dimanche 21 juillet 2024

L’armée de Terre commémore les 80 ans de la Libération sur le plateau des Glières

À la veille des cérémonies officielles, l’armée de Terre a commémoré les 80 ans de la Libération en poursuivant ses entraînements sur les lieux mêmes des combats de 1944. Les soldats du 27e Bataillon de chasseurs alpins d’Annecy ainsi que ceux du 1er Régiment de chasseurs parachutistes se sont entraînés sur les lieux d’un des plus hauts faits d’armes des maquisards en 1944, lors d’un exercice historico-tactique mené le samedi 6 avril 2024 sur le plateau des Glières.

Une opération aéroportée, a été réalisée grâce à l’appui de l’armée de l’Air et de l’Espace. Une section de soldats du 1er RCP ainsi que du matériel militaire a été parachutée et recueillie par une section du 27e BCA. Les deux sections ont ensuite mené une infiltration en vue d’une embuscade sur le chalet d’Ablon, chalet historique du plateau des Glières.

Reportage photos (Crédit : AdT)

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VIVRE LIBRE OU MOURRIR

Le 26 mars 1944, en Haute-Savoie, les chasseurs de montagne allemands donnent l’assaut au plateau des Glières, que tiennent depuis le début de l’année un demi-millier de maquisards. Ainsi se termine un épisode tragique qui a vu s’affronter pendant plusieurs semaines les volontaires de la Résistance et les forces de maintien de l’ordre du gouvernement de Vichy.

L’armistice est un leurre, et nous devrons un jour reprendre la lutte contre l’occupant !

Telle est l’opinion de beaucoup d’officiers de l’armée d’Armistice, réduite, sur l’ordre des Germano-Italiens, à 100 000 hommes stationnés en zone libre.

Une apparente fidélité au maréchal Pétain .et au gouvernement de Vichy ne doit pas cacher le désir qu’éprouvent un grand nombre de cadres et d’hommes du rang de reprendre les armes contre ceux qui ont battu la France et occupent depuis juin 1940 une grande partie du territoire national.

Parmi les unités chez qui se manifeste le plus cet esprit de résistance, il faut incontestablement citer le 27e bataillon de chasseurs alpins — fourragère rouge depuis la Grande Guerre —, qui a ses quartiers à Annecy et dont le chef de corps, le commandant Valette d’Osia, n’a certes jamais caché sa façon de penser. Il ne vit que dans l’espoir de la revanche et a réussi à faire partager son idéal à bon nombre de ses chasseurs, à commencer par son capitaine adjudant-major, Maurice Anjot, un Breton têtu et patriote, ancien instructeur à Saint-Cyr dans les années trente.

Leur plan est simple : stocker des armes et surtout préparer dans l’ombre une mobilisation générale qui devrait permettre de constituer dans chaque arrondissement du territoire un bataillon d’un millier d’hommes. Le cadre naturel de le Haute-Savoie, avec ses montagnes et ses plateaux difficiles d’accès, semble se prêter particulièrement bien à une éventuelle guerre de partisans. L’exemple de ce qui est en train de se passer en Yougoslavie ne cesse de hanter l’esprit des chasseurs alpins.

Le débarquement allié en Afrique du Nord le 8 novembre 1942 et l’occupation de la zone libre quelques jours plus tard ne feront que renforcer la volonté de résistance de nombreux militaires français. Ils espèrent tous que l’empire va à nouveau entrer dans la guerre et estiment que le combat doit aussi se dérouler sur le sol national, jusqu’à la libération totale.

L’armée d’Armistice dissoute, une nouvelle forme d’action commence pour certains militaires parmi les plus résolus. Dès la fin de l’année 1942, l’ORA, l’Organisation de résistance de l’armée, regroupe des officiers de carrière décidés à reprendre le combat. Certains passent en Afrique du Nord, mais d’autres se préparent sur place à encadrer réfractaires et maquisards. Car le STO, le Service du travail obligatoire, qui a pour but de fournir de la main-d’œuvre aux usines du Reich, oblige de nombreux jeunes gens à fuir les villes pour se réfugier dans les campagnes, notamment dans les régions montagneuses, où, comptant sur la complicité active d’une partie de la population, ils espèrent se soustraire aux recherches.

