lundi 24 juin 2024

DIÊN BIÊN PHU : Journal de marche du 2 mai 1954 

Nuit du 1er au 2 mai

18 h 00 – tombée de la nuit

Pertes 8e BPC : Néant


ELIANE 1 : La relève prévue des deux Cies du II/1er RCP prévue du lieutenant PÉRIOU et du lieutenant LEGUÉRÉ est annulée par le comandant BRÉCHIGNAC installé sur ELIANE 4.


Harcèlement assez violent depuis 16 h 30 sur l’ensemble du CR et particulièrement la zone PC. Parachutage des C-119 : proportion de 50% de torches par ouverture prématurée. Deux C-119 font demi-tour sans larguer.


Situation :

  • Vivres : 5 jours.
  • Munitions :
    • Diên Biên Phu : 5,5 UF 105 mm / 2,6 UF 155 mm / 3,1 UF 120 mm.
    • ISABELLE : 1,3 UF 75 GUN / 3,7 UF 105 mm.

18 h 10

Activité artillerie pour la journée du 1er mai : Calme Batteries signalées le 30 avril toujours actives. Harcèlement général.

Nuit du 30 avril au 1er mai : batterie YH 50 coups fusants sur ISABELLE. 120 mm assez importants origine approximative 993 – 608.

CR Nord : harcèlement de 81 mm et 120 mm, origine 9648 6808.

Journée du 1er : Batterie WF et une pièce Est sur CR Nord, 20 coups de 105 de YH sur ISABELLE cessent après BBG. Travailleurs sur cette position pris à partie par nous.

BBG sur WF non réussi. Consommation : 100 coups de 105 / 50 de 120 mm / 20 de 75 mm / 200 de 81 mm.

DCA presque nulle : 37 mm, quelques rafales de 3, origine 30/37, 37/37, 6/37, 29/37.

12.7 : origine DOMINIQUE 1.

18 h 40

Renseignements : Attaque HUGUETTE 5 par pentes Nord-Ouest.

Un prisonnier de guerre blessé appartiendrait au 227/322/308. N’a pas pu être interrogé. Documents récupérés au cours de coup de main 200 m Sud ELIANE 2 identifie 190/316. Pertes ennemies : 6 tués. Un Africain servant les VM a été tué à 200 m au Nord-Ouest d’ISABELLE. Aucune identification possible.

Une patrouille trouve le contact le long du ruisseau Ban Pa Pé signale nouvelle tranchées aboutissant au Sud-Ouest de CLAUDINE 5. 

Harcèlement de la position : 105 mm x 100 / 120mm x 50 / 75mm x 20 / 81mm x 200.

Attaque générale lancée contre les faces Est et Ouest du Camp et contre ISABELLE 5.

ELIANE 1 est tenue par une petite Cie de parachutistes, la 3e du II/1er RCP à 80 hommes commandée par le lieutenant LEGUÉRÉ.

Les guetteurs en position de combat signalent que l’ennemi commence à s’entasser dans les tranchées toutes proches en vue de l’assaut et qu’ils sont très nombreux.

LEGUÉRÉ demande que la mitrailleuse située sur ELIANE 4 ouvre le feu sans discontinuer sur la tête de tranchée Việt. Il demande que les tirs d’artillerie repérés soit immédiatement déclenchés.

Réponse négative : Impossible ! Les Viets attaquent de partout.

Il fait tirer au mortier de 60 au plus près des positions amies mais le stock de munitions est limité.

Les mortiers de 81 du lieutenant CÉSARINI interviennent pour des tirs puissants et bien ajustés mais avec trop peu de munitions.

ELIANE 1 subit un furieux bombardement avant l’assaut au 105, au 120, au 81, au 60, à la grenade à fusil, toute la gamme se concentre sur ELIANE 1.

La terre tremble la colline se couvre de poussière les hommes ont du mal a respirer

ELIANE 1 et 2 à l’Est, sont attaqués.

En face le régiment 165 au coude à coude en escaladant la pente.

ELIANE 1 a été attaqué et perdu le 30 mars, reprise et reperdue le 31 mars, reconquise le 10 avril. La colline n’offre plus le moindre abris. Le sommet n’est plus qu’un tas de boue. Depuis 20 jours, relevées à chaque crépuscule, les deux dernières Cies du II/1er RCP tiennent le sommet. Sur la position, les patrouilles s’étripent chaque nuit. Les Viets y ont laissé l’effectif d’un régiment, mais le II/1er RCP a été décimé.

