6 avril -46 : bataille de Thapsus.
La bataille de Thapsus se déroula le 6 avril – 46 (correspondant au 7 février du calendrier romain avant que César n’introduise sa réforme la même année) près de Thapsus (aujourd’hui Ras Dimass, en Tunisie). L’armée du parti conservateur (les Optimates), conduite par Metellus Scipion et son allié Juba 1er de Numidie, se battit contre les forces de Jules César, qui finirent par triompher. Avec cette victoire, César brisa les résistances contre son pouvoir en Afrique et s’approcha encore plus du pouvoir absolu.
Les Populares de Jules César furent vaincus à Dyrrachium (Durrës), puis les Optimates commandés par Pompée subirent une défaite décisive à Pharsale en – 48, Pompée cherchant à rallier l’Égypte y fut assassiné à son arrivée. Mais les adversaires de César, décidés à ne pas céder, se rejoignirent dans la province d’Afrique et organisèrent la résistance. Leurs chefs étaient Caton et Metellus Scipion. En outre, ils avaient comme allié le roi de Numidie Juba 1er. Après la pacification des provinces orientales et une brève visite à Rome, César poursuivit ses adversaires en Afrique et accosta à Ruspina (l’actuelle Monastir, en Tunisie) le 28 décembre – 47.
Les Optimates réunirent leurs forces avec une impressionnante rapidité. Leur armée comprenait selon Appien huit légions romaines, une importante infanterie légère, 20 000 cavaliers, conduite par l’ex-bras droit de César, le vaillant Titus Labienus, outre les forces alliées de Juba de Numidie et une soixantaine d’éléphants. Toutefois, Juba partit en emmenant ses troupes lorsqu’il apprit l’attaque du roi de Maurétanie Bocchus II sur sa capitale Cirta. Metellus Scipion conserva 80 000 hommes bien entraînés, et 60 éléphants.
Les deux armées s’affrontèrent dans une série d’escarmouches pour évaluer leurs forces respectives, et, durant cette phase, deux légions des Optimates désertèrent en faveur de César. Entre-temps, César attendit des renforts de Sicile. À la fin avril, César arriva à Thapsus et assiègea la cité, en bloquant l’accès méridional avec trois lignes de fortifications. Les conservateurs, menés par Metellus Scipion, ne pouvant se permettre de perdre la position, furent contraints d’accepter l’affrontement.
L’armée de Metellus Scipion encercla Thapsus pour approcher la cité sur son aile nord. Prévoyant l’approche de César, il resta en ordre de bataille serré, tenant la cavalerie et les éléphants sur les côtés. La position de César était typique de sa manière de combattre, avec lui au commandement du côté droit et la cavalerie et les archers aux flancs. La menace constituée par les éléphants est à la base de la décision de renforcer la cavalerie avec cinq cohortes.
Un clairon de César donne l’ordre de bataille. Les archers de César attaquent les éléphants, mais ceux-ci ont la peau trop épaisse, si bien que les flèches sont inefficaces. Les éléphants enfoncent les défenses en avant et piétinent les légionnaires. L’aile gauche des éléphants attaque au centre des soldats de César, où est postée la Ve légion. Cette légion soutient l’attaque avec un tel courage que depuis un éléphant devint son symbole. Les éléphants, pourtant, massacrent les fantassins, ouvrant la route aux cavaliers de Scipion. César fait sonner d’énormes trompes avec une telle violence que les éléphants affolés fuient, piétinant la cavalerie. Après la perte des éléphants, Metellus Scipion commence à perdre du terrain. La cavalerie de César devance l’adversaire par une manœuvre, détruit son camp fortifié et contraint l’ennemi à battre en retraite. Les troupes alliées de Juba 1er abandonnent les positions et le sort de la bataille est réglé.
Environ 10 000 soldats ennemis qui veulent se rendre à César sont tués par son armée. Ce comportement est insolite pour César, qui était connu comme un vainqueur généreux. Quelques sources soutiennent que César aurait eu une attaque épileptique durant la bataille et qu’il n’était plus en possession de tous ses moyens.
Après la bataille, César reprend le siège de Thapsus, qui finit par tomber. César continue jusqu’à Utique, où Caton se trouvait avec ses troupes. À l’annonce de la défaite des alliés, Caton se suicide. César en fut choqué et selon Plutarque il aurait dit : « Caton, j’envie ta mort comme tu as envié que je puisse te sauver la vie ».
César capture les 60 éléphants et essaye de les domestiquer pour les faire combattre dans son armée, mais ils n’obéissent pas. César les libère.
La bataille voit le rétablissement de la paix en Afrique. Après quelque temps, César fut de retour à Rome (le 25 juillet de la même année). Mais l’opposition renaît encore. Titus Labienus, les fils de Pompée, et d’autres, réussirent à fuir dans les provinces espagnoles. La guerre civile reprend et ne se termine qu’à la bataille de Munda près de Cordoue.
6 avril 402 : bataille de Pollentia.
La mort de Théodose Ier en 395 laissa l’Empire romain entre les mains de ses deux fils, Arcadius à l’Est et Honorius à l’Ouest. Tous deux étaient très jeunes lors de leur accession au trône, ce qui permit à des ministres ambitieux d’exercer le pouvoir effectif. En Occident, Flavius Stilicon, fils d’un père vandale mais profondément attaché à son héritage maternel romain, occupait la fonction de magister utriusque militiae et agissait en tant que commandant en chef grâce à ses liens étroits avec la famille impériale – Théodose avait fait marier la fille de Stilicon à Honorius. Honorius lui-même, âgé de 10 ans à son avènement et de 17 au moment de la bataille, n’exerçait qu’un pouvoir nominal.
Dans l’Empire d’Orient, le préfet Rufin avait usurpé le contrôle au nom d’Arcadius, créant une division durable entre les deux cours. Alaric, à la tête des Wisigoths, avait obtenu d’Arcadius le rang de magister militum en Illyricum après avoir négocié un traité depuis l’Épire. Fort de ce titre, il exploita les arsenaux impériaux de la province pour équiper ses troupes en armes et en armures, puis se tourna vers l’Empire d’Occident.
L’invasion de l’Italie (401-402)
Alaric envahit l’Italie à la fin de l’année 401, franchissant les Alpes et l’Adige. La cour impériale de Milan se trouva directement menacée, mais Stilicon persuada Honorius de rester sur place pendant qu’il partait lui-même au nord recruter des renforts en Gaule et parmi les peuples barbares de Germanie, car l’Italie ne disposait pas de forces suffisantes pour résister aux Goths. Les Alamans, qui attaquaient alors la Rhétie, furent ralliés par Stilicon et rejoignirent les légions gauloises contre lesquelles ils combattaient jusque-là.
Quand les Wisigoths approchèrent de Milan au début de l’année 402, Honorius et sa suite tentèrent de fuir vers Arles en Gaule, mais la cavalerie wisigothe coupa leur route à travers les Alpes. L’option de revenir à Milan étant perdue — l’infanterie wisigothe encerclait désormais la ville —, le convoi impérial se dirigea vers la cité fortifiée d’Hasta (l’actuelle Asti), où les Wisigoths mirent immédiatement le siège.
Parallèlement, Stilicon était occupé en Rhétie et en Norique à repousser des incursions de Vandales et d’Alains. En apprenant l’invasion d’Alaric, il recruta en hâte des troupes parmi les peuples mêmes qu’il combattait afin de rassembler assez d’hommes pour affronter les Wisigoths. L’avancée rapide d’Alaric en Italie du Nord avait été favorisée par un automne inhabituellement sec et par l’absence de la plupart des troupes impériales normalement stationnées dans la péninsule.
