L’aéronautique navale durant la campagne du RIF


L’aviation a eu un rôle primordial lors de la campagne du RIF (1925-1926). 

Les prémices :

L’état-major de la marine annonce officiellement le 19 août 1925, le départ de l’escadrille 5B2 aux ordres du lieutenant de vaisseau CAMPARRON prendra effet le 26 août, dès que les conditions seront réunis pour partir.

C’est la première fois dans l’histoire de l’aéronautique française qu’une expédition aussi éloignée est lancée.

Afin d’être fluide, l’unité est rattachée administrativement au commandement de la marine au Maroc, basé à FES mais elle est mise à la disposition du 37e régiment d’aviation.

Le 27, quatre GOLIATH décollent du CUERS pour l’Espagne, première étape, ALICANTE.

Le 28, deuxième étape, direction CASABLANCA, un GOLIATH se met en pylône et est gravement détérioré.

La 5B2 arrive à FES le 05 septembre qui sera la base opérationnelle durant toute la campagne.

À peine arrivé et installé, le GOLIATH est envoyé en mission de bombardement sur ADJIR, douar originaire d’ABD EL KRIM, adjacent au lieu de débarquement des troupes espagnoles.

Les bombardements continueront entre le 10 et le 19 sur la région d’AIN BERDA, TAOUERTA, le massif au BIBAIRE, TAGHAOUT, TAZROUT, EL BABA et GHALOUANE.

La procédure de bombardement n’est pas très bien optimale. En effet, nous sommes encore sur une procédure d’un seul bombardier. L’étude du terrain étant chimérique, elle rend donc la navigation hasardeuse. Pour couronner le tout, les cibles sont localisées en montagne, donc difficiles à détecter ; ce qui augmente les risques pour l’équipage qui cherche à avoir des résultats probants.

Le patron de l’escadrille modifie le chargement externe, nous passons à des bombes de 100 kg (deux fois plus lourdes que la dotation initiale).

Les conséquences de cette procédure a rapidement un avion détruit, en effet, le 23 septembre, l’équipage d’un FARMAN GOLIATH souhaite faire de son mieux pour faire mouche. Le pilote vole trop bas, l’aile heurte les arbres, et l’avion s’écrase au fond de la vallée tuant tout son équipage.

Après un mois d’opération, il est décidé de changer de tactique. Dorénavant, les avions voleront en groupe de trois. Ils voleront en formation serrée face au vent. La navigation et la visée sont accomplies par l’officier chef de bord sur l’avion du leader. Les deux autres avions larguent à l’imitation. Afin d’avoir un maximum de superficie, les lance-bombes sont actionnés individuellement avec un intervalle de 2 à 3 secondes. Les projectiles sont passés de 100 à 120 kg. (1)

Cette méthode est testée le 08 octobre sur AIN BOUCHRICK. Les Rifains reconnaissent très vite et très loin, le bruit caractéristique du bombardier. Ils ont donc largement le temps de fuir dans les montagnes, les pertes humaines sont limitées, quant aux pertes matériels, elles sont perceptibles, ce qui entraîne un effet psychologique sur le moral.

Les conditions météorologiques de novembre ne permettent pas d’avoir pléthore de missions. À tel point que le 29, une tornade s’abat sur la base, provoquant, entre autre, l’effondrement d’un mur d’un hangar qui détruit un GOLIATH 5 B2.2 et une dizaine de Breguet XIV appartenant à l’aéronautique militaire.

MISSION PHOTOGRAPHIE :

Janvier et février 1926, les GOLIATH se lancent dans les missions photographiques en plus des missions de bombardement.

Les missions de photographie couvrent la région de CHEF CHAOUEN par laquelle aucune cartographie n’existe.

À la mi-février, les tribus du DJEBEL TICHCHOUKT situé à une centaine de kilomètres au sud de FES se rebellent.

Deux appareils sont détachés à ENJIL au Sud-Est de BOULEMARE. Ils effectuent plusieurs bombardements sans objectifs précis. Les environs de la zone permettent de réaliser jusqu’à quatre missions par jour. Les charges sont réduites, en effet, les bombes sont de 40 kg, car le but est surtout l’intimidation. Très rapidement, le secteur redevient calme.

PAUSE TECHNIQUE :

Le 6 mars, la 5B2 atteint sa dotation de neuf appareils. Le mois de mars sera consacré à la remise du matériel en état. Cependant l’unité reçoit deux missions de bombardement le 9 et le 13.

OFFENSIVE GENERALE :

Mi-avril, les forces terrestres ont prévu une offensive générale. L’escadrille s’attache à sa mission de reconnaissance photographique. Cependant des tractations pour un cessez-le-feu sont entreprises, ce qui entraîne un arrêt de toute action offensive. Le chef Rifain a des revendications inacceptables pour la France, donc, les missions reprennent. Le 7 mai, les GOLIATH attaquent les objectifs de TARGUIST et aux alentours, le lendemain, les troupes françaises lancent une offensive générale sur l’ensemble du front.

En coordination avec l’offensive terrestre, la 5B2 bombarde entre le 7 et le 17.

Le 27 mai, l’unité se lance pour la première fois dans son histoire, au bombardement de nuit.

Le 29 mai, ABD EL KRIM accepte de déposer les armes.

Le point final de cette dure campagne est effectué par l’unité qui bombarde le 1er juin le souk EL-TLETA des KETAMA.

FIN DU CONFLIT :

La fin du conflit oriente l’escadrille dans de nombreuses missions photographiques. À chaque mission, plusieurs centaines de plaques, couvrant une grande étendue de terrain peuvent être prises, permettant ainsi l’établissement d’une cartographie inexistante.

La diffusion des messages n’était pas la même qu’aujourd’hui, donc certaines tribus du DJEBEL BOU IBLANE, au sud de TAZA, refusent de déposer les armes, la 5B2 doit donc reprendre des missions de bombardement. Les insurgés se sont regroupés dans la forêt de TAFFERTE. Le bombardement manque d’efficacité à cause des arbres. Le 22 juillet, l’unité reçoit l’ordre d’utiliser des fléchettes comme durant la Grande Guerre.

20 000 fléchettes seront larguées le premier jour et 12 000 le lendemain. L’expérience est un échec, probablement parce que ces projectiles n’arrivent pas à franchir les épais feuillages.

Du 15 au 18 juillet, l’escadrille se contente de mission de surveillance, mais le 19, de nouveau, les activités de bombardement reprennent jusqu’au 22. Le dernier bombardement se fait à l’extérieur des bourgs, puis les animations aériennes diminuent. Les derniers défenseurs ne veulent toujours pas se rendre, et le 5 septembre, l’état-major ordonne le bombardement du village de TARRIA

Jusqu’au 02 octobre, il y aura encore quelques activités de bombardement, mais à l’issue de cette date, la 5B2 s’oriente vers la photographie dans le cadre de la cartographie.

Nicolas de LEMOS

  1. Le 2 février 1926, le LV CAMPARDON rédige une étude sur la mise au point du bombardement. Il s’agit des prémices du bombardement allié durant la Seconde Guerre mondiale. Hélas, ce rapport est resté dans les archives et pendant la campagne de France, nos bombardiers continuaient le bombardement individuel, avec les résultats que nous connaissons.

 

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