mercredi 26 janvier 2022

Sous l’œil bienveillant de l’Empereur, les honneurs militaires rendus au général de division Gudin

Général Charles-Etienne Gudin

En ce jour anniversaire de la victoire magistrale d’Austerlitz, commémorée chaque année par les Saint-Cyriens sous le nom de « 2S », la France et son armée rendaient les honneurs funèbres militaires au général de division Gudin, mort des suites de ses blessures lors de la prise de Smolensk le 22 août 1812.

Sans revenir sur la carrière de ce brillant officier, condisciple de Napoléon Bonaparte à l’Ecole militaire de Brienne, nommé général à trente-et-un ans (Cf. Mes billets du 7 juillet 2021 « La gloire du 3e corps d’armée de Davout et de ses généraux Gudin, Friant et Morand à Auerstaedt » et du 8 juillet 2021 « M. le président de la République, honorez nos généraux morts au combat ! »), cette très belle cérémonie suscite néanmoins quelques réflexions suite au discours de la ministre dans le contexte politique de nos élections présidentielles.

Une magnifique cérémonie

Sous le soleil d’hiver digne de celui de la bataille d’Austerlitz, les honneurs funèbres militaires ont été rendus le 2 décembre dans la cour d’honneur des Invalides. En présence de Mme Darrieussecq, ministre déléguée aux Armées et du général Burkhard, chef d’état-major des armées, les trois armées et la Gendarmerie rendaient les honneurs. Les Saint-Cyriens portaient la dépouille du Général. Ses descendants étaient présents, accompagnés notamment de membres de la famille d’Avout. Enfin, des représentants des promotions de Saint-Cyr dont les noms sont liés au souvenir de l’épopée napoléonienne participaient à la cérémonie : « Souvenir de Napoléon » (1968-1970), « Maréchal Davout » (1977-1979), « Général Lassalle » (1979-1981), « Grande Armée » (1981-1983), « Maréchal Lannes » (1993 -1996), « Du Bicentenaire de Saint-Cyr » (1999 -2002).

Cependant cette cérémonie a été le résultat de demandes insistantes depuis la découverte de la dépouille du général Gudin en 2019 et son rapatriement le 13 juillet 2021. Les questions géopolitiques étaient présentes à travers les tensions franco-russes mais aujourd’hui, la Russie était représentée et justement remerciée. Le manque d’intérêt politique de rendre hommage au général Gudin était aussi manifeste. Même si la ministre intervenait au lieu du Premier ministre, son agenda ne comprenait pas cette intervention et cette cérémonie a semblé faire l’objet de bien peu de communication extérieure, En bref le sentiment d’une cérémonie « basse visibilité » ! Certes, il ne s’agit pas d’un événement de la valeur de la panthéonisation de Joséphine Baker, autre grande figure de l’histoire française, y compris militaire mais n’y aurait-il pas deux poids deux mesures ?

Ce sentiment d’une cérémonie qui a vu le jour sous la contrainte, sans doute aussi après la Tribune dite des généraux, nous conduit naturellement à une réflexion sur le discours fait ce 2 décembre 2021 par la ministre déléguée.

Un discours politisé inadapté à une cérémonie d’honneurs funèbres militaires

En préambule, comment comprendre qu’un discours à ce niveau de responsabilité soit entaché d’erreurs surtout devant un public averti en histoire militaire ? Ainsi, lors de la bataille d’Auerstaedt (1806), le général Gudin est qualifié de chef du 3e corps d’armée alors qu’il s’agissait du maréchal Davout. Son engagement à Saint-Domingue en tant que jeune officier permet d’évoquer dans le discours un signe de « la guerre de succession » à venir contre l’esclavage une cinquantaine d’années plus tard aux États-Unis, au lieu de la « guerre de sécession ». Enfin, le général Gudin meurt en Russie dans cette guerre que nous appellerions en France « La guerre de Russie » alors que le terme habituel est celui de « La campagne de Russie ». Fautes vénielles mais quand même !

