8 octobre 1799 : Bonaparte rentre d’Egypte (Fréjus).
Parti d’Alexandrie dans la nuit du 22 au 23 août avec les frégates Muiron et Carrère et deux avisos, sous la conduite du contre-amiral Ganteaume, Bonaparte longe la côte d’Afrique pour éviter les croisières britanniques. Il a laissé le commandement de l’armée d’Orient à Kléber par une simple lettre, sans le rencontrer. Berthier, Lannes, Murat, Marmont, Bessières, Monge, Berthollet et Denon l’accompagnent.
La petite division relâche à Ajaccio du 1er au 6 octobre. Le 8 au soir, à l’approche des côtes de Provence, des voiles anglaises sont aperçues ; Ganteaume renonce à Toulon et met le cap sur le golfe de Fréjus. Les bâtiments mouillent devant Saint-Raphaël le 9 au matin. La population envahit les frégates et Bonaparte gagne la terre sans subir la quarantaine imposée aux navires venant d’Orient.
Il a quitté la France près de dix-sept mois plus tôt, le 19 mai 1798. L’expédition, qu’il avait voulue autant que le Directoire, est dans l’impasse depuis la destruction de la flotte à Aboukir et l’échec devant Saint-Jean-d’Acre. Sa victoire terrestre d’Aboukir, le 25 juillet, lui permet de partir sur un succès. Les journaux remis par les Anglais lui ont appris les revers de l’été en Italie et en Allemagne. Quand il débarque, Masséna a pourtant déjà rétabli la situation à Zurich et Brune en Hollande.
La remontée vers Paris, par Aix, Avignon et Lyon, se fait au milieu des acclamations. Il arrive dans la capitale le 16 octobre. Un mois plus tard, le coup d’État des 18 et 19 brumaire met fin au Directoire.

8 octobre 1805 : bataille de Wertingen (Allemagne – Bavière).
Premier engagement de la campagne d’Ulm. La Grande Armée, partie des côtes de la Manche à la fin d’août, a franchi le Rhin puis, à partir du 7 octobre, le Danube en aval d’Ulm, sur les arrières de l’armée autrichienne du général Mack.
Mack a envoyé vers l’est le corps du feld-maréchal-lieutenant Franz Xaver von Auffenberg pour reconnaître ce qu’il croit être un simple parti français. À Wertingen, à une trentaine de kilomètres au nord-ouest d’Augsbourg, Auffenberg est surpris par la réserve de cavalerie de Murat, dragons de Klein et de Beaumont et hussards de Lasalle, que suivent les grenadiers d’Oudinot, du 5e corps de Lannes. Les Français alignent environ 12 000 hommes. Auffenberg n’en met en ligne que 5 500 : 9 bataillons et 1 escadron.
Les récits divergent sur le détail, bataillons rompus un à un par les dragons ou grand carré de grenadiers autrichiens enfoncé à l’arrivée de l’infanterie d’Oudinot. Le résultat ne fait pas débat. Les Autrichiens laissent environ 400 tués et blessés, 2 000 à 2 900 prisonniers selon les auteurs et six canons. Les pertes françaises sont de l’ordre de 300 hommes.
Le combat apprend à Mack que l’ennemi est derrière lui et en force. Coupés de Vienne, les Autrichiens se replient sur Ulm, où Mack capitule le 20 octobre.
8 octobre 1856 : l’arraisonnement de l’Arrow à Canton ouvre la seconde guerre de l’Opium.
Des officiers chinois montent à bord de la lorcha Arrow, mouillée devant Canton, et arrêtent 12 marins chinois soupçonnés de piraterie. Le bâtiment appartient à un Chinois de Hong Kong, navigue sous registre britannique et est commandé par un Irlandais, Thomas Kennedy. Son enregistrement colonial a expiré quelques jours plus tôt, ce que le consul britannique ignore ou choisit de taire.
Le consul Harry Parkes soutient que le pavillon britannique a été amené de force et exige des excuses publiques et la restitution des marins. Le vice-roi Ye Mingchen rend les hommes mais refuse les excuses. Le gouverneur de Hong Kong, John Bowring, saisit l’occasion de rouvrir la question de l’accès à la ville de Canton, promis depuis 1842 et jamais accordé. À partir du 23 octobre, l’escadre du contre-amiral Michael Seymour bombarde les forts puis la ville.
À Londres, la Chambre des communes désavoue Palmerston en mars 1857 ; il dissout, gagne les élections et envoie un corps expéditionnaire. La France se joint à l’entreprise en invoquant l’exécution du missionnaire Auguste Chapdelaine dans le Guangxi, en février 1856. Canton est prise en décembre 1857. Les traités de Tianjin, en 1858, puis la convention de Pékin, en octobre 1860, après la bataille de Palikao et le sac du Palais d’Été, ouvrent de nouveaux ports, légalisent le commerce de l’opium et installent des légations étrangères dans la capitale.