La marche vers Pollentia
Stilicon franchit le Pô et atteignit l’armée wisigothe qui assiégeait Hasta. Devant cette arrivée, les Wisigoths levèrent le siège et se replièrent vers l’ouest, en direction de Pollentia (l’actuel Pollenzo, commune de Bra, dans la province de Coni, au Piémont). Après leur défaite devant Hasta fin mars 402, les Goths établirent leur camp près de la rivière Urba, à proximité de Pollentia, où l’armée romaine de Stilicon les rattrapa juste avant le dimanche de Pâques.
Bien que certains de ses soldats souhaitaient poursuivre la retraite, Alaric resta déterminé à en découdre et prépara une bataille rangée contre l’armée romaine.
L’armée romaine de Stilicon était principalement composée de comitatenses, les forces mobiles de campagne tirées des réserves centrales de l’Empire d’Occident, renforcées par des limitanei détachés des garnisons frontalières et par des fédérés barbares intégrés comme auxiliaires. L’infanterie lourde, équipée de boucliers, de lances et d’épées, constituait le noyau de cette armée. Stilicon disposait également de contingents de cavalerie composés de fédérés alains et hunniques, dont les archers montés et les lanciers apportaient une capacité de manœuvre rapide. Selon les estimations de l’historien Hugh Elton, cette armée de campagne comptait entre 10 000 et 15 000 combattants effectifs, renforcés en hâte par des troupes frontalières mobilisées pour l’occasion.
Du côté wisigoth, Alaric commandait une armée composée de guerriers goths accompagnés de leurs familles, de leurs dépendants et d’un important convoi de butin accumulé au cours de leurs campagnes en Grèce et dans le nord de l’Italie. Les Wisigoths étaient des chrétiens ariens, un détail qui allait jouer un rôle dans le choix tactique de Stilicon.
Le déroulement de la bataille
Stilicon choisit d’attaquer le dimanche de Pâques, le 6 avril 402, espérant prendre Alaric par surprise alors que les Goths ariens seraient occupés par les célébrations religieuses. Ce choix suscita le scandale chez certains chroniqueurs chrétiens, qui reprochèrent à Stilicon cette impiété. Pour éviter de ternir sa propre réputation en combattant un jour saint, Stilicon confia peut-être le commandement initial de l’assaut à Saul, un chef alain païen, qui lança sa cavalerie contre les Goths et les prit au dépourvu.
L’assaut romain débuta par une attaque frontale de l’infanterie contre les lignes wisigoths, protégées par un cercle défensif de chariots près de Pollentia. Les assaillants, disciplinés pour ne pas se disperser en quête de butin, submergèrent les premières défenses gothiques par une pression soutenue, exploitant la désorganisation causée par la surprise du jour de Pâques. Simultanément, des détachements de cavalerie romaine exécutèrent un mouvement d’enveloppement sur les flancs, visant le centre du camp d’Alaric où se trouvaient familles, dépendants et butin accumulé.
Alaric rallia son armée surprise avec habileté et courage pour faire face à l’attaque romaine. Il parvint même à mettre en déroute la cavalerie auxiliaire des Alains, dont le roi (Saul) périt au combat. Cette contre-attaque gothique causa de lourdes pertes dans les rangs romains et menaça un temps de renverser le cours de l’engagement.
Cependant, selon les sources les plus fiables, les Goths finirent par être chassés du champ de bataille et leur camp fut pris d’assaut et pillé par les Romains victorieux. Stilicon réussit à capturer l’épouse, les enfants et d’autres proches importants d’Alaric. La récupération du butin amassé lors des campagnes en Grèce et en Italie du Nord, qui suivait le convoi d’Alaric depuis le début de la campagne, constituait à elle seule un gain considérable.
Une victoire disputée
L’issue de la bataille fait l’objet d’un débat entre les sources. La plupart des sources romaines revendiquent une nette victoire, tandis que les auteurs gothiques affirment le résultat inverse. Le bilan fut en réalité celui d’un affrontement très coûteux pour les deux camps, sans vainqueur incontestable sur le plan tactique. Toutefois, sur le plan stratégique, les Romains tirèrent un avantage clair : la capture du camp ennemi, la prise de prisonniers de haute valeur, et la récupération d’un butin considérable plaçaient Stilicon en position de force pour négocier.
Alaric sortit de la bataille avec sa cavalerie encore intacte, ce qui lui permit de conserver une capacité de manœuvre, mais il avait perdu une grande partie de ses bagages, de nombreux prisonniers et surtout sa propre famille.
Stilicon proposa de restituer les prisonniers à condition que les Wisigoths retournent en Illyricum. Alaric accepta cette offre sous la pression de ses chefs et de ses soldats, impatients de trouver la sécurité, bien qu’il ait lui-même nourri l’espoir de marcher sur Rome.
Cependant, l’accord ne tint pas. En atteignant Vérone, Alaric stoppa sa retraite et tenta de s’emparer de la ville. Stilicon et des forces locales encerclèrent alors les Wisigoths et les battirent lors de la bataille de Vérone, en juin 402. Lors de cet affrontement, Alaric faillit être capturé et plusieurs de ses généraux — dont Sarus, Sigéric et Ulfilas — firent défection pour se rallier aux Romains. Le roi goth, affaibli, n’eut d’autre choix que d’accepter les termes de Stilicon et de quitter l’Italie avec les restes de son armée, repassant les Alpes vers l’Illyricum.
Aux termes de l’accord conclu après Vérone, Alaric s’installa dans les régions frontalières des provinces de Dalmatie et de Pannonie en tant que fédéré de l’Empire d’Occident avant la fin de l’année 402.
Portée historique
La bataille de Pollentia assura un répit temporaire mais important à l’Italie. La péninsule ne fut plus directement menacée par les Wisigoths jusqu’à la seconde invasion d’Alaric en 409, qui intervint après l’exécution de Stilicon en 408 sur ordre d’Honorius, sous l’influence de rivaux de cour. Stilicon fut déclaré ennemi public et accusé de trahison, en partie à cause de son traité avec Alaric qui irritait de nombreux sénateurs romains.
L’affrontement de Pollentia illustre les transformations profondes de l’appareil militaire romain au début du Ve siècle : une armée reposant largement sur des auxiliaires barbares, un commandement exercé par un général d’origine vandale, et un empire contraint de négocier avec les envahisseurs plutôt que de les anéantir. La victoire partielle de Stilicon, si elle sauva l’empereur et repoussa temporairement la menace gothique, ne fit que repousser l’échéance. Huit ans après Pollentia, en août 410, Alaric entrait dans Rome.

6 avril 1199 : mort de Richard Cœur de Lion (Chinon).
Richard Ier d’Angleterre, dit Cœur de Lion, est né le 8 septembre 1157 à Oxford. Troisième fils d’Henri II Plantagenêt et d’Aliénor d’Aquitaine, il grandit principalement dans les territoires continentaux de sa famille, en particulier en Aquitaine, dont il devint duc dès 1168. Sa langue maternelle était le français, et il ne parlait probablement pas l’anglais — un fait révélateur de la culture dans laquelle il fut élevé.
La famille Plantagenêt était aussi puissante que divisée. Richard prit part, aux côtés de ses frères Henri le Jeune et Geoffroy, à la révolte de 1173-1174 contre leur père Henri II, soutenue par leur mère Aliénor et par le roi de France Louis VII. La rébellion échoua, mais elle illustra les tensions dynastiques permanentes qui traversaient la maison Plantagenêt. Au cours des années suivantes, Richard consolida son autorité en Aquitaine, menant des campagnes contre des seigneurs rebelles du Poitou et du Limousin, ce qui lui permit d’acquérir une réputation militaire précoce.
En 1189, allié au nouveau roi de France Philippe Auguste, Richard se retourna une dernière fois contre son père vieillissant. Henri II, défait et abandonné par une partie de ses fidèles, mourut à Chinon le 6 juillet 1189. Richard lui succéda sur le trône d’Angleterre et prit possession de l’ensemble des territoires Plantagenêt, qui s’étendaient de l’Écosse aux Pyrénées.