Pistolets-mitrailleurs, explosifs et médicaments tombent du ciel pour équiper les maquisards

Dès le printemps 1943, des petits groupes se forment, réfugiés dans des granges isolées. Quelques milliers de garçons sont ainsi décidés à mener une vie rude mais libre. Carquex, dit Milo, un ancien aspirant du 27e BCA, parvient à rencontrer un officier britannique du SOE et à établir une liaison radio avec Londres. Dès le mois de mars, un premier parachutage est organisé, et les maquisards reçoivent du ciel pistolets-mitrailleurs STEN, explosifs et médicaments. Les autorités de Vichy réagissent et procèdent à quelques arrestations qui freinent le développement de telles activités, mais sans parvenir à les stopper totalement. Dans la clandestinité, le commandant Valette d’Osia ne cesse de répéter aux garçons qui viennent spontanément se placer sous ses ordres

Désormais, vous êtes l’Armée secrète !

Paysans des vallées et des alpages, ouvriers des faubourgs parisiens et lyonnais, apatrides traqués par toutes les polices, francs-tireurs d’obédience communiste, républicains espagnols en exil, anciens combattants de l’an 40 qui ne veulent pas s’avouer vaincus, tels sont les premiers volontaires. Ils écoutent attentivement cet officier de chasseurs alpins, qu’ils savent habité par une foi intense.

La belle saison arrive, mais les premiers sont encore loin d’être totalement organisés.

Un coup dur frappe alors la Résistance de Savoie le commandant Valette d’Osia est arrêté. Il parvient à s’évader, menottes aux poignets, du train qui l’emmène à Paris. Mais, traqué, il ne peut plus poursuivre son action et doit rejoindre l’Afrique du Nord, où les renseignements qu’il apporte sur l’organisation de la résistance militaire vont se révéler précieux.

Un des responsables de l’Armée secrète, le commandant Clair, dit Navant, désigne le capitaine Romans-Petit, qui a déjà remporté quelques succès dans l’Ain, pour lui succéder. Romans-Petit installe une école de cadres au camp de Manigod et en confie la responsabilité au sergent Jourdan-Jouber ancien, lui aussi, du 27e BCA, qui sera rapidement promu lieutenant et deviendra capitaine dans rangs du 27e BCA lors de la campagne 1944-1945.

La France libre envoie alors en liaison en Haute-Savoie le lieutenant Rosenthal, qui se fait appeler Cantinier. Il va jouer un rôle capital dans l’organisation de la Résistance. À l’automne 1943, environ 2 000 maquisards se trouvent déjà recensés. L’arrivée de la mauvaise saison pose des problèmes. Il neige, et il sera facile aux forces de police de Vichy et aux soldats de l’armée d’occupation de repérer les allées et venues des maquisards qui doivent se ravitailler dans les vallées et assurer des liaisons avec leurs contacts dans les agglomérations.

Les responsables extérieurs de la Résistance décident alors de regrouper les volontaires et de les ravitailler par parachutage. Ils seront ainsi à peu près autonomes.

Après de nombreuses discussions, les responsables militaires de la Résistance en Haute-Savoie choisissent le plateau des Glières pour y établir le camp fixe du maquis. Dans le pays, et contrairement à l’usage qui se répandra après la guerre, on dit le plateau de Glières et non des Glières. D’ailleurs, ici, tout le monde parle du maquis de Glières.

Les Glières, c’est un plateau qui s’étend dans une solitude désolée à une altitude d’environ 1 500 m, en plein cœur du massif des Aravis, dans le Faucigny, au nord-est d’Annecy. Aucune route ne traverse cette zone de refuge, qui fait une vingtaine de kilomètres de long sur une quinzaine de large. On ne peut atteindre le plateau lui-même que par quelques sentiers de bûcheron facilement défendables, et dont beaucoup ne figurent même pas sur les cartes d’état-major.

Certains responsables n’hésitent pas à déclarer :

Le plateau des Glières est totalement inexpugnable. Nous en ferons une forteresse que personne n’osera venir attaquer.

D’autres, plus réalistes, se montrent nettement moins certains de l’issue de ce dangereux pari.