8 octobre 1862 : bataille de Perryville (Kentucky).
Principal affrontement de la guerre de Sécession au Kentucky. L’armée confédérée du Mississippi du général Braxton Bragg est entrée dans cet État esclavagiste resté dans l’Union, avec l’espoir de le rallier et d’y recruter. L’armée de l’Ohio du major-général Don Carlos Buell marche à sa rencontre depuis Louisville.
La sécheresse dure depuis des semaines et les premiers combats, à l’aube, ont pour enjeu les mares du ruisseau Doctor’s Creek, que tient la division de Philip Sheridan. Dans l’après-midi, Bragg lance environ 16 000 hommes sur l’aile gauche fédérale, celle du corps McCook, qui recule de plus d’un kilomètre. Buell, à quelques kilomètres de là, n’entend pas la canonnade en raison du relief et du vent. Il n’engage qu’une faible part de ses 55 000 hommes.
Les fédéraux perdent environ 4 200 hommes, les confédérés 3 400. Vainqueur sur le terrain, Bragg découvre dans la soirée qu’il a devant lui toute l’armée adverse et se retire dans la nuit, puis évacue le Kentucky par le Cumberland Gap. L’État reste à l’Union jusqu’à la fin de la guerre. Buell, à qui Washington reproche sa lenteur dans la poursuite, est remplacé par Rosecrans le 24 octobre.
8 octobre 1879 : combat naval d’Angamos, capture du Huáscar (guerre du Pacifique).
Au large de la pointe Angamos, à environ 80 km au nord d’Antofagasta, l’escadre chilienne du commodore Galvarino Riveros intercepte le monitor péruvien Huáscar du contre-amiral Miguel Grau. Depuis 5 mois, ce bâtiment construit à Birkenhead harcèle les côtes et les transports chiliens et interdit à Santiago toute opération de débarquement.
Les Chiliens ont monté leur piège avec deux divisions. La corvette péruvienne Unión, plus rapide, parvient à s’échapper. Le Huáscar se retrouve pris entre les frégates cuirassées Almirante Cochrane, du capitaine de frégate Juan José Latorre, et Blanco Encalada. Grau ouvre le feu à 9 h 25. Vers 10 h 00, un obus du Cochrane frappe la tour de commandement et le tue avec son aide de camp. Ses seconds tombent l’un après l’autre. Le navire, gouvernail avarié et tourelle percée, se bat encore près d’une heure avant d’être abordé et capturé.
La perte du Huáscar donne au Chili la maîtrise de la mer. Le débarquement de Pisagua suit dès le 2 novembre et ouvre la conquête de la province de Tarapacá. Grau est honoré dans les deux pays pour sa conduite envers les naufragés de l’Esmeralda après Iquique ; le Pérou célèbre le 8 octobre comme fête de sa marine. Le Huáscar est aujourd’hui navire-musée à Talcahuano, au Chili.
8 octobre 1890 : Naissance d’Edward Vernon Rickenbacker.
Edward Rickenbacher (il modifiera l’orthographe de son nom en 1918) naît à Columbus, dans l’Ohio, de parents suisses alémaniques. Son père meurt en 1904 des suites d’une rixe ; l’enfant quitte l’école à treize ans et entre comme apprenti dans les ateliers d’automobiles de la ville. Pilote de course à partir de 1910, il dispute quatre fois les 500 miles d’Indianapolis.
Engagé en mai 1917, il arrive en France avec les premiers éléments du corps expéditionnaire, comme sergent conducteur à l’état-major. La tradition en a fait le chauffeur de Pershing ; il a surtout conduit d’autres officiers, dont le colonel Billy Mitchell, qui appuie son passage dans l’aviation. Il a alors 27 ans, deux de plus que la limite fixée pour les élèves pilotes. Breveté, il est d’abord officier mécanicien à l’école d’Issoudun, puis rejoint en mars 1918 le 94th Aero Squadron, dont l’insigne est un chapeau haut-de-forme aux couleurs américaines jeté dans un cercle.
Il obtient sa première victoire le 29 avril 1918, sur Nieuport 28, et devient un as en un mois. Une infection de l’oreille l’éloigne du front une partie de l’été. Revenu sur SPAD XIII, il prend le commandement de l’escadrille le 25 septembre et attaque seul, ce jour-là, sept appareils allemands, dont il abat deux. À l’armistice, il compte 26 victoires homologuées, dont plusieurs ballons d’observation, ce qui fait de lui le premier des pilotes américains.
