jeudi 7 juillet 2022

Ukraine 27 mars : le dégel arrive, l’épuisement est proche – on s’enterre le long des rivières ?

La situation générale est de moins en moins mobile. Plus de réserves, une logistique qui ne suit pas, un épuisement des hommes et du potentiel des machines. Quelques points d’attention néanmoins :

Autour de Kyiv (1), les contre-attaques ukrainiennes ne sont pas parvenues à encercler Hostomel, mais plutôt à créer un saillant russe très exposé. Le tenir sera couteux pour Moscou, l’abandonner politiquement humiliant. Pour l’heure les contre-attaques menées par les Ukrainiens sont prudentes, ce qui est plus sage vu l’état de leur propre armée.

Les Russes sont entrés dans Slavutych (2) à l’ouest de Chernihiv. Cela contribue à mettre la pression sur la poche ukrainienne, mais cela permet aussi d’envisager une petite poussée russe jusqu’aux bords de la rivière Desna tout en sécurisant la voie ferrée qui va à Pripiat (le trait ajouté en rouge, par la Biélorussie). Si la « pause » dans les combats dure comme c’est probable jusqu’à l’été, autant avoir des positions claire et faciles à tenir, bien ravitaillées, le long des « coupures humides ».

3) Autour de Kharkiv, les contre-attaques ukrainiennes continuent, pour dégager une à une les communes périphériques. La progression dans l’est de la ville permet de déchausser un peu plus l’encerclement du centre industriel dont la remise en activité serait cruciale pour l’effort de guerre. Avant février, les Ukrainiens avaient (comme la France après 1918) un grand plan pour évacuer les industries stratégiques à l’arrière du pays, cela devrait accélérer.

4) En Donbass, il semble que les Russes aient progressé à Izyum et soient prêts de déboucher. Quatre brigades ukrainiennes sont dans la région, toujours menacées d’être encerclées. L’état-major russe annonce concentrer ses efforts sur le Donbass…

5) Marioupol risque d’être « coupée en deux » selon un axe est-ouest. Séparer les défenseurs permet de les réduire un à un en les privant de soutien mutuel. L’évacuation franco-greco-turque envisagée pour les civils serait une excellente chose. Croisons les doigts (et puis ce serait un beau symbole).

6) Kherzon semble être en situation de révolte, ce qui mobilise des forces et sécurité et gêne la défense russe contre les attaques ukrainiennes. Prendre les villes c’est difficile, les tenir aussi. Tenir le Dniepr serait sans doute plus sage, mais la perte de la seule ville majeure conquise sans trop de dégâts serait un coup dur pour Moscou.

Avec la stabilisation des fronts un peu partout, l’importance de l’axe Izyum-Marioupol, dernière zone d’effort, est encore renforcée. Visiblement les Ukrainiens souhaitent « tenir coûte que coûte » la zone du Donbass, en espérant que l’épuisement russe, les désertions, la diminution des stocks de matériels et munitions modernes aident à une forme de nouvelle stabilisation comme en 2015. Il y aura sans doute création par Moscou de deux nouvelles « républiques » fantoches pro-russes.

Stéphane AUDRAND
Stéphane AUDRAND
Stéphane AUDRAND est consultant indépendant spécialiste de la maîtrise des risques en secteurs sensibles. Titulaire de masters d’Histoire et de Sécurité Internationale des universités de Lyon II et Grenoble, il est officier de réserve dans la Marine depuis 2002. Il a rejoint l'équipe rédactionnelle de THEATRUM BELLI en décembre 2019.
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