vendredi 30 septembre 2022

Des livraisons d’armes américaines pour une offensive à venir ?

(Mes dernières interventions du mardi 23 août (9h-12h) et du mercredi 24 août (12h-15h). https://www.tf1info.fr/replay-lci/video-le-9h-12h-du-mardi-23-aout-2022-2230091.html et https://www.tf1info.fr/replay-lci/video-lci-midi-du-mercredi-24-aout-2022-2230232.html, rendez-vous ce vendredi 26 août de 14h à 18h, et ce samedi 27 août de 10h à 15h)

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Entre le 23 août et ce 26 août, l’inquiétude régnait en Ukraine sur ce qu’allait faire la Russie pour nuire à la fête de l’indépendance du 24 août. Les mises en garde, légitimes, avaient informé à la fois la population ukrainienne et l’opinion publique internationale qui ne devait pas vraiment connaître cette date anniversaire. La seule référence calendaire que le monde au moins occidental connaissait est cette date « anniversaire » des six mois de guerre en Europe.

Outre l’attentat en Russie contre Daria Douguina, la préoccupation principale reste celle de la centrale nucléaire de Zaporijia où la désinformation ukrainienne sur le danger de la centrale persiste malgré les informations multiples données par les experts nucléaires. De fait, jamais autant d’« experts » autoproclamés n’ont été présents dans les médias pour déformer les informations sur la réalité du risque pourtant bien établie.

Un seul fait demeure. La centrale est occupée illégalement selon le protocole additionnel n°1 de 1977 des conventions de Genève de 1949 par des forces militaires russes qui s’en servent à la fois comme bouclier et comme prise de guerre. La mission indispensable de l’AEIA viendra contrôler à la fois les éléments constituant la sûreté nucléaire du site et vraisemblablement constater la déconnection du réseau électrique au profit de la Crimée et de la zone occupée.

Cet approvisionnement en électricité ajouté à celui de l’eau par le canal du Nord contrôlé depuis mars 2022 par les Russes vise en tout état de cause à assurer la viabilité au moins de la Crimée dépendante de l’Ukraine jusqu’à présent dans ces deux domaines.

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Il est cependant temps de faire le point sur les livraisons d’armes américaines dont l’ampleur avec la dernière annonce du 24 août, ce qui sans doute n’est pas un hasard, approche en six mois presque l’équivalent du budget annuel des armées françaises consacré à leur équipement, soit 13 milliards de dollars. Une tendance cependant apparaît dans les trois dernières annonces : les équipements permettant une offensive sont de plus de plus nombreuses ajoutant des capacités importantes à la guerre de mouvement et non plus de position, y compris avec des munitions vitales pour l’artillerie.

Ce soutien à l’Ukraine pour défaire la Russie repose aussi sur l‘approbation de l’opinion publique américaine exprimée par ce sondage (Just over half of Americans say U.S. should back Ukraine until Russia withdraws – Reuters/Ipsos poll | Reuters). 53 % des sondés approuvent cette assistance militaire à l’Ukraine « jusqu’à ce que toutes les forces russes soient retirées du territoire revendiqué par l’Ukraine ». Seuls 18 % ont déclaré s’y opposer. Ce soutien est partagé par les partis américains bien que les électeurs démocrates aient été plus susceptibles de soutenir cette position, avec 66% des démocrates en faveur contre 51% des républicains. Une faible majorité, 51%, a également soutenu la fourniture d’armes contre 22% qui s’y sont opposés. En revanche, il y a peu de soutien pour envoyer des troupes américaines en Ukraine. Seuls 26% ont déclaré soutenir une telle intervention, mais 43% approuvent l’envoi de troupes américaines chez des alliés de l’OTAN voisins de l’Ukraine qui ne sont pas en guerre avec la Russie.

Concernant l’armement, les trois dernières annonces du 8 août (1 milliard de $), du 19 août (775 millions de $) et du 24 août (3 milliards de $), soit pratiquement autant d’euros, montrent cette accélération de la montée en puissance de l’assistance militaire américaine qui donne progressivement une capacité offensive à l’armée ukrainienne déjà renforcée par du matériel européen, notamment les 250 chars T72 polonais.

