SCARABEE, le nouveau cheval (blindé) de bataille d’Arquus


Pour son premier anniversaire, la société ARQUUS, créée à partir des anciennes marques Renault Trucks Defense, Panhard et ACMAT, se raconte en bande dessinée. A l’heure où la société présente son véhicule hybride « SCARABEE » destiné potentiellement à remplacer les VBL (entrés en service en 1990) à travers l’appel d’offre qui sera émis par les ministères des Armées concernant les véhicules blindés d’aide à l’engagement (VBAE).

Participant activement au patrimoine industriel militaire français, l’épopée d’ARQUUS a démarré voici plus d’un siècle avec des noms prestigieux comme René PANHARD, Émile LEVASSOR, Marius BERLIET, Louis RENAULT et Paul LEGUEU.

La Première Guerre mondiale vit le développement et la production de camions et de chars. La guerre changeait de visage pour devenir industrielle, technique, mécanisée…moderne. A partir de 1916, « le transport automobile connaît un développement quasi exponentiel et prolonge le rail de plus en plus efficacement : il permet d’approvisionner les armées jusqu’à une cinquantaine de kilomètres des terminus ferroviaires.  (…) Alors que les Alliés disposent de près de 200 000 véhicules automobiles, les Allemands n’en possèdent pas plus de 40 000, qui sont en outre sous-utilisés du fait de la pénurie de carburant ». *

Le premier char moderne, le mieux conçu de la Grande Guerre, reste le Renault FT17, char léger de 7 tonnes, avec ses chenilles basses « héritées des tracteurs Holt », son canon de 37 mm et sa mitrailleuse Hotchkiss, qui connaîtra son premier engagement le 31 mai 1918 pendant la troisième bataille de l’Aisne. Il recevra l’appellation populaire de « char de la victoire ». Alors capitaine, Georges PATTON créa en novembre 1917 une école des blindés légers de la force expéditionnaire avec quelques Renault FT avec lesquels il combattit l’année suivante.

Au fil des décennies, ARQUUS a produit des véhicules emblématiques qui ont été déployés au sein de l’armée française : AML, EBR (entré en service en 1949 et qui portera la dépouille du général De Gaulle le 12 novembre 1970), ERC-90, VBL, VLRA, VAB…

VT4

Aujourd’hui ARQUUS soutient 80% du parc français de véhicules à roues. La société remplace progressivement le P4 (dans les forces depuis 1982 !) par le VT4 sur la base du 4X4 Ford Everest que la société transforme complètement pour le militariser avec plus de 600 références de pièces. La première unité à en bénéficier l’année dernière fût le 12e régiment de cuirassiers à Olivet. Les sept axes de recherche concernent l’architecture, la mobilité, l’énergie, la robotisation, la protection, la fonction feu et le soutien. 500 ingénieurs sont mobilisés dans la recherche et développement notamment sur des technologies permettant d’opérer des véhicules à distance, sur leur autonomie. Des études sont en cours concernant les convois militaires avec des camions sans conducteur (sauf pour le véhicule de tête). Cette technologie réduirait les risques pour l’équipage.

Développé sur fonds propres, ARQUUS présente un prototype de véhicule blindé au design futuriste, qui candidatera certainement pour l’appel d’offre du ministère des Armées concernant le programme VBAE (véhicule blindé d’aide à l’engagement). Le véhicule ne laisse pas indifférent, « racé » et plus lourd que les VBL (6 tonnes à vide et 8 tonnes avec tous les emports) il pourra dépasser les 120 km/h avec une autonomie de 800/1000 km avec deux moteurs (un diesel de 300 ch placé à l’arrière et un électrique de 75 kW).

Il est équipé d’une direction arrière indépendante, qui lui permet de rouler en crabe et de faire un braquage inversé, permettant ainsi un demi-tour sur place. Une originalité : Les portes coulissantes électriques permettent aux soldats de pouvoir sortir du véhicule dans des rues étroites. Cette disposition technique pose toutefois question car des portières traditionnelles sur deux gonds apportent une protection au soldat sortant d’un véhicule en servant de bouclier. Qu’en est-il de cette ouverture coulissante si le rail se trouve endommagé par des tirs ? L’entreprise développe en parallèle une solution avec des portes classiques. Le SCARABEE peut embarquer une tourelle pouvant être équipée d’une mitrailleuse 12,7, un canon de 30 mm, un lance-missile MMP ou bien un lance-roquettes à induction, comme Thales l’a présenté récemment sur son véhicule Hawkei lors du salon du SOFINS. ARQUUS travaille pour rendre son véhicule aérolargable en parachute (un impératif pour le général COLLET, commandant de la 11e brigade parachutiste), amphibie (comme le sont actuellement les VBL)…

Le véhicule a été conçu pour être d’une maintenance simple, avec un treillis déposable pour les opérations lourdes et un accès facilité à l’ensemble des composants pour la maintenance quotidienne.

ARQUUS prévoit également une remorque tractée par le SCARABEE qui pourra être autonome et/ou opérable à distance.

Ce véhicule, bardé de technologies, n’en est qu’à ses débuts. Il connaîtra des modifications au fur et à mesures des tests et devra au final devenir un judicieux mariage entre rusticité et technologie, afin de permettre une efficacité à travers tous types de configurations tout en proposant un coût de maintenance acceptable. Quoiqu’il en soit un véhicule innovant à suivre de près….

Stéphane GAUDIN

Crédit photos / images : ARQUUS

———————–

(*) Dictionnaire de la Grande Guerre 1914-1918, sous la direction de François COCHET et Rémy PORTE, p 649-650, Éditions Robert LAFFONT, 2008.

Previous HISTOIRE : Chronique culturelle du 19 juin
Next Les armées françaises renforcent leurs communications sécurisées et à haut débit par satellite avec les technologies Thales

No Comment

Leave a reply

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.