Les Viets attaquent sur DOMINIQUE 3. Pour le tenir, il n’y a plus que les Thaïs du capitaine CHENEL qui commande et des rescapés du III/3e RTA compagnie de tirailleurs algériens du capitaine FILAUDEAU. Impossible de tenir avec des tirailleurs fortement démoralisés.

Prévoyant le pire, LANGLAIS demande à THOMAS qui commande le 6e BPC en remplacement de BIGEARD, d’envoyer sa 3e compagnie pour renforcer la position.

19 h 30

Début de l’attaque sur DOMINIQUE 3. Premier coup de main. Violent harcèlement de la position. Le Vietminh est repoussé.

HUGUETTE 5 avec les reliquats du BEP à l’Ouest est attaqué.

Une contre-attaque menée à partir d’HUGUETTE 2 échoue dans les barbelés d’HUGHUETTE 5.

Sur les pentes, à l’Est, les Viets ont planté une haie de petits drapeaux délimitant une sorte d’avenue rectiligne large d’une dizaine de mètres dans laquelle s’engouffre les bataillons au coude à coude.

20 h 00

VM font une 2e tentative sur la face Nord du PA DOMINIQUE 3.

L’artillerie française pourrait en faire un massacre, mais l’artillerie française n’a plus assez de canons, de mortiers et d’obus pour faire face à l’assaut généralisé.

Violent harcèlement de la position.

20 h 15

Violente attaque déclenchée sur ELIANE 1. Combat au corps à corps immédiat. Le VM occupe le sommet du PA. Intervention des réserves permet de maintenir le contrôle de la partie Sud-Est. Harcèlement violent sur l’artillerie et PC. Tir de neutralisation amis sur DOMINIQUE 3 et ELIANE 4 et les cheminements d’approche.

20 h 30

HUGUETTE 4 : une première attaque est lancée par le régiment 36.


Tirs de neutralisation sur DOMINIQUE 3 après l’échec de l’assaut de 19 h 30.


Un régiment d’assaut attaque ELIANE 1 et les parachutistes du II/1RCP voient soudain arriver des centaines de silhouettes noires, avec des masques de gaz blancs devant leur visage. Combat au corps à corps immédiat.

Le sommet est perdu occupé par le VM. L’intervention des réserves permet à une cinquantaine de parachutistes d’arriver à se cramponner à la contre pente sur la partie Sud-Est, de part et d’autre d’un boyau qui mène vers l’arrière.

Le lieutenant PÉRIOU, seul, rejoint le lieutenant LEGUÉRÉ au PC de la Cie et récupère un radio.

20 h 45

ELIANE 1 : Après 15 minutes de combat, la 3e Cie du II/1er RCP a cessé d’exister.

BRÉCHIGNAC envoie la dernière 1re Cie du lieutenant PÉRIOU, Chef du point d’appui ELIANE 1. À l’image de tous les combattants de Diên Biên Phu, PÉRIOU est fatigué. Il est comme les cent parachutistes qu’il entraîne au-delà du ravin d’ELIANE 1, l’image vivante de l’épuisement physique.

Un tir de 105 Viets d’une précision et d’une brutalité inouïes. C’est un massacre, la plupart des combattants encore debout avant le tir gisent au fond de la tranchée.

Les ordres reçus interdisent formellement d’aider à l’évacuation de tout blessé qui nécessiterait au minimum deux hommes. Des blessés arrivent et sont orientés vers le drain d’accès à ELIANE 4. Un blessé revient pour signaler que le passage est impossible obstrué par une montagne de cadavres.

La seule solution est de sortir de la tranchée et de passer sur le glacis pour rejoindre ELIANE 4. Les blessés essaient mais la zone est battue en permanence par des armes automatiques et des tirs d’artillerie.

Le lieutenant André LEGUÉRÉ, sans liaison avec ses chefs de section, sur ordre du lieutenant PÉRIOU, décroche vers ELIANE 4 avec son radio ; arrive à passer sur le glacis et à rejoindre le drain. Sa radio est HS. Il s’installe à droite et à gauche du drain en attendant quelques soldats qui sont arrivés a évacuer ELIANE 1.

21 h 00

ISABELLE 5 : début du bombardement s’échelonnant jusqu’à minuit.

21 h 10

ELIANE 1 et 4 : La Cie PÉRIOU repart dans la fournaise et contre-attaque. Il arrive à rejoindre les survivants sur la contre-pente.