Comme le capitaine Romans-Petit doit rejoindre les maquis de l’Ain, il faut trouver un chef militaire pour les Glières. Ce sera le lieutenant Théodose Morel, dit Tom. C’est un officier de 28 ans qui a servi avant la guerre au 27e BCA. Il a fait la brève campagne de juin 1940 contre les Italiens à la tête d’une section d’éclaireurs-skieurs et en a ramené la croix de chevalier de la Légion d’honneur. Instructeur à l’école de Saint-Cyr, alors repliée à Aix-en-Provence, il n’a jamais caché sa solidarité avec la Résistance.

Le plateau, où les maquisards vont vivre, se battre et, pour beaucoup, mourir

Au dernier jour du mois de janvier 1944, 120 hommes, appartenant aux camps de l’Armée secrète de la vallée de Thônes, grimpent sur le plateau des Glières. Ils avancent lentement dans la neige et dans la nuit. Lourdement chargés, ils empruntent des sentiers verglacés, longeant parfois d’impressionnants précipices. Un garçon du pays, âgé de 14 ans, fera une chute mortelle. Ce sera le premier mort des Glières…

La marche dure des heures. La neige profonde succède au verglas.

À l’aube, les maquisards arrivent enfin sur le plateau et découvrent le paysage où ils vont désormais vivre, se battre et, pour beaucoup, mourir.

Au début du mois de février 1944, les forces de maintien de l’ordre du gouvernement de Vichy, averties de la présence des maquisards sur le plateau et excédées par leurs incursions dans la vallée pour se procurer du ravitaillement ou monter des expéditions punitives, se préparent à intervenir. Ces forces comprennent des gendarmes, des gardes mobiles, des GMR (groupes mobiles de réserve, fournis par la police nationale) et aussi des miliciens.

La milice française, présidée par Pierre Laval, a pour secrétaire général Joseph Darnand, ancien officier de chasseurs alpins et incontestable héros des deux guerres. Son anticommunisme, son attachement à la Révolution nationale du maréchal Pétain, son désir de voir l’ordre public maintenu à tout prix avant que les Allemands interviennent, l’ont conduit à transformer le SOL (service d’ordre légionnaire des anciens combattants des deux guerres) en un mouvement politique dont certains éléments forment une police supplétive et portent le nom de francs-gardes.

Pour la population française, dont la grande majorité, en ce début d’année 1944, reste encore attentiste, l’affaire des Glières va d’abord prendre l’aspect d’un affrontement entre résistants et pétainistes. Les premiers traitent les seconds de collaborateurs, tandis que les seconds traitent les premiers de terroristes. Les forces de l’ordre, dirigées par l’intendant de police Lelong, un ancien capitaine de gendarmerie, ont des attitudes fort diverses face au maquis. Si les miliciens sont les plus résolus, les gendarmes restent très réservés. Quant aux GMR, ils « prennent le vent », et leur zèle dépend surtout de leurs chefs et du groupement auquel ils sont rattachés.

De toute façon, le cycle infernal des attentats et des représailles est très vite déclenché. Le gouvernement a envoyé en Haute-Savoie des policiers du service de répression des menées antinationales. Certains vont disparaître, et on retrouvera les cadavres de vingt d’entre eux dans deux fosses communes. Cet événement tragique va élever un véritable mur de sang entre forces de l’ordre et maquisards.

Sur le plateau, le lieutenant Morel est très conscient de la nécessité d’imposer une stricte discipline militaire. Il veut constituer un véritable bataillon sur le modèle d’un BCA régulier. Le jeune officier a sous ses ordres un demi-millier d’hommes. II les répartit en quatre compagnies de combat, confiées aux lieutenants Joubert, Forestier, Humbert et Lamotte. Pour sa part, il installe son PC en plein centre du plateau, dans un chalet abandonné.

La mort du lieutenant Morel provoque la stupeur et la colère des maquisards

Tom Morel

Les maquisards sont regroupés en sections d’une cinquantaine d’hommes chacune, et ils aménagent des emplacements de combat et de repos dans les secteurs qui leur sont impartis. Excellent skieur, Morel assure lui-même les liaisons. Il organise d’ailleurs une SES (section d’éclaireurs-skieurs) avec une vingtaine de volontaires. D’autres officiers sont montés sur le plateau, dont deux lieutenants, Lalande et de Griffolet d’Aurimont, officiers de carrière issus de Saint-Cyr. Ils retrouvent aux Glières des volontaires de toutes les origines, y compris des républicains espagnols et des FTP communistes. Il s’agit désormais de former le plus rapidement possible une unité cohérente et résolue. Les Glières deviennent le croc set où doit se forger une armée nouvelle, à la fol§ traditionaliste et révolutionnaire.

