mercredi 26 janvier 2022

Combattons en Afghanistan et honorons nos soldats tombés au combat !

Ce premier « post » réfléchi sans connaître le contenu du Monde en date de ce 19 août permet de réagir aux différents articles sur l’Afghanistan qui présentent une vision du conflit me paraissant objective. Elle mérite cependant une réaction différente venant d’un soldat-citoyen, sinon une position divergente face au sentiment général exprimé. En effet, à chaque fois qu’un soldat français tombe au combat en Afghanistan, le dernier à ce jour un lieutenant tué le 14 août 2011 par un tireur isolé, nous avons droit à plusieurs types de réactions :

  1. La médiatisation macabre du « nième » mort ;
  2. Les honneurs peu convaincants rendus par la Nation dont la grande masse des citoyens continue sa vie quotidienne, certes bien compliquée aujourd’hui ;
  3. Les commentaires politiciens des « pour » et des « contre » l’engagement de la France en Afghanistan.

Compter les morts au combat n’est pas à mon sens réellement une information même si leur nombre augmente depuis le début de l’année car le combat s’est effectivement porté dans la zone française. Quelque 74 morts depuis 2001 en Afghanistan soit 7 par an, est-ce effectivement une information lorsqu’il y a chaque année 10 000 suicides en France (soit plus de 100 000 depuis 2001 !), 4 000 morts sur les routes… même si les chiffres expriment des réalités différentes. Dans la guerre en Afghanistan, l’information est que les soldats français combattent bien, que la mort et la blessure au combat sont des risques acceptés, qu’environ 50% d’entre eux le sont par des pièges et non par des affrontements directs face à quelques centaines de combattants estimés. La mise en valeur des soldats français doit être au cœur de l’information et non le fait qu’il y ait un ou plusieurs décès. Et ce n’est pas de la propagande !

Il est vrai que, peu à peu, les honneurs rendus aux soldats tombés au combat retrouvent leur place dans le rituel républicain et deviennent une source de réflexion sur le sens de la guerre menée. Le président Sarkozy est sans doute le président qui a été le plus confronté à ces cérémonies émouvantes et fortement médiatisées. Président au passé militaire plutôt terne, il a appris le rituel militaire et ses subtilités héritées d’une longue tradition historique. Il rend hommage aux soldats avec une vraie dignité, des mots justes et une grande sincérité. La diffusion par la télévision permet aussi de rassembler de nombreux Français lors de ces cérémonies et de le faire savoir à l’échelle du monde mais est-ce suffisant ?

Avant tout débat, peu opportun en temps de guerre, le témoignage public de l’affection du peuple portée aux forces armées au retour des corps ne concerne aujourd’hui que peu de citoyens à la grande différence des pays anglo-saxons. Néanmoins et c’est tout à fait louable, les médias parlent peu à peu de ces présences anonymes sur le chemin de retour des dépouilles mortelles, présences pourtant peu nombreuses malgré des dizaines d’associations d’anciens combattants ou d’anciens militaires qui revendiquent des centaines de milliers d’adhérents, un correspondant « défense » dans chaque commune… Cet hommage de la Nation, hors débat politicien, pourra cependant être fait collectivement avec plus de réflexions lors du 11 novembre qui devrait devenir la journée commémorant les combattants de toutes les guerres. Le ministre de la défense a annoncé le 19 juillet 2011 (réponse à une question parlementaire écrite parue au Journal officiel) qu’il soutiendra cette proposition de loi.

