Talana Hill, 20 octobre 1899


Après plusieurs mois de négociations entre les Boers de la République du Transvaal et la couronne britannique sur la représentativité des “Uitlanders” (étrangers) dans les institutions boers, le 11 octobre 1899, la guerre éclate entre la petite république et l’empire sur lequel le soleil ne se couche jamais. 

Menace sur le Natal

 
Dès le début des hostilités, les Britanniques sont persuadés que les forces Boers du Transvaal et de l’État Libre d’Orange vont tenter d’envahir leur colonie du Natal pour s’assurer rapidement un accès à la mer. Cette menace est d’autant plus évidente pour les généraux britanniques que la partie nord du Natal s’enfonce comme un coin entre les deux États boers avec lesquels elle partage une importante frontière commune. Aussi, pour contrer toute offensive boer, le War Office a acheminé, dès le début de l’automne, des unités en provenance des Indes sous les ordres du général White. Elles doivent former un rideau défensif puissant – environ 13 000 h – sur la rivière Tugela, en retrait de la frontière, le temps pour l’Army Corps d’achever sa traversée depuis l’Angleterre. Les défenses britanniques s’articulent alors autour de Ladysmith. 
 

Un général récalcitrant

 
Mais le dispositif de White intègre néanmoins la ville de Dundee située au nord de la Tugela et dont la défense est assurée par les troupes du général Symons : 4 bataillons d’infanterie, un régiment de cavalerie, de l’infanterie montée et 3 batteries d’artillerie pour un total de 3 280 fantassins, 497 cavaliers et 18 pièces d’artillerie. Conscient du danger d’encerclement auquel la garnison de Dundee est exposée, le 18 octobre, White envoie un premier message à Symons à 3h du matin pour lui demander de se replier sur Ladysmith. Indécis, il annule cet ordre par un autre message envoyé deux heures plus tard. Cette tergiversation est dit long sur l’amateurisme du commandement britannique qui pense encore qu’il peut battre les Boers au cours d’une seule bataille décisive. Cet amateurisme va se dévoiler au grand jour au cours des semaines et des mois suivants. Par ailleurs, Symons n’a aucune envie d’obéir à la moindre consigne de prudence. Persuadé que l’armée boer ne représente aucune menace sérieuse pour ses troupes aguerries, il rejette l’idée d’un repli sur Ladysmith.  
 
Penn SYMONS
 
Pendant ce temps, l’armée boer de Piet Joubert marche en trois colonnes vers le sud. La principale, dirigée par le général Erasmus et Joubert progresse au centre en direction de Newcastle. La colonne de droite, commandée par le général Kock comprend le contingent originaire de Johannesburg ainsi que le corps de volontaires néerlandais et allemand. Elle avance via la Botha’s Pass et doit pouvoir soutenir le cas échéant l’attaque contre Newcastle. La colonne de gauche forte de 4 000 h aux ordres du général Lucas Meyer approche depuis la frontière orientale et franchit la rivière Buffalo à hauteur de De Jager’s Drift et marche sur Dundee. 
 
Manœuvres d’approche de l’armée de Piet Joubert.
 
 

L’aube sanglante

 
Le 20 octobre 1899, à 5h du matin, l’avant-garde du général Meyer aborde les pentes de Talana Hill à l’est de Dundee. À 5h40, les trois canons de 75 mm Creusot de l’artillerie boer ouvrent le feu sur le campement britannique où les hommes sont en train de se rassembler pour l’exercice quotidien. Mais les obus percutants n’occasionnent qu’une seule perte dans les rangs britanniques et bientôt les 18 canons de 15-pdr de Symons sont en batterie et contraignent l’artillerie boer à cesser le feu à partir de 7h30. Pendant cette phase, Symons organise sa brigade pour attaquer les positions boers sur Talana Hill. Il décide de concentrer trois bataillons d’infanterie – 2/Royal Dublin Fusiliers, 1/King’s Royal Rifle (60th), Royal Irish Fusiliers – et deux batteries d’artillerie pour mener à bien cette mission. 
 