L’unité qui tient le plateau se nomme maintenant bataillon des Glières. Elle a son drapeau et sa chanson :

Décidé à vaincre ou à mourir

Pour chasser l’ennemi sanguinaire !

Bien entendu, tout cela finit par se savoir dans les vallées. Le gouvernement de Vichy, qui entend maintenir l’ordre avant toute intervention allemande, termine le bouclage du plateau le 13 février 1944.

Depuis deux semaines, les accrochages se sont multipliés. On compte des tués, des blessés et des prisonniers de part et d’autre. Le temps est épouvantable. Il fait très froid, et la neige s’accumule. Mal habillés et mal équipés, les maquisards souffrent beaucoup en cette fin d’hiver glaciale. Dans toutes les bourgades des vallées, l’intendant de police Lelong fait placarder des affiches sans équivoque. Pour ceux qui tiennent le plateau, c’est une véritable déclaration de guerre. Dans la nuit du 3 au 14 février, des avions alliés leur parachutent une cinquantaine de conteneurs. Les voilà désormais ravitaillés en armes et en munitions. À la fin du mois de février, toutes les tentatives d’accord entre forces du maintien de l’ordre et maquisards ont échoué. L’atmosphère se tend. Un nouveau parachutage a lieu le 5 mars, et une trentaine de conteneurs sont largués.

Le 9 mars, en fin de journée, le lieutenant Morel convoque ses cadres à son PC et leur annonce qu’un coup de main va avoir lieu la nuit suivante. Il aura pour objectif le village d’Entremont, situé dans la vallée de Borne, entre Saint-Pierre-de-Rumilly et Saint-Jean-de-Sixt.

—  Je prendrai moi-même la tête de l’opération, décide le commandant des Glières.

Son idée est de prendre en otages des hommes des forces de l’ordre de Vichy, afin de s’en servir comme monnaie d’échange plus tard.

—  La moitié de l’effectif du bataillon participera à cette expédition, décide Tom. Nous agirons cette nuit à 2 heures du matin.

L’officier aimerait bien éviter toute effusion de sang entre Français, mais il sait que la situation a mis les nerfs à vif dans les deux camps.

Dès l’arrivée des maquisards à Entremont, des coups de feu éclatent. Les résistants sont obligés d’engager le combat. Pourtant, le lieutenant Morel parvient à s’emparer de l’hôtel de France et à y rassembler des prisonniers. Une vive altercation l’oppose alors à un officier des GMR prisonnier. Ce dernier, qui avait dissimulé sur lui un pistolet, sort l’arme et tue Morel d’une balle en plein cœur. Le policier est aussitôt abattu d’une rafale de Sten. Les maquisards décident alors de se replier et remontent sur le plateau avec une cinquantaine de prisonniers, emmenant avec eux le corps de Tom Morel et celui d’un autre maquisard tué lors de l’accrochage à Entremont.

Le jour même de la mort du lieutenant Morel, les GMR attaquent Notre-Dame-des-Neiges. Leur assaut échoue, et ils doivent laisser une vingtaine d’hommes aux mains des maquisards. Quelques heures plus tard, les défenseurs du plateau des Glières vont recevoir un appoint de matériel considérable : près de six cents conteneurs !

Les Gebirgsjäger allemands donnent l’assaut au plateau des Glières

Le capitaine Anjot, ancien adjudant-major du 27e BCA, remplace Morel à la tête du bataillon des Glières, en sachant bien qu’il s’agit là d’une tâche redoutable et quasi désespérée. Il prend le nom de guerre de Bayard et se voit accueilli avec ferveur par les résistants du plateau, bien décidés à venger la mort de Tom.

Aux Glières, on compte désormais 9 officiers, 15 sous-officiers et 450 hommes de troupe répartis en compagnies, sections et groupes de combat. Grâce aux parachutages, l’armement ne manque pas.

