mercredi 21 février 2024

8 août 1944 : un as des tankistes allemands, Michael WITTMAN, meurt au combat

Juin 1944. À lui seul, un homme fait échouer une attaque blindée alliée destinée à tourner la ville de Caen. Il s’appelle Michael WITTMANN et commande une compagnie de chars Tigre du bataillon lourd blindé SS 101.

Le Cromwell descend lentement la rue jonchée de décombres. Les cinq hommes d’équipage, aux aguets, sont nerveux. Soudain débouche droit devant eux un char Tigre. Le blindé britannique, commandé par le capitaine Pat DYAS, ouvre aussitôt le feu avec son canon de 75. Deux obus s’écrasent successivement sur le blindage frontal du Tigre sans provoquer le moindre dégât. En revanche, l’unique coup tiré par le canon de 88 du char allemand immobilise le Cromwell, déchenillé. L’équipage britannique, qui tente d’évacuer l’engin, est pris à partie par la mitrailleuse de bord du Tigre et doit se terrer dans l’abri le plus proche. Le Panzer IV s’éloigne dans un grondement de tonnerre. Il est 8 h 30, le 13 juin 1944.

Le Cromwell faisait partie de la compagnie de commandement du 4th County of London Yeomanry, (CLY). Il vient d’être victime de l’as des as de l’arme blindée allemande, le SS Obersturmführer Michael. WITTMANN.

À trente ans, Michael Wittmann commande la 2e compagnie du bataillon lourd blindé SS 101. C’est l’unité de chars Tigre du 1er corps blindé SS, et ses exploits du 13 juin à Villers-Bocage constituent l’une des plus dramatiques batailles blindées de la guerre. À la fin de la matinée, le 4th CLY a cessé d’exister et la compagnie de WITTMANN, bien que virtuellement anéantie, n’en a pas moins stoppé l’avance britannique qui menaçait de déborder Caen. 

Objectif du bataillon lourd 101 : l’important carrefour routier de Villers-Bocage

Au soir du 12 juin, la 7e division blindée anglaise cesse ses assauts, jusque-là restés vains, contre le village de Tilly-sur-Seulles, à l’intérieur de la zone de débarquement Gold. Cet ordre émane du commandant des forces terrestres de l’opération Overlord, le général sir Bernard MONTGOMERY. En effet, à quelques kilomètres de là, les troupes américaines semblent progresser dans leur remontée de la vallée de l’Aure, ce qui implique la présence d’une faille dans le dispositif défensif allemand. MONTGOMERY pense que si la 7e division blindée s’engouffre dans ce couloir, puis oblique à l’est, la Panzer Lehr Division, qui défend Tilly-sur-Seulles, sera tournée et contrainte au repli. La voie serait ainsi ouverte jusqu’au mont Pinçon, 16 km plus au sud, offrant une perspective de percée vers l’intérieur des terres. En même temps, une attaque similaire à l’est du secteur britanniques dans la vallée de l’Odon, menacerait Caen et prendrait les forces allemandes dans un mouvement d’encerclement décisif.      

Le commandant de la 7e DB, le général « Bobby » ERSKINE, désigne la 22e brigade blindée du général Robert HINDE comme fer de lance de l’offensive. Et dans la soirée du 12 juin, la Rifle Brigade (1st RB), montée sur Universal Bren Carriers et half-tracks, s’élance derrière le 4th CLY. Malgré le bocage normand qui forme un immense et dangereux labyrinthe de chemins creux bordés de haies impénétrables qui empêchent les blindés de se déployer, la route reliant Caumont et Villers-Bocage est atteinte à la tombée de la nuit. La voie est ouverte vers l’est. Et le 13 juin vers 8 heures, Villers-Bocage est pris sans coup férir. Le commandant des Yeomen, le lieutenant-colonel Arthur, vicomte de CRANLEIGH, décide de poursuivre la progression avec l’escadron A et la compagnie A du 1st RB et de laisser les quatre Cromwell de la compagnie de commandement dans le village. Son objectif est de prendre et de tenir la cote 213, qui domine la route de Caen.

