jeudi 7 juillet 2022

Les succès des Etats autoritaires

Après ce que je pourrais appeler la victoire de la stratégie audacieuse de Kim Jong-ces dernières semaines, cette semaine a été celle des succès des Etats autoritaires et donc sans aucun doute celle de l’échec des démocraties.

L’empire du milieu se reconstitue avec cette élection en fait à vie de Xi Jinping après qu’il ait obtenu le changement de la constitution chinoise. Peut-on évacuer la menace hégémonique de la Chine à terme, avec ce nouvel empereur qui construit une force océanique avec plusieurs porte-avions et consacre 147 milliards d’euros à ses forces armées, +8% en 2018 (la France, 34,42 milliards d’euros, hors pensions pour 2018) ?

Aujourd’hui, la Russie a réélu Poutine. Malgré les commentaires préélectoraux sur une participation insuffisante des électeurs, le président russe a été très correctement élu. Nul doute que sa stratégie internationale a beaucoup contribué à ce succès. Cela n’a pas empêché la crise entre le Royaume-Uni et la Russie dans la semaine précédant cette élection. On pourrait s’étonner de la concomitance des événements.

Enfin, nul ne peut ignorer la prise d’Afrin ce jour par l’armée turque, en Syrie, sur les Kurdes syriens. Le drapeau turc flotte sur la ville après cette conquête faite aussi avec l’appui de groupes islamistes. Cette victoire rapide par rapport aux autres combats en zone urbaine de ces derniers mois peut s’expliquer pour plusieurs raisons :

  • Des forces kurdes, nos alliés contre le groupe terroriste « état islamique », n’ont pas été soutenus… hormis par les condamnations verbales habituelles ;
  • Les forces kurdes ne disposaient pas de capacités conventionnelles pour lutter contre une force blindée, disposant d’artillerie et de forces aériennes. Nul doute que si un allié avait alimenté en missiles sol-air, cette victoire n’aurait sans doute pas été aussi facile ;
  • Les forces kurdes, à la différence des « jusqu’au boutistes » des villes rebelles anti-assad qui ont pris leur population en otage, ont préféré battre retraite pour épargner la population civile bombardée, bombardements condamnés par bien peu de la communauté internationale à la différence de cette grande campagne médiatique lancée pour sauver la Ghouta en Syrie, ce qui ne l’empêche pas de tomber peu à peu aux mains d’Assad.

Je ne peux éviter de me poser la question des accords qui ont bien pu être passés pour empêcher toute création d’un Etat kurde mais aussi qui ont abouti à l’absence de soutien réel aux Kurdes syriens. Les réunions régulières des présidents russe, turc et iranien ne peuvent que susciter des soupçons sur ces ententes entre Etats autoritaires qui semblent bien se vérifier sur le terrain.

Les démocraties et les Nations unies peuvent toujours condamner verbalement toute agression militaire bien qu’elles ne soient pas dupes mais les opinions publiques imposent cet exercice. Les Etats autoritaires façonnent le monde en fonction de leurs visions stratégiques respectives.

En revanche, nous continuons d’entretenir des relations au sein de l’OTAN avec un allié bien peu fiable comme la Turquie sous le prétexte d’avantages stratégiques qui semblent bien faibles aujourd’hui par rapport à la période de la guerre froide. Jusqu’à quand la Turquie restera-t-elle au sein de l’OTAN ?

François CHAUVANCY
François CHAUVANCY
Saint-cyrien, breveté de l’École de guerre, docteur en sciences de l’information et de la communication (CELSA), titulaire d’un troisième cycle en relations internationales de la faculté de droit de Sceaux, le général (2S) François CHAUVANCY a servi dans l’armée de Terre au sein des unités blindées des troupes de marine. Il a quitté le service actif en 2014. Il est expert des questions de doctrine sur l’emploi des forces, sur les fonctions ayant trait à la formation des armées étrangères, à la contre-insurrection et aux opérations sur l’information. A ce titre, il a été responsable national de la France auprès de l’OTAN dans les groupes de travail sur la communication stratégique, les opérations sur l’information et les opérations psychologiques de 2005 à 2012. Il a servi au Kosovo, en Albanie, en ex-Yougoslavie, au Kosovo, aux Émirats arabes unis, au Liban et à plusieurs reprises en République de Côte d’Ivoire où, sous l’uniforme ivoirien, il a notamment formé pendant deux ans dans ce cadre une partie des officiers de l’Afrique de l’ouest francophone. Il est chargé de cours sur les questions de défense et sur la stratégie d’influence dans plusieurs universités. Il est l’auteur depuis 1988 de nombreux articles sur l’influence, la politique de défense, la stratégie, le militaire et la société civile. Coauteur ou auteur de différents ouvrages de stratégie et géopolitique., son dernier ouvrage traduit en anglais et en arabe a été publié en septembre 2018 sous le titre : « Blocus du Qatar : l’offensive manquée. Guerre de l’information, jeux d'influence, affrontement économique ». Il a reçu le Prix 2010 de la fondation Maréchal Leclerc pour l’ensemble des articles réalisés à cette époque. Il est consultant régulier depuis 2016 sur les questions militaires au Moyen-Orient auprès de Radio Méditerranée Internationale. Animateur du blog « Défense et Sécurité » sur le site du Monde depuis août 2011, il a rejoint depuis mai 2019 l’équipe de Theatrum Belli.
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