17 septembre 642 : les dernières troupes romaines quittent l’Égypte.
Alexandrie n’est pas tombée : elle a été cédée. Après l’effondrement de la défense byzantine en Basse-Égypte et la chute de la forteresse de Babylone, le patriarche Cyrus, qui cumulait l’autorité religieuse et l’autorité civile sur l’Égypte, négocie avec ʿAmr ibn al-ʿĀṣ une capitulation conventionnelle à l’automne 641.
Le traité n’organise pas une reddition immédiate. Il institue un armistice d’environ 11 mois, dont le terme est fixé au premier jour du mois copte de Paopi (le 28 septembre 642) et il en fixe les clauses :
- paiement d’un tribut par tous ceux qui relèvent du traité ;
- maintien des forces arabes sur leurs positions, sans opération contre Alexandrie ;
- évacuation par mer de la garnison et de toutes les troupes, avec leurs biens et leur trésor ;
- garantie de la liberté du culte chrétien et interdiction faite aux musulmans de saisir les églises ;
- maintien de la communauté juive dans la ville ;
- remise de 200 otages (150 militaires et 50 civils).
Cyrus meurt le 21 mars 642, avant l’échéance qu’il avait négociée. Le 17 septembre 642, le général Théodore s’embarque pour Chypre avec les derniers soldats romains : c’est cet événement, et non une prise de la ville, qui date la journée. Douze jours plus tard, l’armistice expirant, ʿAmr entre dans Alexandrie à la tête de son armée. Sept siècles de domination romaine sur l’Égypte s’achèvent sans bataille pour la capitale.
L’affaire n’est d’ailleurs pas close. En 645, l’empereur Constant II envoie une expédition navale qui reprend la ville et massacre l’essentiel de la garnison arabe. ʿAmr doit revenir : il assiège Alexandrie et la reprend à l’été 646. Cette fois, elle est prise de vive force.
La légende de la bibliothèque
Le récit selon lequel le calife Omar aurait ordonné de brûler les livres d’Alexandrie (« s’ils sont conformes au Coran ils sont inutiles, s’ils y sont contraires ils sont nuisibles ») n’apparaît dans aucune source avant le XIIIe siècle. Il est rapporté par ʿAbd al-Laṭīf al-Baghdādī et par Ibn al-Qifṭī, soit 550 ans après les faits, et il n’est mentionné par aucun auteur, musulman ou chrétien, entre le VIIe et le XIIIe siècle. Ibn Khaldoun reprend l’anecdote mais la transporte à Ctésiphon.
La destruction de la bibliothèque a été progressive et antérieure : l’incendie du port lors de la campagne de César en 48 av. J.-C., les dégâts subis par le quartier du Bruchion sous Aurélien en 273, la destruction du Sérapéum en 391. Il n’y avait plus, en 642, de grande bibliothèque à brûler.
17 septembre 1176 : bataille de Myriokephalon entre l’empire byzantin et les Turcs seldjoukides (Phrygie).
L’empereur Manuel Ier Comnène marche sur Konya avec une armée de 25 à 40 000 hommes et un train de siège. Pris dans le défilé de Tzivritzé, il perd son artillerie de siège et une partie de sa colonne. Il compare lui-même le désastre à Mantzikert. L’historiographie moderne ne le suit pas.
***
L’objectif de Manuel n’est pas une bataille mais une campagne de siège : prendre Konya, capitale du sultanat seldjoukide de Roum, et rétablir la domination byzantine sur le plateau anatolien. L’armée impériale, renforcée de contingents hongrois, serbes et antiochènes, traîne derrière elle un train de siège considérable ; c’est-à-dire une colonne lente, longue et vulnérable.
Kılıç Arslan II dispose de forces sensiblement inférieures, estimées entre 10 et 15 000 hommes en comptant les irréguliers. Il ne cherche pas l’affrontement rangé. Il attend l’armée byzantine au défilé de Tzivritzé, près de la forteresse ruinée de Myriokephalon, à l’ouest de Konya.
Le combat
L’avant-garde franchit le passage sans grande perte. Ce sont les divisions suivantes qui sont prises au piège. Les Turcs concentrent leurs attaques sur l’aile droite et sur le train de siège, qui est détruit. Baudouin d’Antioche, beau-frère de l’empereur, est tué en chargeant à la tête de l’aile droite. Andronic Vatatzès avait déjà été tué dans une embuscade antérieure.
Manuel parvient à regrouper ses survivants dans un camp retranché et repousse les assauts nocturnes. Le lendemain, aucune des deux armées n’engage le combat général. Kılıç Arslan propose la paix : l’empereur l’accepte, s’engageant à raser deux forteresses frontières.
L’armée byzantine n’a pas été détruite. Elle a perdu son train de siège (ce qui suffisait à faire échouer la campagne) et une fraction de son effectif. Dès l’année suivante, les Byzantins remportent une victoire nette à Hyélion et Leimocheir. Le contrôle byzantin de l’Asie Mineure occidentale ne s’effondre pas : l’Empire conservera l’essentiel de ses possessions anatoliennes pendant plus d’un siècle encore.
NOTA : La portée réelle de Myriokephalon est d’un autre ordre : elle est stratégique et psychologique. Elle marque la fin des ambitions byzantines de reconquête de l’intérieur anatolien. L’Empire cesse d’attaquer et se met à se défendre.

17 septembre 1462 : bataille de Puck (guerre de Treize Ans).
2 000 Polonais commandés par Piotr Dunin battent 2 700 Teutoniques près du lac Żarnowiec. Les deux camps avaient formé un tabor à l’hussite ; le combat se décide à la lance et à l’épée. C’est la victoire qui ouvre la route de 1466.

Les forces
- Polonais : environ 2 000 hommes (un millier de cavaliers, dont 112 en armure lourde, et un millier de fantassins). Commandement : Piotr Dunin.
- Ordre Teutonique ; environ 2 700 hommes (1 000 cavaliers, 400 fantassins et 1 300 auxiliaires paysans levés en Poméranie). Commandement : Fritz Raweneck, secondé par Kaspar Nostitz.