CRANLEIGH a demandé l’autorisation d’effectuer une reconnaissance détaillée avant de dépasser Villers-Bocage. Mais HINDE, soucieux avant tout de gagner du temps, la lui refuse. Autre sujet d’inquiétude pour CRANLEIGH, des renseignements font état de la présence dans le secteur d’engins blindés de reconnaisance ennemis. Pour l’instant, l’encerclement de Tilly-sur-Seulles se déroule sans problèmes. Cependant, la situation va bientôt tourner au drame à Villers-Bocage. Cet important carrefour est aussi l’objectif du bataillon lourd blindé 101, dont la mission est de couvrir le flanc gauche dégarni de la Panzer Lehr. Aux ordres du SS Obersturmbannführer von WESTERNHAGEN, trois de ses compagnies sont immédiatement déployées pour protéger la vallée de l’Aure.

La 2e compagnie de WITTMANN et la 1ère compagnie du SS Hauptsturmführer MÖBIUS se mettent à couvert dans les bois au nord-est de Villers-Bocage. Le 13 juin au petit matin, WITTMANN décide de mener une reconnaissance personnelle vers le village pour vérifier les rumeurs d’une avance britannique.

Quand WITTMANN sort de la forêt avec quatre Tigre et un Panzer IV de la Panzer Lehr, il a une vue dégagée sur la route de Caen qui serpente hors de Villers-Bocage. Stupéfait, il découvre la colonne de chars et de véhicules blindés britanniques qui avance lentement vers l’est. Sous ses yeux ébahis, la colonne fait halte, et des soldats sautent à terre pour se dégourdir les jambes ou satisfaire un besoin naturel. Certains entreprennent même de se préparer du thé. Le mitrailleur de WITTMANN marmonne : « Ils font comme s’ils avaient déjà gagné la guerre. » WITTMANN lui répond alors : « On va leur montrer qu’ils ont tort. » 

En moins de cinq minutes, l’avant-garde de l’offensive britannique est brutalement stoppée et anéantie 

Abandonnant sa petite troupe pour surveiller la colonne ennemie, WITTMANN prend un raccourci et s’approche du village dans le dos des Britanniques. Il pénètre dans la rue principale et se retrouve nez à nez avec les quatre Cromwell de la compagnie de commandement, garés soigneusement le long des maisons. L’équipage de WITTMANN, composé de vétérans du front de l’Est, n’attend pas d’ordres et réagit aussitôt. Trois des chars britanniques sont tout de suite mis hors de combat, et leurs équipages mitraillés alors qu’ils essaient de s’enfuir. Le quatrième Cromwell, commandé par le capitaine Pat DYAS, fait marche arrière à toute allure sans demander son reste, profitant de la fumée et de la confusion pour se dissimuler dans un jardin. Pointant le nez aussitôt que le Tigre s’est éloigné, DYAS décide de suivre furtivement le blindé adverse en guettant l’opportunité de placer quelques obus dans le compartiment moteur du char allemand, seul point faible de ce monstre d’acier. Mais cela ne lui sera pas possible, car, en atteignant la sortie ouest du village, WITTMANN rencontre l’escadron B du 4th CLY, resté en réserve. Un des quatre Sherman « Firefly », dont le canon de 76 constitue une menace sérieuse, même pour un Tigre, ouvre le feu et touche le char allemand. Réalisant son infériorité numérique, WITTMANN fait demi-tour et se retrouve face au Cromwell de l’infortuné DYAS.

Après avoir détruit le tank de DYAS, WITTMANN rejoint les blindés allemands restés sur leur position initiale. Aussi incroyable que cela puisse paraître, la colonne britannique n’a pas bougé, offrant une cible idéale pour des chars. WITTMANN engage le combat sans attendre. Son premier tir atteint un camion rempli de munitions qui s’enflamme, bloquant la route. Fort de sa récente expérience, WITTMANN s’occupe d’abord des « Firefly » de l’escadron A, seuls capables de lui causer de graves dommages. Une fois ceux-ci hors de combat, il entreprend de remonter la colonne. Incapables de manœuvrer en raison de l’embouteillage causé par le camion en flammes et de l’étroitesse de la route, les véhicules sautent l’un après l’autre, foudroyés par l’implacable canon de 88 des Tigre de WITTMANN. Un canon antichar de 57, que des hommes de la compagnie A de la 1st RB ont tenté de mettre en batterie, est tout simplement écrasé par un Tigre qui préfère ainsi économiser ses munitions. Des grenadiers de la Panzer Lehr arrivent en renfort et capturent les équipages des blindés détruits et les fantassins survivants. En moins de cinq minutes, l’offensive britannique est stoppée et son avant-garde anéantie.

