samedi 13 avril 2024

Guerre dans la bande de Gaza

Depuis ce qu’il faut bien appeler un pogrom commis par le groupe terroriste Hamas en Israël, la communauté internationale est dans l’attente de l’engagement militaire massif des Israéliens.

La visite risquée du président Biden en Israël ce mercredi, alors que Poutine était en déplacement en Chine, a été compromise en terme d’effets par la frappe à proximité de l’hôpital Al-Ahli à Gaza ville. Comme dans toute guerre où tôt ou tard des dommages collatéraux surgissent, un des belligérants instrumentalise les pertes civiles par le biais de l’émotion. En l’occurrence, ici, le Hamas exploite ce triste événement et provoque de multiples réactions dans le monde arabe aussi bien contre Israël, les Etats-unis que la France avec la menace d’un nouveau front d’instabilité internationale après l’Ukraine.

Pour comprendre les bases de ce conflit, je vous invite à lire cet ouvrage que j’ai publié en 2018. A travers une analyse des crises du Moyen-orient, le aHmas et Israël y sont largement traités malgré son titre « Blocus du Qatar : l’offensive manquée. Guerre de l’information, jeux d’influence, affrontement économique » (Cf. Mon billet du 18 septembre 2018) mais le rôle du Qatar est en filigrane dans la crise actuelle.

Couverture de l’ouvrage

Pour rester dans l’actualité, ci-dessous un article paru ce 18 octobre 2023 dans Atlantico où, avec David Rigoulet-Roze et Anne Toulouse, nous livrons notre analyse sur la visite de Joe Biden en Israël.

 

Une remarque enfin sur l’étrange programmation de France 2 dans ce contexte de la guerre au Moyen-Orient. Était-il pertinent de rediffuser ce dimanche 22 octobre 2023 « les aventures de Rabbi Jacob »? Je regarde ce film à chacune de ses diffusions tellement il me fait rire mais là, maintenant, quel est le message de France 2? S’il y a un message, ou un « clin d’oeil humoristique », est-ce bien le rôle d’une chaîne publique mais il n’y a peut-être pas de message. Ce serait plus grave et il aurait mieux fallu déprogrammer ce film pour prendre du recul par rapport à la guerre dans la bande de Gaza.

 

Général (2S) François CHAUVANCY
Général (2S) François CHAUVANCY
Saint-cyrien, breveté de l’École de guerre, docteur en sciences de l’information et de la communication (CELSA), titulaire d’un troisième cycle en relations internationales de la faculté de droit de Sceaux, le général (2S) François CHAUVANCY a servi dans l’armée de Terre au sein des unités blindées des troupes de marine. Il a quitté le service actif en 2014. Consultant géopolitique sur LCI depuis mars 2022 notamment sur l'Ukraine et sur la guerre à Gaza (octobre 2023), il est expert sur les questions de doctrine ayant trait à l’emploi des forces, les fonctions ayant trait à la formation des armées étrangères, la contre-insurrection et les opérations sur l’information. A ce titre, il a été responsable national de la France auprès de l’OTAN dans les groupes de travail sur la communication stratégique, les opérations sur l’information et les opérations psychologiques de 2005 à 2012. Depuis juillet 2023, il est rédacteur en chef de la revue trimestrielle Défense de l'Union des associations des auditeurs de l'Institut des Hautes Etudes de la Défense Nationale (IHEDN). Il a servi au Kosovo, en Albanie, en ex-Yougoslavie, au Kosovo, aux Émirats arabes unis, au Liban et à plusieurs reprises en République de Côte d’Ivoire où, sous l’uniforme ivoirien, il a notamment formé pendant deux ans dans ce cadre une partie des officiers de l’Afrique de l’ouest francophone. Il est chargé de cours sur les questions de défense et sur la stratégie d’influence et de propagande dans plusieurs universités. Il est l’auteur depuis 1988 de nombreux articles sur l’influence, la politique de défense, la stratégie, le militaire et la société civile. Coauteur ou auteur de différents ouvrages de stratégie et géopolitique., son dernier ouvrage traduit en anglais et en arabe a été publié en septembre 2018 sous le titre : « Blocus du Qatar : l’offensive manquée. Guerre de l’information, jeux d'influence, affrontement économique ». Il a reçu le Prix 2010 de la fondation Maréchal Leclerc pour l’ensemble des articles réalisés à cette époque. Il est consultant régulier depuis 2016 sur les questions militaires au Moyen-Orient auprès de Radio Méditerranée Internationale. Animateur du blog « Défense et Sécurité » sur le site du Monde à compter d'août 2011, il a rejoint en mai 2019 l’équipe de Theatrum Belli.
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6 Commentaires

  1. Allons, allons Monsieur CHAUVANCY, point de sensibleries dans les qualificatifs que vous employez pour parler du 7 octobre.

    Déjà en 1967, De Gaulle disait au sujet d’Israël  » Maintenant, il organise, sur les territoires qu’il a pris, l’occupation qui ne peut aller sans oppression, répression, expulsions, et il s’y manifeste contre lui une résistance, qu’à son tour, il qualifie de terrorisme ».

