend la capitulation de l’armée allemande d’Italie, le .
Pour le BM 4, la guerre s’achève en France et c’est à Antibes qu’il fête la nouvelle de la capitulation sans condition du Troisième Reich, le .
Le jour même de l’Armistice, Guy Charmot signe sa demande de départ colonial et part pour le Tchad.
Médecin-capitaine à la fin de la guerre, il devient médecin des hôpitaux d’outre-mer et professeur agrégé du service de santé des armées en 1954 effectuant de nombreux séjours en Afrique (Sénégal, Congo, Madagascar…) jusqu’en 1965. En poste à Brazzaville en 1958 au moment du retour du général de Gaulle, il refuse la proposition d’entrée à l’hémicycle que lui avait faite des compagnons de la Libération, car il se sent plus utile dans la médecine tropicale. Il rentre en France après la décolonisation.
Spécialiste de la recherche en médecine tropicale, Guy Charmot démissionne avec le grade de médecin-colonel pour entrer au service de recherches thérapeutiques de Rhône-Poulenc. En parallèle, il est attaché de consultation dans les hôpitaux de Paris (en médecine tropicale à l’hôpital Bichat).
Professeur à l’Institut de médecine et d’épidémiologie africaine (actuel Institut de médecine et d’épidémiologie appliquées et tropicales–Fondation internationale Léon Mba) et à l’institut Pasteur, il signe ou co-signe un total d’environ 300 articles scientifiques et contribue à la rédaction de nombreux livres médicaux. Ancien président de la Société de pathologie exotique (1982-1986), il est élu, en 1994, membre de l’Académie des sciences d’outre-mer.
Passionné d’alpinisme, il a équipé certaines voies des Alpes du Sud. En 2016, il donne ses archives au musée Eugène Jamot de Saint-Sulpice-les-Champs.
Le , il devient le quatrième compagnon de la Libération centenaire, après Pierre Fourcaud (1898-1998) Joseph Casile (1905-2007) et Pierre Louis-Dreyfus (1908-2011). Entre 2011 et 2019 (date de sa mort), il est le doyen de l’ordre de la Libération. Le , il devient le compagnon de la Libération ayant vécu le plus longtemps, devant Pierre Louis-Dreyfus. Il a été le dernier médecin militaire en vie de cet ordre. Après son décès, ne survivent que quatre compagnons de la Libération. Il est décédé le 7 janvier 2019, à l’âge de 104 ans.
9 octobre 1918 : les Canadiens entrent dans Cambrai.
Depuis le 26 août 1918, le corps canadien du lieutenant-général Arthur Currie, fer de lance de la 1re armée britannique, a percé la ligne Drocourt-Quéant, franchi le canal du Nord le 27 septembre et pris le bois de Bourlon. Cambrai, nœud ferroviaire et routier occupé depuis août 1914, est sous ses canons. Le 8 octobre, les 3e et 4e armées britanniques attaquent au sud de la ville et enfoncent la dernière position de la ligne Hindenburg ; le commandement allemand ordonne le repli sur la Selle.
Dans la nuit du 8 au 9 octobre, la 2e division canadienne franchit le canal de l’Escaut au nord-est, vers Ramillies et Escaudœuvres, pendant que la 3e division pousse ses patrouilles dans la ville par l’ouest. Au pont d’Aire, le capitaine Coulson Mitchell, du génie canadien, coupe sous le feu les fils des charges de démolition et tient l’ouvrage à la tête d’une poignée de sapeurs ; il recevra la Victoria Cross. Avant l’aube, les Canadiens tiennent le centre, où ils rencontrent les Britanniques de la 57e division entrés par le sud.
Les Allemands sont partis, mais ils ont miné des carrefours et allumé des incendies ; le quartier de la place d’Armes et l’hôtel de ville brûlent, et les sapeurs canadiens passent la journée à combattre le feu. La ville, vidée de ses habitants, évacués de force en septembre, est détruite pour une large part.