Pendant ce temps, DYAS, qui a survécu à la destruction de son char, arrive à alerter le major I.B. AIRD, qui commande l’escadron B, en position à l’ouest du village. AIRD apprend ainsi ce qui s’est passé à Villers-Bocage et décide de contacter par radio le vicomte de CRANLEIGH. Mais la liaison est interrompue par l’attaque de WITTMANN. L’officier supérieur sera lui-même capturé à la cote 213. AIRD envoie alors dans le village un peloton de trois Cromwell, renforcés par un « Firefly », sous le commandement du lieutenant Bill COTTON, afin d’établir un contact avec l’escadron A. Dans l’éventualité de la présence d’un Tigre, le peloton s’approche de la route de Caen en évitant l’endroit où ont été détruits les chars de la compagnie de commandement. Entretemps, les tirs ont cessé sur la cote 213. COTTON préfère alors décrocher vers le centre du village. Il y monte une embuscade, pensant que les blindés allemands repasseront par-là après leur combat sur la route de Caen. Disposant ses chars de part et d’autre de la rue principale, il peut prendre, sous un feu croisé, quiconque traverse le village. Le peloton de COTTON est renforcé par une pièce antichar de 57, servie par des soldats du Queen’s Royal West Surrey Regiment. Canonniers et tankistes pointent leurs pièces. L’attente ne durera pas longtemps.

Ne soupçonnant pas le piège qui lui est tendu, WITTMANN remonte la rue principale

Sitôt terminé son attaque contre l’avant-garde britannique, WITTMANN fait le plein carburant et de munitions, et, en compagnie de deux Tigre et du Panzer IV, il retourne sur Villers-Bocage. Ne soupçonnant pas le piège qui lui est tendu, il remonte la rue principale, dépassant les débris fumants de la compagnie de commandement. C’est alors que se déclenche l’embuscade. Touché par un obus du canon antichar, le Tigre de WITTMANN est déchenillé. L’engin fait un tête-à-queue et percute une maison. Tandis que l’équipage évacue précipitamment le blindé, le deuxième Tigre tire sur la maison où s’était dissimulée la pièce antichar. La toiture s’effondre ensevelissant les courageux Queensmen. Cependant, COTON rameute aussitôt ses chars. Resté à pied, il coordonne leur action par radio. Le « Firefly » fait feu sur le Tigre qui vient de détruire le canon de 57, le mettant hors de combat d’un seul obus de 76. Sortant de son abri, il réussit à placer un coup au but dans le compartiment moteur du dernier Tigre. Le Panzer IV restant préfère s’éclipser plutôt que d’engager un combat trop inégal. En l’absence d’infanterie d’accompagnement, COTTON ne peut empêcher les équipages des Tigre de s’enfuir, mais il est décidé à ne pas leur laisser la possibilité de récupérer les précieux engins. Aussi, sous une pluie battante, un parapluie dans une main et des couvertures imprégnées d’essence dans l’autre, incendie-t-il un à un les trois Tigre immobilisés.