La troisième croisade
Le règne de Richard est indissociable de la troisième croisade. Dès son couronnement, le 3 septembre 1189 à Westminster, il s’employa à lever les fonds nécessaires à l’expédition en Terre sainte, vendant charges, terres et privilèges. Il aurait déclaré qu’il vendrait Londres s’il trouvait un acheteur.
Richard et Philippe Auguste partirent ensemble en 1190. En chemin, Richard s’empara de la Sicile, où il régla un différend successoral, puis conquit Chypre au printemps 1191, après un conflit avec le souverain local, Isaac Doukas Comnène. L’île devint une base stratégique pour les opérations en Orient.
Arrivé devant Saint-Jean-d’Acre en juin 1191, Richard contribua de manière décisive à la prise de la ville, qui résistait aux croisés depuis près de deux ans. C’est à cette période que se cristallisèrent ses relations difficiles avec Philippe Auguste et avec le duc Léopold V d’Autriche. Philippe repartit pour la France peu après la chute d’Acre, laissant Richard à la tête des forces croisées.
Richard remporta ensuite la bataille d’Arsouf en septembre 1191 contre les troupes de Saladin, une victoire tactique qui démontra ses capacités de commandement. Cependant, malgré deux marches d’approche vers Jérusalem, il renonça à assiéger la ville sainte, jugeant qu’il ne disposait pas des moyens suffisants pour la prendre et, surtout, pour la conserver. Il négocia finalement une trêve avec Saladin en septembre 1192, qui garantissait l’accès des pèlerins chrétiens à Jérusalem sans restituer la ville aux croisés.
Captivité et rançon
Sur le chemin du retour, en décembre 1192, Richard fut capturé près de Vienne par le duc Léopold V d’Autriche, qui le livra à l’empereur Henri VI du Saint-Empire. Les motifs de cette capture étaient multiples : rancœurs personnelles nées lors de la croisade, rivalités politiques et intérêts financiers. Richard resta prisonnier pendant plus d’un an, principalement dans des forteresses allemandes.
Sa libération, en février 1194, fut obtenue contre une rançon considérable, estimée à 150 000 marcs d’argent, soit environ deux à trois fois le revenu annuel de la couronne d’Angleterre. La collecte de cette somme imposa une pression fiscale lourde sur le royaume. Pendant sa captivité, son frère Jean sans Terre avait tenté de s’emparer du pouvoir, avec le soutien de Philippe Auguste.
De retour dans ses domaines, Richard consacra les cinq dernières années de son règne presque exclusivement à la guerre contre Philippe Auguste. Il s’agissait de reconquérir les territoires continentaux que le roi de France avait grignotés pendant sa captivité, notamment dans le Vexin normand et en Berry.
Richard se révéla un adversaire redoutable. Il fit construire en un temps remarquable la forteresse de Château-Gaillard, aux Andelys, sur la Seine, pour verrouiller la défense de la Normandie. Cette construction, achevée vers 1198, témoignait de ses compétences en matière de fortification et d’ingénierie militaire. Sur le plan diplomatique et militaire, il avait largement repris l’avantage sur Philippe Auguste à la fin de la décennie.
La mort du roi-chevalier
Le 26 mars 1199, Richard assiégeait le château de Châlus-Chabrol, dans le Limousin, tenu par le vicomte de Limoges. Les raisons exactes de ce siège restent discutées par les historiens : il pourrait s’agir d’un différend féodal ou d’une affaire liée à la découverte d’un trésor. Au cours des opérations, Richard fut atteint à l’épaule par un carreau d’arbalète. La blessure s’infecta et la gangrène se développa. Richard Cœur de Lion mourut le 6 avril 1199, à l’âge de quarante et un ans. Selon la tradition, il aurait pardonné à son meurtrier avant de mourir, bien que certaines sources rapportent que l’homme fut ensuite exécuté.
Son corps fut inhumé à l’abbaye de Fontevraud, aux côtés de son père, tandis que son cœur fut déposé à la cathédrale de Rouen et ses entrailles à Châlus.
Richard Cœur de Lion ne passa qu’environ six mois de son règne de dix ans en Angleterre. Son administration du royaume reposa largement sur des hommes de confiance, en particulier Hubert Walter, archevêque de Cantorbéry et justicier. Les impôts levés pour financer la croisade, la rançon et les guerres continentales pesèrent lourdement sur la population anglaise.
Sur le plan militaire, Richard est généralement reconnu comme l’un des commandants les plus compétents de son époque. Sa réputation de bravoure personnelle, parfois jugée téméraire, n’est pas contestée par les historiens. En revanche, son bilan politique est plus nuancé : s’il parvint à maintenir l’essentiel de l’empire Plantagenêt, il laissa à son successeur, Jean sans Terre, un royaume endetté et des alliances fragilisées qui contribuèrent, quelques années plus tard, à la perte de la Normandie et d’une grande partie des possessions continentales.

6 avril 1250 : bataille de Fariskur (Egypte).
La bataille de Fariskur eut lieu le durant la septième croisade ; Elle opposa les croisés français menés par le roi Louis IX à une armée Mamlûk. Les croisés francs reculaient depuis le succès limité de la bataille de Mansourah. Les ayyubides ayant refusé les offres de paix, ils détruisirent la flotte franque et isolèrent Louis IX et son armée. Les kurdes(ayyubides)sortent victorieux de la bataille de Fariskur, et Louis IX est capturé avec son armée. Par la capture du roi franc, cette bataille précipite la fin de la septième croisade.
Louis IX est le premier souverain français à être capturé sur un champ de bataille.
Le , Tûrân Châh, le nouveau sultan, est arrivé en Égypte depuis Hasankeyf et est allé directement à Al-Mansurah pour diriger l’armée égyptienne. Les navires ont été transportés à terre et sont tombés dans le Nil (dans Bahr al-Mahala) derrière les navires des croisés coupant la ligne de renfort de Damiette et assiégeant les forces du roi Louis IX. Les Égyptiens ont utilisé le feu grégeois et ont détruit et saisis de nombreux navires chrétiens. Bientôt, les croisés assiégés souffraient d’attaques, de famines et de maladies dévastatrices. Le roi Louis IX a proposé aux Égyptiens la capitulation de Damiette en échange de Jérusalem et de certaines villes sur la côte syrienne. Les Égyptiens, conscients de la misérable situation des croisés, refusèrent l’offre du roi assiégé. Le , couvert par l’obscurité de la nuit, les croisés ont évacué leur camp et ont commencé à fuir vers le nord en direction de Damiette. Dans la panique et la hâte, ils ont oublié de détruire un pont qu’ils avaient placés sur le canal. Les Égyptiens ont traversé le canal sur le pont et les ont suivis à Fariskur où les Égyptiens ont complètement anéantis les croisés. Des milliers de croisés ont été tués ou fait prisonniers. Le roi Louis IX et quelques-uns de ses nobles qui ont survécu ont été capturés dans le village voisin de Moniat Abdallah (maintenant Meniat el Nasr) où ils se sont réfugiés. Louis IX s’est rendu à un eunuque nommé al-Salihi après qu’il lui a été promis qu’il ne serait pas tué avec ses deux frères Charles d’Anjou et Alphonse de Poitiers, il a été emmené à Mansurah où il a été emprisonné à la maison d’Ibrahim ben Lokman, le chancelier royal, enchaîné et sous la garde d’un autre eunuque nommé Sobih al-Moazami. La coiffe du roi Louis a été exposée en Syrie. Alors que la maison d’Ibrahim ben Lokman a été utilisée comme prison pour Louis IX et les nobles, un camp a été installé à l’extérieur de Mansurah pour abriter les milliers de prisonniers de guerre francs.