Il reçoit huit citations pour la Distinguished Service Cross. L’une d’elles, celle du 25 septembre 1918, est transformée en Medal of Honor en 1930 ; il porte donc 7 DSC, ainsi que la Légion d’honneur et la Croix de guerre françaises. Après la guerre, il fonde une marque d’automobiles, possède le circuit d’Indianapolis de 1927 à 1945 et dirige Eastern Air Lines à partir de 1935, avant de la racheter en 1938.
Grièvement blessé dans l’accident d’un DC-3 de sa compagnie près d’Atlanta en février 1941, il repart en mission pour le secrétaire à la Guerre l’année suivante. Le 21 octobre 1942, le B-17 qui le conduit dans le Pacifique, à court d’essence, se pose en mer. Les 8 occupants dérivent sur des canots pendant plus de 3 semaines ; l’un d’eux meurt, les 7 autres sont recueillis. Rickenbacker meurt à Zurich le 23 juillet 1973.

8 octobre 1895 : assassinat de la reine Min à Séoul.
À l’aube, une troupe formée d’hommes de main japonais, de gardes de la légation du Japon et de soldats coréens d’une unité instruite par des officiers japonais force les portes du palais de Gyeongbokgung. La reine Min, épouse du roi Gojong, est tuée dans ses appartements et son corps brûlé dans un bois voisin.
L’opération a été montée par le ministre du Japon à Séoul, le général Miura Gorō. Le Japon vient de vaincre la Chine et de lui arracher, par le traité de Shimonoseki, la reconnaissance de l’indépendance de la Corée, c’est-à-dire la fin de la tutelle chinoise. Mais la Russie, l’Allemagne et la France l’ont obligé à rendre la presqu’île du Liaodong, et la reine s’appuie désormais sur Saint-Pétersbourg pour contenir l’influence japonaise.
Des étrangers présents au palais, dont un architecte russe et un instructeur américain, assistent à la scène et la font connaître. Tokyo rappelle Miura et le traduit devant un tribunal à Hiroshima, qui l’acquitte faute de preuves. En février 1896, Gojong se réfugie à la légation de Russie, où il reste un an. La rivalité russo-japonaise pour la Corée conduit à la guerre de 1904. La reine reçoit à titre posthume, en 1897, le titre d’impératrice Myeongseong.
8 octobre 1912 : le Monténégro déclare la guerre à l’Empire ottoman.
Le plus petit des États de la Ligue balkanique ouvre les hostilités. Le roi Nicolas Ier fait remettre la déclaration de guerre à Constantinople et ses troupes franchissent la frontière en direction de Scutari, en Albanie du Nord. La Serbie, la Bulgarie et la Grèce, liées au Monténégro par des traités conclus au printemps et à l’été, entrent en guerre à leur tour dix jours plus tard.
Les alliés profitent de la guerre italo-turque, qui retient en Libye une part des moyens ottomans. En quelques semaines, les Bulgares l’emportent à Kirk Kilissé et à Lüleburgaz, les Serbes à Kumanovo, et les Grecs entrent à Salonique. Les Monténégrins piétinent en revanche devant Scutari, qui ne capitule que le 23 avril 1913 et que les grandes puissances les obligent aussitôt à évacuer au profit de la nouvelle Albanie.
Le traité de Londres, le 30 mai 1913, retire à l’Empire ottoman la quasi-totalité de ses territoires d’Europe. Le partage de la Macédoine provoque un mois plus tard une seconde guerre entre les anciens alliés.
8 octobre 1914 : un avion britannique détruit un Zeppelin dans son hangar à Düsseldorf.
Deux Sopwith Tabloid du Royal Naval Air Service décollent d’Anvers, que l’armée belge et la Royal Naval Division sont en train d’évacuer sous le feu de l’artillerie lourde allemande. Les appareils, des monoplaces de sport adaptés, emportent chacun deux bombes de 20 livres et des réservoirs supplémentaires.
Le squadron commander Spenser Grey, gêné par la brume, ne trouve pas les hangars de Cologne et lâche ses bombes sur la gare. Le flight lieutenant Reginald Marix atteint Düsseldorf, pique jusqu’à moins de 200 mètres sous le tir des fusils et des mitrailleuses et place ses projectiles sur le hangar. Le dirigeable militaire Z IX, qui s’y trouve, prend feu et est détruit.
L’avion de Marix, touché, tombe en panne d’essence à une trentaine de kilomètres d’Anvers. Le pilote rentre à bicyclette puis sur une locomotive, peu avant la chute de la place. Les deux officiers reçoivent le Distinguished Service Order. C’est la première destruction d’un dirigeable par un avion et l’un des premiers bombardements à longue distance visant un objectif militaire précis sur le sol allemand.