Le dispositif
Les deux armées s’installent de part et d’autre du lac et fortifient leur camp selon la méthode hussite : des chariots enchaînés les uns aux autres, entourés d’un fossé profond. Le tabor n’est pas ici une formation de combat mobile, comme chez Žižka, mais un camp retranché improvisé. Aucun des deux adversaires ne veut attaquer le camp de l’autre.
C’est Dunin qui rompt l’équilibre en sortant offrir la bataille. Le choc se résout en faveur des Polonais après un engagement de cavalerie prolongé ; Raweneck est tué.
Le bilan
Les pertes teutoniques sont écrasantes : environ 1 000 tués, dont 300 cavaliers, et une cinquantaine de prisonniers. Les Polonais perdent cent hommes tués sur le terrain et 150 de plus, morts ensuite de leurs blessures.
La guerre de Treize Ans (1454-1466) opposait l’Ordre Teutonique à la Confédération prussienne et au royaume de Pologne. Elle avait jusque-là été une guerre de sièges et de mercenaires impayés, sans décision de campagne.
NOTA : Świecino est la première victoire polonaise en bataille rangée de ce conflit. Elle brise la capacité de l’Ordre à opérer en Poméranie, dégage Dantzig et ouvre la phase finale de la guerre. Celle-ci s’achève par la seconde paix de Thorn de 1466, qui place la Prusse occidentale sous souveraineté polonaise directe et fait du Grand Maître un vassal du roi de Pologne pour le reste de ses terres.
17 septembre 1620 : Țuțora, début de trois semaines de retraite mortelle.
Le hetman Stanisław Żółkiewski, âgé de 73 ans, franchit le Dniestr en août 1620 pour intervenir en Moldavie, où il entend soutenir le prince Gaspar Graziani contre la Porte. Il dispose de forces très insuffisantes : 5 à 9 000 hommes selon les estimations, renforcés de 600 à 1 000 Moldaves. En face, Iskender Pacha, appuyé par les Tatars de Khan Temir, aligne 13 à 22 000 combattants.
La coalition moldave se défait dès le premier contact. Les Polonais sont acculés à leur camp retranché près de Țuțora, sur le Prut.
Après une première rencontre autour du 10 septembre et l’engagement principal des 17 et suivants, Żółkiewski prend la seule décision qui reste : rompre l’encerclement et se retirer en tabor, c’est-à-dire en carré mobile de chariots, vers le Dniestr et la frontière.
La manœuvre commence le 29 septembre. Elle est d’une extrême difficulté : le tabor doit avancer, se refermer à chaque halte, et absorber les charges tatares sans se disloquer. Il tient une semaine. Les assauts du 3 octobre l’ébranlent ; la discipline se délite le 6 ; le 7 octobre, à quelques kilomètres du Dniestr, le tabor se disloque et l’armée est massacrée.
Żółkiewski est tué. Sa tête est envoyée au sultan à Constantinople ; sa veuve la rachètera plus tard.
Stanisław Koniecpolski, hetman de camp, est capturé — et non tué, contrairement à ce que laissent entendre certains résumés. Conduit d’abord à Bilhorod auprès d’Iskender Pacha, il est ensuite enfermé au château des Sept Tours, à Constantinople, dans la Tour Noire. Il y reste près de 3 ans et n’est libéré qu’au printemps 1623. Rendu à la Pologne, il reprend le commandement, bat les Tatars à Martynów en 1624 et deviendra l’un des meilleurs chefs de guerre de la Couronne.
Le désastre ouvre la guerre polono-ottomane de 1620-1621. Il est rattrapé l’année suivante à Khotyn, où Jan Karol Chodkiewicz arrête l’armée d’Osman II ; au prix de sa propre mort pendant le siège.

17 septembre 1631 : première bataille de Breitenfeld (guerre de Trente Ans).
40 000 Suédois et Saxons contre 31 000 Impériaux. Les Saxons s’enfuient en une heure et livrent leur artillerie. Gustave-Adolphe rétablit seul la bataille et détruit l’armée de la Ligue catholique. C’est la première victoire protestante majeure de la guerre de Trente Ans.
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Les forces
- Suédois et Saxons : environ 40 000 hommes et 66 canons. Gustave II Adolphe commande en personne ; Gustav Horn tient l’aile gauche, Johan Banér l’aile droite ; l’électeur Jean-Georges Ier de Saxe commande son propre contingent, rangé à part sur la gauche.
- Impériaux et Ligue catholique : environ 31 400 hommes et 27 canons, sous Johann Tserclaes, comte de Tilly, avec Gottfried Heinrich zu Pappenheim à la cavalerie.
L’infériorité impériale en artillerie est de plus de deux contre un. Elle sera décisive.
Le déroulement
À 14 h 00, Pappenheim attaque l’aile droite suédoise sans attendre les ordres de Tilly. Ses cuirassiers sont repoussés sept fois : les Suédois ont intercalé des détachements de mousquetaires entre leurs escadrons, de sorte que chaque charge est reçue par un feu qui la désorganise avant le choc. C’est l’un des premiers emplois systématiques de ce dispositif combiné.
Sur l’autre aile, la cavalerie de Tilly enfonce les Saxons, qui se débandent en moins d’une heure. Jean-Georges est emporté dans la fuite jusqu’à Eilenburg. L’artillerie saxonne est capturée et immédiatement retournée contre le flanc gauche suédois, désormais à découvert.
C’est le moment critique. Horn exécute alors, en un quart d’heure, un pivot de 90 degrés de son aile pour refaire front ; manœuvre improvisée que la souplesse des unités suédoises, plus petites et plus articulées que les tercios, rend seule possible. Il reçoit et brise les assauts impériaux.
Gustave-Adolphe exploite : il fait tourner sa cavalerie pour éviter la fumée et le vent, charge avec ses réserves l’artillerie impériale, s’en empare, et la retourne à son tour. Les Écossais de Mackay et Monro reprennent au passage les pièces saxonnes perdues. L’armée de Tilly, prise sous son propre feu, se disloque.
Tilly lui-même est grièvement blessé (trois balles de mousquet au torse et au cou, et deux coups à la tête portés par un officier allemand) et n’est sauvé qu’à grand-peine ; il est évacué sur Halle.
Le bilan
- Impériaux et Ligue : 7 000 à 7 600 tués, environ 6 000 prisonniers. L’armée cesse d’exister comme instrument de campagne.