6 avril 1362 : bataille de Brignais (près de Lyon).
La bataille de Brignais est une bataille de la guerre de Cent Ans qui eut lieu le . Les Grandes Compagnies mercenaires battent l’armée royale française commandée par Jacques 1er de Bourbon, comte de la Marche et connétable de France.
Depuis le début de la guerre de Cent Ans, la France a été battue à Crécy (1346) et à Poitiers (1356), où le roi Jean II le Bon a été fait prisonnier. Il n’est libéré qu’en 1360. Depuis la trêve, les Grandes Compagnies de mercenaires (aussi appelés Routiers), qui ne sont plus payés, ravagent et pillent les campagnes françaises.
Fin 1361, une compagnie de Routiers s’empare du bourg fortifié de Brignais. Le chapitre de Saint-Just et le sénéchal de Lyon demandent de l’aide à Jean II de Melun, qui demande lui-même le soutien du roi. Les milices de Lyon et les forces des seigneurs féodaux locaux sont placées sous la bannière de Jacques de Bourbon, comte de La Marche, connétable de France. Une seconde armée doit la rejoindre, en provenance de Bourgogne. Apprenant que l’on cherche à les déloger, les Tard-Venus des alentours s’unissent pour mieux résister.
L’armée royale avance vers Brignais le 6 avril 1362, en venant de Saint-Genis-Laval.
Deux versions existent concernant le déroulement de cette bataille.
D’après Matteo Villani, Jacques de Bourbon, n’attendant pas les renforts, chercha à reprendre Brignais. Voyant ses assauts repoussés, il dû camper avec ses troupes devant la ville. Une partie de l’armée des Tard-Venus s’était alors séparée du reste pour piller le Forez. Apprenant que la garnison de Brignais était en difficulté, ils revinrent à marche forcée pour les secourir. Profitant de l’effet de surprise et de la hauteur du terrain des Barolles, ces Routiers que Villani dit commandés par Petit Meschin attaquèrent le camp de l’armée de Jacques de Bourbon en pleine nuit, pendant que ceux fortifiés dans le bourg firent une sortie.
D’après Jean Froissart, les Routiers, sous l’impulsion de Seguin de Badefol, se seraient séparés en deux groupes : le premier rangé sur la route liant Saint-Genis-Laval à Brignais (aux environs du Bois Goyet selon Denis Sauvage), et le second caché dans les hauteurs d’une colline voisine. L’armée royale, n’ayant pas d’éclaireurs efficaces les informant des positions ennemies, attaqua frontalement le groupe de mercenaires visible. Elle subit une forte résistance et fut repoussée deux fois. C’est alors que les Routiers dissimulés sortirent et prirent l’armée royale en tenaille. La victoire fut totale.
Plusieurs nobles y trouvèrent la mort, parmi lesquels Jacques de Bourbon et Louis d’Albon, comte de Forez. En outre, beaucoup de seigneurs furent capturés.
Les Routiers se contentèrent de rançonner des prisonniers, et n’attaquèrent pas Lyon.
La défaite de l’armée royale provoqua une nouvelle panique dans le royaume. Cependant, l’unité des mercenaires ne dura pas, et le roi de France organisa des campagnes jusqu’en Espagne et en Hongrie pour s’en débarrasser.
6 avril 1498 : naissance du condottiere italien Jean de Médicis dit « Jean des Bandes Noires ».
Le 6 avril 1498, dans la ville de Forlì, en Romagne, naît un garçon baptisé Ludovico de’ Medici. Son père, Giovanni de’ Medici, surnommé « il Popolano », est un noble florentin issu de la branche cadette de la célèbre famille Médicis, celle qui descend de Lorenzo, frère de Cosme l’Ancien, fondateur de la branche aînée. Sa mère n’est autre que Caterina Sforza, l’une des femmes les plus remarquables de la Renaissance italienne, fille illégitime du duc de Milan Galeazzo Maria Sforza et souveraine des seigneuries d’Imola et de Forlì. L’enfant porte donc en lui le sang de deux des familles les plus puissantes de l’Italie du Quattrocento : les Médicis de Florence et les Sforza de Milan.
Le contexte de cette naissance est à la fois intime et dramatique. Caterina Sforza en est alors à son troisième mariage. Après la mort violente de son premier époux, Girolamo Riario, assassiné en 1488 par des conspirateurs, puis celle de son deuxième mari, Giacomo Feo, tué lui aussi en 1495, elle a épousé secrètement Giovanni de’ Medici en septembre 1497. Ce mariage clandestin s’explique par la nécessité pour Caterina de conserver la tutelle de ses enfants issus de ses précédentes unions, tutelle qu’un remariage public aurait pu compromettre. L’union entre une Sforza et un Médicis représente par ailleurs un rapprochement dynastique potentiellement dangereux aux yeux des puissances voisines, ce qui justifie d’autant plus la discrétion observée par les deux époux.
Le prénom de Ludovico a été choisi en hommage à Ludovico Sforza, dit « le More », oncle de Caterina et alors duc de Milan. Mais l’enfant ne portera pas longtemps ce prénom. Quelques mois seulement après sa naissance, en septembre 1498, son père Giovanni de’ Medici meurt à l’âge de 30 ans, probablement emporté par une pneumonie contractée alors qu’il servait dans les armées florentines. Sa mère, en souvenir de l’époux qu’elle vient de perdre, rebaptise alors le petit Ludovico du prénom de son père défunt : Giovanni. C’est sous ce prénom que l’enfant entrera dans l’histoire.
L’enfance tumultueuse d’un orphelin de guerre
La petite enfance de Giovanni se déroule dans un contexte de troubles permanents. Sa mère Caterina Sforza doit faire face aux ambitions de Cesare Borgia, fils du pape Alexandre VI, qui entreprend à la fin de l’année 1499 de conquérir les territoires de Romagne pour le compte de la papauté. Caterina résiste héroïquement dans sa forteresse de Ravaldino à Forlì, mais finit par être capturée par les troupes de Borgia au début de l’année 1500, après un siège prolongé. Avant la chute de la place forte, elle a pris soin d’envoyer ses enfants, dont le petit Giovanni alors âgé d’un an et demi, à Florence, auprès de la famille paternelle.
Caterina est emprisonnée à Rome, d’abord dans les appartements du Belvédère puis dans le château Saint-Ange, où elle est détenue pendant près de 18 mois. Ce n’est qu’en 1501, grâce à l’intervention du roi de France Louis XII, qu’elle est libérée, à la condition de renoncer définitivement à ses droits sur Imola et Forlì. Elle se retire alors à Florence, dans les propriétés des Médicis, où elle retrouve ses enfants. Pour Giovanni, ces premières années sont donc marquées par l’absence de son père, puis celle de sa mère, dans un environnement familial instable.
Une fois réunie avec son plus jeune fils, Caterina consacre une grande partie de son énergie à son éducation. Elle reconnaît en lui une nature qui la réjouit : le garçon manifeste très tôt un goût prononcé pour les exercices physiques, l’équitation, l’escrime et la natation. À la différence de ses demi-frères, notamment Ottaviano Riario, qui se montre indolent et peu intéressé par les affaires militaires, Giovanni hérite du tempérament combatif et de l’énergie de sa mère. Selon les chroniques de Pietro Aretino, il possède aussi la vigueur héritée des ancêtres Sforza, dont le fondateur de la dynastie, Muzio Attendolo Sforza, était lui-même un condottiere de renom.
Caterina Sforza meurt le 28 mai 1509, probablement d’une affection hépatique combinée à une péritonite et une pleurésie. Giovanni a alors onze ans. Avant de mourir, elle confie la tutelle de son fils au chanoine Francesco Fortunati, qui a été l’un des rares précepteurs capables de supporter le caractère difficile du garçon, et au riche Florentin Jacopo Salviati. Ce dernier est un homme influent : il est l’époux de Lucrezia de’ Medici, fille aînée de Laurent le Magnifique, et appartient donc à la branche aînée de la famille. Ce choix s’avérera déterminant pour l’avenir de Giovanni.