Canon de campagne britannique de 15-pdr.
 
Le régiment de cavalerie, le 18th Hussars, et l’infanterie montée, sous les ordres du lieutenant-colonel Möller, doivent effectuer une manœuvre de flanc à l’ouest de Talana Hill pour, le cas échéant, couper la retraite aux Boers. Le dernier bataillon d’infanterie – le 1/Leicestershire Regiment – soutenu par la troisième batterie d’artillerie doit couvrir le flanc gauche de l’attaque. Symons dispose ses trois bataillons les uns derrière les autres en ordre serré malgré le danger que cela représente de les exposer ainsi au feu dévastateur de Mausers. Les Dublin Fusiliers marchent en tête, suivis par les Rifles et les Royal Irish Fusiliers. Les fantassins atteignent alors sans trop de difficulté le bois d’eucalyptus et la ferme Smit qui se trouvent à la base de la colline mais ils ne parviennent pas à déboucher en raison des tirs précis et meurtriers des Boers. Peu après 9h, pour relancer la dynamique de l’assaut, Symons n’hésite pas à descendre de cheval pour mener ses hommes vers l’avant en compagnie de son aide-de-camp qui porte ostensiblement son fanion de commandement. 
 
Galvanisés, l’infanterie britannique repart à l’assaut, mais pris dans leur élan, les fantassins ne se rendent pas compte que Symons a été touché au ventre (il mourra de cette blessure trois jours plus tard) et qu’il doit être évacué du champ de bataille. Ils atteignent néanmoins un mur (visible sur la photo de présentation) qui court parallèlement au sommet de la colline et depuis lequel ils tirent à volonté sur les Boers. Dans la vallée, l’artillerie britannique se déploie pour soutenir l’assaut final. Malheureusement, faute d’observateur, une partie des tirs de shrapnels tombe dans un premier temps sur leurs camarades en pleine ascension causant des pertes inutiles, notamment le colonel Gunning qui commande les Rifles. Malgré cette bévue, les Boers finissent par se replier et abandonnent le sommet aux fantassins britanniques. Aucune unité britannique n’est alors en mesure de se lancer à la poursuite des hommes de Meyer et l’artillerie n’est pas déployée assez énergiquement pour ouvrir le feu sur les Boers en pleine retraite. Pendant ce temps, la cavalerie et l’infanterie montée aux ordres de Möller se retrouvent en partie isolées à proximité d’une ferme – deux escadrons du 18th Hussars se sont repliés sur Talana Hill – après avoir parcouru plusieurs kilomètres vers le nord sans rencontrer l’ennemi. On apprendra plus tard qu’ils ont été encerclés et capturés par les unités Boers de la colonne principale en provenance de Newcastle.
 

Une victoire à la Pyrrhus

 
Malgré la prise de Talana Hill, la brigade d’infanterie britannique de Symons se retrouve sans son chef et déplore la perte de 51 tués et 203 blessés. Environ 150 cavaliers, dont 80 appartenant au 18th Hussars, ont été capturés par les Boers, ainsi qu’une mitrailleuse. Le commando de Lucas Meyer a perdu environ 200 hommes tués ou blessés mais surtout, ses trois pièces de 75 ont été abandonnées aux Britanniques. Elles seront néanmoins reprises par les Boers après l’abandon de Dundee par le général Yule, le successeur de Symons.

Sources :

British War Office; Maurice, Sir John Frederick; Grant, Maurice Harold (1906–1910)History of the war in South Africa, 1899–1902 (1st in four volumes ed.) Volume 1

Pakenham, Thomas, The Boer War, Abacus, 1992, pp. 125-132

Chilsom, Ruari, Ladysmith, Osprey, 1979, pp. 23-31

https://www.britishbattles.com/great-boer-war/battle-of-talana-hill/
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