jeudi 18 août 2022

Dassault Aviation : Eric Trappier ironique sur l’achat des F-35 par des Etats européens

En trois minutes dix secondes*, les voilà bien résumés les tenants et les aboutissants de l’achat de JSF/F-35 américains par des gouvernements de notre vieux continent. A une question sur l’impact des ennuis du F-35 sur la vente du Rafale, le PDG de Dassault Aviation répond par un argumentaire d’une ironie magistrale. 

En commençant par dire que « Malheureusement, je crois que peu de pays vont annuler le JSF. Non pas parce que c’est un bon avion ; ça on verra quand il sera opérationnel, ce qui n’est pas le cas encore, malgré le temps de développement ». Touché.

Et M. Trappier de poursuivre. « Je ne crois pas que certains pays l’abandonneront parce que son prix a augmenté (son prix a augmenté, fortement, mais ils continueront à acheter) ». Touché aussi. Ensuite, pour mieux illustrer le raisonnement extravagant des pays acheteurs, le PDG de Dassault cite l’exemple des Pays-Bas où les deux avions étaient notés à quasi égalité lors de la compétition en 2002.

Pour rappel : l’écart entre les deux propositions était infime (6,97 points pour le JSF contre 6,95 points pour le Rafale).  Or « pour le prix des 65 JSF de l’époque les Pays-Bas ne peuvent plus se payer que 37 avions – nous ça serait toujours 65 Rafale. Mais les Pays-Bas ont confirmé qu’ils achèteraient 37 F-35. Voilà. »

L’explication est irrationnelle, mais simple. Il s’agit d’une « une vraie volonté d’acheter américain quels que soient les prix, quel que soit le besoin opérationnel ». Cet aspect « politique » explique aussi les choix carrément absurdes des Italiens et des Britanniques, prêts à ajouter à leurs Eurofighters/Typhoons des F-35 des Etats-Unis. Le constat du PDG de Dassault Aviation ? « On voit bien qu’il faut deux types d’avion »…

Dernière petite remarque venue du président Trappier : les Américains ont « la force de mettre dans leurs contrats » la petite ligne sur le prix qui s’ajuste en fonction de toutes les variables possibles et imaginables. « On est bien moins bons commerçants, c’est bien connu, en France », ajoute-t-il d’un ton moqueur. Eh oui, les joies du « level playing field » à l’américaine, en matière d’armement.

Source : http://tv.dassault-aviation.com/Resultats_annuels_2013__QuestionsReponses-1055.html

*A partir de 2:03 sur l’enregistrement.

Hajnalka VINCZE
Hajnalka VINCZEhttps://hajnalka-vincze.com/
Analyste indépendante en politique de défense et de sécurité, Hajnalka Vincze travaillait précédemment (1997-2004) comme chercheur en charge des questions de sécurité transatlantique et de la défense européenne à l’Institut des Etudes stratégiques du Ministère hongrois de la défense. Elle publie dans des livres, journaux ou revues spécialisées, intervient à des séminaires et colloques, donne des cours dans des universités, et participe à des émissions radiophoniques et télévisées. Elle est collaboratrice du site de défense Theatrum Belli, et contribue régulièrement à la revue Défense & Stratégie en matière d'armement/politique de défense, ainsi qu'à The Federalist sur les enjeux stratégiques de la construction européenne.
ARTICLES CONNEXES

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

Les plus lus

COMMENTAIRES RÉCENTS

ARCHIVES TB