Une jeunesse violente et indisciplinée
Les années qui suivent la mort de Caterina sont marquées par un comportement de plus en plus incontrôlable de la part du jeune Giovanni. Élevé dans le milieu florentin mais profondément inadapté à la vie civile et aux études classiques, il accumule les incidents violents. À l’âge de 12 ans environ, en 1510 ou 1511, il tue un garçon de son âge au cours d’une rixe entre bandes de jeunes. Cet acte lui vaut une première expulsion de Florence, sanction qui sera toutefois levée l’année suivante.
C’est finalement Jacopo Salviati lui-même qui trouve la solution pour mettre à profit l’agressivité de son pupille. Lorsqu’il est nommé ambassadeur à Rome en 1513, il emmène Giovanni avec lui dans la Ville éternelle. Là, grâce à son influence auprès du nouveau pape Léon X — qui n’est autre que Giovanni di Lorenzo de’ Medici, frère de Lucrezia et donc beau-frère de Salviati —, il fait inscrire le jeune homme dans les milices pontificales. Giovanni a alors 15 ans. Pour la première fois, son tempérament belliqueux trouve un cadre légitime où s’exprimer.
C’est également Jacopo Salviati qui arrange le mariage de Giovanni. La fiancée choisie est sa propre fille, Maria Salviati, née le 17 juillet 1499 à Florence. Maria est la petite-fille de Laurent le Magnifique par sa mère Lucrezia, ce qui fait de cette union un rapprochement entre les deux branches de la famille Médicis — la branche cadette des « Popolani » dont est issu Giovanni et la branche aînée descendant de Cosme l’Ancien.
Le mariage est célébré le 17 novembre 1516. Maria n’a que 17 ans, Giovanni 18. Si l’on en croit les témoignages de l’époque, Maria est profondément éprise de Giovanni depuis l’enfance, depuis que ce garçon remuant est venu vivre dans la maison de son père. Giovanni, en revanche, semble avoir accepté ce mariage davantage par gratitude envers la famille Salviati, qui l’a élevé et protégé, que par sentiment amoureux. Leur union sera marquée par de longues séparations dues aux campagnes militaires incessantes de Giovanni, et par les infidélités notoires de ce dernier.
De cette union naît un fils unique, Cosimo, le 12 juin 1519 à Florence. Ce garçon, dont le prénom a été choisi par le pape Léon X lui-même, est destiné à jouer un rôle considérable dans l’histoire de l’Italie : il deviendra en 1537 duc de Florence, puis en 1569 premier grand-duc de Toscane sous le nom de Cosme Ier. Par lui, Giovanni des Bandes Noires et Maria Salviati seront les ancêtres directs des grands-ducs de Toscane, des ducs de Modène et de Reggio, ainsi que de plusieurs souverains d’Espagne et de France, dont Marie de Médicis.
Le baptême du feu : la guerre d’Urbino (1516–1517)
La véritable carrière militaire de Giovanni commence en 1516, lorsque le pape Léon X lui confie le commandement d’une compagnie de cavalerie pour participer à la guerre contre Francesco Maria Ier della Rovere, duc d’Urbino. Giovanni reçoit son premier commandement le 5 mars 1516. Il n’a que 17 ans, mais il s’illustre immédiatement par son courage personnel et son sens tactique. Selon les sources, il remporte la victoire en 22 jours.
À la suite de cette campagne, Giovanni forme sa propre compagnie, composée de cavaliers montés sur des chevaux légers, spécialisée dans les tactiques d’escarmouche rapide et les embuscades. Ce choix tactique est significatif : plutôt que de s’appuyer sur la cavalerie lourde traditionnelle, Giovanni privilégie la mobilité et la surprise, une approche qui tranche avec les pratiques militaires de ses contemporains. En 1520, il mène une campagne dans les Marches, où il défait plusieurs barons rebelles au nom du pape.
Les guerres d’Italie : entre France, Empire et papauté (1521–1524)
L’année 1521 marque un tournant dans la carrière de Giovanni. Les guerres d’Italie connaissent un nouvel embrasement. Léon X s’allie à l’empereur Charles Quint contre le roi de France François Ier, avec pour objectif de reconquérir Milan, Parme et Plaisance. Giovanni est appelé à servir sous les ordres du condottiere Prospero Colonna.
En novembre 1521, Giovanni participe à la bataille de Vaprio d’Adda, où il se distingue en franchissant le fleuve contrôlé par les Français et en les mettant en déroute. Cette victoire ouvre la voie vers Pavie, Milan, Parme et Plaisance.
C’est au lendemain de cette campagne que survient l’événement à l’origine du surnom qui rendra Giovanni célèbre pour la postérité. Le 1er décembre 1521, le pape Léon X meurt à Rome. Giovanni, en signe de deuil pour son parent et protecteur, fait noircir les bandes de ses enseignes, qui étaient jusqu’alors rayées de blanc et de violet. Ses troupes portent désormais des bannières noires. C’est de là que vient son surnom : Giovanni delle Bande Nere — Jean des Bandes Noires.
La mort de Léon X prive Giovanni de son principal soutien politique et financier. Privé de son ancrage pontifical, Giovanni change alors de camp et passe au service de la France en 1522. Cependant, ce passage dans le camp français ne s’avère pas heureux : il est défait par Prospero Colonna lors de la bataille de la Bicoque en avril 1522. En août 1523, il repasse du côté impérial. En janvier 1524, il lance une attaque nocturne contre le camp du célèbre chevalier français Bayard, le mettant en fuite.
La rencontre avec Pietro Aretino
C’est probablement lors d’un séjour à Reggio d’Émilie, aux alentours de 1521-1522, que Giovanni fait la connaissance de Pietro Aretino, l’écrivain, satiriste et pamphlétaire alors en fuite depuis Rome. Cette rencontre est le point de départ d’une amitié profonde et durable qui accompagnera Giovanni jusqu’à la fin de sa vie.
Aretino, né à Arezzo en 1492, s’est fait connaître dans les cercles romains par ses satires mordantes — les fameuses « pasquinades » — qui visent les puissants, y compris les papes et les cardinaux. Auprès de Giovanni, il trouve un protecteur et un ami. Il lui sert de secrétaire, de conseiller diplomatique, et parfois de porte-parole. Surtout, il est le chroniqueur de ses exploits. C’est grâce aux lettres d’Aretino que la postérité conserve un témoignage direct et vivant de la vie du condottiere.
En novembre 1523, le cardinal Giulio de’ Medici est élu pape sous le nom de Clément VII. Ce nouveau pontife prend en charge les dettes considérables accumulées par le condottiere. En contrepartie, Clément VII ordonne à Giovanni de passer du côté français dans le conflit en cours.
La période 1524-1525 voit François Ier lancer une nouvelle campagne en Italie. Giovanni, désormais dans le camp français conformément aux instructions du pape, ne participe cependant pas directement à la bataille de Pavie du 24 février 1525, qui se solde par un désastre pour la France. Giovanni est gravièvement blessé lors d’une escarmouche le 18 février 1525 : un tir d’arquebuse lui fracasse la jambe droite. Cette blessure nécessite de longs soins et une convalescence prolongée, d’abord chez sa demi-sœur Bianca Riario, puis à Venise, où il profite des eaux thermales d’Abano.
La guerre de la Ligue de Cognac (1526)
Le 22 mai 1526, sous l’impulsion de Clément VII, est formée la Ligue de Cognac, une coalition réunissant la papauté, la France, Venise, Florence et le duché de Milan contre l’empereur Charles Quint. Giovanni, remis de sa blessure, reprend du service dans les rangs de la Ligue et commande à nouveau les troupes pontificales.