22 h 00

Bilan de la journée :

  • ISABELLE : 4 tués, 18 blessés.
  • Diên Biên Phu : 11 tués, 31 blessés sauf bataillon de para Légion. Pertes du Bataillon de Para Légion pour la nuit du 30 avril au 1er mai : 12 tués, 68 blessés, 8 disparus.

Sur ISABELLE : violent harcèlement du PA WIÈME.

Sur Diên Biên Phu : harcèlement de l’ensemble de la position.

22 h 30

Demande de tirs d’arrêts Juliette 1 et Juliette 3 sur ELIANE 1.

Compte rendu situation : Pas de liaison avec 2 sections, beaucoup de blessés graves impossible de les évacuer. Ils engagent avec des canons sans recul et des mitrailleuses. Leur artillerie n’arrête pas de cogner. Peut-on m’aider ?

23 h 00

Il n’y a pas assez d’obus. Il n’y a plus assez de renforts pour aider. Le II/1er RCP est réduit à 200 hommes pour tenir trois points d’appuis sur les ELIANE.

Ils se font tuer un à un, dans leurs trous ou au cours de contre-attaques démentielles, à 3 ou 4 contre 100… 200…

23 h 30

Harcèlement violent sur l’artillerie et les PC. Tirs de neutralisation sur DOMINIQUE 3 et ELIANE 4 et les cheminements d’approche.


Lieutenant PÉRIOU – C’est fichu… Je suis seul avec quelques gars. J’ai envoyé mon adjoint pour guider la contre-attaque. Le matraquage continue sur la crète.

— Ils sont derrière moi. Je suis encerclé. Tirez sur moi.

— Pas de renforts, je fais donner l’artillerie sur votre position. Essayez d’en profiter pour tenter une sortie. Je mets en place un recueil.

— Reçu. Je ramène les blessés qui sont avec moi.

L’artillerie tire à obus fusant sur la crète d’ELIANE 1.

Le décrochage est très difficile ; s’effectuant sous une pluie de grenades que l’ennemi lançait de tous les tronçons de tranchée où ils sont abrités.

23 h 45

Message au général COGNY : Pertes très lourdes nécessitent dès demain soir un bataillon solide. Demande réponse urgente.

Minuit

DOMINIQUE 3 : la partie Ouest de la position est tombée entre les mains du régiment 141.


HUGUETTE 4 : échec de l’attaque débutée à 20 h 30 par le régiment 36.

HUGUETTE 4 tient toujours en partie.

Infiltration entre HUGUETTE 2 3 4 et Lily 2.


ISABELLE 5 – PA WIÈME. Le régiment 57 part à l’assaut et est stoppé.


HUGUETTE 5 tombe. Cerné de près par des tranchées, il était défendu par le lieutenant DE STABENRATH avec quelques dizaines de légionnaires. En face le régiment 88.


ELIANE 1 ne répond plus. ELIANE 1 est définitivement perdue. Il restait 29 hommes valides avant l’assaut final de la division 308.


ELIANE 4 tombée. Partie Ouest de DOMINIQUE 3 occupée par le VM. HUGUETTE 5 tombée. HUGUETTE 4 tient encore en partie. Infiltration entre HUGUETTE 2 et HUGUETTE 3, HUGUETTE 4 et Lily 2

Pour empêcher l’implantation des Viets sur ELIANE 1. La colline est traitée par l’artillerie.

01 h 00

Le régiment 174, qui avait engagé 2 bataillons, nettoie méthodiquement ELIANE 1.

La division 312 et 316 sont sur les collines de l’Est

ELIANE 2 tient toujours.

4 nouvelles batteries d’artillerie Viet apparaissent, soit 16 canons de 105 en position à 3 km à peine du centre du camp retranché qui ouvrent le feu à vue sur HUGUETTE.

01 h 15

Saut du dernier bataillon parachutiste de réserve du 1er BPC (commandant DE BAZIN DE BEZONS) : Seulement 107 hommes du capitaine Marcel EDME sautent de 6 Dakota sur la DZ centrale.                                     

En France, un Globemaster américain commence à embarquer 450 parachutistes. Il arrivera trop tard le 7 mai.

C-47 Zoulou Echo en opération Lucioles.

01 h 50

HUGUETTE  4 : début de la seconde attaque par le régiment 36.

3 équipes de poses de mines du 31e Génie ont piégés des blockhaus et posé des champs de mines sur HUGUETTE 4 avant l’attaque.

02 h 00

DOMINIQUE 3 : PERRET qui commande la 3 du 6e BPC rend compte par radio !