Pour le corps canadien, Cambrai clôt une campagne de 6 semaines qui lui a coûté plus de 30 000 hommes. L’armée allemande ne tiendra plus aucune ligne durablement jusqu’à l’armistice.
9 octobre 1934 : assassinat du roi Alexandre Ier de Yougoslavie à Marseille.
Louis Barthou, ministre des Affaires étrangères du gouvernement Doumergue, cherche à entourer l’Allemagne hitlérienne d’un réseau d’alliances allant de Moscou à Belgrade. La visite officielle du roi Alexandre Ier de Yougoslavie doit en resserrer un maillon. Le souverain arrive à Marseille le 9 octobre 1934 vers 16 h 00 à bord du contre-torpilleur Dubrovnik. Barthou et le général Alphonse Georges, membre du Conseil supérieur de la guerre, l’accueillent au quai des Belges.
Le cortège remonte la Canebière au pas, dans une voiture découverte, sans haie de troupe et avec une escorte réduite à deux cavaliers. Devant le palais de la Bourse, vers 16 h 15, un homme sort de la foule, saute sur le marchepied et vide le chargeur d’un pistolet automatique Mauser. Le roi, touché à la poitrine et au ventre, meurt en quelques minutes. Le général Georges, qui tente de s’interposer, reçoit plusieurs balles et en restera diminué. Le lieutenant-colonel Piollet, à cheval, abat le tueur d’un coup de sabre. Dans la panique, les policiers tirent ; des spectateurs sont tués et Barthou est atteint au bras. L’artère humérale est sectionnée, un garrot est mal posé, et le ministre meurt d’hémorragie à l’Hôtel-Dieu. L’expertise balistique, rendue publique quarante ans plus tard, établira que la balle venait d’une arme de la police.
Le meurtrier, lynché, meurt le soir même. C’est un Bulgare, Vlado Tchernozemski, tueur de l’Organisation révolutionnaire intérieure macédonienne, mis au service des oustachis croates d’Ante Pavelić, que l’Italie et la Hongrie hébergent et entraînent. Trois de ses complices, arrêtés en France, sont condamnés aux travaux forcés à perpétuité à Aix-en-Provence en 1936. Rome refuse d’extrader Pavelić.
L’attentat, filmé par les opérateurs d’actualités, est vu dans le monde entier. Le ministre de l’Intérieur Albert Sarraut démissionne. Pierre Laval succède à Barthou et oriente la diplomatie française vers l’entente avec Mussolini. En Yougoslavie, Pierre II a 11 ans ; la régence échoit au prince Paul.
9 octobre 1942 : l’Armée rouge supprime les commissaires politiques.
Créés en 1918 pour surveiller les anciens officiers du tsar, les commissaires militaires contresignent tous les ordres des commandants d’unité. Ce double commandement, supprimé en 1940 après les mécomptes de la guerre de Finlande, a été rétabli le 16 juillet 1941, dans la panique des premières semaines de l’invasion.
Un an plus tard, alors que la bataille de Stalingrad est engagée, le Présidium du Soviet suprême le supprime par un décret du 9 octobre 1942 qui établit le « commandement unique ». Le chef militaire redevient seul responsable de son unité, y compris de son état moral. Le commissaire devient son adjoint pour les affaires politiques, le zampolit, reçoit un grade militaire ordinaire et lui est subordonné. La mesure est étendue à la marine quelques jours plus tard. Des dizaines de milliers d’anciens commissaires sont versés, après un stage, dans les fonctions de commandement, ce qui comble une partie des pertes en officiers.
Le décret s’inscrit dans une série de gestes en direction de l’encadrement : ordres de Souvorov, de Koutouzov et d’Alexandre Nevski créés en juillet 1942, retour des pattes d’épaule de l’ancienne armée en janvier 1943. Les généraux qui vont encercler Paulus en novembre commandent sans tuteur.