Le 4th CLY e été bien malmené, et AIRD, qui a pris le commandement de l’unité, en concentre les restes dans Villers-Bocage, se rappelant les ordres du général HINDE stipulant que le village devait être tenu le plus longtemps possible. Le 4th CLY a perdu au total 15 officiers et 85 soldats. Plus de 20 Cromwell, 4 « Firefly », 3 chars de reconnaissance « Honey », 3 scout cars et un half-track ont été détruits. La Rifle Brigade ne s’en tire pas mieux. À la tombée de la nuit, sans renforts, AIRD est autorisé à se replier à Tracy-Bocage, situé à 1 600 m vers l’ouest. Les Allemands, pendant ce temps, pleinement conscients de la brèche qui existe sur leur flanc gauche, y engagent toutes les réserves disponibles. Peu avant l’aube du 14 juin, des éléments de la 2e Panzer Division, récemment arrivée sur le front de Normandie, renforcés par un Kampfgruppe de la Panzer Lehr, reprennent Villers-Bocage. Pendant les jours qui suivront, le village subira d’incessantes attaques à la roquette des Hawker Typhoon de la Royal Air Force.

Villers-Bocage sera rayé de la carte lors d’un raid au cours duquel 250 bombardiers lâcheront 1 176 tonnes de bombes.

Le Tigre de WITTMANN explose littéralement sous le feu simultané de cinq Sherman

Après un bref séjour à l’arrière, le 4th CLY prend part à l’offensive britannique à l’est de Caen (opération Goodwood). Mais, ayant subi de nouvelles pertes sévères, l’unité n’est plus en état de combattre. Le 31 juillet, sur l’aérodrome de Carpiquet, elle est amalgamée au 3rd CLY pour former le 3/4th County of London Yeomanry, et séparée de la 22e brigade blindée. Le moral des hommes est très bon, mais le souvenir du 13 juin reste douloureux. Leur seule consolation est que WITTMANN n’a pas survécu à la bataille de Normandie.

Décoré de la croix de chevalier avec feuilles de chêne et glaives et promu SS Hauptsturmführer à la suite de son exploit da Villers-Bocage, le jeune capitaine assume le commandement du bataillon 101 à la fin de juillet. Le 8 août 1944, il conduit son unité à l’attaque du village de Cintheaux, sur la route reliant Caen et Falaise. Fidèle à son personnage, WITTMANN est toujours au cœur de l’action. Face à lui, les Sherman de la 4e division blindée canadienne. Si les Allemands l’emportent WITTMANN, lui, aura disparu. La dernière vision que l’on garde lui est un engagement conte trois Sherman. On apprendra plus tard qu’il est tombé dans une embuscade soigneusement montée par cinq Sherman, son Tigre explosant littéralement sous le feu concentré des blindés britanniques. Son corps demeurera jusqu’en 1983 dans une tombe superficielle creusée sur le bas-côté de la route. Ses restes reposent désormais au cimetière allemand de La Cambe

L’action de WITTMANN du 13 juin le place sans conteste au rang des plus grands as des chars de la Seconde Guerre mondiale. Agissant en isolé, il cassa une unité britannique expérimentée, mais, surtout, brisa un mouvement tournant très dangereux pour le dispositif allemand. Sans lui, le 4th CLY aurait probablement atteint les faubourgs de Caen, forçant du même coup la Panzer Lehr à évacuer Tilly-sur-Seulles. L’héroïque action de l’officier SS donna le temps à la 2e Panzer Division d’atteindre le champ de bataille. La bravoure, l’expérience de WITTMANN et de son équipage ont fourni aux Allemands l’opportunité de poursuivre le combat.


MICHAEL WITTMANN

Michael Wittmann est né le 22 avril 1914 à Vogelthal dans le Haut-Palatinat, en Allemagne.

Fils d’un fermier, Michael rejoint en 1934 le Reichsarbeitdienst, le Corps du Travail allemand où il travaille pendant 6 mois. En octobre de la même année, il s’engage dans le 19e régiment d’infanterie en tant que simple soldat. En 1937, il intègre la division d’élite Leibstandarte SS Adolf Hitler où il reçoit une instruction sur véhicules blindés (Sd.Kfz.222 et Sd.Kfz.232). Très rapidement, il apparaît comme un excellent pilote.

Après des passages dans divers centres de formations de véhicules blindés, comme le 17e escadron de reconnaissance, il rejoint en septembre 1939, en tant que sous-officier, une section de chars Sd.Kfz.232 de reconnaissance et prend part à la campagne de Pologne.