« suis attaqué par ennemi nombreux et décidé, ils font sauter les blockhaus à la grenade chinoise, on se bat dans les boyaux. Je contre-attaque à l’intérieur même de ma position… »

THOMAS enregistre le message et le transmet à BIGEARD.

Il n’y a plus aucune unité de réserve, plus aucune possibilité d’acheminer du ravitaillement en munitions !

PERRET part à l’assaut, autour de lui une demi-section de parachutistes emmenée par le sergent-chef Pierre FLAMEN et deux groupes de combat composés d’algériens et de Thaïs.


ISABELLE 5 : Des fantassins sont entrés dans le PA.

Face Ouest HUGUETTE 5 tombée. Pas de nouvelles du lieutenant LUCIANI, des sous-lieutenants BOISBOUVIER et JAUZE. Le lieutenant STABENRATH est récupéré blessé dans les barbelés.


DOMINIQUE 3 : Le radio du commandant CHENEL passe seulement un dernier message :

« Sommes submergés… Il n’y a plus personne en état de combattre… Munitions épuisées… Je fais sauter mon poste… »


Chute de DOMINIQUE 3 : message 342 EMIFT/Avant du 02 mai 8 h 30

Renforcement face au Nord de nos positions d’ELIANE 10 et ELIANE 12.

02 h 30

Attaque VM reprend sur ELIANE 2.

02 h 50

Attaque VM vient de reprendre. Effort VM se porte sur ELIANE 2. Liaison rétablie avec HUGUETTE 4.

03 h 05

Attaque VM sur HUGUETTE 4 qui tient bon.

Sur ELIANE 2, bataille au corps à corps dans les tranchées autour de la casemate Sud.

Des légionnaires de HUGUETTE 3 et des tirailleurs marocains venus de Lily 2 réoccupent les tranchées et couvrent l’arrière de HUGUETTE 4.

04 h 00

ELIANE 4 : l’ennemi semble s’essouffler, des vagues de fantassins ne surgissent plus pour remplacer les hommes qui sont tombés. Les infiltrations cessent.


Situation semble rétablie sur ELIANE 2 et HUGUETTE 4 après des corps à corps.

ISABELLE : l’attaque a repris à 02 h 00 sur le PA WIÈME qui est envahi par le VM. La situation est critique. Le colonel LALANDE décide de contre-attaquer. Le commandant HEL monte l’opération avec deux compagnies du 3/3e REI (la 9e compagnie du lieutenant ROSSINI et la 10e compagnie du capitaine MAZAUD), deux compagnies du 2/1 RTA (la 5e compagnie du lieutenant TYMEN et la 6e compagnie du capitaine BUCHAZEAU), et le peloton de chars VERT du lieutenant PRÉAUD avec l’AUERSTAEDT et le RATISBONNE. Le NEUMACH reste en alerte. Mais il reste seulement sur ISABELLE 1,3 UF en 75 mm gun pour les chars.

05 h 00

Attaque lancée sur IISABELLE 5 juste une heure après la perte du PA WIÈME.

Cela ne donne pas de temps au 418/757 pour se réorganisé et reconstruire les défense bouleversées avant que le bombardement des batteries de la position centrale commencent à pleuvoir.

Lorsque le barrage se lève, le capitaine Bernard FOURNIER du 11/III/3e REI, une section du II/1er RTA et le peloton de chars VERT attaquent depuis le PA du Pont.

05 h 45

4 B-26 du Tunisie décollent de Cat Bi pour assister TORRI Rouge « Martini Bleu ».

Dimanche 2 mai

De nombreux orages et trombes d’eau vont contrarier les activités aériennes. Les cumulo-nimbus barrent la route de Diên Biên Phu et les avions sont obligés de passer à 17 000 pieds… sans oxygène. Une demi-heure à cette altitude éprouve les pilotes des Corsair. Quelques trous dans les nuages permettent aux patrouilles de plonger sur le « bidet », afin de protéger les Packet qui parachutent.

Une batterie anti-aérienne de 37 mm est détruite.

06 h 00

Les soldats vietminh qui avaient escaladé les pentes de ELIANE 4 ont été rejetés de la colline.

Situation rétablie sur ELIANE 2 et ELIANE 4. 3 sections amies tiennent les tranchées entre Lily 2 et HUGUETTE 4 après avoir éliminé les VM qui les occupaient.

Réoccupation de ISABELLE 5 non encore réalisée.

Le bataillon de la Légion entre HUGUETTE 2 et 3 ne comprend plus qu’une Cie formée autour des restes de la 3e Cie qui regroupe les rescapés de toutes les autres unités. Le lieutenant ROUX commande la Cie.