- Suédois : environ 3 550 hommes.
- Saxons : 2 000 à 3 000 hommes.
Breitenfeld est la première défaite en rase campagne infligée à Tilly, invaincu depuis des décennies, et la première grande victoire protestante de la guerre. Elle a 3 effets immédiats : Elle ouvre l’Allemagne du Sud à Gustave-Adolphe, qui prend Erfurt, Wurtzbourg et Mayence dans les mois qui suivent. Elle décide un grand nombre de princes protestants jusque-là attentistes à rejoindre le camp suédois. Et elle répond, dans l’opinion protestante, au sac de Magdebourg de mai 1631, dont Tilly portait la responsabilité.
NOTA : Sur le plan tactique, Breitenfeld est la démonstration publique de la réforme suédoise : unités plus petites, profondeur réduite, mousquetaires intercalés dans la cavalerie, artillerie légère mobile servie à cadence rapide. Le tercio, formation dominante en Europe depuis plus d’un siècle, n’y survivra pas longtemps.
17 septembre 1862 : bataille d’Antietam (guerre de Sécession, États-Unis).
Après sa victoire de Second Bull Run, Robert E. Lee franchit le Potomac le 4 septembre 1862 et porte la guerre en territoire nordiste, dans le Maryland. L’objectif est politique autant que militaire : obtenir une victoire sur le sol de l’Union avant les élections de mi-mandat, et provoquer une reconnaissance diplomatique européenne.
Le 13 septembre, deux soldats de l’Union trouvent près de Frederick une copie de l’ordre spécial n° 191, qui détaille la dispersion de l’armée de Lee en 4 colonnes. McClellan dispose du plan de son adversaire. Il met trop de temps à l’exploiter, mais il force Lee à concentrer en hâte ses forces derrière l’Antietam Creek, près de Sharpsburg.
Les forces
- Union : George B. McClellan dispose de l’ordre de 80 000 hommes présents sur le champ de bataille et aux abords ; il n’en engagera qu’une partie, et c’est le reproche principal qui lui sera fait.
- Confédérés : Robert E. Lee aligne entre 30 000 et 38 000 hommes selon les auteurs, les renforts venus de Harpers Ferry arrivant en cours de journée.
NOTA : Les chiffres d’effectifs de cette bataille varient fortement d’une source à l’autre selon qu’on compte les présents, les disponibles ou les engagés, et selon qu’on retient le périmètre de la campagne du Maryland ou celui de la seule journée du 17. Ce point est signalé en annexe : il ne doit pas être tranché à la légère, car c’est de lui que dépend l’appréciation portée sur McClellan.
Les trois phases :
- Le matin – le Cornfield et la Dunker Church. Le Ier corps de Hooker attaque l’aile gauche confédérée à travers le champ de maïs de Miller. Le terrain change de mains une demi-douzaine de fois en trois heures. Les hommes de Jackson tiennent, au prix de pertes qui détruisent des brigades entières.
- Le milieu de journée – le Chemin creux. Les attaques fédérales se portent sur le centre confédéré, retranché dans un chemin en contrebas. Après des heures de combat, les fédéraux prennent le chemin d’enfilade et le centre de Lee est percé. L’avantage n’est pas exploité. Le chemin creux est depuis appelé Bloody Lane.
- L’après-midi – le pont de Burnside. Le IXe corps, commandé par le major général Ambrose E. Burnside, s’acharne des heures durant sur un pont de pierre que défendent quelques centaines de Géorgiens, alors que le cours d’eau était guéable à proximité. Le pont enfin franchi, Burnside pousse sur la droite confédérée et menace la ligne de retraite de Lee. L’arrivée de la division d’A. P. Hill, accourue de Harpers Ferry, arrête net l’attaque. La bataille s’achève.
Le bilan
| Tués | Blessés | Disparus/prisonniers | Total | |
|---|---|---|---|---|
| Union | 2 108 | 9 540 | 753 | 12 401 |
| Confédérés | 1 546 | 7 752 | 1 018 | 10 316 |
| Total | 3 654 | 17 292 | 1 771 | 22 717 |
Environ 23 000 hommes mis hors de combat en une seule journée : c’est le jour le plus meurtrier de l’histoire militaire des États-Unis. Le chiffre n’a été dépassé par aucune autre journée de combat américaine, y compris au XXe siècle.
Ce que la bataille a changé
Tactiquement, Antietam est un match nul : Lee tient le terrain le 18, puis repasse le Potomac dans la nuit du 18 au 19 sans être poursuivi. McClellan sera relevé de son commandement en novembre pour cette raison.
Stratégiquement, c’est une victoire de l’Union, et elle a deux conséquences.
L’invasion du Nord a échoué, et avec elle la perspective d’une reconnaissance britannique ou française de la Confédération, qui était à l’étude à Londres et qui est ajournée.
Et surtout, elle donne à Lincoln l’occasion qu’il attendait. Il avait rédigé sa proclamation d’émancipation dès l’été mais s’était rangé à l’avis de Seward, qui jugeait qu’une telle mesure annoncée après une série de défaites passerait pour un aveu de faiblesse. Il lui fallait une victoire. Il publie la proclamation préliminaire d’émancipation le 22 septembre 1862, cinq jours après la bataille ; elle annonce l’affranchissement, au 1er janvier 1863, des esclaves des États en rébellion.


17 septembre 1870 : combat de Montmesly.
Le 17 septembre 1870, l’encerclement de Paris n’est pas encore achevé. Les IIIe et IVe armées allemandes convergent sur la capitale ; les Ve et VIe corps prussiens et le IIe corps bavarois marchent sur Villeneuve-Saint-Georges. Le gouvernement de la Défense nationale veut deux choses : reconnaître ces mouvements, et récupérer les approvisionnements encore accessibles hors des lignes.
L’opération est montée par le général Vinoy, commandant le 13e corps d’armée, et exécutée par la division d’Exéa, avec la brigade Daudel en avant-garde et la brigade Mattat en réserve à Créteil. Y figurent le 7e régiment de marche (formé de bataillons des 20e, 22e et 25e d’infanterie), 4 escadrons du 1er régiment de chasseurs à cheval, de l’artillerie et des mitrailleuses.