À l’automne 1526, la situation militaire se détériore rapidement pour la Ligue. Georg von Frundsberg, un capitaine de lansquenets au service de Charles Quint, rassemble une armée de mercenaires allemands et entreprend de descendre vers Rome. Le duc d’Urbino, face à la supériorité numérique des impériaux, abandonne Milan sans combattre, laissant à Giovanni le soin de ralentir l’avance ennemie. Giovanni parvient à attaquer l’arrière-garde des lansquenets au confluent du Mincio et du Pô, infligeant des pertes significatives aux mercenaires allemands.
La blessure fatale de Governolo (25 novembre 1526)
Le soir du 25 novembre 1526, lors d’un engagement près de Governolo, un bourg situé dans le marquisat de Mantoue, Giovanni est touché à la jambe droite par un tir de fauconneau, une petite pièce d’artillerie de campagne. C’est la même jambe qui avait déjà été grièvement blessée par un tir d’arquebuse en février 1525. Selon le récit contemporain de Luigi Guicciardini, le boulet fracasse la jambe au-dessus du genou.
Après le tir, Giovanni est transporté à Mantoue, dans le palais d’Aloisio Gonzaga, où le chirurgien Abraham, un médecin juif placé sous la protection du marquis Frédéric II Gonzaga, procède à l’amputation de la jambe. Pour réaliser l’opération, le chirurgien demande que dix hommes maintiennent le condottiere immobile. Pietro Aretino, présent aux côtés de Giovanni, rapporte que celui-ci, à qui l’on proposait dix hommes pour le tenir, aurait répondu en souriant qu’il n’en faudrait pas même vingt pour le maîtriser.
Malgré l’amputation, l’état de Giovanni se détériore rapidement. La gangrène s’installe dans les jours qui suivent l’opération. Au cours des trois jours suivants, le condottiere alterne entre des phases de délire et de coma. L’hypothèse la plus probable est celle d’une septicémie généralisée, aggravée par les techniques chirurgicales rudimentaires de l’époque.
Sur son lit de mort, Giovanni songe à l’avenir de ses troupes. Il envisage de confier le commandement des Bandes Noires à Lucantonio Cuppano, l’un de ses lieutenants les plus fidèles, ou à son neveu Pier Maria III de’ Rossi. Mais ces projets resteront sans suite : privées de leur chef charismatique, les Bandes Noires se disperseront après sa mort.
Giovanni de’ Medici meurt le 30 novembre 1526, à Mantoue, à l’âge de vingt-huit ans. Il est d’abord inhumé dans l’église San Francesco de Mantoue, revêtu de son armure, puis sa dépouille sera plus tard transférée à Florence, dans les Chapelles Médicéennes de l’église San Lorenzo, où elle repose auprès de celle de son épouse Maria Salviati.
La dépouille de Giovanni a été exhumée à trois reprises : en 1857, en 1946-1947 et en 2012. Cette dernière exhumation, réalisée dans le cadre du « Projet Médicis » mené par l’université de Pise sous la direction du paléopathologiste Gino Fornaciari, avait pour objectif de préserver les restes, endommagés par la grande inondation de Florence de 1966, et de déterminer les causes exactes de la mort du condottiere.
Les résultats de l’examen scientifique ont apporté des informations inattendues. L’analyse des ossements a révélé que l’amputation avait été pratiquée en dessous du genou, et non au-dessus comme le rapportaient les récits contemporains. Le tibia et le péroné ont été sectionnés, mais aucun dommage n’a été constaté sur le fémur. Les conclusions de l’étude ont confirmé que la cause la plus probable de la mort était une gangrène suivie d’une septicémie.
La mort de Jean des Bandes Noires a été interprétée par l’historiographie comme le symbole de la fin d’une époque. Il est fréquemment désigné comme « le dernier des grands condottieres » italiens, représentant d’un mode de guerre fondé sur la bravoure individuelle, le charisme du chef et la mobilité de la cavalerie, qui cède progressivement la place à un art militaire dominé par l’artillerie de campagne et l’infanterie de masse.

Les conséquences immédiates de sa mort sont désastreuses pour la Ligue de Cognac. Privée de son commandant le plus agressif et le plus capable, la coalition se montre incapable de ralentir la progression des troupes impériales vers le sud. Six mois après sa mort, le 6 mai 1527, les lansquenets de Georg von Frundsberg entrent dans Rome et se livrent au sac de la ville, l’un des épisodes les plus traumatisants de l’histoire de la Renaissance italienne.
Si Jean des Bandes Noires laisse un héritage militaire et symbolique considérable, c’est avant tout par la lignée qu’il fonde que son importance historique se révèle la plus durable. Son fils unique, Cosimo, n’a que 7 ans au moment de la mort de son père. Sa mère Maria Salviati, veuve à 27 ans, refuse tous les prétendants et consacre le reste de sa vie à l’éducation de son fils.
En janvier 1537, à la suite de l’assassinat d’Alessandro de’ Medici, duc de Florence, le jeune Cosimo, alors âgé de 17 ans, est choisi pour lui succéder à la tête de l’État florentin. Cosme Ier s’avère un souverain habile et ambitieux. Il consolide son pouvoir à Florence, annexe la république de Sienne en 1555 et obtient du pape Pie V, en 1569, le titre de grand-duc de Toscane. La branche cadette des Médicis supplante définitivement la branche aînée et fonde une dynastie qui régnera sur la Toscane jusqu’en 1737.
L’héritage dynastique de Giovanni s’étend bien au-delà de la Toscane. Par les mariages successifs de ses descendants, son sang irrigue les principales familles régnantes d’Europe. Sa descendante Marie de Médicis épouse Henri IV de France en 1600, devenant reine puis régente du royaume.
La postérité de Giovanni doit beaucoup à Pietro Aretino, dont les écrits ont contribué à façonner l’image d’un guerrier héroïque et charismatique. Cosme Ier commande une statue de son père au sculpteur Baccio Bandinelli, installée sur la place San Lorenzo à Florence. Une autre statue se dresse sous le portique de la galerie des Offices. L’armure funéraire de Giovanni est conservée au musée Stibbert de Florence.
En 1930, un croiseur de la Regia Marina reçoit le nom de Giovanni delle Bande Nere. Plus récemment, en 2022, un patrouilleur hauturier a également été lancé sous le même nom. Au cinéma, le réalisateur Ermanno Olmi lui a consacré le film Le Métier des armes (2001), qui retrace fidèlement la dernière semaine de la vie du condottiere.


6 avril 1849 : naissance du peintre britannique John William Waterhouse.
John William Waterhouse est un peintre britannique né à Rome en le 6 avril 1849, fils de deux artistes anglais. Baigné dès l’enfance dans l’atmosphère des musées italiens, il développe très tôt une sensibilité particulière pour la beauté classique et la lumière méditerranéenne.
De retour en Angleterre, il intègre la Royal Academy of Arts de Londres, où il expose régulièrement à partir de 1874. Ses premières œuvres s’inscrivent dans la tradition académique, avec des scènes inspirées de l’Antiquité gréco-romaine. Mais c’est à partir des années 1880 qu’il trouve véritablement sa voie, en se rapprochant du mouvement préraphaélite, dont il partage l’amour du détail, de la couleur vibrante et des sujets littéraires et mythologiques.
Waterhouse est surtout célèbre pour ses représentations féminines d’une grande puissance évocatrice. Des figures comme Circé, Ophélie, la Dame de Shalott ou Hylas et les Nymphes peuplent une œuvre où le monde antique et la légende arthurienne se mêlent dans des paysages luxuriants. Sa technique, à la fois rigoureuse et sensuelle, lui vaut d’être surnommé le « dernier des préraphaélites », bien qu’il n’ait jamais officiellement fait partie de la confrérie fondée par Rossetti et Millais.