À la fin de l’année 1940, après quelques transferts dans diverses bases allemandes, Michael Wittmann entame sa véritable carrière de pilote de char dans les Balkans jusqu’à la mi-1941, en Yougoslavie et en Grèce, où il commande une section de chars Sturmgeschütz III.

Le 11 juin 1941, Wittmann est transféré sur le front de l’est dans le cadre de l’opération Barbarossa, qui commença le 22 juin. Combattant au sud du front russe, il est blessé au combat pendant l’été 1941. Michael Wittmann reçoit comme décoration, entre autres, la médaille de l’assaut en Panzer, pour avoir détruit six chars soviétiques lors d’un seul engagement en septembre 1941.

Au début du printemps 1943, il reçoit le commandement d’une compagnie de chars Tigre. Son baptême du feu en char Tigre se déroule lors de l’opération Zitadelle qui vise la ville de Koursk. Durant la première journée de l’attaque, Wittmann détruit treize chars russes T-34 et deux canons antichars. Par ses actions, il a empêché la destruction du peloton d’Helmut Wendorff qui subissait des tirs violents. Au total, à la fin de cette opération, Wittmann a détruit trente chars russes et vingt-huit canons antichars. Jusqu’au 13 octobre, il détruit 20 chars T-34 et 23 canons supplémentaires. Le tireur qui l’accompagne s’appelle Balthasar Woll, surnommé Bobby.

Michael Wittmann devient très vite une véritable célébrité en Allemagne.

En mai 1944, Wittmann est transféré à Lisieux, en Normandie, un mois avant le débarquement. Entre le 6 et le 12 juin 1944, il se dirige vers le front normand avec sa 2e compagnie du Schwere SS Panzer Abteilung 101. Les attaques aériennes alliées déciment sa compagnie qui n’évolue plus qu’avec six chars Tigre. Il est ensuite renforcé par des unités des divisions Panzer Lehr et 12. SS Hitlerjugend.

Il engage de furieux combats le 13 juin 1944 au nord-ouest de Caen, dans le secteur de Tilly-sur-Seulles. Durant cette journée, il détruit entièrement le régiment britannique du 4th County of London Yeomanry sur la route D175, à proximité de la côte 213. Les combats se sont poursuivis jusque dans le village de Villers-Bocage.

Le 25 juin 1944, Wittmann est décoré des mains d’Hitler qui fait de lui l’homme le plus médaillé de tous les chefs de chars nazis. L’état-major allemand lui propose alors de prendre la direction d’une école de pilotes de chars, mais Michael Wittmann refuse et il retourne en Normandie en juillet 1944, dans la région de Caen.

Le 8 août, un nouveau combat de chars s’engage près du village de Cintheaux. A 12 heures 55 minutes, le SS Hauptscharführer Höflinger signale qu’il se trouve à la droite du char commandé par Wittmann, dans un champ situé à proximité de la route Caen-Cintheaux lorsque le char de Michael Wittmann est détruit. Tous ses occupants sont tués sur le coup. Après les échanges de tirs entre Alliés et allemands, le corps de Wittmann et ceux de l’équipage du Tigre sont enterrés à côté de la carcasse du char.

En moins de deux ans, il a détruit 138 chars et canons d’assaut et 132 canons antichars. C’est un record inégalé dans l’histoire des guerres de blindés.

Source : DDAY-OVERLORD.COM

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9 Commentaires

  1. Ben, les chars allemands étaient meilleurs pour les canons et les optiques. Pour le Tigre, son blindage le mettait à l’abri des autres chars. La suite est prévisible. Les lacunes du Tigre : une motorisation faible, avec pannes trop fréquentes et une tourelle tournant… à la manivelle. Les Tigres sur le front de l’ouest ont été détruits majoritairement par l’aviation. L’exploit de ce SS doit être relativisé. La lutte avec un Sherman standard n’était pas égale : char moyen, canon insuffisant, silhouette trop haute.

    • Motorisation faible ? Encore un mythe de guerre qui a la vie dure.