L’objectif immédiat est le château du Piple, où des vivres sont à enlever, et la reconnaissance des colonnes ennemies au-delà.
Peu après 14 h 00, l’artillerie française ouvre le feu ; les batteries allemandes répondent. 9 compagnies prussiennes lancent une attaque enveloppante contre les positions françaises sur le Mont-Mesly. Elle est repoussée, les mitrailleuses jouant un rôle notable dans la défense. Mais Vinoy, voyant déboucher des colonnes bien supérieures à ce qu’il pouvait engager, ordonne le décrochage sur Créteil vers 17 h 00.
Environ 57 hommes hors de combat de chaque côté. Trois morts français supplémentaires sont dus à un tir de gardes nationaux parisiens sur leurs propres troupes.
Rien de stratégique : la reconnaissance est faite, les vivres partiellement enlevés, et le mouvement allemand se poursuit. Paris est investi le 19 septembre, deux jours plus tard, et le siège commence.
NOTA : Montmesly est l’un des tout premiers engagements du siège, il met en lumière l’emploi précoce de la mitrailleuse française en défensive, et le tir fratricide qui l’accompagne annonce un problème qui pèsera sur toute la campagne : la coexistence mal réglée, dans les mêmes secteurs, de l’armée de ligne et de la garde nationale.
17 septembre 1893 : naissance du pilote et as Jean Chaput (16 victoires homologuées).
Jean Chaput naît à Paris le 17 septembre 1893. Il s’engage dans l’infanterie en 1913, passe dans l’aviation dès 1914 et obtient son brevet de pilote en février 1915.

Il sert à l’escadrille 28 de 1915 à 1916, puis à l’escadrille 57 à partir de mai 1916, dont il prend le commandement en avril 1918. Il totalise seize victoires homologuées.
Ce qui distingue son parcours, c’est la série de blessures qui le jalonne. Il est atteint une première fois le 15 juin 1915, légèrement ; une deuxième fois le 10 juillet 1915, gravement (il ne reprend le vol qu’en janvier 1916 ; une troisième fois le 24 août 1916, plus gravement encore) il ne revient qu’au début de 1917. Trois retours au combat après 3 blessures, dont deux graves, en 18 mois.
Sergent pilote, il est nommé officier en mars 1916. Il est titulaire de la médaille militaire (1915), de la Légion d’honneur au grade de chevalier (1916), de la croix de guerre française avec plusieurs citations, de la croix de guerre belge (13 septembre 1917) et de la Military Cross britannique (17 avril 1918).
Il est tué au combat le 6 mai 1918, dans la région de Montdidier, abattu par le pilote allemand Hermann Becker.
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Il fait partie de ces pilotes qui utilisèrent les fusées-torpilles LE PRIEUR (ancêtres de nos roquettes sur aéronefs) pour détruire les dirigeables allemands.

Douaumont, 22 mai 1916.
Déjà trois mois que la bataille de Verdun a commencé. Chaque mois quelque 70 000 soldats français et allemands en moyenne sont engloutis dans ce maelström de feu. Le fort de Douaumont, occupé par les Allemands depuis le 25 février, est pris sous un effroyable feu d’artillerie depuis le 19 mai. Le 22 mai, l’attaque se prépare. A l’aube, huit pilotes français (Guiguet, Nungesser, Beauchamps, de Gennes, de Boutigny, Chaput, Réservat et Barrault) prennent leur envol à bord de Nieuport. Leur objectif : la destruction de ballons d’observation allemands, les Drachen « pour empêcher l’ennemi de régler ses tirs ». Ils sont équipés d’armes nouvelles et révolutionnaires : les fusées d’aviation Le Prieur, transformant leurs biplans en redoutables « avions torpilleurs ».
Selon le compte rendu qu’écrira le lendemain le lieutenant de vaisseau Yves LE PRIEUR, en moins d’une minute, entre 4h50 et 4h51 du matin, six Drachen sur huit, situés sur la rive droite de la Meuse, « sont abattus en flammes. Sur cent kilomètres à droite de Verdun et cent kilomètres à gauche, les Allemands descendent en toute hâte leurs ballons observatoires, condition excellente pour l’exécution de notre plan ».
Lors de la bataille de Verdun, 14 Drachen furent abattus au total par les fusées LE PRIEUR.
17 septembre 1894 : la bataille navale du Yalu.
La guerre sino-japonaise est engagée depuis août 1894. Elle se joue en Corée, et elle dépend donc du transport maritime. Le 17 septembre, la flotte de Beiyang de l’amiral Ding Ruchang vient d’escorter un convoi de troupes à l’embouchure du Yalu, dans le golfe de Corée, lorsqu’elle est interceptée par la flotte combinée japonaise de l’amiral Itō Sukeyuki.
Les forces
- Chine : Deux cuirassés allemands de construction récente, le Dingyuan et le Zhenyuan, armés de canons de gros calibre et bien protégés, entourés de croiseurs de valeur très inégale.
- Japon : Aucun cuirassé, mais une escadre volante de 4 croiseurs rapides (Yoshino, Takachiho, Akitsushima, Naniwa) et une escadre principale de 6 croiseurs et 2 bâtiments cuirassés. Des navires moins protégés, mais plus rapides et surtout armés de canons à tir rapide.
Le combat
Il dure environ 5 heures. Les Chinois se présentent en ligne de front, dispositif hérité de la doctrine de l’éperonnage ; les Japonais manœuvrent en ligne de file et exploitent leur supériorité de vitesse pour prendre l’escadre chinoise en enfilade et concentrer le feu sur ses ailes.
Ding Ruchang est blessé dès les premières minutes, la passerelle du vaisseau amiral étant balayée, et le commandement chinois se trouve de fait disloqué pour le reste de la journée.
Le bilan
- Chine : plusieurs croiseurs coulés ou détruits (un croiseur protégé, un croiseur cuirassé, deux croiseurs légers, un croiseur mixte sabordé) et environ 1 350 tués et blessés. Les deux cuirassés, encaissant des centaines de coups, survivent : leur cuirasse tient.
- Japon : aucun navire coulé, plusieurs croiseurs sérieusement endommagés, environ 380 tués et blessés.