9 octobre 1944 : Churchill et Staline s’entendent sur les Balkans (« accord des pourcentages »).
À l’automne 1944, l’Armée rouge occupe la Roumanie et la Bulgarie, entre en Yougoslavie et en Hongrie. Churchill, qui craint de voir toute l’Europe du Sud-Est échapper à l’influence britannique, se rend à Moscou sans Roosevelt, retenu par sa campagne électorale. La conférence, nom de code Tolstoy, dure du 9 au 19 octobre.
Le premier soir, au Kremlin, en présence d’Eden, de Molotov et des interprètes, Churchill propose à Staline de régler les affaires balkaniques. Il griffonne sur une demi-feuille une répartition de l’influence : Roumanie, 90 % pour l’URSS et 10 % pour les autres ; Grèce, 90 % pour la Grande-Bretagne, en accord avec les États-Unis, et 10 % pour l’URSS ; Yougoslavie et Hongrie, moitié-moitié ; Bulgarie, 75 % pour l’URSS. Staline regarde le papier, y trace une coche au crayon bleu et le repousse. Churchill, d’après ses mémoires, suggère de le brûler ; Staline lui répond de le garder. Les jours suivants, Molotov obtient d’Eden 80 % en Hongrie et en Bulgarie.
Le document n’a aucune valeur juridique et Washington, représenté à Moscou par l’ambassadeur Harriman, tenu à l’écart de cette séance, ne s’y estime pas lié. Il a pourtant un effet. En décembre 1944, quand les troupes britanniques écrasent à Athènes les partisans communistes de l’ELAS, Staline ne dit rien. En retour, Londres proteste peu contre la mise au pas de la Roumanie et de la Bulgarie. La Pologne, discutée pendant la même conférence en présence de Mikołajczyk, ne fait l’objet d’aucun accord.

9 octobre 1950 : la 8e armée américaine franchit le 38e parallèle (guerre de Corée).
Le débarquement d’Inchon, le 15 septembre 1950, et la reprise de Séoul ont disloqué l’armée nord-coréenne. Fallait-il s’arrêter à l’ancienne ligne de démarcation ? Le président Truman autorise MacArthur, le 27 septembre, à poursuivre au nord, à condition qu’aucune force soviétique ou chinoise n’intervienne. Les Sud-Coréens n’attendent pas : leur 3e division passe le parallèle sur la côte est dès le 1er octobre. Le 7, l’Assemblée générale des Nations unies vote une résolution qui fixe pour but une Corée « unifiée, indépendante et démocratique ».
Le 9 octobre, MacArthur adresse à Kim Il-sung une seconde sommation de capituler, restée sans réponse, et la 8e armée du général Walton Walker attaque. La 1re division de cavalerie américaine franchit le parallèle au nord de Kaesong, en direction de Kumchon, avec la 27e brigade du Commonwealth, qui lui est rattachée, et à sa droite la 1re division sud-coréenne. Les Nord-Coréens résistent cinq jours dans la poche de Kumchon, puis cèdent. Pyongyang tombe le 19 octobre.
Pékin a prévenu. Le 3 octobre, Zhou Enlai a convoqué en pleine nuit l’ambassadeur de l’Inde, K. M. Panikkar, pour lui dire que la Chine interviendrait si des troupes américaines, et non seulement sud-coréennes, passaient la ligne. Washington y voit un bluff. Le 8 octobre, Mao Zedong signe l’ordre qui crée les « volontaires du peuple chinois » et en donne le commandement à Peng Dehuai. Leurs premières divisions franchissent le Yalou le 19, le jour où Pyongyang est prise. En décembre, elles ont rejeté les forces des Nations unies au sud du parallèle.
9 octobre 1962 : indépendance de l’Ouganda.