Les francs-gardes de la milice attaquent dès le 20 mars, sur la Rosière et au col du Landron. Ils sont repoussés et laissent plusieurs des leurs sur le terrain. Les maquisards se croient invincibles, même si des bombardements de la Luftwaffe laissent présager une intervention des forces allemandes.

Capitaine Anjot

Le capitaine Anjot et le chef milicien Dagostini tentent secrètement de parvenir à un accord par l’intermédiaire de deux prêtres. Mais les forces de l’ordre de Vichy exigent de faire la distinction entre les réfractaires au STO et ceux qu’elles nomment les terroristes. Anjot expédie alors à Dagostini ce billet laconique :

« Il est regrettable que des Français tels que vous l’avez été fassent, en ce moment, le jeu de l’ennemi. Quant à moi, j’ai reçu une mission. Il ne m’appartient pas de parlementer. »

C’est la rupture. Totale. Les miliciens attaquent sur Balajoux et au col des Auges. Les positions du bataillon des Glières ne sont même pas entamées.

Mais l’intervention allemande semble désormais inévitable. Gendarmes, gardes mobiles et GMR se contenteront d’effectuer des bouclages, tandis que les chasseurs de montagne de la Wehrmacht et les francs-gardes de la milice donneront l’assaut. Ces derniers sont repoussés le 26 mars au col de l’Enclave, mais les Allemands, soutenus par des avions et par de l’artillerie, vont rapidement réussir à progresser. Mortiers de 81 mm et canons de 77 mm font pleuvoir leurs obus sur le plateau. Plus nombreux et plus aguerris que les maquisards, les Allemands parviennent à prendre le contrôle des opérations. Il n’est pas encore midi, ce 26 mars 1944, premier jour de l’attaque, et la situation des défenseurs des Glières paraît déjà désespérée. Le capitaine Anjot a engagé toutes ses compagnies aux entrées du plateau et il ne dispose d’aucune réserve.

De nombreux maquisards sont déjà tués, blessés ou capturés. Quelques-uns, comme ceux qui se sont regroupés autour du lieutenant Joubert, parviennent à percer le dispositif allemand à la grenade.

Dès le début de l’après-midi, les Allemands peuvent établir un premier bilan. Ils ont réussi à crever le périmètre de défense et à avancer de 3 ou 4 km vers le centre du plateau. Le commandant de l’opération décide de maintenir l’appui de l’artillerie et de l’aviation, afin d’encercler les derniers résistants qui combattent encore avant la tombée de la nuit.

Le capitaine Anjot évacue la grange qui lui sert de PC et se replie dans une grotte. Sans cesse, de nouveaux blessés sont emmenés au poste de secours du docteur Bombiger.

De l’entrée de la grotte, Anjot aperçoit le mât des couleurs, où flotte un pavillon français. A son ombre, la tombe du lieutenant Moral et celle d’un autre maquisard. Désormais, il va falloir se battre au cœur même des Glières.

À 16 h 30, en ce triste après-midi du 26 mars, les Allemands lancent un nouvel assaut. Le capitaine Anjot e donné l’ordre de tenir à tout prix jusqu’à ce qu’il fasse nuit. Ensuite, il faudra profiter de l’obscurité pour se disperser et tenter d’échapper aux assaillants. Bientôt, les bruits de combat s’espacent. Le crépuscule arrive. Certes, les Allemands sont parvenus au centre du plateau, niais il y a encore des centres de résistance ici et là. La bataille des Glières n’est pas encore terminée. Le capitaine Anjot, près de la tombe du lieutenant Morel, tient encore une partie du plateau.

Le silence et la nuit ne vont pas tarder à envelopper tout le paysage, et les dernières lueurs du jour s’accrochent encore aux sommets des Frètes et des Auges, là-bas, dans le ciel sombre.

Lors du repli, le capitaine Anjot se heurte à un barrage allemand dans le village de Naves

Il est 10 heures du soir quand le capitaine Anjot signe l’ordre de repli général. Puis il détruit les documents secrets et s’apprête à organiser l’évacuation, en commençant par celle des blessés.