Surtout, la politisation du discours n’avait pas sa place dans une telle cérémonie. Rappeler la geste guerrière du général Gudin aurait été sans aucun doute plus opportun. Citer Austerlitz en ce jour de « 2S » où Gudin était déjà sous les ordres de Davout aurait été pertinent au lieu de citer Waterloo. Evoquer ces neuf charges à la baïonnette de la division Gudin emmenée par son chef dans la bataille de la Valoutina où il fut mortellement blessé (Lire « La Campagne de Russie » par le général Comte de Ségur et les « Journal du maréchal de Castellane, tome 1) aurait mis en valeur le sens de l’engagement malgré les doutes du général Gudin sur ce qu’il lui était demandé.

Ainsi, cette politisation bien maladroite sinon inappropriée du discours efface l’engagement du soldat au combat au profit de sujets bien électoraux. Ces allers-retours entre le passé et la période actuelle ont laissé un certain malaise : critique voilée de Napoléon 1er, évocation de l’esclavage, armée aujourd’hui de la diversité, non soumise aujourd’hui à un avancement dû à une appartenance à une caste nobiliaire comme sous l’Ancien régime, oubliant un peu rapidement que le général Gudin s’appelait Gudin de la Sablonnière. Tout comme Davout, ces officiers appartenaient à la petite aristocratie qui auraient eu peu d’espoir d’arriver au sommet des armées. Napoléon a permis à cette petite noblesse d’atteindre ce but.

Qu’en conclure ?

Certes, cette cérémonie a permis de célébrer le courage et la mort glorieuse d’un officier général de la Grande Armée… tout en valorisant l’Armée « républicaine » d’aujourd’hui. Elle a aussi permis de remercier la Russie pour son rôle dans la recherche et le rapatriement du corps du général Gudin. N’oublions pas que l’amitié franco-russe, notamment militaire, a toujours existé malgré les guerres.

Cependant, tout comme la panthéonisation de Joséphine Baker, ce discours très politique s’inscrivait dans le narratif du gouvernement actuel. Un hommage funéraire militaire n’a pas pour objet d’être politiquement instrumentalisé. En tout état de cause, le rédacteur du discours s’est trompé de sujet.

François CHAUVANCY
Saint-cyrien, breveté de l’École de guerre, docteur en sciences de l’information et de la communication (CELSA), titulaire d’un troisième cycle en relations internationales de la faculté de droit de Sceaux, le général (2S) François CHAUVANCY a servi dans l’armée de Terre au sein des unités blindées des troupes de marine. Il a quitté le service actif en 2014. Il est expert des questions de doctrine sur l’emploi des forces, sur les fonctions ayant trait à la formation des armées étrangères, à la contre-insurrection et aux opérations sur l’information. A ce titre, il a été responsable national de la France auprès de l’OTAN dans les groupes de travail sur la communication stratégique, les opérations sur l’information et les opérations psychologiques de 2005 à 2012. Il a servi au Kosovo, en Albanie, en ex-Yougoslavie, au Kosovo, aux Émirats arabes unis, au Liban et à plusieurs reprises en République de Côte d’Ivoire où, sous l’uniforme ivoirien, il a notamment formé pendant deux ans dans ce cadre une partie des officiers de l’Afrique de l’ouest francophone. Il est chargé de cours sur les questions de défense et sur la stratégie d’influence dans plusieurs universités. Il est l’auteur depuis 1988 de nombreux articles sur l’influence, la politique de défense, la stratégie, le militaire et la société civile. Coauteur ou auteur de différents ouvrages de stratégie et géopolitique., son dernier ouvrage traduit en anglais et en arabe a été publié en septembre 2018 sous le titre : « Blocus du Qatar : l’offensive manquée. Guerre de l’information, jeux d'influence, affrontement économique ». Il a reçu le Prix 2010 de la fondation Maréchal Leclerc pour l’ensemble des articles réalisés à cette époque. Il est consultant régulier depuis 2016 sur les questions militaires au Moyen-Orient auprès de Radio Méditerranée Internationale. Animateur du blog « Défense et Sécurité » sur le site du Monde depuis août 2011, il a rejoint depuis mai 2019 l’équipe de Theatrum Belli.
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