Protectorat britannique depuis 1894, l’Ouganda accède à l’indépendance le 9 octobre 1962 à minuit, sur le terrain de cérémonie de Kololo, à Kampala, en présence du duc de Kent, qui représente la reine. Milton Obote, chef du Congrès du peuple ougandais, est Premier ministre grâce à une alliance avec le parti monarchiste du Buganda ; le souverain de ce royaume, le kabaka Mutesa II, deviendra l’année suivante président d’un État fédéral.
L’armée dont hérite le pays se réduit au 4e bataillon des King’s African Rifles, caserné à Jinja et rebaptisé Uganda Rifles : un millier d’hommes, recrutés surtout dans le nord, encadrés par des officiers britanniques. Deux Ougandais seulement ont reçu un brevet d’officier avant l’indépendance. L’un d’eux, Idi Amin, ancien sous-officier, champion de boxe, a servi contre les Mau Mau au Kenya.
En janvier 1964, le bataillon se mutine à Jinja pour obtenir de meilleures soldes et le départ des cadres britanniques ; Obote doit appeler des troupes du Royaume-Uni pour le désarmer, puis cède sur tout. L’armée grossit vite et ses officiers africains sont promus en quelques mois. Amin, commandant adjoint en 1964, donne l’assaut au palais du kabaka en mai 1966 pour le compte d’Obote, qui abolit les royaumes. Le 25 janvier 1971, il renverse Obote à son tour. Son régime fera entre 100 000 et 300 000 morts en huit ans.
9 octobre 1966 : mort de Leslie Irvin, pionnier du parachute à ouverture commandée.
Leslie Leroy Irvin naît à Los Angeles le 10 septembre 1895. Adolescent, il saute en parachute depuis des ballons dans les foires de Californie, puis devient cascadeur pour les studios de cinéma naissants, où il se jette d’avions et de dirigeables devant les caméras. Ces chutes le persuadent d’une chose que beaucoup de médecins et d’aviateurs contestent alors : un homme qui tombe librement ne perd pas connaissance.
En 1918, les pilotes américains, britanniques et français volent sans parachute. Ceux qui existent s’ouvrent par une sangle fixée à l’appareil, ce qui ne sert à rien dans un avion en vrille ou en feu. L’Air Service de l’armée américaine réunit à McCook Field, près de Dayton, dans l’Ohio, une équipe dirigée par le major Edward Hoffman. Deux civils, Floyd Smith et Guy Ball, y mettent au point le « Type A » : une voilure de soie de 28 pieds pliée dans un sac dorsal souple, extraite par un petit parachute pilote, que le sauteur libère lui-même en tirant une poignée une fois éloigné de l’avion.
Irvin, qui démarche l’armée avec ses propres modèles, se porte volontaire pour l’essai. Le 28 avril 1919, il saute d’un biplan De Havilland piloté par Smith, à 1 500 pieds au-dessus de McCook Field, tire la poignée après quelques secondes de chute et se pose sous une voilure intacte. Il se casse la cheville à l’atterrissage. C’est le premier saut prémédité en chute libre avec un parachute à ouverture commandée depuis un avion militaire.
L’armée lui commande 300 parachutes. Il fonde à Buffalo, dans l’État de New York, moins de deux mois après son saut, l’Irving Air Chute Company ; le « g » ajouté à son nom par une erreur de dactylographie restera dans la raison sociale jusqu’en 1970. Smith, qui se tient pour l’inventeur, l’attaquera pour contrefaçon de brevet et obtiendra gain de cause. En octobre 1922, le lieutenant Harold Harris, pilote d’essai à McCook Field, quitte un monoplan qui se disloque en vol et devient le premier aviateur sauvé par un parachute de ce type. L’entreprise crée pour lui et ses successeurs le Caterpillar Club, dont l’insigne, une chenille d’or, rappelle le ver à soie.