8 octobre 1918 : le caporal York se distingue (Forêt d’Argonne).
La 82e division américaine attaque à l’ouest de Châtel-Chéhéry pour couper la voie ferrée Decauville qui ravitaille le front allemand de l’Argonne. Au matin, le 2e bataillon du 328e régiment d’infanterie descend de la cote 223 et est cloué dans le vallon par des mitrailleuses installées sur les hauteurs.
17 hommes de la compagnie G, sous les ordres du sergent Bernard Early, contournent la position par la gauche. Ils tombent sur un poste de commandement et y capturent sans combat un groupe d’Allemands, parmi lesquels le lieutenant Paul Vollmer. Des mitrailleuses postées sur la pente voisine se retournent alors et ouvrent le feu : 6 Américains sont tués, 3 blessés, dont Early.
Le caporal Alvin York, fermier du Tennessee et tireur exercé par la chasse, se retrouve le plus gradé des 8 hommes valides. Pendant que ses camarades gardent les prisonniers, il abat un à un, au fusil, les servants qui se découvrent pour le viser, puis, au pistolet, 6fantassins qui le chargent à la baïonnette. Vollmer offre de faire cesser le feu. La colonne ramasse d’autres groupes sur le chemin du retour et remet 132 prisonniers au poste de commandement. 35 mitrailleuses sont réduites au silence ; le nombre d’Allemands tués varie de 20 à 28 selon les rapports.
York, né en 1887, avait demandé à être exempté comme objecteur de conscience au nom de sa foi, ce qui lui fut refusé. Promu sergent, il reçoit la Distinguished Service Cross, convertie en Medal of Honor en 1919, puis la Croix de guerre avec palme et la Légion d’honneur. Le mot prêté à Foch sur « le plus grand exploit accompli par un simple soldat de toutes les armées d’Europe » date de cette remise. Plusieurs survivants de la patrouille ont contesté par la suite la part trop exclusive faite à York dans le récit officiel.
Le film Sergeant York, réalisé par Howard Hawks sur un scénario auquel collabore John Huston, avec Gary Cooper dans le rôle, sort en juillet 1941, cinq mois avant Pearl Harbor. York meurt en 1964.
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Lire le texte de Camille Harlé-Vargas sur THEATRUM BELLI : Pour une Medal of Honor… le sergent Alvin York en Argonne


8 octobre 1939 : Hitler annexe l’ouest de la Pologne au Reich.
Deux jours après la reddition du dernier groupement polonais à Kock, Hitler signe le décret qui rattache à l’Allemagne les provinces occidentales et septentrionales de la Pologne vaincue. Deux nouveaux Reichsgaue sont créés, Prusse-Occidentale autour de Dantzig et Posen, futur Wartheland ; d’autres districts sont joints à la Prusse-Orientale et à la Haute-Silésie. Le texte entre en vigueur le 26 octobre.
Les territoires annexés couvrent environ 90 000 km² et comptent une dizaine de millions d’habitants, en très grande majorité polonais. Le reste de la zone d’occupation allemande forme, par un décret du 12 octobre, le Gouvernement général confié à Hans Frank. L’est du pays a été occupé par l’Armée rouge à partir du 17 septembre, conformément au protocole secret du pacte germano-soviétique.
L’annexion s’accompagne d’une politique de germanisation conduite par Himmler : expulsion de centaines de milliers de Polonais et de juifs vers le Gouvernement général, installation de colons allemands venus des pays baltes et de Volhynie, exécution des élites locales.
8 octobre 1940 : rembarquement des troupes au Levant.
À l’été 1940, les troupes françaises de Syrie et du Liban forment le théâtre d’opérations de Méditerranée orientale, constitué par Weygand à partir de l’automne 1939 et commandé depuis mai par le général Eugène Mittelhauser. Elles comptent trois divisions renforcées de nombreux réservistes venus de métropole et d’Afrique du Nord.
À l’annonce de l’armistice, Mittelhauser et le haut-commissaire Gabriel Puaux déclarent d’abord vouloir poursuivre la lutte aux côtés des Britanniques. Ils y renoncent le 27 juin, lorsque le général Noguès fait savoir que l’Afrique du Nord se range aux ordres de Bordeaux. Le chef d’état-major de Mittelhauser, le colonel de Larminat, qui préparait le passage d’unités constituées en Palestine, est arrêté ; il s’évade et rejoint la France libre. La brigade polonaise des Carpates et quelques centaines de Français franchissent la frontière.
Les conventions d’armistice imposent la démobilisation des réservistes et le retour des unités venues en renfort. Une commission italienne de contrôle s’installe à Beyrouth à la fin d’août. Les embarquements pour Marseille et l’Afrique du Nord s’échelonnent de la fin de septembre au courant d’octobre. Selon la chronique d’origine, 36 062 hommes sont ainsi rapatriés sur les 47 500 prévus.
