dimanche 26 mai 2024

Rwanda, une repentance de trop ?

Le président de la République E. Macron persiste dans ses actes de repentance. Cette semaine, c’est l’affirmation renouvelée de la responsabilité de la France dans le génocide rwandais, tragédie bien sûr complètement condamnable. Il est toujours possible de s’interroger trente ans après, si et comment cela aurait pu être évité. Certes le premier geste est celui de commémorer et dans ce cas il faut participer à ces cérémonies mais faut-il en faire plus ? 

Aussi que recherche le président de la République ? Effacer la perte d’influence de la France en Afrique constatée notamment dans le Sahel d’où nous avons été expulsés et qu’il faut bien lui imputer ? Nous ouvrir des marchés dans un pays aux faibles ressources mais autoritaire et à l’ambition d’être une puissance militaire, au point de soutenir un mouvement armé en RDC ?

Bref, politiquement, est-ce que ces repentances permanentes aujourd’hui le Rwanda, hier l’Algérie par exemple au succès tout aussi infime, renforcent l’influence de notre pays ?

Si c’est cela la politique étrangère de la France en Afrique comme d’ailleurs en Europe au sein de l’Union européenne ou face à la Russie au début de la guerre russo-ukrainienne, on peut s’interroger sur la crédibilité de ceux qui construisent la place de notre pays sur l’échiquier international. À se demander s’il y a une vision à long terme et s’il ne s’agit pas simplement de se mettre personnellement en valeur pour laisser une place dans l’histoire de notre pays.

En attendant, pour resituer la question rwandaise, notamment en précisant le rôle des forces de l’ONU sur place, je mets en ligne cet article que j’ai rédigé en mai 1994 pour la Revue Défense nationale. Premier article au profit d’une chronique mensuelle sur l’ONU qui s’est étalée sur trois ans, il traitait de la situation au Rwanda. À cette époque, j’étais officier stagiaire à l’Ecole de guerre et j’étais bien sûr en contact avec la cellule de crise du centre opérationnel de l’état-major des armées pour ce qui est des informations factuelles.

À noter que je n’ai pas attendu d’avoir quitté l’institution militaire pour écrire sur ce drame à la différence d’anciens officiers que j’entends parfois et plutôt « un » ex-officier, sans doute en mal de reconnaissance, au point de salir les armées pourtant exemplaires dans le contexte politique et humanitaire de cette tragédie. Mais bon…

Ci-dessous l’article rédigé en mai 1994.

Général (2S) François CHAUVANCY
Général (2S) François CHAUVANCY
Saint-cyrien, breveté de l’École de guerre, docteur en sciences de l’information et de la communication (CELSA), titulaire d’un troisième cycle en relations internationales de la faculté de droit de Sceaux, le général (2S) François CHAUVANCY a servi dans l’armée de Terre au sein des unités blindées des troupes de marine. Il a quitté le service actif en 2014. Consultant géopolitique sur LCI depuis mars 2022 notamment sur l'Ukraine et sur la guerre à Gaza (octobre 2023), il est expert sur les questions de doctrine ayant trait à l’emploi des forces, les fonctions ayant trait à la formation des armées étrangères, la contre-insurrection et les opérations sur l’information. A ce titre, il a été responsable national de la France auprès de l’OTAN dans les groupes de travail sur la communication stratégique, les opérations sur l’information et les opérations psychologiques de 2005 à 2012. Depuis juillet 2023, il est rédacteur en chef de la revue trimestrielle Défense de l'Union des associations des auditeurs de l'Institut des Hautes Etudes de la Défense Nationale (IHEDN). Il a servi au Kosovo, en Albanie, en ex-Yougoslavie, au Kosovo, aux Émirats arabes unis, au Liban et à plusieurs reprises en République de Côte d’Ivoire où, sous l’uniforme ivoirien, il a notamment formé pendant deux ans dans ce cadre une partie des officiers de l’Afrique de l’ouest francophone. Il est chargé de cours sur les questions de défense et sur la stratégie d’influence et de propagande dans plusieurs universités. Il est l’auteur depuis 1988 de nombreux articles sur l’influence, la politique de défense, la stratégie, le militaire et la société civile. Coauteur ou auteur de différents ouvrages de stratégie et géopolitique., son dernier ouvrage traduit en anglais et en arabe a été publié en septembre 2018 sous le titre : « Blocus du Qatar : l’offensive manquée. Guerre de l’information, jeux d'influence, affrontement économique ». Il a reçu le Prix 2010 de la fondation Maréchal Leclerc pour l’ensemble des articles réalisés à cette époque. Il est consultant régulier depuis 2016 sur les questions militaires au Moyen-Orient auprès de Radio Méditerranée Internationale. Animateur du blog « Défense et Sécurité » sur le site du Monde à compter d'août 2011, il a rejoint en mai 2019 l’équipe de Theatrum Belli.
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1 COMMENTAIRE

  1. On devrait parler DES génocideS.
    Celui de Hutus (et plus si affinités) mené par des Tutsis du FPR depuis l’Ouganda avec fort soutien des USA pour conquérir le Rwanda.
    Celui mené par des Hutus – fous de haine et de peur – contre des Tutsis (et plus si affinités) quand il est devenu évident que le FPR tutsi allait reconquérir le Rwanda au bénéfice d’une ethnie comptant 15 à 18 % de la population.
    Celui mené par les Tutsis du FPR ou le M23 contre les Hutus, notamment en RDC, ce dernier étant toujours en cours et visant à faire main basse sur les richesses minières de la RDC qui sont ensuite exportées depuis le Rwanda.
    Seul un découpage narratif mensonger isolant seulement le second – et incontestable – génocide est pris en compte. Combien de Tutsis et de Hutus ont été ou seront massacrés au total, on n’en sait rien. Par contre, sans l’assaut du FPR tutsis contre le Rwanda, rien de ces horreurs n’aurait eu lieu. Mais les anglo-saxons avaient leurs visées sur le Rwanda pour agir en RDC et piller.
    Que la France soit seule mise en cause avec accord et repentance de Sarkozy et Macron sans que Kagamé et les USA – dont il est l’agent – le soient, ahurissant ou parfait exemple de notre perte de souveraineté, de dignité. Un vieux truc US de faire passer leurs adversaires pour des coupables voire des monstres tandis qu’ils seraient des chevaliers blancs. De l’art, en usant de proxys, de ne pas se salir les mains d’atrocités – comme en Ukraine – tout en les faisant commettre pour en tirer tout le profit. Salir la France, cela fait d’ailleurs partie des profits.

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