      Le Tiger E bénéficiait de 700 ch pour 57 t, soit 12,3 ch/t, contre environ 13 ch/t pour la plupart des chars Sherman à canon de 75 (et moins de 12 ch/t pour les Sherman Ic et Vc, dits « Firefly », à pièces de 17). Vitesse de pointe routière : 41 km/h pour le Tiger E ; en moyenne, 41 km/h pour les Sherman à canons de 75 mm(de 35 à 47 km/h selon le modèle).

      La suspension du Tiger (barres de suspension) grâce à sa souplesse permettait de moins ralentir sur sol inégal que les Sherman à suspension VVSS (tous ceux à pièces de 75 mm et de 17 livres, plus les premiers produits de ceux à pièces dites de 76 mm).

      Sur sol meuble, la pression au sol, mieux répartie sur les chenilles du Tiger grâce à ses huit axes (1,09 kg/cm² en moyenne, certes, mais, pour la moyenne des pics, qui est le critère qui importe, seulement 2,1 kg/cm²) que sur celles des Sherman à cause de leurs six axes (de 0,92 à 1,1 kg/cm² de pression moyenne, mais de 2,8 à 3,0, et même, pour les « Firefly », 3,2 kg/cm² pour les pics de pression), lui permettait de moins s’enfoncer, donc de moins perdre en vitesse et traction sur un sol de terre.

      Ne parlons pas de manœuvrabilité : un Sherman, piloté avec deux leviers, avait besoin de 9 m (M4 = Sherman I, M4A1 = Sherman II, M4A2 = Sherman III, M4A3 = Sherman IV) ou même 11 m (M4A4 = Sherman V, soit 22 ou 23 % des Sherman) pour virer de bord, et les virages en marche arrière étaient compliqués. Les Tiger, avec volant et boîte semi-automatique, tournaient sur place, faisaient sans effort tout ce qu’on leur demandait.

      La tourelle mue exclusivement à la main n’exista que sur les premiers Tiger (quelques Ausführung H). La rotation en était bien sûr motorisée à cette époque.

      Les analyses effectuées sur les épaves ont montré que les chars allemands, Tiger compris, furent mis hors de combat principalement par des obus perforants (donc des chars et des canons antichars).

      La moitié à peu près des pertes de chars, Tiger ou autres, dans les batailles acharnées (Normandie, Ardennes), furent dues aux combats ; le reste est constitué de véhicules en panne abandonnés sur le champ de bataille ou en route. Dans les phases de retraites (toujours allemandes, vu le rapport de force), la proportion est d’un char mis hors de combat contre trois abandonnés.

      Pour autant l’aviation fut bien le facteur essentiel : elle obligeait les panzers à se cacher dans les bois, les réduisait à la défensive, et surtout empêchait les mouvements et le ravitaillement, y compris en pièces détachées, carburant et munitions. Autrement dit elle brisait toute offensive d’ampleur et épuisait les ressources.

      La valeur d’un Tiger E, dans les combats à 600 yards (550 m), selon les Britanniques, était celle d’un et demi Sherman (à partir de 800 ou 900 m, le 75 mm du Sherman devenait incapable de percer même le blindage latéral du Tiger, et l’écart montait en flèche) ; le Sherman dit Firefly, toujours selon les estimations britanniques, surpassait légèrement à 1000 yards (900 m) le Tiger E, ce qui m’étonne. Il est vrai que le seventeen pounder perçait 14 ½ cm à 1 km/0° (obus APCBC), contre 12 ½ pour le acht-acht L/56 (avec la Panzergranate 39, qui, en langage anglo-saxon, serait un APCBCHE-T shot). Je néglige les obus à noyau de carbure de tunstène (rares ; et ceux des Britanniques, quoique remarquablement puissants, la plupart du temps rataient leur cible, étant conçus selon un modèle prometteur, aujourd’hui généralisé, mais non maîtrisé avant 1949).