Enfin et surtout, remarquons l’évolution des discours politiques. Hier, l’amalgame entre l’emploi des forces armées et les buts politiques à atteindre faisait de l’Armée la principale cible de toutes les critiques. Aujourd’hui, constatons que la classe politique fait bien la distinction entre une armée neutre politiquement et la mission qui lui est donnée par le gouvernement. Le soutien moral et public aux soldats par une grande partie des élus est un progrès apprécié. La France n’a plus honte de ses guerres. Elle est fière de ces (ses) soldats qui sont allés jusqu’au bout de leur engagement. En revanche, la volonté de l’ennemi à faire de cette guerre une défaite pour nos forces a été renforcée par la réclamation permanente à chaque tué du départ des troupes d’Afghanistan qui a sans doute conduit à l’annonce du retrait d’une partie du contingent. Sur ce point, je regrette seulement que la concentration de nos forces en Afghanistan soit obérée. On peut le comprendre en politique intérieure, pas vraiment en efficacité opérationnelle. Une armée française rentrant d’Afghanistan sans avoir obtenu le succès, sans pouvoir justifier les pertes en morts et en blessés, avec le sentiment enfin d’un travail inachevé ne pourrait qu’amener une grande amertume parmi nos professionnels. Certes le glaive cède à la toge…

Aucun doute ne doit donc exister sur la position française et sur la fermeté de l’engagement de la France dans un conflit qui, comme d’autres, dépasse le simple calendrier électoral. Aucun commentaire ne doit donc fragiliser l’engagement militaire de nos forces confrontées à un ennemi dont l’objectif n’est pas de gagner sur le terrain – il n’en a pas les moyens – mais de frapper les imaginations par des actions spectaculaires, au bon moment justement du calendrier, pour bien « communiquer », en vue d’influencer nos opinions publiques et donc nos politiques. Tuer un soldat français – comme un soldat américain – n’est pas seulement un acte de guerre mais aussi, sinon avant tout, une action d’influence.

Evoquons donc avec fierté l’engagement de nos soldats. Assumons avec fermeté et collectivement la guerre choisie qui est menée et bien menée. Soutenons avec résolution nos combattants et leurs familles en honorant nos morts par le souvenir mais aussi en n’oubliant pas nos nombreux blessés bien plus discrets.

François CHAUVANCY
Saint-cyrien, breveté de l’École de guerre, docteur en sciences de l’information et de la communication (CELSA), titulaire d’un troisième cycle en relations internationales de la faculté de droit de Sceaux, le général (2S) François CHAUVANCY a servi dans l’armée de Terre au sein des unités blindées des troupes de marine. Il a quitté le service actif en 2014. Il est expert des questions de doctrine sur l’emploi des forces, sur les fonctions ayant trait à la formation des armées étrangères, à la contre-insurrection et aux opérations sur l’information. A ce titre, il a été responsable national de la France auprès de l’OTAN dans les groupes de travail sur la communication stratégique, les opérations sur l’information et les opérations psychologiques de 2005 à 2012. Il a servi au Kosovo, en Albanie, en ex-Yougoslavie, au Kosovo, aux Émirats arabes unis, au Liban et à plusieurs reprises en République de Côte d’Ivoire où, sous l’uniforme ivoirien, il a notamment formé pendant deux ans dans ce cadre une partie des officiers de l’Afrique de l’ouest francophone. Il est chargé de cours sur les questions de défense et sur la stratégie d’influence dans plusieurs universités. Il est l’auteur depuis 1988 de nombreux articles sur l’influence, la politique de défense, la stratégie, le militaire et la société civile. Coauteur ou auteur de différents ouvrages de stratégie et géopolitique., son dernier ouvrage traduit en anglais et en arabe a été publié en septembre 2018 sous le titre : « Blocus du Qatar : l’offensive manquée. Guerre de l’information, jeux d'influence, affrontement économique ». Il a reçu le Prix 2010 de la fondation Maréchal Leclerc pour l’ensemble des articles réalisés à cette époque. Il est consultant régulier depuis 2016 sur les questions militaires au Moyen-Orient auprès de Radio Méditerranée Internationale. Animateur du blog « Défense et Sécurité » sur le site du Monde depuis août 2011, il a rejoint depuis mai 2019 l’équipe de Theatrum Belli.
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