L’armée du Levant qui subsiste, de l’ordre de 35 000 hommes, passe à la fin de 1940 sous l’autorité du général Dentz, nouveau haut-commissaire. C’est elle qui affronte en juin et juillet 1941 les Britanniques et les Français libres.
8 octobre 1950 : évacuer Cao Bang (nord-est du Tonkin).
La décision d’abandonner Cao Bang, préconisée dès 1949 par le rapport du général Revers, est prise en septembre 1950 par le général Carpentier, commandant en chef. Entre-temps, la victoire communiste en Chine a donné au Viêt-Minh des camps d’instruction, de l’artillerie et une frontière ouverte. Le 18 septembre, le poste de Dong Khê, verrou de la RC 4 entre Cao Bang et That Khê, tombe pour la seconde fois de l’année.
Le plan prévoit que la garnison de Cao Bang, aux ordres du lieutenant-colonel Charton, descende la route à la rencontre du groupement Bayard du lieutenant-colonel Le Page, monté de That Khê. Charton quitte la ville le 3 octobre avec le 3e bataillon du 3e régiment étranger d’infanterie, le 3e tabor marocain, un bataillon de partisans et plusieurs centaines de civils. Le Page, qui dispose du 1er bataillon étranger de parachutistes, de deux tabors et d’un bataillon de marche du 8e régiment de tirailleurs marocains, échoue à reprendre Dong Khê. Il se jette dans la jungle à l’ouest de la route et s’enferme dans les calcaires de Coc Xa.
Dans la nuit du 6 au 7, le 1er BEP ouvre une brèche dans l’encerclement au prix de sa destruction presque complète. Les survivants rejoignent Charton sur la cote 477, que les régiments de la brigade 308 assaillent toute la journée du 7. Au soir, l’ordre est donné de gagner That Khê par petits groupes. Charton, blessé, est pris peu après ; Le Page est capturé le 8. Le même jour à 18 heures, le 3e groupement colonial de commandos parachutistes et une compagnie de marche du 1er BEP sont largués sur That Khê pour recueillir les isolés. Ils seront anéantis à leur tour quelques jours plus tard pendant le repli.
Sur environ 6 000 hommes engagés, plus de 4 000 sont tués, disparus ou prisonniers. Quelque 3 000 partent pour les camps, dont un tiers seulement reviendra. That Khê est évacuée dans la nuit du 10 au 11 octobre, Lang Son les 17 et 18 sans combat, avec ses dépôts intacts. Le corps expéditionnaire a perdu la frontière de Chine. Le 6 décembre, le général de Lattre de Tassigny est nommé haut-commissaire et commandant en chef.
Visiter le site dédié CAOBANG.FR

8 octobre 1951 : l’Égypte dénonce le traité anglo-égyptien de 1936.
Devant le Parlement réuni au Caire, le Premier ministre Moustapha Nahhas Pacha, chef du Wafd, dépose les projets de loi qui abrogent le traité d’alliance de 1936 et les accords de 1899 sur le condominium du Soudan. Il avait lui-même signé le traité 15 ans plus tôt. Le texte autorisait le maintien d’une garnison britannique de 10 000 hommes dans la zone du canal de Suez ; elle en compte alors plusieurs dizaines de milliers.
Les lois sont votées le 15 octobre et Farouk est proclamé roi d’Égypte et du Soudan. Londres déclare l’abrogation unilatérale sans valeur et renforce ses troupes. Le Caire rejette dans le même temps le projet de commandement allié du Moyen-Orient que lui proposent les États-Unis, le Royaume-Uni, la France et la Turquie.
Dans la zone du canal, les ouvriers égyptiens quittent les bases, le ravitaillement est bloqué et des « bataillons de libération » harcèlent les Britanniques. Le 25 janvier 1952, ceux-ci donnent l’assaut à la caserne de la police auxiliaire d’Ismaïlia, où une cinquantaine de policiers sont tués. Le lendemain, le centre du Caire est incendié par l’émeute. Le régime ne s’en relève pas : les Officiers libres prennent le pouvoir le 23 juillet. L’accord d’évacuation est signé en octobre 1954 et le dernier soldat britannique quitte le canal en juin 1956, six semaines avant la nationalisation.
8 octobre 1957 : mort d’Ali la Pointe, fin de la bataille d’Alger.
Ali Ammar, dit Ali la Pointe, né à Miliana en 1930, ancien proxénète de la Casbah recruté par le FLN à la prison de Barberousse, est depuis 1956 l’adjoint de Yacef Saâdi, chef de la zone autonome d’Alger. Il a dirigé les groupes armés pendant la vague d’attentats de 1956-1957.
