Vers un retour du combat de haute intensité (Dossier du G2S n°26)

Le titre de cet important dossier consacré aux conséquences d’un éventuel retour au combat de haute intensité ne doit pas être détourné ou mal interprété.

Notre propos n’est pas de nous inventer un nouvel ennemi apte à justifier des efforts budgétaires supplémentaires pour y faire face. Nous souhaitons avant tout éclairer le lecteur sur un contexte géopolitique fortement dégradé, dont les conséquences pourraient être désastreuses pour un pays qui ne s’y préparerait pas.

Même si la situation n’a plus rien à voir, nous qui dans nos premières années d’engagement, avons tourné nos regards sur nos frontières de l’est, savons pleinement que rien n’est jamais définitivement acquis.

Comme à l’accoutumée, les articles qui suivent sont le reflet de la pensée de leur auteur et ne sauraient en aucun cas être assimilés à une pensée monolithique « armée de Terre ».

Nous connaissons suffisamment bien nos successeurs pour savoir qu’eux aussi ont une nette conscience du contexte géostratégique dans lequel s’inscrit la France. Ils ont toutes compétences pour y répondre au mieux des intérêts de notre Nation.


Engagement majeur, engagement de haute intensité. De quoi parle-t-on réellement ? Ces termes qui appartiennent au langage militaire, sans toutefois y recouvrer une définition précise, peuvent apparaître à nos concitoyens comme une notion floue. Il convient donc en introduction de ce dossier de préciser ce que pourrait être un tel type d’engagement.

L’appellation « haute intensité » est vraisemblablement l’enfant de la pratique consistant à contourner les réalités incommodantes ou effrayantes par des ellipses ou des périphrases.

Or, de quoi s’agit-il ? Évoque-t-on un sévère accrochage, pendant quelques heures, d’une unité engagée en opérations extérieure ? Ou bien envisage-t-on plutôt une large bataille de chars et d’artillerie, semblable à celles que la seconde guerre mondiale a inscrites dans notre imaginaire ?

En réalité, il s’agit bien ici de la guerre. Ce mot que nous avons écarté de notre langage depuis le conflit algérien, il y a soixante ans, à l’exception d’une courte réapparition, au début des années 90, à l’occasion de la première guerre du Golfe.

Le propos de ce dossier est donc d’envisager la perspective d’un conflit armé conséquent, que l’on considérera, pour notre réflexion, conduit hors du territoire national.

Certes, notre expérience des opérations extérieures doit servir de base à notre réflexion, mais il convient d’aller au-delà pour un conflit qui pourrait présenter quatre caractéristiques dont les conséquences majeures seront abordées dans les différents chapitres de ce dossier :

  • son ampleur par la quantité de forces déployées ;
  • sa violence, impliquant des pertes à un niveau inconnu pour notre pays, du fait d’un adversaire lourdement équipé, fortement motivé et pouvant agir selon des références culturelles ne correspondant pas à notre éthique ni au droit de la guerre ;
  • son caractère multinational, avec les atouts mais aussi les contraintes et les fragilités qu’entraîne cette configuration ;
  • ses effets très importants sur le territoire national, tant en termes de sécurité, que par la mise en place d’une forme « d’économie de guerre » partielle, touchant les secteurs nécessaires au soutien de l’engagement (armement, transport, santé, information…).

Lourdes pertes, « coup de collier » budgétaire et industriel, menaces sur le territoire national, nous sortons là de toute situation connue depuis le milieu du siècle dernier. Pour s’y préparer, autant qu’il en soit possible, il convient de bien en circonscrire le cadre de l’action, dans toutes ses dimensions. C’est l’objet des pages qui suivent.

Bonne lecture.

GCA (2S) Éric MARGAIL


SOMMAIRE

  • Introduction
  • La haute intensité : une exigence stratégique, un choix politique
  • La Première Armée française avant la chute du mur de Berlin
  • Les conflits actuels et leurs nouvelles problématiques
  • De l’utilité de l’étude de scénarios
  • Les éventuels futurs conflits majeurs et leur conséquence pour la France
  • La victoire de haute intensité est bien plus qu’une victoire de haute technologie
  • La haute intensité, un défi pour l’industrie d’armement
  • De la basse à la haute intensité : évolution et non-révolution
  • Faut-il rétablir le service national ?
  • Et si l’arrière craquait ?
  • Menaces oubliées, savoir-faire négligés…
  • Notre système de PC actuel est-il adapté au combat de haute intensité ?
  • Le domaine munitionnaire au défi de la haute intensité
  • Le soutien médical d’un engagement de haute intensité
  • Bundeswehr et haute intensité
  • En guise de conclusion
CERCLE MARÉCHAL FOCH
CERCLE MARÉCHAL FOCH
Association regroupant les généraux de l’armée de Terre ayant quitté le service actif, le Cercle Maréchal Foch accueille également des officiers généraux des services et de la DGA ayant servi dans l'armée de Terre ou ayant eu des liens étroits avec elle. Le CMF contribue aux réflexions sur les enjeux de défense et sécurité et favorise le partage d’expériences, l’échange intergénérationnel et le maintien de l’esprit de camaraderie au sein des forces armées, témoignant ainsi de la fraternité qui unit ces serviteurs de la Nation. Le CMF est partenaire du site THEATRUM BELLI depuis 2017. (Nous contacter : Cercle Maréchal Foch – 1, place Joffre – BP 23 – 75700 Paris SP 07).

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4 Commentaires

  1. OK, c’est bon, j’ai trouvé !! (mais le fait est que ça n’est pas évident pour quiconque n’est pas bien familier avec les « trucs » d’Internet…)

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