jeudi 11 août 2022

Réfléchir sur la guerre en zone urbanisée

Période de réflexions sur la guerre en zone urbanisée que nous suivons dans les médias depuis plusieurs années en Syrie notamment. Alep est tombée en décembre 2016. Mossoul, troisième grande ville d’Irak, est conquise peu à peu, maison par maison, quartier par quartier, nous montrant que toute zone urbanisée à reconquérir implique des moyens importants et surtout des délais.

Aujourd’hui pas plus qu’hier, on ne peut pas déclarer que l’on prendra une ville de plus d’un million d’habitants en quelques jours sauf quand des forces armées se débandent devant quelques centaines de combattants de daech comme cela avait été le cas justement pour Mossoul il y a deux ans.

Dans ce contexte, j’ai participé à une nouvelle émission télévisée « Plus de recul » sur Cnews, anciennement Itele. Animée notamment par PPDA et Rachid Arhab, cette émission hebdomadaire diffusée le week-end a pour objectif, comme son titre l’indique, de prendre du recul sur l’actualité et donc d’analyser dans la sérénité en prenant son temps.

Ce vendredi, deux sujets étaient traités. La première partie débattait de la candidature de François Fillon ce qui tombe bien avec mon billet de la semaine dernière sur la trahison en politique (Cf. Mon billet du 5 mars 2017). Avec le recul nécessaire, les échanges entre PPDA et Rachid Arhab étaient particulièrement intéressants suite à la grande manifestation organisée au Trocadero par les soutiens de François Fillon. Il était aussi plaisant (bien que…) de voir ce rappel du retour de toutes ces personnes déloyales vers le candidat Fillon qu’ils avaient abandonné avec bien peu de panache sinon d’honneur. Enfin, le titre de cette première partie « Fillon résiste au putsch » ne manquait pas non plus d’humour avant une intervention sur des questions éminemment militaires.

La seconde partie m’a donc permis de débattre avec mes interlocuteurs sur la stratégie militaire en zone urbaine. L’intérêt d’une telle émission d’une demi-heure est surtout d’avoir le temps de développer une explication. Cela n’est pas toujours le cas dans d’autres entretiens beaucoup plus courts sur des sujets militaires qui ne le sont pas obligatoirement. La stratégie militaire ne se limite pas à des combats et à des techniques qui ne sont que des moyens pour atteindre des objectifs.

Je remarque à nouveau que la conquête d’une ville remet en cause aujourd’hui le droit international tel qu’il est imposé depuis la seconde guerre mondiale (Cf. Mon billet sur Alep du 18 décembre 2016). En temps de guerre, la prise d’une ville est soumise à un droit international qui n’est plus applicable dans ce contexte malgré les aspirations d’une partie de la communauté internationale. Ce droit non appliqué le décrédibilise et conduit justement à son ignorance.

Les guerres à venir se tiendront de plus en plus dans les villes car 75% de l’humanité vit déjà dans une zone urbaine. Qu’on le veuille ou non, nous combattrons dans les villes. Il faut s’y préparer et sans doute adapter le droit international avec la réalité et non l’inverse pour qu’il ne soit pas balayé d’un revers de main (Cf. Mon intervention du 10 mars 2017 sur le site de « Plus de recul »).

François CHAUVANCY
François CHAUVANCY
Saint-cyrien, breveté de l’École de guerre, docteur en sciences de l’information et de la communication (CELSA), titulaire d’un troisième cycle en relations internationales de la faculté de droit de Sceaux, le général (2S) François CHAUVANCY a servi dans l’armée de Terre au sein des unités blindées des troupes de marine. Il a quitté le service actif en 2014. Il est expert des questions de doctrine sur l’emploi des forces, sur les fonctions ayant trait à la formation des armées étrangères, à la contre-insurrection et aux opérations sur l’information. A ce titre, il a été responsable national de la France auprès de l’OTAN dans les groupes de travail sur la communication stratégique, les opérations sur l’information et les opérations psychologiques de 2005 à 2012. Il a servi au Kosovo, en Albanie, en ex-Yougoslavie, au Kosovo, aux Émirats arabes unis, au Liban et à plusieurs reprises en République de Côte d’Ivoire où, sous l’uniforme ivoirien, il a notamment formé pendant deux ans dans ce cadre une partie des officiers de l’Afrique de l’ouest francophone. Il est chargé de cours sur les questions de défense et sur la stratégie d’influence dans plusieurs universités. Il est l’auteur depuis 1988 de nombreux articles sur l’influence, la politique de défense, la stratégie, le militaire et la société civile. Coauteur ou auteur de différents ouvrages de stratégie et géopolitique., son dernier ouvrage traduit en anglais et en arabe a été publié en septembre 2018 sous le titre : « Blocus du Qatar : l’offensive manquée. Guerre de l’information, jeux d'influence, affrontement économique ». Il a reçu le Prix 2010 de la fondation Maréchal Leclerc pour l’ensemble des articles réalisés à cette époque. Il est consultant régulier depuis 2016 sur les questions militaires au Moyen-Orient auprès de Radio Méditerranée Internationale. Animateur du blog « Défense et Sécurité » sur le site du Monde depuis août 2011, il a rejoint depuis mai 2019 l’équipe de Theatrum Belli.
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