La flotte de Beiyang, bien qu’elle n’ait pas été détruite, se retire sur Weihaiwei et n’en ressortira plus. La maîtrise de la mer Jaune passe au Japon, qui peut dès lors transporter ses troupes sans entrave. La flotte chinoise sera anéantie à Weihaiwei au début de 1895 ; Ding Ruchang se suicidera plutôt que de se rendre.
Le Yalu est le premier grand combat d’escadre de l’ère de l’acier, et toutes les marines occidentales en ont tiré des leçons ; dont certaines fausses.
Le canon à tir rapide de moyen calibre y apparaît redoutable : sa cadence permet de submerger les superstructures et de mettre un bâtiment hors de combat sans percer sa cuirasse. L’éperon, en revanche, ne sert à rien, malgré le dispositif chinois conçu pour lui. La cuirasse résiste : les deux cuirassés chinois, criblés, rentrent au port.
NOTA : La conclusion qu’en tirèrent plusieurs états-majors de privilégier l’artillerie moyenne à tir rapide sur le gros calibre s’avérera erronée 10 ns plus tard à Tsushima, puis avec l’apparition du Dreadnought.
17 septembre 1939 : l’Armée rouge entre en Pologne.
Le pacte germano-soviétique du 23 août 1939 comportait un protocole additionnel secret délimitant les « sphères d’influence » des deux États en Europe orientale, la ligne passant en Pologne par les fleuves Narew, Vistule et San. Une condition militaire manquait encore : l’URSS combattait le Japon en Mongolie depuis mai 1939. La victoire de Joukov à Khalkhin Gol règle la question. L’accord Molotov-Tōgō est signé le 15 septembre et le cessez-le-feu prend effet le 16 septembre 1939 ; la veille de l’invasion de la Pologne. La frontière asiatique est neutralisée ; les forces occidentales peuvent être employées.
Dans la nuit du 16 au 17 septembre, l’ambassadeur de Pologne à Moscou, Wacław Grzybowski, est convoqué et reçoit une note. Elle affirme que l’État polonais a cessé d’exister — que son gouvernement « s’est désagrégé et ne donne plus signe de fonctionnement » — et que, par conséquent, les traités liant l’URSS à la Pologne, dont le pacte de non-agression de 1932, sont devenus caducs. L’URSS déclare prendre sous sa protection les populations ukrainiennes et biélorusses.
Aucune déclaration de guerre n’est faite, d’un côté ni de l’autre. Grzybowski refuse de recevoir la note.
L’argument est démenti par les faits : le gouvernement polonais est en territoire polonais le 17 septembre et ne franchira la frontière roumaine que dans la nuit du 17 au 18, précisément en conséquence de l’invasion soviétique.
L’opération
L’attaque est déclenchée à l’aube du 17 septembre par deux fronts (le front biélorusse de Kovaliov et le front ukrainien de Timochenko), soit 7 armées de campagne. Les estimations d’effectifs vont de 450 000 à un million d’hommes selon les échelons comptés.
À quatre heures du matin, le maréchal Rydz-Śmigły diffuse une directive : ne pas engager le combat contre les Soviétiques, sauf en cas d’agression directe ou de tentative de désarmement, et se replier vers la Roumanie et la Hongrie. L’ordre, ambigu, est diversement interprété. Il y a des combats (Grodno, Szack, Wytyczno) mais pas de front.
Le bilan
- Pologne : 3 000 à 7 000 tués ; 320 000 à 450 000 prisonniers.
- URSS : pertes officiellement reconnues de 737 tués et 1 862 blessés, chiffres que les travaux polonais tiennent pour sous-évalués.
Le traité germano-soviétique de frontière et d’amitié du 28 septembre 1939 rectifie le partage : l’Allemagne obtient un surcroît de territoire polonais à l’est de la Vistule, l’URSS reçoit la Lituanie dans sa sphère.
Katyn
Le sort des prisonniers de guerre polonais constitue la suite directe de l’opération, et il fait de cette date une date criminelle autant que militaire.
Le 5 mars 1940, six membres du Politburo (Staline, Molotov, Vorochilov, Mikoyan, Kaganovitch et Kalinine) signent la proposition de Beria visant à l’exécution de 25 700 « nationalistes et contre-révolutionnaires » polonais détenus dans les camps et les prisons.
Environ 21 860 personnes sont exécutées à partir d’avril 1940. Il s’agit pour l’essentiel d’officiers d’active et de réserve ; donc, en Pologne, des cadres administratifs, universitaires et médicaux du pays. C’est une décapitation sociale autant qu’une élimination militaire. L’URSS a imputé le crime aux Allemands pendant un demi-siècle. Elle n’a reconnu la responsabilité du NKVD que le 13 avril 1990, et les documents du Politburo n’ont été remis aux autorités polonaises qu’ensuite.
17 septembre 1944 : opération Market Garden (Pays-Bas).
Début septembre 1944, la poursuite après la Normandie s’essouffle, non par manque de troupes mais par manque de carburant : les armées alliées sont ravitaillées depuis les plages, à des centaines de kilomètres du front.
Anvers a été prise intacte le 4 septembre 1944 mais l’estuaire de l’Escaut reste allemand, et un port dont on ne tient pas l’accès maritime ne sert à rien. Le port ne sera utilisable que le 28 novembre 1944, après la bataille de l’Escaut.
C’est dans cet intervalle que Montgomery propose Market Garden : franchir d’un coup les trois grands obstacles fluviaux des Pays-Bas (la Meuse, le Waal, le Rhin inférieur) pour tourner la ligne Siegfried par le nord et entrer dans la Ruhr.
Market, la composante aéroportée, engage la 1re armée aéroportée alliée :
| Grande unité | Commandant | Objectif |
|---|---|---|
| 101e division aéroportée US | Maxwell D. Taylor | Ponts de Son et Veghel, secteur d’Eindhoven |
| 82e division aéroportée US | James M. Gavin | Ponts de Grave et de Nimègue |
| 1re division aéroportée britannique | Roy Urquhart | Ponts routier et ferroviaire d’Arnhem |
| 1re brigade parachutiste polonaise | Stanisław Sosabowski | Renfort à Arnhem |
Garden, la composante terrestre, confie au XXX corps britannique la mission de remonter cent kilomètres sur un axe routier unique, souvent en remblai, pour rejoindre Arnhem.