La nourriture commence à se réduire. Il n’y a pas de matériel de rechange. Quand les chaussures sont inutilisables il faut attendre pied nus jusqu’à pouvoir dépouiller un cadavre.

Le matin nous constatons l’avancée des tranchées Viets. Les soldats Viets se situent à leur artillerie par un petit drapeau. On peut constater avec cela l’étalement des tranchées et prévoir le lieu de la prochaine contre attaque. Il est pratiquement impossible de ralentir le travail des terrassiers.


Les pointes Viets autour de ELIANE 4 et 2 ont été réduites.

HUGUETTE 4 tient. Les tranchées entre Lily 2 et HUGUETTE 4 tenues par 3 sections après avoir éliminé les unités qui les tenaient.

28 tués dont un officier. 168 blessés restés dans les lignes françaises dont un officier et 303 disparus dont 6 officiers.

La boue envahi tout. Il est très difficile de se déplacer. La boue dans l’hôpital Les médecins opèrent les pieds dans 20 cm de fange.

GIAP s’attend à une contre-attaque Française pour reprendre les points d’appuis perdus et a anticipé une furieuse contre-offensive qui ne vient pas.

Les batailles des deux dernières nuits ont éliminé une Cie du 6e BPC et une paire chacune du BMEP, du II/1er RCP et BT2 et affaiblit beaucoup d’autres unités.

LANGLAIS envoie un Bison sur ELIANE 10 pour arroser les hauts en particulier le nouveau point d’appui VM sur la colline de la ruche. (colline sans nom). Le char ETTLINGEN tire jusqu’à épuisement de ses munitions. Il est remplacé par le MULHOUSE qui grimpe sur ELIANE 4 pour avoir une meilleures vue et des positions de tirs.

Les observateurs VM se trompent en croyant à la contre-attaque. 

A l’aube

On retrouve dans une tranchée comblée de cadavres le corps déchiqueté du lieutenant PÉRIOU entre ELIANE 1 et 4 entouré des débris de 3 brancards. PÉRIOU fermait la marche. Les deux compagnies des lieutenants PÉRIOU et LEGUÉRÉ ont disparu dans la tourmente.

Seuls, 18 rescapés en état de combattre sur 180 de la Cie LEGUÉRÉ revinrent d’ELIANE 1.

19 hommes du II/1er RCP 1re et de la Cie de marche arrivent à rejoindre le reliquat du bataillon sur ELIANE 4.

SHD : photographie aérienne situation du 02 mai 54.

Message  N°  343 de l’EMIFT / Avant  de 10 h 10 : Les points d’appui qui ont été pris ont été littéralement submergés par des vagues d’assaut VM… Les pertes du centre de résistance central sont évaluées à l’effectif de deux bataillons.  

Bilan de la nuit du 1er au  2 mai : 331 tués ou disparus dont 7 officiers et 168 blessés.

          

07 h 00

Martini Bleu : 4 B-26 larguent sur Diên Biên Phu leurs bombes en 500 livres dans un triangle HUGUETTE 7, 1 et 5

07 h 45

Cinzano Gris : 2 B-26 bombardent DOMINIQUE 1 avec huit bombes de 500 livres. 

08 h 00

Action de dégagement de ISABELLE 5 se heurte à une très solide résistance.

Violente réaction de l’artillerie VM en particulier en contre batterie.

6 pèces d’artillerie en état de tirer à ISABELLE.

Des mécaniciens du Génie ont déplacé un char avec un bulldozer non blindé sous le feu.


Action de dégagement de ISABELLE 5 se heurte à une très solide résistance. Violente réaction de l’artillerie VM en particulier contre les batteries. Six pièces de 105 en état de tir à ISABELLE.

08 h 30

Bilan : ELIANE 1, DOMINIQUE 3, HUGUETTE 5, ISABELLE 5, ont été submergés.

Devant ELIANE 2 et HUGUETTE 4 les bo-doïs piétinent.

Sur ELIANE 4 cinq petites Cies para à bout de forces sont parvenues à contenir 3 divisions Viets : la 308, la 312 et la 316.

Les attaques ont été appuyées sur le CR principal par le tir des mortiers plus que par celui de l’artillerie dont l’activité a été relativement réduite pour une opération de cette envergure.

Par contre sur ISABELLE, l’artillerie a été très active en appui de l’attaque et en contre batterie.