      Les viseurs des chars allemands, et surtout ceux des Panthères et des Tigres, surpassaient assez mais pas exagérement ceux, fort bons, des Britanniques (ici, donc, ceux des « Firefly » et des Cromwell), étaient nettement suoérieurs à ceux des Soviétiques, tandis que les modèles des chars des États-Unis (donc des Sherman à pièces de 75 mm) étant les moins bons ; toutefois, dans les combats de près, comme ici, on faisait mouche presque à chaque coup ; de près, la cadence de tir était plus importante, assurant une meilleure probabilité d’atteindre le premier son ennemi. Cette cadence était de 12 c/min pour le Sherman à canon de 75, de 10 c/min pour le Cromwell à canon de 75 (même canon, mais aménagements moins bons), de 7 c/min pour le 17 livres du Firefly, de 5 pour le 88 mm du Tiget E (je suppose que c’est ce qui justifie la supériorité que les Britanniques attribuaient au « Firefly » sur le Tiger E ; le Panther était sensiblement supérieur au « Firefly », le Tiger B avait sur celui-ci la même marge qu’un Panther ou qu’un Tiger E sur un Sherman à canon de 75).

      Les unités de Tiger en moyenne eurentvprès de 6 hictoires pour chaque char produit (oui, produit !), mais ils abandonnaient bien plus de chars (à peu près trois fois plus) que les Alliés n’en mettaient hors de combat ; et les Alliés, eux, récuoéraient non seulement les engins tombés en panne, mais remettaient en état même ceux détruits, à moins qu’ils fyssent désespérément irréparables. Le mot perte n’avait pas le même sens pour les deux camps, à cause de la différence numérique.

    • J’allais oublier la question de la supposée haute silhouette du char Sherman !

      • Dimensions du Tiger (57 t ; modèles produits à p. de janv. 44) :
      Longueur hors tout (longueur hors tout avec le canon) × largeur (largeur avec garde-boue) × hauteur :
      633,5 (845,5) × 314,1 (370,5) × 288,5 cm

      • Dimensions du Sherman M4A1 (31 t ; arrondies au cm le plus proche) :
      584 (622) × 262 (264) × 274 cm

      Cromwell (28 t ; arrondies) :
      ? (635) × ? (291) × 249 cm

      On m’accordera que le front d’un Tiger (314,1 × 288,5:cm) fait une plus belle cible que celui d’un Sherman, ou d’un Cromwell.

      En longueur, les cinq modèles de Sherman faisaient entre 584 et 606 cm, ou entre 622 et 644 cm avec garde-boue.

  2. Bonjour, merci pour cet article. J’en étais resté à la version de sa mort par attaque de chasseur bombardier.
    Dans le premier paragraphe, il est fait référence à un panzer IV. Il y a certainement une inversion de caractère puisque le Tigre I et un Panzer VI.

    • L’attaque fut menée par quatre Tiger E (57 t) de la 101. schwere SS Panzer Abteilung et un Panzer IV (25 t) de la Panzer Lehr Division contre quelque 25 chars britanniques (Stuart : 16 t ; Cromwell : 28 t ; Sherman : de 30 ¼ à 32 ⅗ t ; à canon de 17 livres : 34,1 – Sherman Ic – ou 35,3 t – Sherman Vc) de la 7th Armoured Division (« Desert Rats »).

      À sa mort, avec 138 victoires, Wittmann détenait, je crois, la palme.

      Le plus titré des as soviétiques eut 51 victoires (Dmitri Lavrinenko, T-34, 26 t, en 1941) ; le premier as britannique, 18 victoires (Sydney Radley-Walters, Sherman « Firefly », 34 ou 35 t) ; et le premier américain, 13 victoires (Lafayette Pool, Sherman M4A3, 31 t).

      À ma connaissance le premier français serait Pierre Billotte (B1 bis, 32 t), avec 13 victoires obtenues en un jour contre des chars de l’armée allemande (dont les modèles alors en service pesaient entre 5,4 et 20 t).

      Remarquer que seul le chef de char, sur les 4 ou 5 hommes d’équipage, se voit ordinairement attribuer la victoire.

  3. Apparemment le génie de Wittman aurait été un peu sur-estimé comme l’indique cette vidéo en anglais ci dessous. Premier point, si le génie de Wittman était si évident aux yeux de tous, pourquoi l’affecter en premier lieu à une compagnie de Stug?

