La Marine dans la Grande Guerre (CESM)


La Première Guerre mondiale évoque dans l’imaginaire collectif le « Poilu de Verdun ». À juste titre : sans cet acharnement, cette résistance surhumaine de nos camarades terriens, la France n’ aurait pu l’emporter. Nos camarades de l’ armée de l’Air sont mis de la même façon à l’honneur avec leurs « As », les Guynemer ou Rolland Garros sont célébrés à travers les rues de nos villes ou les arènes sportives. La Marine est la grande absente.

Ce hors-série d’Études marines a précisément pour but de la remettre en lumière. Non pour surévaluer ou magnifier son rôle, juste pour la faire exister, à sa juste place, loin d’être négligeable. Car ce que nous dévoilent les historiens qui ont contribué à ce numéro, c’est l’impact multidimensionnel de la Marine, dans toutes les phases de la guerre, tout au long du conflit. Dans ses prémices tout d’abord : le transport de toutes les troupes d’ Afrique du Nord sur le théâtre métropolitain est fondamental et nécessite la maîtrise de la Méditerranée, ce qui implique de s’imposer face à la marine austro-hongroise. Cette dernière sera bloquée dans ses ports tout au long du conflit, permettant le soutien aux alliés serbes comme roumains et toutes les opérations d’ ouverture d’un second front.

Si cet aspect logistique est le moins méconnu, le rôle de l’artillerie de la Marine dans les premières phases de la guerre est totalement oublié. C’est pourtant grâce à ses canons longue portée qui viennent heureusement suppléer le canon de 75 que Paris est défendue et la victoire de la Marne possible. Sans cet apport, la victoire allemande était non seulement envisageable, mais probable dès l’été 1914. Cette artillerie – ses canonniers – jouera un rôle tout aussi essentiel dans la bataille de Verdun. Mais en 1916, les mers sont le théâtre d’un autre conflit tout aussi essentiel : la guerre sous-marine. Ce qui se joue dans cet affrontement entre les U-Boote allemands et les navires de surface alliés n’est rien de moins que la maîtrise des mers et de là, l’issue de la guerre. Que le Reich wilhelmien s’en empare et ce sont tous les flux logistiques des Alliés qui sont interrompus, et par conséquent, tout l’approvisionnement qui permet de tenir le front. L’effondrement est certain. C’est parce que la Marine saura développer des moyens de lutte ASM – une aéronautique navale notamment – que le Poilu de Verdun pourra tenir.

Tenir et puis l’emporter lorsque les États-Unis interviendront dans le conflit. Car là encore, il s’ agit de s’assurer de la maîtrise des mers sans laquelle les troupes de l’oncle Sam ne pourront parvenir sur le front. Rethondes est une victoire interalliée et interarmées.

Ce hors-série est le moyen de lier le passé au présent, de passer le témoin entre nos marins d’hier et ceux d’aujourd’hui, de rappeler, enfin, le sacrifice de nos grands anciens, en mer et à terre.

Contre-amiral Stéphane BOIVIN

Directeur du Centre d’ études stratégiques de la Marine

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