Trois causes se combinent pour comprendre l’échec :
- Le renseignement écarté. Le IIe corps blindé SS (9e et 10e divisions SS) se reconstituait dans la région d’Arnhem. Les indices existaient ; ils n’ont pas modifié le plan.
- Les zones de largage trop éloignées. À Arnhem, les parachutistes britanniques sont posés à 10 km de leur objectif, pour des raisons de terrain et de défense antiaérienne. Seul un bataillon, celui de Frost, atteint l’extrémité nord du pont routier, et s’y accroche.
- L’axe unique. Le XXX corps ne peut se déployer : une seule route, coupée à plusieurs reprises, suffit à ruiner le calendrier. Il atteint Nimègue mais pas Arnhem.
Dans la nuit du 25 au 26 septembre, l’opération Berlin évacue vers le sud du Rhin ce qui reste de la 1re division aéroportée britannique. Une seconde opération, dite Pegasus, ramènera le 22 octobre des évadés restés cachés en zone occupée.
Le bilan
15 300 à 17 200 tués, blessés et prisonniers du côté allié, 88 chars détruits, 377 avions et planeurs perdus. La 1re division aéroportée britannique est détruite comme grande unité.
Le saillant conquis d’Eindhoven à Nimègue est réel et sera utile au printemps 1945. Mais l’objectif, le franchissement du Rhin en 1944, est manqué, et la priorité qu’a absorbée Market Garden a retardé d’autant le dégagement de l’Escaut, c’est-à-dire la solution du problème logistique qui avait motivé l’opération.
NOTA : une opération montée pour résoudre une crise de ravitaillement a consommé les moyens qui auraient permis de la résoudre.
Le cinéaste et acteur britannique Richard Attenborough a rendu célèbre cet épisode de la Seconde Guerre mondiale en glorifiant la résistance des paras britanniques dans le film Un pont trop loin avec une distribution prestigieuse (James Caan, Sean Connery, Michael Caine, Dirk Bogard,…).
17 septembre 1948 : le groupe terroriste sioniste LEHI assassine à Jérusalem le comte Folke Bernadotte, médiateur suédois de l’ONU et le colonel français André Sérot qui l’accompagne.
Un médiateur des Nations unies et un colonel français sont abattus à Jérusalem par un commando du Lehi déguisé en soldats israéliens.
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Le comte Folke Bernadotte, neveu du roi de Suède, vice-président de la Croix-Rouge suédoise, avait dirigé en 1945 l’opération dite des bus blancs, qui évacua des camps de concentration allemands environ 21 000 personnes : 8 000 Danois et Norvégiens, 5 911 Polonais, 2 629 Français, 1 615 Juifs et 1 124 Allemands.
Nommé médiateur des Nations unies en Palestine en mai 1948, il obtient la première trêve, effective le 11 juin et rompue le 8 juillet.
Le colonel André Sérot, de l’armée de l’Air française, commandait le détachement français des observateurs de l’ONU. Ancien de l’Argonne engagé en 1915, passé à l’aviation de reconnaissance en 1917, il servait dans le renseignement militaire depuis 1919 et avait organisé un service de contre-espionnage après 1940. Sa femme Berthe, arrêtée par la Gestapo en 1943 et déportée à Ravensbrück, avait été libérée en 1945 par les bus blancs de Bernadotte.
Le rapport que Bernadotte achève à la mi-septembre 1948 recommande une révision du partage : le Néguev reviendrait au territoire arabe, la Galilée occidentale à l’État juif, Jérusalem serait placée sous contrôle international, et le droit au retour des réfugiés palestiniens serait reconnu. Le sort du territoire arabe devait être réglé par les États arabes, avec une recommandation de rattachement à la Transjordanie.
Le plan est inacceptable pour le gouvernement israélien comme pour les États arabes. Pour le Lehi, il justifie un assassinat.
L’attentat
Le 17 septembre 1948, dans le quartier de Katamon, à Jérusalem, un commando de 4 membres du Lehi en uniforme de l’armée israélienne bloque le convoi du médiateur. Yehoshua Cohen ouvre le feu à travers la vitre : 6 balles atteignent Bernadotte, 18 atteignent Sérot, assis à côté de lui. Les deux hommes meurent.
La décision avait été prise par le centre de trois hommes qui dirigeait le Lehi : Yitzhak Yezernitsky (le futur Premier ministre Yitzhak Shamir), Natan Yellin-Mor et Israël Eldad.
Ben Gourion réagit immédiatement : le Lehi et l’Irgoun sont dissous, des centaines de militants arrêtés. Mais l’enquête policière n’identifie aucun des auteurs de l’attentat. Natan Yellin-Mor et un autre dirigeant sont poursuivis non pour l’assassinat mais pour appartenance à une organisation terroriste, condamnés, puis immédiatement libérés et amnistiés. Yellin-Mor sera élu à la Knesset.
Aucun des tireurs n’a jamais été jugé. Yehoshua Cohen deviendra plus tard un proche de Ben Gourion à Sde Boker.

17 novembre 1958 : Lettre et mémorandum du général de Gaulle au président américain Dwight D. Eisenhower (OTAN) dans lequel la France expose la nécessité d’une réforme des structures intégrées de l’OTAN.
Cher monsieur le président,
Lorsque j’ai eu le plaisir de m’entretenir avec M. Foster Dulles, en juillet dernier, je lui ai fait part de mes vues au sujet de l’organisation de la défense du monde libre. Les événements qui se sont déroulés depuis ont renforcé à cet égard la conviction du gouvernement français. C’est ce qui le détermine à faire certaines propositions aux gouvernements américain et britannique.
En raison de l’importance du problème, j’ai chargé M. Alphand de vous en saisir personnellement de ma part. Je souhaite que le mémorandum ci-joint, que je fais également remettre à M. Macmillan, puisse, sans tarder, faire l’objet d’une discussion approfondie entre les trois gouvernements.
Je mesure combien la situation en Extrême-Orient peut vous causer de soucis et je tiens à vous assurer, en cette occasion, de ma sincère et confiante amitié. Je n’en souhaite que plus vivement que nous puissions travailler ensemble dans de meilleures conditions afin que notre alliance devienne plus cohérente et plus efficace. C’est dans cet esprit que je vous fais connaître les conclusions auxquelles je suis moi-même parvenu et sur lesquelles je serais très heureux de connaître vos vues personnelles.