Les pertes VM ne sont pas dénombrées, les nôtres sont très lourdes. Celles d’ISABELLE ne sont pas encore connues.

Le dispositif est remanié en conséquence. Il n’a plus aucune réserve disponible. La fatigue et l’usure des unités sont extrêmes. Leur ravitaillement en munitions d’infanterie insuffisant. Une nouvelle poussée VM du même genre est difficile à étaler. En tout état de cause, c’est impossible sans l’apport d’un nouveau bataillon d’excellente qualité.


Bilan définitif de la nuit du 1er au 2 mai pour Diên Biên Phu :

  • Tués : 28 dont un officier.
  • Blessés : 168 dont 1 officier.
  • Disparus : 303 dont 6 officiers.
  • Total des pertes amies : 499.

10 h 00

Plus de réserves disponibles. Fatigue et usure des unités extrêmes.

Nos pertes s’élèvent à la valeur de près d’un bataillon à Diên Biên Phu seulement.

Sur le CR principal

Le II/1er RCP a perdu la valeur de 2 Cies, le 6e BPC et le BEP ont perdus au moins une Cie chacun. Le BT2 une à deux Cies. Les autres unités ont aussi eu des pertes.

Une première évaluation donne au total des effectifs d’environ 2 bataillons perdus.

Remaniement du dispositif en cours. Plus de réserves disponibles. Fatigue et usure des unités extrêmes.

ISABELLE : nos éléments ont réussi à prendre pied dans une partie du PA ISABELLE 5 mais la progression est stoppée.

Matinée

Hanoï, NAVARRE a réuni COGNY et les principaux officiers de son état- major d’autres officiers venus de Saigon et le colonel DE CRÈVECŒUR des forces du Laos.

Discussion sur Albatros : Les paras, la Légion, sortent de la vallée et se dirigent vers le Laos ou les Viets sont peu implantés. L’itinéraire suit la vallée de la Nam Ou en direction de la plaine des Jarres. De son côté le colonel DE CRÈVECŒUR fixe les forces viets dans la région de Sop Nao et dégage un couloir de sécurité dans la vallée de la Nam Heup mais la région est montagneuse les pistes rares. Les unités du lieutenant-colonel GODARD ne seront pas en place avant le 20 mai. L’itinéraire est le même que la liaison Sop Nao du 20 au 25 décembre avec le 1er BEP et le 8e Choc. Les troupes étaient revenus épuisées pour avoir transité par des reliefs infranchissables.

En plus, il faudra laisser les blessés à la garde des médecins à Diên Biên Phu.

Paris ne veut pas de reddition à Diên Biên Phu.

11 h 50

Renseignements de prisonniers : Bataillon 166/209 en TJ 970-684 sur HV 353 clichés 115-230-497 – 235-499 – 243/482 – 239-480. Si possible bombardement début d’après-midi.

12 h 00

ISABELLEPa WIEME – ISABELLE 5 : nouvelle contre-attaque. Des positions sont reconquises. Les Viets comptent environ une centaine de morts. Il reste 6 canons en état sur 11. Fort tir de représailles sur l’artillerie à l’Ouest de la position qui tombe à proximité des chars.


Prévision renfort personnel 2 mai soir : 1 Cie du 1er BPC 160 hommes par 16 C-47 sur DZ générale. 1er largage 20 h 40 à intervalle de 20 minutes.


À Diên Biên Phu remaniement du dispositif terminé. Renforcement ELIANE 10 et ELIANE 12. Aucun élément de réserve disponible. ISABELLE face Ouest du PA WIÈME réoccupée, mais la contre-attaque ne peut progresser plus loin.

Largage de C-119 en cours.


Hanoï – capitaine Jean POUGET, commandant la 3e Cie du 1er BPC. Son départ pour le camp a été remarqué à Hanoï. Venu manger à la popote de l’EMIFT/avant (état-major de Saïgon détaché à Hanoï :

POUGET prétextant un rendez-vous demande au général BODET la permission de se retirer.

— Deux heures et quart… Mon général, je vous demande l’autorisation de me retirer, j’ai une réunion à deux heures et demie.

— Je vous en prie mais revenez diner avec nous ce soir.

— Impossible, je suis pris

— Demain matin alors… ?

— Demain midi je déjeunerai à Diên Biên Phu !

J’étais déjà debout. Autour de la table, les visages restaient figés. BODET se leva, il était presque en colère.

BODET hors de lui quitte la table et se dirige vers la porte. Sa colère montait vite.