Yacef Saâdi est arrêté le 24 septembre 1957 par le 1ᵉʳ régiment étranger de parachutistes au 3, rue Caton, avec Zohra Drif ; le colonel Jeanpierre est blessé par une grenade au cours de l’opération. Ali la Pointe, caché à quelques maisons de là, s’échappe. Le capitaine Paul-Alain Léger, chef du groupe de renseignement et d’exploitation, dispose d’un atout : Hacène Guendriche, dit Zerrouk, ancien responsable de la zone est, arrêté en août et retourné, que l’organisation croit toujours libre. Ali la Pointe lui écrit pour réclamer la reprise des attentats. La filature du courrier conduit en deux semaines à une maison de la haute Casbah, au 5, rue des Abdérames.
Le 8 octobre au soir, les parachutistes du 1er REP, commandés par le chef de bataillon Guiraud en l’absence de Jeanpierre, bouclent le quartier et font évacuer les maisons voisines. Ali la Pointe est dans une cache aménagée derrière une cloison avec Hassiba Ben Bouali, 19 ans, Mahmoud Bouhamidi et Omar Yacef, dit Petit Omar, neveu de Yacef Saâdi et agent de liaison, âgé de 13 ans. Les sommations, répétées au mégaphone, restent sans réponse. Guiraud fait placer des charges de plastic contre la cloison pour ouvrir la cache.
L’explosion dépasse de loin l’effet attendu : elle fait sauter les bombes entreposées dans la cache, détruit l’immeuble et en effondre plusieurs autres. Les 4 occupants sont tués. Sous les décombres des maisons voisines, on retire les corps d’habitants qui n’étaient pas partis ou étaient revenus, 17 selon le chiffre le plus souvent donné, dont des enfants.
La zone autonome d’Alger n’a plus ni chef ni réseau. Les attentats cessent dans la ville. Les méthodes qui ont permis ce résultat, la torture et les disparitions, pèsent durablement sur la conduite de la guerre et sur son jugement. Le film de Gillo Pontecorvo, La Bataille d’Alger, s’ouvre et se referme sur la cache de la rue des Abdérames.
8 octobre 1962 : l’Algérie entre à l’ONU.
Trois mois après l’indépendance, l’Assemblée générale des Nations unies admet par acclamation la République algérienne démocratique et populaire, qui devient le 109e État membre. La résolution 1754 (XVII) est adoptée sans vote, sur la recommandation rendue 4 jours plus tôt par le Conseil de sécurité. Ahmed Ben Bella, chef du gouvernement investi le 29 septembre, assiste à la séance et voit hisser le drapeau algérien devant le siège de New York. Il s’adresse à l’Assemblée le lendemain.
L’admission clôt, sur le plan international, une guerre que le FLN avait portée devant l’ONU dès 1955 et dont l’Assemblée débattait chaque année. Elle intervient au sortir de la crise de l’été 1962, pendant laquelle l’armée des frontières du colonel Boumediene a imposé Ben Bella contre le gouvernement provisoire et les wilayas de l’intérieur.
De New York, Ben Bella se rend à Washington, où Kennedy le reçoit le 15 octobre, puis à La Havane le lendemain, à quelques jours de la crise des missiles. Ce double voyage annonce la ligne de non-alignement militant que suivra la diplomatie algérienne. L’Algérie célèbre depuis le 8 octobre comme journée de sa diplomatie.
8 octobre 1963 : l’armée algérienne reprend Hassi Beïda et Tinjoub, la guerre des Sables commence.
Le tracé de la frontière saharienne entre le Maroc et l’Algérie n’a jamais été fixé au sud de Figuig. Rabat revendique la région de Tindouf et de Béchar, rattachée par la France aux départements algériens, et se prévaut de l’engagement pris en 1961 par le gouvernement provisoire algérien de rouvrir le dossier après l’indépendance. Ben Bella s’en tient aux frontières héritées de la colonisation.
À la fin de septembre 1963, des auxiliaires marocains occupent les points d’eau de Hassi Beïda et de Tinjoub, sur la piste qui relie Béchar à Tindouf. Les ministres des Affaires étrangères se rencontrent à Oujda le 5 octobre sans résultat. Le 8, l’Armée nationale populaire reprend les deux postes par surprise ; 10 supplétifs marocains sont tués. Le lendemain, Rabat dénonce l’attaque et engage les Forces armées royales.
Les unités marocaines du général Driss Ben Omar, mieux équipées et mieux encadrées, reprennent Hassi Beïda et Tinjoub le 14 octobre et avancent en direction de Tindouf. Les Algériens ouvrent un second front vers Figuig. Ben Bella, qui fait face au même moment à l’insurrection du Front des forces socialistes en Kabylie, reçoit l’aide de l’Égypte et de Cuba ; La Havane débarque à Oran un bataillon de chars qui n’aura pas à combattre.