Ainsi l’annonce de 775 millions de $ affiche la livraison de munitions pour les 16 systèmes d’artillerie HIMARS, ajoute 16 pièces de 105 mm avec 36 000 obus, des obus compatibles avec des armements déjà fournis par le Royaume-Uni. La liste comporte aussi 40 MRAP (transports de troupe blindés protégés contre les mines), des engins de déminage, 15 drones Scan Eagle, 1 500 missiles anti-char Tow et 1000 Javelin (équivalent à la production annuelle de l’une des deux entreprises d’armement américaines le produisant), des missiles anti-radars HARM pour les avions de combat MiG de fabrication soviétique,

Le 24 aout, la 20e annonce américaine de 3 milliards de dollars permet à l’Ukraine, signe sans doute que les Etats-Unis cesseraient de fournir de l’armement à partir des capacités de l’armée américaine, d’acquérir des systèmes de défense aérienne, des systèmes d’artillerie et des munitions, des systèmes aériens anti-pilotés et des radars. Cela pourrait cependant signifier des délais de livraison plus longs vers l’Ukraine.

Ce dernier pack comprend néanmoins 245 000 obus d’artillerie de 155 mm pour obusier, six systèmes avancés de missiles sol-air avec des munitions supplémentaires pour le NASAMS (batterie de missiles sol-air norvégienne sur véhicule à roues destinée à la lutte antiaérienne à moyenne et longue portée), 65 000 obus de mortier de 120 mm, 24 radars de contre-batterie, des systèmes de drones ScanEagle et le financement de la formation et du soutien.

Ces équipements pour lesquels des formations spécifiques sont déjà réalisées, ne peuvent suffire sans des effectifs formés en nombre suffisant au niveau tactique. Ainsi, depuis juin 2022, l’armée britannique forme sur ses bases des militaires envoyés par Kiev aux techniques de combat urbain avec un objectif de 10 000 soldats formés tous les trois mois. Il faut rappeler que depuis 2015 et le début du conflit dans le Donbass, l’armée britannique a déjà entraîné 22 000 soldats ukrainiens. D’autres pays (Pays-Bas, Canada, Danemark, Finlande, Norvège et Suède) se sont joints à l’opération et commencent à envoyer leurs propres formateurs en renfort. L’Union européenne a annoncé pour sa part qu’elle allait aussi former des soldats ukrainiens.

Enfin, en réponse à cette montée en puissance, V. Poutine a signé un décret ce 25 août pour augmenter les forces armées de 137 000 personnels à compter du 1er janvier 2023, soit un total à terme de 1 150 000 hommes. Sauf effondrement militaire de l’un des deux camps avant l’arrivée de l’hiver, la guerre se poursuivra au printemps 2023, une hypothèse bien sûr parmi d’autres.

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Au 8 août 2022 (NDLR, correction de la date), l’assistance militaire des États-Unis à l’Ukraine comprenait:

  • Plus de 1 400 systèmes antiaériens Stinger ;
  • Plus de 7 500 systèmes anti-blindés Javelin ;
  • Plus de 25 000 autres systèmes anti-blindés ;
  • Plus de 700 systèmes aériens tactiques sans pilote Switchblade ;
  • 126 obusiers de 155 mm et jusqu’à 561 000 obus d’artillerie de 155 mm ;
  • 72 000 obus d’artillerie de 105 mm ;
  • 126 véhicules tactiques pour remorquer des obusiers de 155 mm ;
  • 22 véhicules tactiques de dépannage ;
  • 16 systèmes HIMARS et munitions ;
  • 20 systèmes de mortier de 120 mm et 20 000 obus de mortier de 120 mm ;
  • Quatre véhicules du poste de commandement ;
  • Deux systèmes nationaux avancés de missiles sol-air (NASAMS) et des munitions ;
  • 20 hélicoptères Mi-17 ;
  • Des systèmes de contre-batterie ;
  • Des centaines de véhicules blindés polyvalents à roues à haute mobilité ;
  • 200 véhicules blindés de transport de troupes M113 ;
  • Plus de 10 000 lance-grenades et armes légères ;
  • Plus de 59 000 000 cartouches d’armes légères ;
  • 75 000 ensembles de gilets pare-balles et casques ;
  • Environ 700 systèmes aériens tactiques sans pilote Phoenix Ghost ;
  • Systèmes de fusées à guidage laser ;
  • Systèmes aériens sans pilote Puma ;
  • Navires de défense côtière sans pilote ;
  • 26 radars de contre-artillerie ;
  • Quatre radars anti-mortiers ;
  • Quatre radars de surveillance aérienne ;
  • Deux systèmes de défense côtière Harpoon ;
  • 18 patrouilleurs côtiers et fluviaux ;
  • Munitions antipersonnel M18A1 Claymore ;
  • Explosifs C-4, munitions de démolition et équipement de démolition pour le franchissement d’obstacles ;
  • Des Systèmes tactiques de communications sécurisées ;
  • Plusieurs milliers d’appareils de vision nocturne, de systèmes d’imagerie thermique, d’optiques et de télémètres laser ;
  • Services commerciaux d’imagerie satellitaire ;
  • Équipement de protection contre les explosifs et munitions ;
  • Equipements de protection Chimique, Biologique, Radiologique, Nucléaire ;
  • 50 véhicules blindés de soins médicaux ;
  • fournitures médicales, y compris les trousses de premiers soins, les bandages, les moniteurs et autres équipements ;
  • équipement de brouillage électronique ;
  • matériel de campagne et pièces détachées ;
  • Financement de la formation, de l’entretien et du maintien en condition.
François CHAUVANCY
François CHAUVANCY
Saint-cyrien, breveté de l’École de guerre, docteur en sciences de l’information et de la communication (CELSA), titulaire d’un troisième cycle en relations internationales de la faculté de droit de Sceaux, le général (2S) François CHAUVANCY a servi dans l’armée de Terre au sein des unités blindées des troupes de marine. Il a quitté le service actif en 2014. Il est expert des questions de doctrine sur l’emploi des forces, sur les fonctions ayant trait à la formation des armées étrangères, à la contre-insurrection et aux opérations sur l’information. A ce titre, il a été responsable national de la France auprès de l’OTAN dans les groupes de travail sur la communication stratégique, les opérations sur l’information et les opérations psychologiques de 2005 à 2012. Il a servi au Kosovo, en Albanie, en ex-Yougoslavie, au Kosovo, aux Émirats arabes unis, au Liban et à plusieurs reprises en République de Côte d’Ivoire où, sous l’uniforme ivoirien, il a notamment formé pendant deux ans dans ce cadre une partie des officiers de l’Afrique de l’ouest francophone. Il est chargé de cours sur les questions de défense et sur la stratégie d’influence et de propagande dans plusieurs universités. Il est l’auteur depuis 1988 de nombreux articles sur l’influence, la politique de défense, la stratégie, le militaire et la société civile. Coauteur ou auteur de différents ouvrages de stratégie et géopolitique., son dernier ouvrage traduit en anglais et en arabe a été publié en septembre 2018 sous le titre : « Blocus du Qatar : l’offensive manquée. Guerre de l’information, jeux d'influence, affrontement économique ». Il a reçu le Prix 2010 de la fondation Maréchal Leclerc pour l’ensemble des articles réalisés à cette époque. Il est consultant régulier depuis 2016 sur les questions militaires au Moyen-Orient auprès de Radio Méditerranée Internationale. Depuis mars 2022, il est consultant en géopolitique sur LCI notamment sur la guerre en Ukraine. Animateur du blog « Défense et Sécurité » sur le site du Monde depuis août 2011, il a rejoint depuis mai 2019 l’équipe de Theatrum Belli.
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2 Commentaires

    • Par proxy pour commencer. L’orchestration du narratif russophobe dans les médias, le soutien insensé à Zelensky de la classe politique occidentale au complet – sans parler des pulsions bellicistes affichées par d’anciens militaires de l’OTAN – font penser que les USA ont signifié à leurs vassaux leur décision de pousser les choses jusqu’à la guerre ouverte USA/OTAN vs Russie. Inclusivement. Les vassaux s’alignent donc. Ce fut la même procédure contre la Serbie et l’Irak. Que la conséquence soit un suicide collectif européen n’interpelle manifestement personne. Enfin, personne qui ose le dire.

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