« Tout cela est tellement stupide, un peuple qui s’en fout, un gouvernement inconsistant, des généraux sans foi et ceux-là qui sautent chaque nuit, un part un, dans la gueule du monstre. Non, c’est trop bête. » 

Jean POUGET en Algérie (1920-2007).

12 h 04

Le dernier avion C-119 n° 562 d’une série de 11 C-119 décollent de Cat Bi pour ravitailler le camp.

12 h 20

Nouvelle contre-attaque sur le PA WIÈME, sans succès.

12 h 30

Après réalignement les blessés sortis des hôpitaux vont renforcer ELIANE 10 et ELIANE 12 « Les copains nous attendent, s’ils doivent crever on va crever avec eux ».

Colonel Jean LUCIANI (1926-2021). Crédit : DR.

Le capitaine LUCIANI donne l’exemple, blessé 3 fois, commandait encore HUGUETTE 4 avec un gros bandeau à la place de l’œil qu’on venait de lui enlever.

Reprise partielle du PA WIÈME – ISABELLE 5

128 tonnes larguées, dont 16 tonnes de munitions 68 tonnes perdues plus de 50 % perdues – largage n’importe comment.

Porte-avions Bois-Belleau arrivé avec des Corsair de la flotille 14F mais les médecins veulent arrêter les pilotes de la 11F pour raison de santé. Sur 20 pilotes 6 ont eu leur avion abattu, 3 ont été tués et 1 fait prisonnier. Tous ont eu leur appareil gravement endommagé par la DCA ou ont atterri en catastrophe. Les pilotes ont atteint la limite de la fatigue physique et nerveuse. Le 1er mai la Flottille 11F est retirée du combat.

Mission aériennes du 2 mai : reste 28 chasseurs Bearcat, 28 B-26, 5 Privateer, 1 B-26 reco, 7 Bearcat de l’EROM 80. Le 23e GAOA à Muong Sai dispose de 19 Criquet mais seulement de 8 équipages. Sur les 5 hélicoptères sanitaires, il n’y a plus que 2 pilotes.

13 h 30

Le dernier C-119 d’un groupe de 11 arrive pour ravitailler en urgence Diên Biên Phu.

C-119 n° 562 avec 6 tonnes de munitions amorcées pour emploi d’urgence. 800 coups complets de mortiers de 81 mm.

Sur la DZ centrale touché par un tir de 37 à 8 000 pieds malgré les évasives brutales.

Un trou de 2 m² dans le cargo, derrière le poste de pilotage. Les largueurs ont évacué le chargement. Moteur gauche coupé devant l’incendie. Pilote sonné. Accompagné par un autre avion, rentre à Hanoï Gia Lam sur un moteur petite vitesse.

Transport : Sur 43 C-119, 34 sont présents.

Les pilotes civils français se mettent en grève. Ils ne reviendrons sur Diên Biên Phu que le 6 mai.

Les missions menées à bien tomberont à 2/30 et à 7/34 le deuxième jour.

Pour l’armée de l’Air, les C-47 :

  • 17/17 le 02 mai,
  • 18/25 le 3,
  • 16/29 le 4, 
  • 22/27 le 5,
  • 25/29 le 6.

14 h 00

Très mauvais parachutage de C-119 : 2 cargaisons sont entièrement en dehors du CR en zone VM « BIRD 5 » chargé en mortier de 60, tombent sur HUGUETTE 6 par débrêlage prématuré et « BIRD 11 » chargé en 81 mm largue a 1 km et demi au Sud du CR a été touché par la DCA. Les 7 qui ont largué et d’autres en partie irrécupérables vers l’Ouest en cours.

9 ont parachuté, 1 a fait QRF.

ISABELLE : rebouchage des tranchées du PA WIÈME vers l’Ouest en cours. Bilan non établi. Pertes VM semblent sévères.

L’effectif opérationnel restant du 6e BPC est de 272 parachutistes sur les 613 qui ont sauté le 16 mars.

Le DOUAUMONT est transformé en casemate mais reçoit une charge creuse dans la tourelle, l’équipage évacue. Elle a détruit la radio toute neuve qui venait d’être installée. Immédiatement le char reçoit 3 charges. 2 marquent le blindage mais une charge creuse pénètre la tourelle touche la mitrailleuse de 30 et le frein de recul du canon. Un nouveau type de charge creuse antichar plus puissante vient d’arriver à Diên Biên Phu.

Le peloton de chars DOUAUMONT-CONTI récupère l’abri du service des essence qui se trouve entre les deux chars. 