Un cessez-le-feu est conclu à Bamako les 29 et 30 octobre, sous les auspices de l’empereur Haïlé Sélassié et du président malien Modibo Keïta. La jeune Organisation de l’unité africaine en surveille l’application ; c’est sa première médiation. Aucun territoire ne change de main. Le différend ne sera réglé sur le papier qu’en 1972, et la rivalité née de cette courte guerre pèse toujours sur les relations entre les deux pays.
8 octobre 1967 : capture d’Ernesto « Che » Guevara (Bolivie).
Renseignés par un paysan, les rangers boliviens encerclent en fin de matinée le ravin du Yuro, près du hameau de La Higuera, où se cachent les 17 derniers hommes de la guérilla. La compagnie B du 2e bataillon de rangers, commandée par le capitaine Gary Prado Salmón, a terminé quelques semaines plus tôt l’instruction dispensée par des Bérets verts américains.
Le combat dure plusieurs heures. Guevara, blessé à la jambe, sa carabine mise hors d’usage par une balle, tente de sortir du ravin soutenu par le mineur bolivien Simeón Cuba. Les deux hommes sont pris à quelques mètres du poste de commandement de Prado. Le prisonnier décline son identité. Il est conduit à pied à La Higuera et enfermé dans l’école du village.
Le haut commandement à La Paz, autour du président Barrientos et du général Ovando, décide de ne pas le juger. Le 9 octobre, en début d’après-midi, le sergent Mario Terán l’abat dans la salle de classe. Un agent de la CIA d’origine cubaine, Félix Rodríguez, assiste aux dernières heures. Le corps est exposé à Vallegrande puis enterré en secret près de la piste d’aviation, où il sera retrouvé en 1997.

8 octobre 1970 : Soljenitsyne remporte le prix Nobel de littérature.
L’Académie suédoise distingue l’écrivain soviétique pour la force morale avec laquelle il a continué la tradition de la littérature russe. Soljenitsyne a 51 ans. Capitaine d’artillerie, commandant une batterie de repérage par le son et deux fois décoré, il a été arrêté sur le front de Prusse-Orientale en février 1945 pour avoir critiqué Staline dans des lettres à un ami. Il a passé huit ans dans les camps, puis trois en relégation au Kazakhstan.
Une journée d’Ivan Denissovitch, publiée à Moscou en 1962 avec l’accord de Khrouchtchev, l’a rendu célèbre. Ses romans suivants, Le Premier Cercle et Le Pavillon des cancéreux, n’ont paru qu’à l’Ouest, et l’Union des écrivains l’a exclu en 1969. Il renonce à se rendre à Stockholm de crainte de ne pouvoir rentrer.
La suite tient à un autre livre. À l’été 1973, le KGB saisit un manuscrit de L’Archipel du Goulag ; l’auteur en fait publier le premier tome à Paris en décembre. Arrêté le 12 février 1974, il est déchu de sa nationalité et expulsé le lendemain vers l’Allemagne fédérale. Il reçoit son prix en décembre 1974, s’installe aux États-Unis, prononce à Harvard en 1978 le discours sur le déclin du courage et ne retrouve la Russie qu’en 1994. Il meurt en 2008.

8 octobre 1973 : échec de la contre-attaque israélienne dans le Sinaï.
Au 3e jour de la guerre d’Octobre, 5 divisions d’infanterie égyptiennes tiennent la rive orientale du canal de Suez, franchi le 6 par surprise. Le commandement Sud israélien du général Shmuel Gonen lance les divisions de réserve arrivées dans la nuit : la 162e du général Avraham Adan au nord, la 143e d’Ariel Sharon au centre.
L’opération repose sur une lecture fausse de la situation ; l’état-major croit les têtes de pont minces et les Égyptiens sur le point de céder. Les ordres changent plusieurs fois dans la matinée et la division Sharon est déplacée vers le sud puis rappelée sans avoir combattu. Adan attaque seul vers Firdan et Hizayon, bataillon après bataillon, presque sans artillerie ni appui aérien. Ses chars se heurtent à l’infanterie de la 2e division égyptienne, enterrée et dotée de missiles filoguidés Sagger et de lance-roquettes RPG-7. Un bataillon est détruit en quelques minutes et son chef, le lieutenant-colonel Assaf Yaguri, fait prisonnier. La division perd plusieurs dizaines de chars dans la journée.
