jeudi 7 juillet 2022

Bataille de Kiev – le siège est pour bientôt. L’armée russe ? Suivez les trains !

Grâce à Liveuamap on peut suivre la progression russe a peu près en temps réel. 

Les Ukrainiens s’accrochent, mais hélas, comme les Français sur la Somme en juin 1940, « le trou est fait » et l’ennemi déborde.

L’armée russe est dépendante de la logistique ferroviaire car, en proportion, elle utilise beaucoup d’artillerie et a peu de camions. C’est très bien expliqué ICI.

La poussée vers Kiev depuis la Biélorussie en (1) sur ma carte bricolée à l’arrache est partie « au plus court » depuis la frontière. Mais elle doit être ravitaillée par camion. Et comme on vous l’explique dans l’article, les unités organiques de ravitaillement sont un peu « au bout de leur vie » : À plus de 150km, ils ne peuvent faire que deux rotations par jour, en territoire encore hostile. Or, vu les effectifs, « pas d’artillerie, pas de prise de la ville ».

On peut penser que cette poussée aurait du trouver l’aéroport de Kiev pris par les troupes aéroportées le premier jour et sécuriser un pont aérien. Échec et ralentissement.

Par opposition, les deux poussées sur Chernihiv sont plus dangereuses. Elles se font le long d’un axe ferroviaire. Mais la gare est en zone urbaine. Il faudra prendre les voies par la force. On peut penser que les Ukrainiens ne faciliteront pas la chose… Notons que l’aviation russe semble épargner les infrastructures ferroviaires… Ceci explique cela.

En (3) la poussée la plus dangereuse : le « trou » est fait, le long de l’autoroute. Mais le nœud ferroviaire de Konotop tient et il faut le prendre intact. S’il tombe, le ravitaillement arrivera directement de Russie et Kiev sera encerclée par des forces ravitaillées.

En (4) les forces russes patinent autour de Kharkiv, en terrain difficile, loin des axes ferroviaires. Pas de train ? Pas de roquettes ! Kharkiv est, comme en 1942-43, la clef de l’Ukraine orientale… L’occasion de relire « Lost Victories » de Manstein.

Mais Kiev a aussi besoin du rail (5) : les Ukrainiens ne sont pas mieux lotis. Si la voie de Kiev à Poltava est coupée, tout l’Est du pays sera coupé du ravitaillement. « Heureusement », ils ont surtout besoin de munitions légères, ça passe en camion de nuit.

Enfin, dans l’ouest, les renforts en armes des Occidentaux doivent venir de Pologne, sans doute par la voie ferrée qui vient de Lviv à Kiev en passant par Zhytomyr (6). Elle est heureusement doublée plus au sud.

Des mouvements de l’armée biélorusse sont signalés, notamment des troupes aéroportées. Une attaque en profondeur des nœuds ferroviaires n’est pas à exclure, suivie d’une poussée depuis la frontière.

Honnêtement, malgré leur courage, ce soir la situation des Ukrainiens se dégrade considérablement. Les Russes ont encore presque 30% de réserves « fraîches », semble-il leurs meilleures unités.

C’est à nouveau la « bataille du rail » !

Stéphane AUDRAND
Stéphane AUDRAND
Stéphane AUDRAND est consultant indépendant spécialiste de la maîtrise des risques en secteurs sensibles. Titulaire de masters d’Histoire et de Sécurité Internationale des universités de Lyon II et Grenoble, il est officier de réserve dans la Marine depuis 2002. Il a rejoint l'équipe rédactionnelle de THEATRUM BELLI en décembre 2019.
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2 Commentaires

  1. approche intéressante. j’aurai dû lire cet intéressant billet avant mon intervention sur Europe 1 ce matin. avec cependant quelques remarques sur l’acheminement des équipements aux forces ukrainiennes. la suprématie aérienne russe laissera-t-elle ces trains passer en provenance de la Pologne ou d’ailleurs? les camions circulant de nuit, donc en convoi compte tenu du tonnage, pourront-ils éviter d’une part leur détection, d’autre part leur destruction par voie aérienne.
    Il me semble bien que satellites, équipements de vision nocturne y compris sur drone, rendent ces deux solutions peu réalisables. je doute que l’armée russe ne dispose pas de tous ces moyens
    Merci Stéphane en tout cas

  2. L’aviation russe est en effet peu présente. Ceci dit, elle semble manquer d’équipements de précision et doit faire preuve de retenue dans ses frappes. Détruire un train sur un tronçon de voie ferrées est possible, les voies se réparent facilement. En revanche, pas question de bombarder les grands ponts ferroviaires ou les zones de triage : leur reconstruction prendrait des semaines, ce qui signerait la mort de l’offensive.

    La question des trains ou des convois en provenance de Pologne est en effet un sujet. Il reste des forces en Belarus qui pourraient descendre sur l’Ukraine occidentale et « couper le cordon » avec la Pologne.

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