Élu membre à part entière de la Royal Academy en 1895, il jouit d’une reconnaissance considérable de son vivant. Il meurt à Londres en 1917, laissant derrière lui une œuvre d’environ 200 tableaux, reconnus aujourd’hui parmi les plus emblématiques de la peinture victorienne tardive.

6 avril 1862 : bataille de Shiloh.
La bataille de Shiloh fut un affrontement majeur du théâtre occidental de la guerre de Sécession qui eut lieu les et dans le sud-ouest du Tennessee. Une armée de l’Union commandée par le major-général Ulysses S. Grant avait pénétré profondément dans le territoire sudiste en longeant la rivière Tennessee et avait établi son camp à Pittsburg Landing sur la rive ouest du fleuve. Les forces confédérées des généraux Albert Sidney Johnston et Pierre Gustave Toutant de Beauregard lancèrent une attaque surprise sur l’armée nordiste.
Le premier jour de la bataille, les Confédérés attaquèrent avec l’objectif de repousser les nordistes dans les marais de Owl Creek à l’ouest de la rivière et avec l’espoir de vaincre l’armée du Tennessee de Grant avant l’arrivée prévue de l’armée de l’Ohio du major-général Don Carlos Buell. La confusion liée à la violence des combats permit aux hommes de Grant de se retirer vers le nord-est en direction de Pittsburg Landing, une position située sur une route partiellement inondée surnommée Hornet’s Nest. La défense nordiste, soutenue par de nombreuses pièces d’artillerie, parvint à repousser l’attaque sudiste dans l’après-midi. Le général Johnston fut tué durant le premier jour de la bataille et Beauregard, son commandant en second, décida de lancer une attaque dans la soirée.
Cette offensive fut cependant contrecarrée par l’arrivée des renforts de l’armée de l’Ohio et les commandants de l’Union déclenchèrent à l’aube une contre-attaque sur l’ensemble de la ligne. Les sudistes furent forcés de se replier en direction de Corinth et ne pouvaient plus s’opposer à l’avancée de l’Union dans le nord du Mississippi. La bataille fut, à ce moment, la plus sanglante de l’histoire des États-Unis.

6 avril 1865 : bataille de Sayler’s creek (Amérique du Nord).
La bataille de Sayler’s Creek (également connue sous le nom de Sailor’s Creek, Hillsman Farm ou Lockett Farm) a lieu le , au sud-ouest de Petersburg (Virginie), dans le cadre de la campagne d’Appomattox, dans les derniers jours de la guerre de Sécession.
Le , la cavalerie de l’Union de Philip Sheridan et des éléments des IIe et VIe Corps, lancent une offensive à Sayler’s Creek. Deux divisions confédérées combattent le VIe corps de l’Union le long du cours d’eau. Les confédérés tentent une contre-attaque, mais ils sont repoussés. L’artillerie de l’Union, déployée sur Hillsman Farm joue un rôle clé dans cet affrontement.
La cavalerie de l’Union coupe droit à travers les lignes confédérées, et les isole. La plupart des soldats confédérés pris au piège se rendent alors, dont les généraux Richard S. Ewell, Seth M. Barton, James P. Simms, Joseph B. Kershaw, Custis Lee (le fils de Robert E. Lee), Dudley M. Du Bose, Eppa Hunton et Montgomery D. Corse. En tout, c’est près de 8 000 hommes, soit près d’un quart de l’armée confédérée, qui se rendent au terme de cette bataille.
Le contre-amiral confédéré John Randolph Tucker et son escadron naval, fort de 300 à 400 hommes, participent également à cet affrontement. Ainsi, des marins se sont battus à Sayler’s Creek. John R. Tucker fait aussi partie des officiers généraux capturés à l’issue de la bataille.
Plus loin, le IIe corps de l’Union repousse John Brown Gordon et ses troupes, qui avaient pris à tort une autre route.
Le décompte exact des pertes (disparus, morts, blessés et capturés) dans chaque camp est imprécis. On évalue les pertes confédérées à 7 ou 8 000 hommes, et environ 1 500 à 2 400 pour l’Union. Le National Park Service estime un décompte total des pertes des deux camps à 9 980.
Sheridan porte un rude coup à l’armée de Virginie du Nord à Sayler’s Creek. Voyant le flot des rescapés, hagards, s’écouler le long de la route, Lee s’exclame : « Mon Dieu, l’armée s’est dissoute ? ».
Trois jours plus tard, Lee signait sa reddition, et à sa suite, le reste de la Confédération.

6 avril 1941 : opérations 25 et Marita : invasion de la Yougoslavie et de la Grèce par l’Allemagne.
La bataille de Grèce (aussi appelée opération Marita, en allemand : Unternehmen Marita) est une campagne militaire de la Seconde Guerre mondiale qui s’est déroulée sur le territoire grec et en Albanie au printemps 1941. Elle a opposé les forces de l’Axe aux Alliés (Grèce et Commonwealth). Avec la bataille de Crète et plusieurs autres actions navales, la bataille de Grèce fait partie du théâtre égéen de la campagne des Balkans.
La bataille de Grèce est la suite de la guerre italo-grecque commencée à l’automne 1940. Le , l’Italie envahit la Grèce à partir de l’Albanie qu’elle occupe déjà depuis . Cependant, l’armée grecque prouve qu’elle peut résister et contre-attaque, forçant l’armée italienne à battre en retraite. Vers la mi-décembre, les Grecs occupent à leur tour un quart du territoire albanais. En , une nouvelle offensive italienne échoue, mettant fin aux prétentions italiennes en Grèce, et obligeant l’Allemagne à intervenir pour venir en aide à son allié.
Le , l’Allemagne envahit la Grèce depuis la Bulgarie afin de sécuriser son front sud. L’armée grecque, largement inférieure en nombre et en équipement, s’effondre. Athènes tombe le pendant que le Commonwealth réussit à évacuer près de 50 000 hommes. La bataille de Grèce s’achève le avec la chute de Kalamata. À l’issue de la bataille de Grèce, le pays est divisé en trois zones d’occupation entre les Allemands, les Bulgares et les Italiens, jusqu’au retrait des troupes italiennes en 1943 et la retraite des Allemands en .
La bataille de Grèce est considérée par certains historiens comme décisive dans le cours de la Seconde Guerre mondiale car l’invasion de la Grèce a retardé le déclenchement de l’invasion de l’URSS par l’Allemagne, décalant cette dernière vers l’hiver. La résistance des soldats grecs a été saluée tant par les Alliés que par les Allemands.

6 avril 1949 : premier vol de l’hydravion Nord Noroit 1401.
Le Nord 1400 Noroit était un hydravion de reconnaissance et de sauvetage air-mer français conçu et construit par Nord Aviation pour la Marine nationale.
Ce monoplan à ailes en mouette cantilever possédait un fuselage à deux redan. Il était doté d’un empennage horizontal cantilever et de trois dérives. Il disposait d’une cabine fermée pour les sept membres d’équipage et d’une grande cabine arrière pour les opérations de sauvetage. L’appareil était bimoteur, avec un moteur placé sur le bord d’attaque de chaque aile. Le prototype, en version hydravion, effectua son premier vol le 6 janvier 1949, propulsé par deux moteurs radiaux Gnome-Rhône 14R de 1 200 kW (1 600 ch). Le second appareil fut équipé d’un train d’atterrissage classique rétractable pour les opérations amphibies, une modification qui fut ensuite apportée au prototype.
Les deux appareils suivants, ayant effectué leur premier vol en 1949, furent désignés Nord 1401 Noroit et équipés de deux moteurs Junkers Jumo 213 de 1 300 kW (1 800 ch). Ils furent également testés avec deux moteurs radiaux Bristol Hercules. Ces deux appareils furent modifiés pour devenir des prototypes de série, désignés Nord 1402 Noroit, et furent suivis par 21 autres exemplaires. Le dernier fut livré à la Marine nationale en 1956.