Irvin ouvre en 1926 une usine à Letchworth, en Angleterre, et s’y installe. La Royal Air Force adopte son parachute, suivie par une quarantaine d’aviations. Pendant la Seconde Guerre mondiale, ses usines équipent les équipages alliés et les troupes aéroportées ; l’entreprise évalue à plus de 10 000 le nombre de vies sauvées. Elle fabrique aussi la veste de vol en peau de mouton qui porte son nom. Devenue le premier fabricant mondial, elle prendra plus tard le nom d’Irvin Aerospace et fournira les parachutes de récupération de capsules spatiales.
Leslie Irvin meurt à Los Angeles le 9 octobre 1966, à 71 ans.

9 octobre 1967 : exécution d’Ernesto « Che » Guevara à La Higuera (Bolivie).
Blessé à la jambe et capturé la veille dans le ravin du Yuro par les rangers boliviens du capitaine Gary Prado, Guevara passe la nuit dans l’école de La Higuera, hameau de la province de Vallegrande. Deux de ses compagnons, le Bolivien Simeón Cuba et le Péruvien Juan Pablo Chang, sont enfermés dans la pièce voisine.
Le 9 octobre au matin, un hélicoptère amène le colonel Joaquín Zenteno, commandant la 8ᵉ division, et Félix Rodríguez, Cubain exilé, agent de la CIA attaché aux rangers. Rodríguez interroge le prisonnier, photographie son journal de campagne et se fait photographier avec lui. Washington préférerait le garder vivant. Mais la Bolivie n’a pas de peine de mort, un procès offrirait une tribune, comme celui de Régis Debray qui se tient alors à Camiri, et le président René Barrientos, avec le général Ovando, a tranché : l’ordre d’exécution arrive de La Paz par radio en fin de matinée.
Un sous-officier désigné parmi des volontaires, le sergent Mario Terán, entre dans la salle de classe vers 13 heures et tire plusieurs rafales, en évitant le visage pour accréditer la version d’une mort au combat. Guevara avait 39 ans. Le corps, sanglé sur le patin d’un hélicoptère, est transporté à Vallegrande et exposé à la presse dans la buanderie de l’hôpital Nuestro Señor de Malta, les yeux ouverts. Les photographies de Freddy Alborta font le tour du monde. On lui coupe les mains pour identification, puis on l’enterre de nuit, avec 6 guérilleros, sous la piste de l’aérodrome.
La fosse est retrouvée à l’été 1997 par une équipe cubaine et argentine. Les restes sont déposés le 17 octobre 1997 dans un mausolée à Santa Clara, à Cuba.
9 octobre 1973 : bataille navale de Damiette (guerre du Kippour).
Deux jours après avoir coulé cinq bâtiments syriens devant Lattaquié, la flottille de vedettes lance-missiles israélienne du capitaine de frégate Michael Barkai est envoyée devant le delta du Nil. L’état-major naval espère que la contre-attaque lancée ce 8 octobre dans le Sinaï poussera les unités égyptiennes de Port-Saïd à se replier sur Alexandrie. La contre-attaque échoue et rien ne sort. Barkai décide de provoquer l’adversaire en canonnant la côte.
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Dans la soirée, il lui reste 6 bâtiments après le renvoi de ceux qui manquent de carburant : deux Sa’ar 4, Reshef et Keshet, deux Sa’ar 3, Soufa et Herev, le Eilat et le Misgav, ce dernier sans missiles. Ils avancent en trois paires. 4 vedettes égyptiennes de type Osa, de construction soviétique, sortent d’Alexandrie et font route à l’est. Leurs missiles Styx portent à 45 km, le Gabriel israélien à 25 seulement : pendant 20 km, les Israéliens seront sous le feu sans pouvoir répondre.
