vendredi 19 août 2022

Rapport d’information sur la préparation à la haute intensité (Assemblée nationale, 17 février 2022)

L’hypothèse d’un conflit de haute intensité ne peut plus être exclue. En toute rigueur, elle n’est pas non plus la plus probable. Mais elle constitue un repère structurant pour guider les décideurs dans l’orientation de l’appareil de défense et de sécurité. Les rapporteurs concluent du développement sans précédent de pratiques dites « hybrides » (manipulation l’opinion publique par de fausses nouvelles, attaques cyber non revendiquées, recours à des acteurs par procuration, arsenalisation des dépendances, notamment économiques, instrumentalisation du droit) que le renforcement des capacités de renseignement restera un impératif pour dissiper ce qu’ils appellent « le brouillard des intentions ». Au plus vite. Car c’est notamment dans ce brouillard, que la violence pourra prospérer.

Les rapporteurs ont listé cinq caractéristiques des conflits de haute intensité : outre le brouillard des intentions, ils signalent :

  • la fin d’un relatif confort opératif, avec la perte de la supériorité aérienne et la généralisation des pratiques de brouillage des signaux électroniques et satellitaires sur les théâtres ;
  • une forte attrition en hommes et en matériel, en rupture avec les données de la planification depuis trente ans ; révélée par des conflits comme celui du Haut-Karabakh ou des exercices interalliés comme Warfighter (1 700 morts) ou Polaris (400 marins tués ou disparus) ;
  • une incertitude quant à la durée de la confrontation, le conflit pouvant s’éterniser, traverser d’autres phases ;
  • une population civile à la fois victime et instrument de la guerre, par le truchement des réseaux sociaux et d’autres outils d’influence.

La perspective d’un conflit de haute intensité éclaire donc d’un jour nouveau les évolutions souhaitables de la défense. Les rapporteurs ont identifié neuf enjeux pour vaincre dans les conflits de haute intensité :

  • l’anticipation, autrement dit le « gagner la guerre avant la guerre » du chef d’état-major des armées ;
  • la réactivité, puisqu’il apparaît qu’on n’« aura pas six mois » ;
  • l’interopérabilité, pour continuer à pouvoir intervenir avec des alliés qui seuls pourront apporter toute la masse nécessaire ;
  • la masse pour permettre dès aujourd’hui un meilleur entraînement, donner de la résilience et éviter d’être étiré sur plusieurs fronts au prix de la victoire ;
  • l’épaisseur, autrement dit notre capacité à durer ;
  • l’arbitrage entre technologie et rusticité, autrement dit le mix capacitaire ;
  • la synchronisation des effets, censée être permise par le « combat collaboratif » ;
  • les compétences, dont les armées auront besoin ;
  • les forces morales, des militaires et de la Nation dans son ensemble.
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