Variantes :
- Nord N.1400 Noroit : Deux prototypes avec des moteurs radiaux Gnome-Rhône 14R de 1 200 kW (1 600 ch).
- Nord N.1400-01 : Le premier prototype N.1400 Noroit.
- Nord N.1400-02 : Le deuxième prototype N.1400 Noroit.
- Nord N.1401 Noroit : Deux avions de préproduction avec des moteurs Junkers Jumo 213 de 1 300 kW (1 800 ch) , modifiés ultérieurement au standard 1402.
- Nord N.1402 Noroit : Variante de production, propulsée par des moteurs Arsenal 12H de 1 600 kW (2 100 ch) ; 21 exemplaires construits plus deux avions de pré-production 1401 modifiés.
6 avril 1991 : opération Libage (Nord de l’Irak et Turquie).
Dans le cadre de l’opération américaine Provide comfort et en application des résolutions 687 et 688 de l’ONU, la France détache des éléments du service de santé des armées, protégés par les 3e et 8e RPIMa. Il s’agit d’une aide humanitaire destinée aux Kurdes que Saddam Hussein persécute et oblige à se réfugier en Turquie. L’opération est engagée le 6 avril 1991 et les premières missions aériennes ont lieu le 8 avril.
L’opération a compté cinq phases. La première, du 16 au 22 avril, correspond à la période des premiers secours d’urgence, pendant laquelle est organisé un relais humanitaire en territoire irakien avec une antenne médicale et une antenne chirurgicale. Parallèlement, la base logistique avancée de Silopi (Turquie) est opérationnelle dès le 29 avril. Le détachement Alat (Aviation légère de l’Armée de terre) s’y installe avec une dizaine d’appareils.
Cependant, pour encourager le retour des réfugiés en Irak, vers leurs régions naturelles d’implantation occupées par l’armée de Saddam Hussein, il devient très vite nécessaire de créer une vaste zone de sécurité répartie en secteurs, s’étendant sur une longueur de 100 kilomètres et une largeur de 50. La responsabilité du secteur le plus à l’est incombe à la France.
La mise en œuvre de cette décision nécessite une véritable opération militaire qui se traduit pour les Français par la mise sous contrôle tactique britannique, du 2 au 6 mai, d’une unité française, la constitution d’un état-major tactique, la réalisation, le 6 mai, d’une opération combinée aéroterrestre sous commandement français pour s’emparer des accès est de notre secteur. Des unités américaines et italiennes participent à cette opération à côté de nos parachutistes. Certaines d’entre elles resteront ensuite sous contrôle tactique français. Un deuxième relais humanitaire est mis en place à compter du 10 mai, afin d’aider les réfugiés au plus loin sur leurs itinéraires de repli.
Après cette deuxième phase, le système d’aide humanitaire français entre dans son régime de croisière. Les actions sont nombreuses : distribution de vivres, de vêtements, transport de réfugiés, déminage, épuration et distribution d’eau, remise en état de l’infrastructure, sont le lot quotidien des parachutistes.
La recherche du renseignement de tout ordre et la coordination des actions entre Alliés, ONG (Organisations non gouvernementales), ONU (Nations unies), deviennent absolument nécessaires et imposent la mise en place d’officiers de liaison.
La ville de Dihok est « ouverte » par les Alliés le 20 mai. Les réfugiés de la plaine, originaires de cette importante cité, amorcent alors, en grand nombre, leur retour.
Les forces alliées ne désirant pas prolonger leur présence en Irak au-delà du temps nécessaire, la coordination de l’aide humanitaire est transférée ensuite progressivement à l’ONU. Les ONG prennent le relais des militaires dans l’action entreprise. Le dispositif français peut donc se désengager progressivement dès le début du mois de juin.
L’opération s’achève par une phase d’attente du désengagement total et de constitution d’une force dissuasive résiduelle, en raison du retard dans la mise en place des Casques bleus de l’ONU et de l’état des négociations entre Kurdes et Irakiens.
Le dernier détachement français quitte l’Irak le 15 juillet, et les troupes embarquent le 19 juillet pour la France, à l’exception d’une compagnie du 8e RPIMa renforcée par une section du 17e Régiment du génie parachutiste (RGP), destinées au bataillon de la force résiduelle.
Les forces de la coalition ont usé du tout nouveau droit d’ingérence sans être placées sous mandat de l’ONU et en l’absence d’un réel cadre juridique, ce qui n’a pas été sans poser quelques problèmes quant à la définition des missions et des actions possibles. L’opération a mis en œuvre des moyens considérables en engendrant au début une certaine « concurrence » entre alliés afin de faire connaître au monde le caractère déterminant de leurs actions nationales. La répartition des responsabilités, non seulement entre Nations mais aussi entre organismes français sur place, a donc présenté quelques difficultés dans les premiers jours, et a nécessité une liaison étroite et permanente avec Paris, en raison de l’implication politique des décisions prises sur le terrain.
L’aspect sécurité a été très important. Seule la couverture du retour des réfugiés par un dispositif adapté face à l’armée irakienne a permis de les décider à quitter la zone. L’opération a donc été bien plus qu’une simple action humanitaire. À partir du 30 juin, c’est d’ailleurs ce volet qui a pris le pas sur l’assistance proprement dite, progressivement prise en charge par les ONG.
Aussi, l’acquisition du renseignement a été primordiale, tant pour connaître les actions des pays alliés que pour estimer les réactions irakiennes ou le volume des flux de réfugiés et adopter un dispositif adapté. Les incertitudes sur la durée de l’opération, dont nous n’étions pas entièrement maîtres, la mouvance du dispositif, n’ont pas simplifié non plus, tant s’en faut, la planification de la logistique compte tenu des distances et des délais d’acheminement.
Cependant, la France, en l’absence d’une entité UEO (Union de l’Europe occidentale), a pu imposer sa propre conception du « relais humanitaire » et a acquis au fil des jours une réelle indépendance et une bonne image de marque.
La coopération avec les forces militaires alliées est rapidement devenue excellente, notamment dans le secteur français où des unités espagnoles, italiennes, belges, britanniques et américaines ont été placées sous notre contrôle tactique. Il semble également que les ONG collaborant avec les militaires français ont été surprises par leur volonté d’ouverture. Cette œuvre commune a certainement permis une meilleure compréhension réciproque, qui est de bon augure pour d’éventuelles opérations de ce type à venir.
Enfin, les parachutistes français qui ont participé à Libage ont pu se convaincre qu’une intervention – qu’elle soit militaire ou humanitaire – se situe toujours dans un contexte de crise où la rapidité d’action, la faculté d’adapter nos moyens à une situation toujours fluctuante, sont les facteurs déterminants du succès.
C’est en ce sens que l’Armée de terre est naturellement préparée à ce type d’action, qui permet en outre à nos engagés de donner le meilleur d’eux-mêmes dans des circonstances aussi dramatiques et dangereuses que celles de bon nombre d’opérations plus spécifiquement militaires.
6 avril 1994 : l’avion présidentiel rwandais est abattu.
Le président rwandais Juvénal Habyarimana et le président burundais Cyprien Ntaryamira sont tués dans le crash du Falcon 50 présidentiel rwandais en phase d’atterrissage à Kigali (Rwanda), alors qu’ils rentrent d’Arusha (Tanzanie) où ils viennent de signer un accord de paix.
La provenance des missiles tirés et l’identité des tireurs font aujourd’hui encore débat. L’équipage français de l’appareil ainsi que tous ses occupants périssent. L’attentat déclenche une gigantesque vague de violence aboutissant au génocide rwandais (800 000 morts).