Peu après minuit, les Osa tirent une première salve à 48 km, puis 3 autres en 10 minutes. Les Israéliens ont déployé des nuages de paillettes métalliques et mis en œuvre leurs brouilleurs ; tous les Styx s’abîment en mer. Leurs soutes vides, les Égyptiens font demi-tour. Les Sa’ar, plus rapides, les poursuivent pendant 25 mn. Le Keshet tire le premier à 17 km et touche une Osa, que le Misgav achève au canon. Le Reshef en frappe une 2e et la coule de la même manière. Une 3e atteinte, s’échoue sur un haut-fond devant Baltim, où le Herev et le Soufa la détruisent. La 4e rentre à Alexandrie.
Les Israéliens n’ont ni perte ni avarie de combat ; le Keshet a seulement eu une voie d’eau dans sa salle des machines par rupture d’une conduite. Le Caire annonce la destruction de quatre bâtiments israéliens : c’est cette version que reprenait le texte en ligne, en faisant du Herev et du Keshet des navires touchés. Après Lattaquié et Baltim, premiers combats de l’histoire entre navires lance-missiles, les flottes syrienne et égyptienne ne quittent plus leurs ports, et la marine israélienne garde la maîtrise du littoral jusqu’au cessez-le-feu.
9 octobre 1983 : attentat de Rangoun contre le président sud-coréen.
Le président sud-coréen Chun Doo-hwan entame à Rangoun, le 8 octobre 1983, une tournée de 6 pays d’Asie et d’Océanie. Le lendemain matin, il doit déposer une gerbe au mausolée des Martyrs, où reposent Aung San et ses compagnons assassinés en 1947. Trois officiers nord-coréens, le major Zin Mo et les capitaines Kang Min-chul et Shin Ki-chul, débarqués d’un cargo 2 semaines plus tôt, ont dissimulé des charges télécommandées dans la charpente du monument.
Vers 10 h 25, les ministres et les conseillers sud-coréens sont alignés sous le toit et attendent le président, dont le cortège a pris quelques minutes de retard. L’arrivée de la voiture de l’ambassadeur et une sonnerie de clairon font croire aux tueurs que Chun est là. L’explosion tue 21 personnes, 17 Sud-Coréens et 4 Birmans, et en blesse 46. Parmi les morts figurent le vice-Premier ministre Suh Suk-joon, le ministre des Affaires étrangères Lee Bum-suk, ceux du Commerce et de l’Énergie, le secrétaire général de la présidence et l’ambassadeur. Chun, à un kilomètre et demi de là, rentre aussitôt à Séoul.
Les 3 hommes cherchent à gagner le fleuve, où une embarcation devait les attendre. Shin est tué par la police ; Zin Mo et Kang, cernés, font exploser des grenades qui les mutilent sans les tuer. Kang avoue. La Birmanie, l’un des rares pays à entretenir alors des relations égales avec les deux Corées, rompt avec Pyongyang le 4 novembre et retire sa reconnaissance au régime. Zin Mo est pendu en 1985. Kang Min-chul meurt à la prison d’Insein en 2008, après 25 ans de détention. Les relations entre les deux pays ne sont rétablies qu’en 2007.
9 octobre 2006 : premier essai nucléaire nord-coréen.
La Corée du Nord s’est retirée du traité de non-prolifération en janvier 2003 et a annoncé en février 2005 qu’elle possédait des armes nucléaires. Les pourparlers à six, ouverts à Pékin en 2003, sont bloqués depuis que le Trésor américain a fait geler des avoirs nord-coréens dans une banque de Macao. En juillet 2006, Pyongyang tire 7 missiles, dont un Taepodong-2 qui échoue. Le 3 octobre, le régime annonce un essai.
Il a lieu le 9 octobre à 10 h 35, heure locale, dans une galerie du site de Punggye-ri, au nord-est du pays. Les sismographes enregistrent une secousse de magnitude 4,2 environ. La puissance est faible, inférieure à une kilotonne, alors que Pyongyang avait prévenu Pékin d’un tir de quatre kilotonnes : l’engin au plutonium n’a sans doute fonctionné que partiellement. Des prélèvements d’air effectués par l’aviation américaine confirment néanmoins, quelques jours plus tard, qu’il s’agit bien d’une explosion nucléaire.