14 h 30

Appui aérien du 1er mai 14 h 30 au 2 mai 14 h 30. 58 sorties dont 18 B-26 11 lucioles. 17 sorties sur axes de communications (RC1 et RC3).

Dans l’après-midi

Les capitaines CARRÉ et GENDRE, à la tête d’un détachement de tirailleurs du 5/7e RTA, le capitaine PIGEON, du 2/1er RTA avec la 7e compagnie du lieutenant CHOULET partent pour une mission de reconnaissance au Sud d’ISABELLE pour trouver une sortie possible vers le Laos en suivant le cours de la Nam-Youm vers le Sud. Ils atteignent le fond de la cuvette. Ils accrochent la liaison radio avec la colonne CRÈVECŒUR. Ils ne rencontreront aucune résistance et rentreront sans problème à ISABELLE.

Sans le savoir ils testent l’axe de sortie pour l’opération Albatros.


8 C-119 ravitaillent la garnison sous la protection des B-26.

16 h 00

Arrivée du général NAVARRE à Hanoï.


Ce n’est qu’au terme d’une troisième tentative, que la position du PA WIÈME – ISABELLE 5 est reprise. Bilan : 5 tués et 24 blessés dont le capitaine FOURNIER. Sur le plan stratégique, elle ne peut plus être comptée comme point d’appui ; partout des cadavres arrivent à divers degrés de décomposition, mélangés à la terre ou la boue Les tranchées et les abris ne sont plus qu’éboulis. Le tout a été détruit par les obus, les charges de démolition et les bangalores. Voyant qu’il n’est plus possible d’y organiser des moyens de défense, LALANDE décide d’y placer malgré-tous des sonnettes musclées.

Les pertes du 2 mai sur ISABELLE sont de 9 tués, 42 blessés et deux disparus.

L’ennemi en s’échappant laisse de nombreux corps, quatre prisonniers et  une grande quantité d’armement.

17 h 05

Ecoute radio semble indiquer que 6 bataillons auraient participé à l’attaque du centre principal de résistance sur la face Est et 2 sur la face Ouest. Aucun renseignement encore obtenu concernant l’effectif engagé dans l’attaque d’ISABELLE.

Prisonnier capturé à proximité.

17 h 15

Le parachutage des C-119 du matin donne des résultats peu satisfaisants. 2 cargaisons larguées chez le Vietminh, d’autres irrécupérables. 

Parachutage de 128 tonnes sur la journée, perte de 52,6 tonnes, soit 40 %.

Tonnage déversé par les bombardiers sur la journée : 48 roquettes et 32 tonnes. Présence sur Diên Biên Phu de 9 B-26, 4 Privateer, 2 F8F, 4 SB2C, 8 Corsair.

18 h 00

Harcèlement légèrement intensifié depuis 17 h 00.

18 h 30

DCA de faible activité. Déplacement des pièces de 37 mm. 4 pièces repérées en 9.085 6.815. 3 pièces en 9.126 6484. Contre-batterie cesse son activité. Consommation : 500 coups de 105 mm , 100 de 120 mm et 500 de 81 mm.

Pertes du 8e BPC : 3 blessés dont un sergent.

Pertes du 1er BEP : 2 officiers disparus (capitaine LUCIANI sous-lieutenant BOISBOUVIER)

3 sous-officiers disparus, 2 sous-officiers tués, 1 homme de troupe Européen disparu, 1 homme de troupe autochtone blessé.

A l’issue de l’attaque, le Bataillon de marche des BEP ne compte plus que 360 hommes valides.

Pascal PECCAVET
Pascal PECCAVET
Ancien pilote d'hélicoptère sur Gazelle au sein de l’aviation Légère de l’armée de Terre (ALAT) pendant 18 ans cumulant 2 500 heures de vol. Ancien combattant de la guerre du Golfe et de la Somalie. Attaché Principal d’Administration d’État dans l’Éducation nationale. Adjoint gestionnaire d’un établissement scolaire. Commissaire aux Armées de Réserve (en attente d'affectation). Membre de l’Union Nationale des Combattants de Saint-Paul-lès-Dax (Landes). Historien chercheur pour l'ECPAD. Historien "War Studies". Spécialiste de la guerre d’Indochine. A rejoint l'équipe rédactionnelle de THEATRUM BELLI en janvier 2024.
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1 COMMENTAIRE

  1. Un  » gouvernement inconsistant  » et une question : Comment ces combattants ont ils pu aller aussi loin dans une lutte aussi forte, aussi brutale et dans une abnégation totale ?

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