Des petits groupes parviennent à se faufiler dans le dispositif ennemi, encore assez lâche. À leur tête, les lieutenants Forestier et Joubert ainsi que le docteur Bombiger. Anjot, en personne, conduit une colonne vers le sud-ouest. Il espère atteindre la vallée du Fier. Si tout va bien, ses hommes et lui parviendront à rejoindre Annecy et tenteront de se cacher en ville chez des membres de la Résistance. Les lieutenants Bastian, Lambert et Lalande marchent avec Anjot. Quant à de Grifollet d’Aurimont, il a été tué au cours de la percée.

Après une quinzaine d’heures de marche, Anjot et les siens arrivent au village de Naves. Ils se heurtent à un barrage allemand. Un violent accrochage s’ensuit. Celui qui avait choisi le nom de guerre évocateur de Bayard est tué parmi les premiers. Le capitaine Anjot n’aura commandé le bataillon des Glières que du 18 au 26 mars 1944. Moins de dix jours.

Désormais, le bataillon est dispersé. Des petits groupes errent au hasard des refuges. Les lieutenants Lalande et Bastian seront faits prisonniers et mourront sous les coups. Des dizaines et des dizaines de maquisards seront capturés, torturés et déportés. Certains d’entre eux seront jugés par des cours martiales et fusillés par des pelotons de gendarmes eu de policiers.

Le lieutenant Charles-André Wolff, ancien sous-officier du 27e BCA, qui commandait une section de volontaires espagnols, est parvenu à passer au travers des mailles du filet. Mais il est arrêté et va être livré aux Allemands. Ses origines risquent de le faire deux fois condamner à mort : comme résistant et comme Alsacien, réfractaire à l’ordre nazi. Alors, il tente le tout pour le tout et s’évade de la prison d’Annecy. On le retrouvera quelques semaines plus tard au combat dans un bataillon de chasseurs alpins, formé de résistants de l’AS et de FTP, qui vont fusionner au sein des Forces françaises de l’intérieur.

La division alpine FFI deviendra une unité de l’armée régulière, sous les ordres du colonel Valette d’Osia. On verra, au cours de l’hiver 1944-1945, ses hommes se battre en Tarentaise et en Maurienne.

Parmi ces combattants surgis de l’ombre, ils sont quelques-uns à arborer sur la poitrine un insigne figurent une croix de guerre, des épées, une chaîne brisée et un sommet enneigé. Ce sont ceux du bataillon des Glières de mars 1944, restés jusqu’au bout fidèles à la devise qu’ils s’étaient donnée sur le plateau : Vivre libre ou mourir...

Pertes dans les deux camps

À l’époque, la radio de Londres avait parlé de 12 000 Allemands engagés pour réduire les 500 maquisards des Glières. En réalité, il y en avait eu « seulement » 6 714, dont 3 086 participèrent activement aux opérations. Le chiffre des pertes ennemies cité par les résistants est de 447 tués et de 303 blessés allemands. Pourtant, dans son rapport d’opérations, le général allemand Pflaum, commandant de la 157e division, s’était contenté d’indiquer à ses supérieurs qu’il avait eu « deux sous-officiers et deux hommes fort accidentés ». Le chiffre officiel des pertes de la Wehrmacht sera par la suite corrigé en 6 morts et 14 blessés, entre le 12 et le 31 mars 1944.

En face, le maquis, qui avait déjà perdu une douzaine d’hommes avant la journée du 26 mars, comptera ce jour-là 43 morts et 52 blessés. Mais de nombreux maquisards, faits prisonniers, seront fusillés ou déportés. Le capitaine Cantinier (Rosenthal), dans un télégramme envoyé à Londres au début du mois d’avril 1944, estime les pertes du bataillon des Glières à environ 100 morts et 150 prisonniers.

Au point du vue du matériel, entre les 26 et 31 mars 1944, chasseurs de montagne allemands et francs-gardes de la milice ont récupéré sur le plateau 122 fusils-mitrailleurs, 1 011 pistolets-mitrailleurs, 722 fusils et 160 revolvers. Cela représente un total de 2 000 armes pour moins de 500 combattants, soit quatre armes par homme, sans compter celles que les maquisards avaient pu cacher ou emmener avec eux (chiffres cités par Henri Amouroux dans Un printemps de mort et d’espoir, Robert Laffont, 1985).

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