Chronique des blindés : Le char Schneider du Musée des Blindés


Le Musée des Blindés est né en 1977 sous l’impulsion du colonel Aubry. Initialement situé au sein de l’École d’Application de l’Arme Blindée Cavalerie, il rassemble les collections de véhicules militaires de Bourges, Fontevraud et Le Mans et se complète au fil des années, des donations et échanges. Ouvert au public depuis 1983, le musée est désormais situé route de Fontevraud, à Saumur.

La collection compte aujourd’hui 800 véhicules dont 200 en état de marche. Le musée présente l’histoire des blindés de 1917 à nos jours avec l’emblématique Renault FT, les chars français de 1940, les Panzers allemands et chars soviétiques, des engins modernes comme les Conqueror ou le Merkava ainsi que les prototypes de l’armée française. Ici, nous allons nous intéresser particulièrement à un char des premiers âges : le char Schneider. (Propos recueillis par Camille Harlé-Vargas).

 

Quel est l’historique de ce char Schneider ? 

La “vie active” du char Schneider n’est malheureusement pas connue. Il s’agit d’une version améliorée, un Schneider M2. Il se distingue du premier modèle par des améliorations mises en place à la suite des premiers retours de terrain : visible de l’extérieur, une porte est découpée sur son flanc gauche pour faciliter l’évacuation de l’engin, alors que sur les premiers modèles, les hommes situés à l’avant devaient traverser tout l’habitacle pour emprunter la seule sortie qui se situait à l’arrière de l’engin ; le carburant est placé à l’arrière de l’engin, à l’extérieur, dans deux réservoirs avec un blindage double. Auparavant, le réservoir principal était comme tout le reste dans la chambre de combat avec les hommes, tout à l’avant de l’engin, aux pieds du pilote. 

Comment ce char est-il parvenu dans la collection du musée ?  

Ce char est un cadeau des États-Unis. Cet engin avec un Saint Chamond, fut offert par la France aux États-Unis en remerciement de leur soutien durant la Grande Guerre. Ils furent présentés durant 70 ans dans la collection de l’Aberdeen Proving Ground, en extérieur. Ces deux engins, les derniers au monde de leurs espèces, furent offerts à la France en 1987. Ils arrivèrent par bateau cette année-là pour rejoindre le musée des Blindés de Saumur. 

A-t-il été restauré ? Dans quelle mesure ? 

Le char a été entièrement restauré par l’armée au sein de l’ETAS (établissement technique d’Angers) au milieu des années 1990, à partir de ses mécaniques d’origine. Le véhicule fut complètement démonté puis remonté. Si l’ensemble de l’intérieur n’a pas pu être restitué, il est depuis lors en état de marche à partir de son moteur d’origine ! Cela lui a permis de participer à deux 14 juillet sur les champs Élysée, en 1998 pour les 80 ans de la victoire de 1918 et plus récemment en 2017 pour le centenaire du premier engagement des chars d’assaut français. 

Qu’est-ce que la présence de ce Schneider apporte à la collection du musée ? 

La présence du Schneider au sein de la collection du musée des Blindés est fondamentale, au sens premier du terme, ce à plusieurs titres : 

  • Grâce à sa présence, les visiteurs peuvent voir le premier char français de l’histoire qui connut le feu, en 1917.
  • Ce Schneider est le dernier au monde : il est donc important qu’il soit présenté au musée des Blindés français.
  • Il permet de présenter une salle Première Guerre mondiale complète en chars français de cette époque, grâce à ses frères d’armes, le char Saint-Chamond et le char Renault FT.
  • Restauré consciencieusement, son intérieur permet de se plonger dans la réalité des équipages de l’époque, même si certains éléments sont manquants. Les hommes d’équipage sont les uns contre les autres dans un espace réduit qu’ils partagent avec le moteur, les munitions, les armes. Pas de protection thermique autour du moteur, pas de protection des moyens de visions qui ne sont que des fentes découpées dans le blindage. Seul le pilote a un siège ! Malgré tout cela, les pertes en hommes d’équipage des “cuirassés terrestre” restent inférieures à celle de l’infanterie, ce qui montre que malgré ses défauts, la cuirasse protège tout de même les hommes.

Sa présence permet aussi de proposer une histoire complète des chars français, du premier, le Schneider au char actuellement en service, le Leclerc, que le musée présente aussi dans le parcours permanent. 

Le musée a-t-il pour projet d’intégrer d’autres chars de la première guerre mondiale à l’exposition, notamment étranger ?  

Le musée aimerait présenter des chars étrangers de la Grande Guerre, tout particulièrement un “tank” britannique, cela permettrait de présenter les deux nations réellement productrices de chars à l’époque. Parmi nos adversaires au cours de la Grande Guerre, seul l’empire du Kaiser a employé des chars, dont seulement vingt de production nationale, les autres étant des “beutepanzer”. Malheureusement, le musée n’a pas l’opportunité aujourd’hui de présenter des chars britanniques.

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Remerciements à Adrien Guinebault et à l’équipe du Musée des Blindés d’avoir raconté le parcours de ce char, véritable précurseur de l’histoire blindée française

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