Veuillez croire, cher monsieur le président, à mes sentiments fidèles et aux assurances de ma très haute considération.
Mémorandum
Les événements récents au Moyen-Orient et dans le détroit de Formose ont contribué à montrer que l’organisation actuelle de l’alliance occidentale ne répond plus aux conditions nécessaires de la sécurité, pour ce qui concerne l’ensemble du monde libre. A la solidarité dans les risques encourus, ne correspond pas la coopération indispensable quant aux décisions prises et aux responsabilités. Le gouvernement français est amené à en tirer des conclusions :
1°) L’alliance atlantique a été conçue et sa mise en œuvre est préparée en vue d’une zone d’action éventuelle qui ne répond plus aux réalités politiques et stratégiques. Le monde étant ce qu’il est, on ne peut considérer comme adaptée à son objet une organisation telle que l’O.T.A.N., qui se limite à la sécurité de l’Atlantique Nord, comme si ce qui se passe, par exemple, au Moyen-Orient ou en Afrique, n’intéressait pas immédiatement et directement l’Europe, et comme si les responsabilités indivisibles de la France ne s’étendaient pas à l’Afrique, à l’océan Indien et au Pacifique. D’autre part, le rayon d’action des navires et des avions et la portée des engins rendent militairement périmé un système aussi étroit. Il est vrai qu’on avait d’abord admise que l’armement atomique, évidemment capital, resterait pour longtemps le monopole des Etats-Unis, ce qui pouvait paraître justifier qu’à l’échelle mondiale des décisions concernant la défense fussent pratiquement déléguées au gouvernement de Washington. Mais, sur ce point également, on doit reconnaître qu’un pareil fait admis au préalable ne vaut plus désormais dans la réalité.
2°) La France ne saurait donc considérer que l’O.T.A.N., sous sa forme actuelle, satisfasse aux conditions de la sécurité du monde libre et, notamment, de la sienne propre. Il lui paraît nécessaire qu’à l’échelon politique et stratégique mondial soit instituée une organisation dont elle fasse directement partie. Cette organisation aurait, d’une part, à prendre les décisions communes dans les questions politiques touchant à la sécurité mondiale, d’autre part à établir et, le cas échéant, à mettre en application les plans d’action stratégique, notamment en ce qui concerne l’emploi des armes nucléaires. Il serait alors possible de prévoir et d’organiser des théâtres éventuels d’opérations subordonnés à l’organisation générale :
- a) Arctique,
- b) Atlantique (Europe, Afrique du Nord, Moyen-Orient, Amérique orientale),
- c) Pacifique,
- d) Océan Indien (Inde, Madagascar, Afrique centrale et méridioniale).
3°) Le gouvernement français considère comme indispensable une telle organisation de la sécurité. Il y subordonne dès à présent tout développement de sa participation actuelle à l’O.T.A.N., et se propose, si cela paraissait nécessaire pour aboutir, d’invoquer la procédure de révision du traité de l’Atlantique Nord, conformément à l’article 12.
4°) Le gouvernement français suggère que les questions soulevées dans cette note fassent le plus tôt possible l’objet de consultations entre les États-Unis, la Grande-Bretagne et la France. Il propose que ces consultations aient lieu à Washington et, pour commencer, par la voie des ambassades et du Groupe permanent.
17 septembre 1961 : Jadotville capitule, Hammarskjöld décolle pour Ndola.
L’opération Morthor
Le Katanga a fait sécession du Congo le 11 juillet 1960, soutenu par des intérêts miniers et encadré par des mercenaires européens. L’ONUC (Opération des Nations unies au Congo) a reçu mandat d’en expulser les mercenaires et les conseillers étrangers.
Le 13 septembre 1961, l’ONUC déclenche l’opération Morthor à Élisabethville. Ce n’est plus une opération de police mais est un engagement, et les Casques bleus se trouvent en situation de combat contre la gendarmerie katangaise et ses cadres européens.
Le siège de Jadotville, 13-17 septembre 1961
À Jadotville, ville minière isolée à 130 km d’Élisabethville, se trouve la compagnie A du 35e bataillon irlandais : 156 hommes, commandés par le commandant Pat Quinlan.
Ils sont attaqués dès le déclenchement de Morthor par une force de 3 000 à 5 000 gendarmes katangais encadrés de mercenaires belges, français et rhodésiens, appuyés par un Fouga Magister.
La compagnie tient 5 jours. Quinlan avait fait creuser des tranchées et organiser les feux avant l’attaque, contre l’avis de son état-major qui jugeait la précaution inutile. Les assauts successifs sont repoussés. Une colonne de secours de l’ONU, la Force Kane, est arrêtée au pont de la Lufira.
À court de munitions, d’eau et de vivres, sans ordres et sans espoir de dégagement, Quinlan capitule le 17 septembre 1961. Sa compagnie a cinq blessés et aucun tué ; les pertes katangaises sont estimées entre 150 et 300 tués.
NOTA : Les hommes de Jadotville furent longtemps traités en Irlande comme des soldats qui s’étaient rendus, et leur reddition fut tenue pour une tache sur l’armée irlandaise. La reconnaissance officielle a mis un demi-siècle et elle n’est toujours pas achevée : une citation d’unité et la médaille dite An Bonn Jadotville n’ont été décernées à la compagnie qu’en 2017 ; un groupe de révision indépendant a recommandé en 2021 laDistinguished Service Medalpour le seul commandant Quinlan, à l’exclusion des 33 hommes pour lesquels elle avait été demandée ; recommandation que la famille de Quinlan a publiquement refusée.
Le vol de Ndola
Le même jour, le secrétaire général des Nations unies, Dag Hammarskjöld, décolle de Léopoldville pour Ndola, en Rhodésie du Nord (l’actuelle Zambie), afin d’y rencontrer les responsables katangais et d’obtenir un cessez-le-feu mettant fin aux combats déclenchés par Morthor.
Son Douglas DC-6B, immatriculé SE-BDY, s’écrase peu après minuit dans la nuit du 17 au 18 septembre 1961, à quelques kilomètres de l’aérodrome de Ndola. 14 des 15 occupants meurent sur le coup ; le seul survivant succombe quelques jours plus tard.