Le Conseil de sécurité adopte à l’unanimité, le 14 octobre, la résolution 1718, qui exige l’arrêt du programme et institue un embargo sur les armements lourds, les technologies sensibles et les produits de luxe ; la Chine et la Russie la votent. La Corée du Nord procède à 5 autres essais entre 2009 et 2017, le dernier d’une puissance supérieure à 100 kilotonnes.
9 octobre 2011 : l’armée égyptienne écrase une manifestation copte à Maspero (Le Caire).
Huit mois après la chute d’Hosni Moubarak, l’Égypte est gouvernée par le Conseil suprême des forces armées du maréchal Hussein Tantaoui. Le 30 septembre 2011, une église copte en chantier est incendiée par des villageois à Marinab, dans la province d’Assouan ; le gouverneur donne tort aux chrétiens.
Le 9 octobre, en fin d’après-midi, plusieurs milliers de manifestants, coptes pour la plupart, rejoints par des musulmans, partent du quartier de Choubra vers le siège de la radiotélévision d’État, l’immeuble Maspero, sur la corniche du Nil. Ils essuient des jets de pierres en chemin. À leur arrivée, vers 18 h 00, la police militaire qui garde le bâtiment tire, et des blindés de transport de troupes foncent dans la foule à vive allure en zigzaguant. La télévision d’État annonce que des coptes attaquent l’armée et appelle les « citoyens honorables » à la défendre ; des groupes armés de bâtons s’en prennent aux chrétiens dans les rues voisines.
On relève entre 26 et 28 morts selon les décomptes, presque tous coptes, dont une douzaine au moins écrasés par les blindés, et plus de 300 blessés. L’armée affirme que ses soldats ont été attaqués et ont cédé à la panique, et nie tout écrasement délibéré. Un tribunal militaire condamne en 2012 trois soldats à 2 et 3 ans de prison pour homicide involontaire. Aucun officier n’est poursuivi.
9 octobre 2019 : la Turquie lance l’opération « Source de paix » dans le nord-est de la Syrie.
Les Forces démocratiques syriennes, coalition dominée par les milices kurdes des YPG, ont été l’infanterie de la coalition internationale contre l’État islamique, dont elles ont pris le dernier réduit à Baghouz en mars 2019. Ankara voit dans les YPG la branche syrienne du PKK et veut les éloigner de sa frontière. Le 6 octobre, après un entretien téléphonique avec Recep Tayyip Erdoğan, Donald Trump fait retirer les quelques dizaines de soldats américains postés à Tall Abyad et Ras al-Aïn.
Le 9 octobre vers 16 h 00, l’aviation et l’artillerie turques frappent ces deux villes ; dans la soirée, l’armée turque et ses supplétifs syriens de l’« Armée nationale syrienne » franchissent la frontière sur un front de 120 kilomètres. Tall Abyad tombe le 13 octobre. Le même jour, les Kurdes, abandonnés, concluent sous l’égide russe un accord avec Damas, dont l’armée revient à Manbij, Kobané et sur la frontière pour la première fois depuis 2012. Des centaines de proches de djihadistes s’échappent du camp d’Aïn Issa.
Le vice-président américain Mike Pence obtient à Ankara, le 17 octobre, une suspension des combats de cinq jours ; les FDS évacuent Ras al-Aïn le 20. Le 22, à Sotchi, Erdoğan et Vladimir Poutine fixent le nouvel état des lieux : la Turquie conserve une bande de 120 km de long sur 30 de profondeur entre les deux villes, les YPG se retirent à 30 km de toute la frontière, des patrouilles russo-turques circulent sur une profondeur de 10 km. Les combats et les exécutions sommaires commises par les supplétifs, dont celle de la responsable politique kurde Hevrin Khalaf le 12 octobre, ont fait fuir près de 200 000 civils.