    Deuxième point, aucun des témoignages sur l’action ayant causé la mort de Witmann ne concorde… Il se pourrait simplement que Witmann ait été extrêmement chanceux à plusieurs reprises, ce qui n’enlève rien à son mérite. N’oublions pas que Witmann a été érigé en idole par la propagande parce qu’il était avant tout un partisan du régime nazi de la première heure, alors que d’autres As des Panzers ont une carrière comparable à la sienne, mais n’ont pas été autant mis en avant…

    https://www.youtube.com/watch?v=FwQh_XdcISg

    • La difficulté, pour ne pas dire l’impossibilité de reconstituer des évènements par des témoignages, est un grand classique de l’étude des batailles.

      Engagé dans la SS, Wittmann ne pouvait pas en 1940 être incorporé dans une unité de chars : les trois divisions existant alors n’étaient encore que d’infanterie motorisée, et n’avaient donc pas de chars. Ce qui ressemblait alors le plus à un char dans la Waffen SS était l’unité de canons d’assaut. Commandant un Sturmgeschütz III (20 tonnes), Wittmann se fit remarquer, et fut formé pour devenir chef de chars.

      Bien sûr rien ne fait sans la chance, et la malchance peut causer la mort instanément, mais ce n’est pas la chance qui meurt au combat.

      Voici une liste des as allemands, trouvée sur un site intitulé feldgrau forum, et corrigée pour quatre erreurs que je connais (Lang et Sandrock crédités pour des victoires comptant aussi des blindés légers, Schroif oublié, et Woll et Knispel crédités pour des victoires obtenues pourtant comme canonniers).

      1) Martin Schroif
      161 victoires
      s SS Pz Abt 102/502 (Tiger)
      2) Otto Carius
      ≥ 150 victoires
      s Pz Abt 502 (Tiger)
      Croix de chevalier de la croix de fer ✠: 4.5.1944
      Feuilles de chêne 🍁 (oui, l’emoji est un marronier !) : 27.7.1944
      3) Hans Bölter
      ≥ 139 victoires (144 ?)
      s Pz Abt 502 (Tiger)
      ✠ 16.4.1944
      🍁 10.9.1944
      4) Michael Wittman
      ≥ 138 victoires (12 en une journée : record sur le front ouest ; 18 en une journée sur le front est)
      s SS Pz Abt 101 (Tiger)
      ✠ + 🍁 14.1.1944
      Avec épées ⚔ : 25.6.1944
      5) Paul Egger
      113 victoires
      s SS Pz Abt 102/502 (Tigers)
      ✠ 28.4.1945
      6) Arno Giesen
      111 victoires
      2 SS Pz Div ‘Das Reich’ (Panther)
      7) ? Rondorf
      106 victoires
      s Pz Abt 503 (Tiger)
      8) ? Gaetner
      103 victoires
      s Pz Abt 503 (Tiger)
      9) Karl Körner
      102 victoires (39 en une journée en avril 1945 : record)
      s SS Pz Abt 503 (Tiger)
      ✠ 29.4.1944
      10) Albert Kerscher
      ≥ 100 victoires
      s Pz Abt 502 (Tiger)
      ✠ 23.10.1944

      Il y a encore huit ou dix ans, tous les sites précisaient que les listes plaçant Kurt Knispel et Bobby Woll dans les plus grands as étaient trompeuses puisque comptant une majorité de victoires obtenues comme canonniers (Woll : 81 comme canonnier, une vingtaine comme chef de char ; Knispel : 126 comme canonnier, 42 comme chef de char, se plaçant ainsi aux environs du trente-cinquième ou quarantième rang). On dirait que ces informations, comme bien d’autres, ont disparu d’internet. Il me reste quelque part une liste que j’avais faite en 2015, je crois, à partir d’une demi-douzaine comparées, vérifiées et complétées.

      À noter que les palmarès de Sturmgeschütze comptaient aussi les blindés légers, contrairement à ceux des Panzers (les canons antichars étaient comptés à part : 132 pour Wittmann, 26 pour Körner, seuls pour lesquels j’ai trouvé ce renseignement).

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