Le 14 juillet 2012, fête de la nation et honneurs aux Armées de la République


Cette période est certes un moment fort pour la Nation – je ne parle pas du départ en vacances d’une grande partie des Français – mais aussi pour la communauté militaire. La visite du président de la République aux armées le 13 juillet à l‘hôtel de Brienne a été un moment important. Son discours était attendu par des militaires attentifs, surtout après les rapports de la cour des comptes sur le bilan à mi-terme de la loi de programmation militaire et du Sénat sur les bases de défense (j’y reviendrai ultérieurement). Ce que j’en retiens est le constat présidentiel du réarmement du monde et du désarmement de l’Europe qui justifie un nouveau Livre blanc confié à Jean-Marie Guéhenno. Surtout, il sera élaboré « en étroite concertation avec la communauté militaire ». Restera à préciser l’influence de Jean-Claude Mallet affecté comme conseiller spécial auprès du Ministre de la défense et « pilote » du précédent Livre blanc. Dans ce discours, je ne regretterai que ce retour à cette expression « personnels civils et militaires de la Défense Nationale ». Après une première civilianisation du poste de directeur du service national, cette « désappropriation » renouvelée des militaires sur leur ministère n’est pas un bon message et l’argument « du glaive cédant le pas à la toge » n’est pas suffisant pour justifier cette sémantique.

Le 14 juillet est le symbole de l’unité de la nation, du lien fort entre elle et les armées. Cette année encore, cette rencontre a bien eu lieu et le discours gouvernemental était au consensus. La grande majorité des ministres interviewés ont eu des propos exprimant le respect qu’ils portaient aux armées de la République. D’autres ont préféré parler de la commémoration de la fête de la fédération du 14 juillet 1790. Je m’étonnerai cependant de la référence à l’affaire Dreyfus exprimée dans sa brève interview par mme Taubira, ministre de la Justice. Etait-ce bien le lieu et le moment ? Quel rapport avec les armées aujourd’hui qui n’ont plus rien à voir avec cette désastreuse affaire de la IIIè République sauf peut-être pour mme Taubira ?

Le défilé a été précédé par une démonstration équestre sur des musiques célèbres du XVIIè siècle et donc de l’ancien régime. Ce clin d’œil montre bien que la France est éternelle ! Un discours de Gambetta fait à la Ferté-sous-Jouarre le 14 juillet 1872 a aussi été lu en préambule au défilé. Evoquant le temps pluvieux habituel des « 14 juillet » à l’époque, il a repoussé sans aucun doute au loin la pluie attendue. Le choix du texte exprimait bien l’humour du président de la République mais aussi cette orientation républicaine. Je soulignerai cependant que Gambetta commémorait le 14 juillet 1789 et non le 14 juillet de la fédération alors que le 14 juillet n’est devenue fête nationale qu’en 1880.

Sur Gambetta, il est sans doute bon aussi de lire (ou de relire) un ouvrage que j’ai trouvé l’an dernier chez un bouquiniste (« Gambetta et la défense nationale, 1870-1871 » par Henri Dutrait-Cozon publié en 1914). Selon les auteurs, en fait les colonels Frédéric Delebecque et Georges Larpent, certes militants de l’Action française, Gambetta arrivant au pouvoir aurait fait une « grande chasse aux sorcières » dans les armées et aurait placé ses proches politiquement, militaires et civils au sein du ministère de la défense nationale pour organiser la lutte contre l’Allemand envahisseur. L’Histoire de France est complexe. Je ne sais si la référence à Gambetta était bien appropriée en cette période de nominations dans les armées et du défilé d’un détachement de la brigade franco-allemande (BFA) … Sur ce dernier point, plus sérieusement, j’invite à lire Héraclès, revue publiée par l’armée de terre et traitant en juin 2012 de la BFA. Comme capitaine au Sirpa terre, j’étais l’officier de marque de la BFA au titre de la communication lors de sa création en 1989 et je me souviens encore des difficultés évoquées pour faire cohabiter le différent règlement au sein de la brigade… ce qui limite à mon sens la diffusion de ce modèle.

Lors de ce défilé, le président de la République a su montrer la dignité propre à un chef des armées devant les troupes rassemblées. Le fait d’avoir fait son service militaire contre vents et marées comme aspirant du génie, d’être aussi colonel de réserve honoraire ne sont sans doute pas étrangers à ce comportement. Le défilé du 14 juillet est aussi ce moment privilégié pour mettre à l’honneur nos soldats décorés au cours de leurs nombreuses campagnes. C’est la présentation des matériels en dotation et des nouveaux équipements. Je retiendrai surtout cette mise en valeur des forces militaires capables de mener des missions sur le territoire national. Elle rappelle que la première mission des forces armées est la protection de la nation, que ce soit celle de la population ou du fonctionnement des institutions. Il ne s’agit pas d’une « betteravisation » comme l’évoque JD Merchet sur son blog.

Cette période est enfin celle des départs de l’institution et des mutations au sein des armées, les cérémonies aussi pour décorer les nouveaux promus dans l’ordre national de la Légion d’Honneur et dans l’Ordre National du Mérite. En présence du chef d’état-major des armées et du chef d’état-major de l’armée de terre, une très belle cérémonie s’est tenue pour décorer les récipiendaires le 10 juillet devant le dôme des Invalides. Plus de quarante officiers de tous grades étaient présents pour cette cérémonie publique. Promu au grade d’officier de l’ONM, j’ai apprécié cet instant, certes à titre personnel, mais aussi pour l’efficacité militaire de cette cérémonie que je résumerai de la manière suivante : un ensemble disparate de personnes venant d’organismes multiples, qui, au moment prévu, s’organise, chacun trouvant sa place pour que tout fonctionne dans une rigueur très professionnelle et sans excès, avec l’expression d’une grande fraternité militaire.

Je me suis rendu compte surtout, et je ne le soupçonnais pas, que ces distinctions accordées par la République avaient une grande importance aux yeux des civils présents. Finalement, ce qui est important n’est pas le fait d’être distingué, le militaire en a relativement l’habitude, mais le symbole fort que représente cette remise de décoration pour beaucoup de citoyens. La République distingue publiquement ceux qui la servent mais l’importance de la décoration reçue est donnée par le regard des autres. Remettre et recevoir une décoration sont deux actes symboliques majeurs pour la communauté nationale et pour sa cohésion au titre de l’exemplarité et des valeurs mises en évidence.

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