Le soir, l’armée israélienne renonce à rejeter les Égyptiens à l’eau et passe à la défensive dans le Sinaï pour porter son effort sur le Golan. Gonen est coiffé 2 jours plus tard par le général Bar-Lev. L’Égypte tient là son principal succès de la guerre ; la 2e division en a fait son jour anniversaire. La situation se retourne après l’échec de l’offensive égyptienne du 14 octobre et le franchissement du canal par Sharon dans la nuit du 15 au 16.
8 octobre 1974 : départ de la force Saphir pour l’Océan Indien (Toulon).
La Marine nationale envoie un groupe aéronaval dans l’océan Indien alors que le canal de Suez, fermé depuis 1967, n’a pas encore rouvert. Il réunit le porte-avions Clemenceau, la frégate Tourville, l’escorteur d’escadre Bouvet et le pétrolier ravitailleur Saône. La mission prend le nom de Saphir I ; elle se prolonge en 1975.
Le déploiement répond à une situation régionale qui se tend. L’empereur d’Éthiopie vient d’être déposé, la marine soviétique dispose de facilités à Berbera, en Somalie, et Mogadiscio revendique le Territoire français des Afars et des Issas. Les Comores votent sur leur indépendance en décembre. Djibouti est alors la principale base française de la zone et commande le détroit de Bab el-Mandeb, par où le trafic reprendra à la réouverture du canal, en juin 1975.
8 octobre 1996 : un Mirage 2000 grec abat un F-16 turc en mer Égée.
Dans l’après-midi, une formation turque de quatre F-4 et deux F-16 partie de Balıkesir évolue au-dessus de l’Égée orientale, dans la région d’information de vol d’Athènes. Deux Mirage 2000EG de la 331e escadrille grecque, basée à Tanagra, décollent pour l’intercepter. Athènes affirme que les appareils turcs ont pénétré dans son espace aérien ; Ankara soutient qu’ils volaient dans l’espace international.
L’interception tourne au combat tournoyant entre les Mirage et les deux F-16. Le lieutenant Thanos Grivas tire un missile à guidage infrarouge Matra R.550 Magic II, qui atteint un F-16D biplace de la 192e escadrille turque. L’avion s’abîme en mer à une quinzaine de kilomètres de l’île de Chios. Le pilote, le capitaine Nail Erdoğan, est tué. Le lieutenant-colonel Osman Çiçekli s’éjecte et est repêché une demi-heure plus tard par un hélicoptère AB-205 du service grec de recherche et de sauvetage, puis rendu à la Turquie.
Les deux capitales taisent d’abord les circonstances de la perte, présentée comme un accident. L’année a commencé par la crise des îlots d’Imia, qui a conduit les deux pays de l’OTAN au bord de l’affrontement, et aucun des deux gouvernements ne veut d’une nouvelle escalade. La Grèce admet en 2003 que l’avion a été perdu au cours d’une interception. La Turquie attend 2012 pour confirmer officiellement, par la voix de son ministre de la Défense İsmet Yılmaz, qu’il a été abattu par un Mirage grec.
L’incident a pour toile de fond le contentieux sur l’espace aérien : la Grèce revendique 10 000 nautiques autour de ses îles, la Turquie n’en reconnaît que 6, soit la largeur des eaux territoriales. Les interceptions et les simulacres de combat y sont quotidiens depuis les années 1970. C’est le seul cas reconnu où l’un d’eux s’est terminé par un tir de missile.
8 octobre 2022 : explosion sur le pont de Crimée.
À 06 h 07, heure locale, une forte explosion se produit sur la partie routière du pont du détroit de Kertch, qui relie depuis 2018 la Russie continentale à la Crimée annexée. Deux travées d’une des deux chaussées tombent à la mer. Sur l’ouvrage ferroviaire parallèle, 7 wagons-citernes d’un train de carburant prennent feu. Les autorités russes font état de 5 morts.
Le Comité national antiterroriste russe attribue l’explosion à un camion piégé venu de la rive russe. Kiev ne revendique rien sur le moment ; le chef du Service de sécurité d’Ukraine reconnaîtra en 2023 la paternité de l’opération. Long de 19 km, le pont est le principal axe de ravitaillement des forces russes en Crimée et dans le sud de l’Ukraine, et l’un des symboles de l’annexion de 2014.
La circulation reprend partiellement en quelques heures sur la chaussée intacte et sur une voie ferrée ; les réparations durent jusqu’en 2023. Le jour même, Moscou annonce la nomination du général Sergueï Sourovikine à la tête des forces engagées en Ukraine. Le 10 octobre, la Russie lance contre les villes et le réseau électrique ukrainiens la première d’une longue série de frappes massives de missiles et de drones. Le pont est de nouveau touché le 17 juillet 2023, cette fois par des drones navals.