    Tout ce qui se passe au proche orient relève d’une logique froide, permettez moi de la développer.

    D’un côté un gouvernement rêve d’un grand Israël, c’est à dire débarrassé de Palestinien, avec un narratif biblique de destiné d’un peuple supérieur (déjà vu ?) et est prêt à favoriser (cf. times of Israel 8/10/23, check new libé 11/10, jerusalem post 2019,…) le Hamas contre l’AFP dans une stratégie « diviser pour mieux régner ». Peut-être même que l’attaque du Hamas a fourni un blanc-seing idéal pour mener à bien cette politique ?
    De l’autre côté, le Hamas, bien aise d’avoir été favorisé, a préparé un piège mortel à Tsahal en l’attirant dans une guerre urbaine meurtrière, sur un terrain connu, regorgeant de tunnels, de caches d’armes,…En un mois, la progression dans Gaza Nord est minime.

    Cependant, le Hamas joue sa survie.
    Si Tsahal gagne, son prestige et son influence s’effondreront et Gaza sera contrôlé par Israël qui aura désormais un alibi en fer pour gouverner une zone regorgeant de gaz off-shore et agrandir son territoire tout en espérant forcer l’évacuation des palestiniens en Egypte. Une catastrophe pour la cause et le peuple palestinien.
    Si Tsahal s’enlise, c’est l’existence du gouvernement sioniste qui est en jeu et peut-être même de l’état d’Israël. Le soutien ou non américain sera prépondérant dans ce cas de figure.
    Les enjeux pour les deux parties sont très importants. Il ne s’agit pas de « condamner » ou autres sottises. Il s’agit d’identifier quels sont les intérêts de la France dans ce cas de figure et comment nous pouvons placer nos pions (tout en humanité bien sûr) dans la géopolitiques internationale.

  2. merci pour ce long commentaire qui aurait pu éviter le ton condescendant employé à mon égard. Vous ne m’apprenez pas grand chose mais vous avez pu vous exprimer. ce n’est pas si ma!. cordialement

  3. Pardonnez moi si le ton vous a déplu, ce n’était pas mon intention.
    Si je ne vous apprends rien pourquoi employez vous des termes qui jouent sur l’émotionnel dans votre début d’article ?
    Ne croyez vous pas qu’il y a suffisamment de sensibleries déjà dans la presse ? On attend un peu plus de rationalité froide d’un site de stratégie militaire.
    Du moins c’est mon avis,
    Cdt

  4. Bonjour Cher Monsieur CARMIGNOLA,

    Avec le tarissement des articles sur le conflit Russo-Ukrainien, nous n’avons plus l’occasion de raisonner autant qu’auparavant.

    Le terme pogrom est très connoté, il définit une agression ciblée contre des juifs (notamment à l’époque de la Russie Tsariste), du fait de leur religion sans
    réaction des autorités ou avec leur assentiment (cf. Wikipedia).
    Objectivement je ne pense pas que l’on soit dans ce cas de figure, je définirai plutôt un acte de terreur contre des civils perpétré entre belligérants au même
    titre que Dresde, Fallujah d’une certaine manière, Hambourg, Hiroshima (mais à plus petite échelle, évidemment).

    Nous pouvons discourir des émotions générées chez tout un chacun par les crimes de guerre et les crimes contre les populations civiles en temps de guerre, mais ce n’est pas le lieu ni le sujet bien que nous ayons pu en discuter dans certains post concernant la guerre Russie-Ukraine.

    Utiliser le terme « pogrom » c’est fausser la vision d’un conflit vieux de presque 80 ans et disqualifier moralement un des deux belligérants, c’est d’ailleurs le grand combat médiatique actuel. Dans tout conflit, l’essentialisation de l’adversaire est de toute façon un élément clé pour recueillir l’adhésion des populations (les « boches », les « nazis », les « jaunes », etc). Il est certain que l’agression du Hamas relève d’un crime de guerre (selon notre morale judéo-chrétienne qui dit que tuer des non-soldats c’est pas bien) mais non d’un sentiment anti-juif primaire. En d’autres mots, ils ont bien d’autres motifs pour agir de la sorte.

    Vous réfutez mon hypothèse de blanc-seing, qui n’est qu’une hypothèse de travail. Soit, mais avez vous la naïveté de croire qu’aucun gouvernement n’a jamais reculé à sacrifier ses civils à des fins politiques ? Encore une fois, il n’y a pas d’émotionnel, contrairement à ce que vous indiquez, juste des hypothèses. Je peux très facilement imaginer qu’un gouvernement fait d’hommes fanatisés le fasse ou se réjouisse que ce soit arrivé à des fins politiques.
    Comme en sciences, observation > hypothèse > démonstration/expérimentation > hypothèse validée ou réfutée. N’étant connecté à aucune des parties concernées et habitant dans un pays non-occidental, vraiment, je vous l’assure, je n’ai pas de discours partisan.
    Je peux comprendre aussi, au vu de votre réaction sur cette hypothèse, que vous soyez émotionnellement impliqué dans ce conflit, quelle que soient vos raisons.