La commission rhodésienne conclut à une erreur de pilotage. Cette conclusion est contestée depuis lors. Les Nations unies ont rouvert le dossier à plusieurs reprises ; l’enquête conduite par le juge Mohamed Chande Othman conclut qu’une attaque ou une menace extérieure demeure plausible, et l’Assemblée générale a demandé à plusieurs reprises aux États détenteurs d’archives (notamment les services de renseignement occidentaux) de les déclassifier.
Hammarskjöld a reçu le prix Nobel de la paix à titre posthume en 1961. Il reste le seul secrétaire général des Nations unies mort en fonction, et sa mort demeure, plus de 60 ans après, officiellement inexpliquée
17 septembre 1970 : l’armée jordanienne attaque Amman.
Après la guerre de 1967, les organisations palestiniennes ont constitué en Jordanie un appareil quasi étatique : camps armés, contrôle de quartiers entiers d’Amman, prélèvements, postes de contrôle. L’autorité du roi Hussein ne s’exerce plus sur une part croissante de son territoire.
Les détournements du 6 septembre 1970 par le FPLP, qui aboutissent à la destruction spectaculaire de 3 avions de ligne sur l’aérodrome de Dawson’s Field, rendent la situation intenable. Une tentative d’attentat contre le roi précipite la décision.
L’offensive
Le 16 septembre, Hussein destitue le gouvernement civil, nomme le général Muhammad Daoud à la tête d’un gouvernement militaire et proclame la loi martiale.
Le 17 septembre 1970, la 60e brigade blindée encercle Amman et les autres villes, et l’artillerie ouvre le feu sur les camps. L’armée jordanienne (recrutée pour l’essentiel parmi les Bédouins transjordaniens, loyaux à la dynastie) engage un combat urbain contre le Fatah, le FPLP et le FDLP.
Le combat devient maison par maison à partir du 19 septembre. La puissance de feu jordanienne est très supérieure, mais les tireurs embusqués palestiniens rendent la progression lente et coûteuse.
L’intervention syrienne
Le 18 septembre, environ 10 000 soldats syriens franchissent la frontière en direction d’Irbid, leurs blindés portant les marques de l’Armée de libération de la Palestine. C’est la crise internationale : les États-Unis mettent des forces en alerte, Israël procède à des mouvements démonstratifs au nord.
L’armée de l’air royale jordanienne, que Damas n’avait pas anticipée, intervient massivement en appui de la contre-attaque terrestre. Le 22 septembre, les Syriens se retirent, après avoir perdu environ 600 hommes et 120 chars.
Le 27 septembre, au Caire, Hussein et Yasser Arafat signent un accord en 14 points, négocié par Nasser. Celui-ci meurt d’une crise cardiaque le lendemain, 28 septembre.
Le bilan humain est l’un des plus disputés du Proche-Orient contemporain. La Croix-Rouge estimait dès le 22 septembre les victimes entre 5 000 et 10 000. Arafat avancera le chiffre de 25 000 morts palestiniens ; d’autres sources retiennent 2 000 à 3 400. Aucun décompte indépendant n’a jamais été établi.
L’accord du Caire ne règle rien. Les affrontements reprennent par intermittence et l’armée jordanienne achève la réduction des bases palestiniennes du nord lors de l’offensive d’Ajlun de juillet 1971 : 2 000 feddayin encerclés se rendent le 23 juillet. Certains préfèrent traverser le Jourdain et se livrer aux Israéliens plutôt qu’à l’armée jordanienne.
L’OLP se transporte alors au Liban, où elle reconstituera le même dispositif ; avec les conséquences que l’on sait à partir de 1975.
NOTA : Le nom de « Septembre noir » sera repris en 1971 par une organisation clandestine issue du Fatah, responsable notamment de l’assassinat du Premier ministre jordanien Wasfi al-Tall et de la prise d’otages de Munich en septembre 1972.
17 septembre 1978 : signature des accords de Camp David entre Anouar el-Sadate (Égypte) et Menahem Begin (Israël), en présence de Jimmy Carter (États-Unis).
Du 5 au 17 septembre 1978, le président Jimmy Carter réunit à Camp David, dans le Maryland, le président égyptien Anouar el-Sadate et le Premier ministre israélien Menahem Begin. 13 jours de négociation en isolement, au cours desquels les deux chefs de gouvernement finissent par ne plus se parler directement, Carter faisant la navette entre les deux chalets. La signature a lieu le 17 septembre 1978 à la Maison-Blanche.
Les deux cadres
- « Un cadre pour la paix au Proche-Orient » prévoit un régime d’autonomie de 5ans pour la Cisjordanie et Gaza, sur la base de la résolution 242, avec négociation ultérieure du statut définitif. Aucun Palestinien n’a participé à la négociation. Begin a posé comme condition qu’en aucun cas il n’y aurait d’État palestinien, et le texte ne mentionne ni Jérusalem ni les colonies. Ce cadre n’a jamais reçu d’application.
- « Un cadre pour la conclusion d’un traité de paix entre l’Égypte et Israël » prévoit la reconnaissance mutuelle, le retrait israélien total du Sinaï et la démilitarisation de la péninsule. Celui-là a été exécuté. Le traité est signé le 26 mars 1979 ; l’évacuation du Sinaï s’achève en 1982.
Le coût pour l’Égypte
Le monde arabe considère que Sadate a conclu une paix séparée en abandonnant la question palestinienne.
L’Égypte est suspendue de la Ligue arabe en 1979 et le siège de l’organisation est transféré du Caire à Tunis. Elle n’y sera réadmise qu’en 1989, et le siège ne reviendra au Caire qu’ensuite.
Sadate et Begin reçoivent conjointement le prix Nobel de la paix en 1978.
Le 6 octobre 1981, Sadate est assassiné au Caire, lors du défilé commémorant la guerre d’Octobre, par un commando du Jihad islamique égyptien conduit par le lieutenant Khaled Islambouli. 11 personnes sont tuées avec lui.
Depuis 1979, l’Égypte et Israël n’ont plus fait la guerre, et la neutralisation du front sud a modifié en profondeur l’équation stratégique de la région au prix, pour le président qui l’a signé, de sa vie.








