samedi 23 octobre 2021

La guerre informationnelle aujourd’hui

L’émission « Secrets d’info » sur France inter a diffusé en première partie ce 6 février 2021 une enquête qui portait sur la guerre informationnelle au Mali entre la Russie et la France par l’intermédiaire des réseaux sociaux (Cf. Guerre informationnelle : comment l’armée française utilise Internet pour accompagner ses interventions (franceinter.fr)).

De nombreux intervenants ont apporté leurs réflexions sur ce sujet. J’intervenais pour ma part suite à mon dernier article « La guerre du futur : façonner l’environnement informationnel » paru dans Géopolitique de la France en décembre 2020.

Globalement le sujet a été traité dans ses nombreuses facettes. Certes, la vision des humanitaires exprimée par Rony Brauman mériterait comme toujours d’être relativisée notamment sur les effets obtenus par les opérations d’informations proprement dites.

Il est vrai que les effets des actions sur les perceptions sont difficiles à mesurer mais le premier objectif militaire des actions d’influence est d’informer les populations locales, avec ses moyens et sans filtre. Il s’agit d’expliquer ce que les armées françaises ont pour missions dans une zone d’opération, au besoin en « façonnant » l’environnement informationnel pour permettre aux messages d’atteindre leurs cibles. Dans tous les cas, cela est bien éloigné de la « propagande » évoquée parfois dans cette enquête.

Cf. Mon billet du 16 septembre 2018 sur les manipulations de l’information et les guerres d’influence et les liens inclus vers mes autres billets sur cette thématique :

Cette émission était aussi l’opportunité d’attirer l’attention des auditeurs sur l’ouvrage collectif « Les guerres de l’information à l’ère numérique » publié chez PUF en décembre 2020 avec le concours de l’Institut de Recherche stratégique de l’Ecole militaire (IRSEM). Sous la direction de Céline Marangé et Maud Quessard, plusieurs thématiques ont été abordées à travers une vingtaine de contributions :

  • Techniques et usages de l’information,
  • Les guerres de l’information en contexte autoritaire,
  • Les démocraties face aux guerres de l’information,
  • Les réponses scientifiques, juridiques et politiques.

La guerre informationnelle est donc traitée en profondeur notamment à travers de nombreuses études concrètes sur les États étrangers.

En revanche, le retour d’expérience des forces françaises depuis 2008, date de la publication de la doctrine interarmées des opérations militaires d’influence, la précédente datant de 1957, aurait pu faire l’objet d’une contribution des forces armées, y compris dans le cadre plus général des opérations d’information. De même la « stratcom » ou « communication stratégique », qui n’est pas de la « communication » mais une « stratégie d’influence », est un concept qui ne semble pas avoir été bien étudié. Pourtant, le slogan qui accompagne cette fonction dans l’OTAN est clair : « Perception becomes reality » (« La perception devient/crée la réalité »).

De même, les évolutions doctrinales que ce soit au titre des opérations d’information ou des opérations militaires d’influence auraient pu être aussi abordées avec profit. Il y a de fait peu de contributions militaires proprement dites sur ces thématiques dont les armées sont les premiers acteurs et cela me paraît bien regrettable, laissant la place concernant la France à une approche bien universitaire. Cependant, cela ne retire en rien l’intérêt à lire cet ouvrage.

François CHAUVANCY
Saint-cyrien, breveté de l’École de guerre, docteur en sciences de l’information et de la communication (CELSA), titulaire d’un troisième cycle en relations internationales de la faculté de droit de Sceaux, le général (2S) François CHAUVANCY a servi dans l’armée de Terre au sein des unités blindées des troupes de marine. Il a quitté le service actif en 2014. Il est expert des questions de doctrine sur l’emploi des forces, sur les fonctions ayant trait à la formation des armées étrangères, à la contre-insurrection et aux opérations sur l’information. A ce titre, il a été responsable national de la France auprès de l’OTAN dans les groupes de travail sur la communication stratégique, les opérations sur l’information et les opérations psychologiques de 2005 à 2012. Il a servi au Kosovo, en Albanie, en ex-Yougoslavie, au Kosovo, aux Émirats arabes unis, au Liban et à plusieurs reprises en République de Côte d’Ivoire où, sous l’uniforme ivoirien, il a notamment formé pendant deux ans dans ce cadre une partie des officiers de l’Afrique de l’ouest francophone. Il est chargé de cours sur les questions de défense et sur la stratégie d’influence dans plusieurs universités. Il est l’auteur depuis 1988 de nombreux articles sur l’influence, la politique de défense, la stratégie, le militaire et la société civile. Coauteur ou auteur de différents ouvrages de stratégie et géopolitique., son dernier ouvrage traduit en anglais et en arabe a été publié en septembre 2018 sous le titre : « Blocus du Qatar : l’offensive manquée. Guerre de l’information, jeux d'influence, affrontement économique ». Il a reçu le Prix 2010 de la fondation Maréchal Leclerc pour l’ensemble des articles réalisés à cette époque. Il est consultant régulier depuis 2016 sur les questions militaires au Moyen-Orient auprès de Radio Méditerranée Internationale. Animateur du blog « Défense et Sécurité » sur le site du Monde depuis août 2011, il a rejoint depuis mai 2019 l’équipe de Theatrum Belli.
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2 Commentaires

  1. Bonjour monsieur,

    Je regrette de le dire comme ça mais :
    – La guerre est en cours, et on vient d’en perdre TOUTES les premières batailles.
    – Cette guerre est avant tout cognitive.
    – Cette guerre, vous la connaissez, puisqu’il a été déclaré par six fois en France que nous étions en plein dedans.
    – Cette guerre n’est pas faite par la France contre ses ennemis, mais par les ennemis de la France contre celle-ci.
    – « NOUS SOMMES EN GUERRE ».

    Bonne journée à vous.

    Cordialement,
    Félix GARCIA (un « guerrier » [au service de son pays, la France] dans cette lutte informationnelle)

  2. Une « meilleure communication » ne résoudra pas le problème de la France dans cette guerre informationnelle. Ce n’est pas notre communication qui est déplorable, mais notre politique. La France est en porte-à-faux vis-à-vis de son histoire, de son identité profonde, de son peuple et de ses intérêts. Dès lors, nos ennemis ont beau jeu d’y glisser leurs attaques informationnelles. Nos élites veulent conserver leur confort euro-atlantiste périmé, et espèrent illusoirement le combiner à la réalité géopolitique française au 21ème siècle. La superstructure est en retard sur l’infrastructure comme dirait l’autre. Notre problème est à la fois fort simple et fort compliqué : réaligner notre politique sur notre identité profonde. Ensuite, les « moyens de communication » suivront aisément, car nous en avons largement les ressources techniques et intellectuelles.

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