    Mais cela fait entièrement partie des hypothèses de travail dans un centre de réflexion stratégique, surtout au XXIème siècle à l’heure de la guerre hybride.
    La guerre de l’information permet de recueillir l’adhésion de sa population (le plus important), de convaincre la communauté internationale à agir (ou surtout à ne pas agir) et peut-être de déstabiliser la population adverse. J’irai même jusqu’à dire que c’est la clé d’une intervention militaire de nos jours. Que se passerait-il si la population israélienne défilait massivement dans les rues, se mettait en grève, si les réservistes désertaient ? Deux années de guerre Russie-Ukraine ont pu démontrer l’extrême importance du contrôle de l’espace médiatique. La crise de Wagner a bien montré l’extrême fragilité des états sur le front intérieur.

    De la même manière, je suis tout à fait d’accord avec vous que le Hamas a probablement (encore une fois de la rigueur et de la raison quand on traite des deux belligérants) accepté (dire « souhaité » serait subjectif) le sacrifice qu’encourrait sa population lors des représailles de Tsahal dans un but de guerre informationnelle et de refonte de la géopolitique du proche orient. Il est improbable mais possible aussi qu’ils n’aient pas mesuré les conséquences d’une telle attaque.
    Je n’irai pas, comme pour le conflit Ukrainien, dire si oui ou non telle ou telle stratégie est efficiente puisque nous sommes encore au cœur de l’action, l’avenir nous le dira.

    Concernant vos dernières lignes, vos hypothèses semblent valables, toutefois, attendons de bien mesurer et évaluer les remous créés à l’international par ce nouvel épisode du conflit Israélo-Palestinien.

    Dans l’attente de vous lire,
    Cdt

  5. C’est toujours intéressant de constater que pour une situation donnée il y aura une multitude d’analyses et de points de vue (dans le sens d’angles d’attaques) différents.

    Là où je me contente d’une analyse de « surface » sur la situation c’est à dire en stratégie et tactique pure et dure, vous, au contraire, plongez sans hésitations dans les profondeurs de l’idéologie.

    C’est tout de suite beaucoup plus difficile car contrairement à la stratégie, tout est question de philosophie, de spirituel et d’irrationnel.

    Je n’ai pas d’opinion tranchée sur ce conflit religieux. Certains intellectuels comme Heidegger parlaient d’eschatologie philosophique au sujet d’un occident judéo-chrétien qui s’effondrerait (sous le poids de l’islam ?)
    Mais est ce que ce conflit est intrinsèquement religieux (Judaisme vs Islam) ou ne s’agirait-il plutôt pas aussi d’une querelle de territoire résultant d’une expropriation ?

    La vérité intègre probablement un peu de tout ça et j’entends bien votre point de vue concernant les palestiniens bien que je pense que vous les mettez tous dans un même panier assez péremptoirement.

    Il existe évidemment une part qui ne demande qu’à vivre en paix sur ses terres.
    La solution des frontières de 1967 semble être un compromis acceptable quoique vous en disiez. On ne peut pas refuser ce droit à tout un peuple sans risquer la guerre éternelle, la multiconfessionalite ne fonctionne pas, donc il faut deux états distincts ou déporter des milliers de palestiniens en jordanie/Égypte/Syrie d’où ils continueront la guérilla pendant des générations pour libérer leur « terre promise ».

    J’ai bien évoqué la possibilité qu’il s’agisse d’un calcul du Hamas contrairement à ce que vous écrivez. Cependant la rigueur classe cette donnée comme hypothèse de travail et non comme certitude.

    Je suis d’accord avec l’essoufflement médiatique et l’apathie qui fait suite à l’agitation. D’ailleurs je surestime certainement le danger de la réaction populaire dans des sociétés de zombies anesthésiés (j’assume ce cri du cœur). La seule chose qui pourrait susciter une réaction serait que les gens soient enrôlés et envoyés au front (que ce soit en Israël ou en Ukraine). Le reste glisse facilement sur les consciences.

    Un dernier mot sur le sionisme. J’ai toujours été surpris que la Palestine ait été choisie comme région d’accueil de la diaspora juive. D’autres régions auraient pu faire l’affaire comme aux États Unis par exemple ou il y aurait eu une bien meilleure homogénéité culturelle et religieuse.
    L’implantation d’Israël en 1947 rappelle les croisades ou quelques états latins se sont retrouvés cernes par des empires musulmans (et encore Constantinople existait encore).
    Quel bizarrerie que la communauté internationale se soit basée au XXeme siècle sur une pensée purement religieuse (le sionisme supporté par le sionisme chrétien) et non sur des considérations pratiques.

    C’est tout le problème de l’idéologie !
    Le débat est tellement essentialisé des deux côtés entre le bien et le mal : « light against darkness » nous dit Netanyahu qu’il semble que seule la destruction d’un des deux belligérants réglera l’affaire. On est pas sorti de l’auberge.

  6. Effectivement, comme vous le décrivez, l’histoire est riche en génocides, déportations, transferts de population,…Qui plus est dans cette région du globe !
    Nul ne sait qui seront les maîtres au proche orient le siècle prochain, nous verrons bien, comme vous dites, qui prévaudra et par quels moyens (par les armes à mon avis !).

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