Guerre électronique : Thales embarque un détecteur radar passif sur drone.

Thales présente BeamTracker, une charge utile de détection radar passive conçue pour les drones aériens et de surface. Issu d’un projet interne baptisé CURCO, le système est aujourd’hui en phase de démonstration auprès de forces françaises et étrangères.

BeamTracker est une charge de mesures de soutien électronique radar (R-ESM, Radar Electronic Support Measures). Ce type d’équipement intercepte les émissions des radars adverses et en détermine la direction, sans rien émettre lui-même. Thales le décrit comme une solution compacte et souveraine, adaptable à tous les drones, destinée à élargir les capacités de guerre électronique des systèmes non habités.

Selon les caractéristiques communiquées par l’industriel, le système occupe un volume d’environ 10 litres, pèse 5 kg et consomme de l’ordre de 100 watts. Il couvre la bande de 1 à 18 GHz, avec une bande instantanée de plus de 1 GHz, et la direction d’arrivée des émissions est mesurée avec une précision d’environ 3 degrés. Son champ de vue instantané est de 100 degrés : une seule charge ne surveille donc pas les 360° en continu. Sur un drone de surface ou un hélicoptère, quatre charges réparties autour du porteur pourraient assurer une couverture complète. 

De CURCO à BeamTracker

Le projet s’appelait d’abord CURCO. Le nom signifiait « charge utile R-ESM compact » avant que le système soit renommé BeamTracker. Sous cette première appellation, Thales présentait deux charges de guerre électronique compactes pour drones : un capteur RESM consacré à la détection radar et un capteur CESM consacré à l’interception des communications. CURCO était alors décrit comme un capteur léger et peu consommateur, capable de détecter et localiser des signaux radar par traitement numérique. 

En septembre 2025, Thales travaillait à l’intégration de charges R-ESM sur de petits drones et évoquait une charge expérimentale de moins de 10 kg. Un an plus tard, sa masse a été réduite de moitié. D’après Emmanuel Sagorin, responsable de la guerre électronique navale chez Thales DMS (Defence and Mission Systems), la charge « vole désormais » et donne de bons résultats. 

BeamTracker peut équiper un drone dédié de type hexacoptère, un drone plus lourd comme le Schiebel S-100 Camcopter déjà utilisé par la Marine nationale, ou un drone de surface. 

La charge peut fonctionner de manière autonome ou être intégrée à un système de mission existant. Elle enregistre les données pour l’analyse après mission et s’appuie sur une station de guerre électronique chargée du traitement. Cette station peut utiliser SERI et Golden AI, des outils Thales conçus pour reconnaître les émissions connues, isoler les signaux d’intérêt et faciliter leur exploitation. 

Trois usages mis en avant

  • Le premier usage est l’extension de la portée de détection. Les capteurs passifs sont limités par l’horizon radioélectrique, du fait de la courbure terrestre. Un R-ESM installé en haut de la mâture d’un navire ne détecte un radar proche de la surface qu’à 20 ou 25 milles nautiques environ. Placer le capteur en altitude sur un drone permet de repousser cette limite. 
  • Le deuxième usage est la localisation par triangulation. En éloignant la charge du navire, il devient possible de croiser son relèvement avec celui du R-ESM du bâtiment pour localiser passivement l’émetteur et estimer sa distance. Plusieurs charges peuvent aussi opérer ensemble pour multiplier les lignes de relèvement ; Thales désigne cette capacité sous le terme de « cross fix ». 
  • Le troisième usage est la discrétion. La guerre électronique passive permet à un bâtiment d’établir une situation tactique sans activer ses propres radars de surveillance, ce qui intéresse les unités qui cherchent à rester discrètes. 

Plusieurs démonstrations ont été conduites en 2026 et que d’autres sont prévues d’ici la fin de l’année auprès de forces françaises et étrangères. De nouvelles campagnes sont annoncées pour 2027. Aucune commande n’a été rendue publique à ce jour.

Une gamme de charges pour drones

BeamTracker fait partie d’un ensemble plus large de charges de guerre électronique développées par Thales pour les drones. Il se distingue d’une autre charge présentée en 2025 au Salon du Bourget, qui vise les radiocommunications et non les radars. Cette dernière pèse moins de 5 kg, consomme moins de 40 W et peut être installée sur des drones libres ou captifs pour détecter des sources radio à plusieurs dizaines de kilomètres, sans émission active. 

Thales collabore également avec Autonomous Devices sur un drone de guerre électronique. Thales doit fournir une charge capable à la fois de soutien électronique, pour identifier et localiser les menaces, et d’attaque électronique pour le brouillage. Autonomous Devices doit concevoir le drone, présenté comme manœuvrant et à longue endurance. 

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